‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 4 sur 145 · Leodegarii a Quercu oratiuncula^ etc · texte numérisé non relu

Leodegarii a Quercu oratiuncula^ etc

3. Archives de l'Université, Reg. 23, fol. 39, procès-verbal du 21 mars 1556, v. st.

rexpérience d'un professeur consommé était la plus haute garantie que pût rechercher un principal; enfin, après plusieurs compliments de cette sorte, il cita Texhortation de LucuUus au soldat déjà charge de décorations :

1, bone, quo virtus tua te vocat; i pede fausto, Grandia laturus meritorum prsemia ! Qiiid stas ? *■

Ce trait d'érudition^ dans la bouche d'un homme à qui Ton avait fait une tdie réputation d'ignorance, désarma Duchesne. Il n'eut pas le courage de donner la réplique du soldat :

Ibit eo, que vis, qui zonam perdidit.

Il se laissa porter sur les cadres de Sainte-Barbe, vraisemblablement comme régent extraordinaire. La matière de ses leçons l'indique. Engagé pour deux ans, il expliqua^ la première année, le Timée de Cicéron, ouvrage qui prêtait surtout à l'exposition delà philosophie platonicienne. Son cours de seconde année eut pour objet l'interprétation des Institutes de Justinien. Or ni les idées de Platon, ni les éléments du droit romain n'étaient utiles pour les aspirants aux grades de l'Université.

C'est en commençant ses leçons sur le Timée que Duchesne prononça le discours que nous annoncions tout à l'heure. Ce morceau peut être considéré comme l'acte d'alliance entre la Sainte-Barbe des Le-

i. Horace, Epfst, II, 2, 37. Ce trait est raconté dans la harangue déjà citée de Léger Duchesne.

normant et celle de Roberl; Dugast; jcar le ikxe de la fandatioû n'a pas oe caractère ; il ne fait <|ue régler remploi des reoies constituées dans Tioljérét de sept personnes, et garde un silence affecté sur Tancien état des choses. Il semble qu'il y ait eu de la part du fondateur un parti pris d'abolir la mémoire de tout ce qui s'était fait avant lui ; et cette pensée chez lui remontait loin, car dès 1514, il racheta aux Gholetsla rente constituée par Etilenne Bonet sur les revenus de Sainte-Barbe pour la commémoration des Lenormant\ Au contraire, le dessein de Duchesne, dans son discours^ est d'asseoir la prospérité future sur le souvenir de la gloire passée. Gêné à l'endroit des administrations antérieures, qu'il immole forcément à ceux qui sont* devenus les maîtres du logis, écrasant l'oncle et le neveu de louanges triviales pour se faire pardonner l'épithète de Gâtons sous laquelle il englobe tous les ci-devant principaux, il s'étend à son aise lorsqu'il n'a plus qu'à rappeler les succès par lesquels s'est illustré le collège. Nous ne reviendrons pas sur les traits historiques qu'il nous a fournis pour la première partie de cette histoire; mais voici quelquesunes de ses paroles qui nous ont semblé dignes d'être conservées :

oc 11 y a autant d'honneur à enseigner dans l'une des chaires supérieures de Sainte-Barbe, qu'il y en eut jadis à recevoir le triomphe chez les Romains, ou à remporter la palme olympique en Grèce. Ainsi que

i. Contrat du 15 janvier 1513 (v. st.), entre R. Dugast et Valeran de Vaureins, prieur séculier des Cholets, aux Archives de l'Empire, S. 6351 bis.

DE SAINTE-BARBE. Il

Paris j ce séjour des dieux , est la première de toutes les villes , entre les nombreux collèges de Paris Sainte* Barbe a été de tout temps le plus oélèlMne; et cette supériorité , elle la doit , comme Athènes , k uo privilège particulier de son terroir et à une succession non interrompue d orateurs éloquents et d'ingénieux plii« losophes. Qui ignore que dans le public on la surnomme le cheval de Troie , parce que , de même que le cheval de Troie a recelé dans ses flancs toute une armée de héros belliqueux, Sainte^Barbe a lancé dans le monde un nombre infini de héros de la parole et de , la discussion ? »

Nous avons aussi la leçon d ouverture du cours sur les Institutes^ Là Duchesne se renferme rigoureuse* ment dans son sujet. Il cherche à démontrer Timportance de Tétude du droit civil par toutes les appU-> cations qu'on en peut faire. On voit qu'il partageait le désir de ceux qui auraient voulu qu'une Faculté de plus fût créée pour cet enseignement dans l'Université de Paris. Les humanistes et les artiens y poussaient depuis longtemps; mais les régents des Facultés supé* rieures , peu soucieux d'une innovation qui eût dérangé l'équilibre des pouvoirs, maintenaient mordicus la vieille constitution, et ils avaient bon fondement pour cela, car une décrétale du pape Honoré III (1 225) frap* pait d'excommunication quiconque lirait les livres du droit civil dans l'Université de Paris. On voulait bien fermer les yeux sur quelques infractions, pourvu

i , Leodegarii a Quercu oratiuncula habita Lutetise , XF, hal, sept» MDLVIII ^ ciim aggressus est interpretationem institutionum ciffUium Justiniani^ in-4^, Paris, 1558. Cf. Goujet, Mémoires sur le Collège royal, part. II, p. i25.

iSt HISTOIRE

qu'elles ne devinssent pas un prétexte pour les juristes de réclamer lei^r légitimation dans une famille qui ne reconnaissait que les décrétistes. En fin de compte, les futurs avocats laïques étaient obligés d'aller chercher leurs grades loin de Paris , à Orléans , sinon à Boucges ou à Poitiers , ou même à Toulouse ; mais aussi lorsqu'un homme de bonne volonté et de talent se proposait pour enseigner les éléments du droit civil dans un collège , il était assuré d'un nombreux auditoire , parce qu'il procurait à cette jeu- . nesse le moyen d'abréger son séjour dans les villes de Faculté.

Ce que les leçons de Léger Duchesne lui laissèrent de loisir pendant son second engagement à Sainte- Barbe, il l'employa à faire des livres. C'était pour lui une autre manière d'enseigner. Les questions religieuses qui agitaient tous les esprits n'étaient pas favorables aux études; il voyait avec déplaisir qu'il se fit un temps d'arrêt dans le beau mouvement que sa génération avait imprimé aux esprits. Suivant lui, la tendre mère Université marchait à reculons, et serait volontiers revenue au temps où les maîtres qui instruisaient la jeunesse n'étaient bons qu'à apprendre à parler aux pies tenues dans des cages d'osier *. Pour combattre dans la mesure de son pouvoir les tendances rétrogrades, il s'appliquait à répandre les monuments de la belle latinité, surtout les ouvrages de Cicéron. Nous connaissons quatre éditions de traités de cet auteur, qu'il donna en 1557 et 1558. Le De oratore est

1. Archives de l'Université, Reg. 23, fol. 39; Gonjct, Mémoires sur le Collège royal, 1. c.

DE SAINTE-BARBE. • i3

du nombre. II le rëimpiima avec le commentaire de Slrébée*.

£n honorant Sainte-Barbe par de semblables travaux, Duchesne complétait ses titres à une récompense ambitionnée de tous ceux qui se vouaient alors à l'enseignement : la place de professeur au collège de France. Il ne tarda pas d'y être appelé. Là, il brilla comme un homme d'infiniment d'esprit et d'érudi* tiooy maïs sans acquérir une de ces réputations qui traversent les siècles, parce qu'il manqua du goût qui fait les littérateurs consommés.

Cependant, Robert Dugast épuisait dans Tagitation les derniers moments de son existence. Après avoir pris les arrangements qui devaient assurer son repos, il s*était repenti ; il avait trouvé insupportable l'idée de laisser Sainte-Barbe s'administrer elle-même. Me plus faire les marchés, ne plus palper l'argent de ses termes, fut une contrainte au-dessus de ses forces. 11 fallut qu'il fût remis en jouissance , pour le reste de sa vie, desj>iens qu'il avait délaissés au collège, et cela par un papier que lui signèrent le principal , le

i . M. Tul, Ctceronis De optimo génère oratoriun opusculum scholifs Leodegarii a QuercUy recens ah ipso locupletatis^ iUustratum ; additâs sunt ad marginem varigs lectiones ex vetustissimo exemplari, Paris, Attaignant, \ 557. — Ciceronis De oratore ad Q, fratrem dialogi III^ Jacohi Ludovici Strebsei, Leodegarii a Quercu et incerti autoris commentariis itemque Philippi Melanchtonis scholiis illustrati. Paris, Thomas Richard, 4558. — Q, Ciceronis De petitione , consulatus ad M, Tullium fratrem liber ^ multis in locis emendatus annotationihusque Leodegarii a Quercu illustratus ^ editio secunda locupletior priore, Paris, Attaignant, 4558 ; et à la suite : Ejusdem Ciceronis De officiis libri très cum commentariis incerti autoris et

observât ionibus ex diversis àutoribuSy per Leodegarium a Quercu,

proeurenr et le cbapelafo, lorsqu'il n'y avait pas huit jours qu'il leur avait délivré l'acte de son dessaisissement ^ Que ne put-il de même se faire donner caution contre Téventoalité de la mort !

Le moment auquel nul n'a le pouvoir de se soustraire fit enfin sentir son approche. Le 2î avril 1558, Robert Dugast manda un notaire pour dieter son testament. Il gisait au lit de douleur, mais n'avait perdu aucune de ses facultés : on le voit par la présence d'esprit avec laquelle il déclara le nombre des écus de tous les règnes et de tous les pays qu'il avait chez lui dans des sacs, dans des bourses, dans des boites. Il laissa à partager entre ses neveux la totalité de son bien ; à ses locataires de la ville et de la campagne il fit grâce du terme courant et de tout arriéré qu'ils lui devraient an moment de son décèâ ; il y eut exception pour Jean Dorât, qui tenait toujours à bail le collège Coqueret *.

Voici quelles furent ses libéralités à Tégard de Sainte-Barbe. Il voulut que, pour assisteiwà ses obsèques, les sept boursiers fussent habillés de neuf des pieds à la tête aux frais de sa succession. Il légua, en outre, quarante écus d'or à chacun des grands boursiers pour renouveler l'ameublement de leurs chambres, et trente autres écus, comme gratification, à l'un des petits boursiers du nom de Robert Trippier^ qui était vraisemblablement son filleul. Enfin il des-

1. Aete du i 3 juillet 4557, consigné dans Pînventaire des titres de Sainte- Barbe par Simon Menassier, Archives de TEmpire, S. &35i bis.

â. Testament de R. Dagast, aox Archires de l'Empire, M. i90.

tma trois cents écns «Tor à Taccfiiisîtion d'un terrain sur lequel on bâtirait une chapelle pour remplacer rancieniie. Il chargeai de ce soin ses exécuteurs testamentaires, qitt forent JeanQuintin et on autre professeur de droit canon, appelé Laurent Rivière.

Les choses ayant été ainsi réglées et minutées, il fit revenir le notaire à neuf heures du soir, pour dicter une disposition supplémentaire par laquelle il donnait à Sainte-Barhe sa librairie , c est-à-dire les livres de sa bibliothèque.

Son rôle en ce monde n'était pourtant pas encore tout à fait achevé. Il dut à son robuste tempérament de se relevar et de pouvoir pousser lui-même Taf&ire de la chapelle, qui fut cette qu'il eut désormais le plus à cœur.

En {»'escrivaiit Tacbat d'un terrain, il avait désigné comme le lieu le plus propice le petit jardin de Montaigu , enclavé dans Sainte- Barbe, mais sans espérer beaucoup qu'on obtiendrait ce sacriBce d'un voisin malveillant Dès qu'il fut capable de quelque application, il s attacha à l'idée de ce jardin au point de mettre dans sa tête que son collège l'emporterait de haute lutte. Pour cela il fallait plaider. Il trouva matière à procès dans certains griefs dont l'avait maintes fois entretenu son neveu.

Le jardin, comme on a déjà eu occasion de le dire, servait à la récréation des théologiens de Montaigu. CcHx-^i y avaient établi un jeu de quilles. Ils admettaient à leurs parties des ouvriers du voisinage, que leur présence n'empêchait ni de crier ni de jurer. Des mots horribles venaient jusqu'aux oreilles des Barbistes; parfois même des pierres lancées par-dessus le

mur leur tombaient sur la tête^ Aujugement.de Robert Dugast, il y en avait assez pour motiver une expropriation, surtout quand l'expropriation était demandée pour compléter une fondation d'utilité publique. Il adressa requête au parlement, et trop expérimenté pour s'attendre à voir la fin du procès/ il disposa par un nouveau codicille d'une maison sise rue Saint-Hippolyte, au faubourg Saint-Marceau, ordonnant la dite maison être vendue par Sainte-Barbe, et le prix de la vente servir tant à Tachât du jardin qu'à l'acquittement des frais de justice*.

Cet acte est le dernier qu'il ait fait. Il mourut le 16 juillet 1558, jour anniversaire de celui où, quatrevingt-quatre ans auparavant, il avait été mis au monde % pour le supplice de ses semblables et pour le sien, car il éprouva toute sa vie le châtiment de ceux qui ne savent pas borner leurs désirs. Un long cortège de moines, d'écoliers et de professeurs conduisit son corps au lieu de sa sépulture, qu'il avait élue dans l'église Saint-Hilaire. Il fut déposé à côlé de son oncle Simon Dugast, et au-dessus de la fosse on encastra dans la muraille une plaque de cuivre pour rappeler ses titres à la reconnaissance de la postérité. Il ne reste rien de l'inscription, ni de la sépulture, ni de l'église; mais la mémoire de Robert Dugast vit à Sainte-Barbe*, où l'on a oublié le mal qu'il fit pour ne

1. Visite judiciaire du 21 janvier 1559, v. st., aux Archives de TEmpire, S. 6516.

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