Ordonnance des Supérieurs du 7 février
iU HISTOIRE
habilement exploités par le principal , a\aient réfcabtr ce dernier dans la confiance des membres du Conseil^ au point qu'il avait obtenu d'eux , soi-dtisaiit pour remettre les finances en état , la ferme temporaire des propriétés Sainte-Barbe. Son bail était de six ans; il devait rendre 2000 livres par an , toutes les charges par lui acquittées, c'est-à-dire tirer de sa bourse enviro» 3500 livres, qui, ajoutées aux 2800 de la location du pourtour, faisaient 6300, et pour ces 6300 livres, il en touchait près de 1 000.
Ce n'est pas tout. Son onele avait légué à Sainte- Barbe une pièce de vigne enclavée dans la propriété deVitry, à condition que lui, Jean Berthould ^ jouirait sa vie durant de l'usufruit de cette vigne. Le Conseil se laissa persiiader que ce serait une magnifique affaire de racheter pour 1 00 livres de rente viagère l'usufruit en question . Par là un bien qui valait à peu près 500 livres en coûta 5000,. parce que Jean Berthould fut principal pendant cinquante ans*.
Quel qu'eût été le nouveau procureur nomoné dans ces conjonctures, à moins de le choisir toiit à fait dénué d'entendement, il n'y avait pas lieu de s'attendre à beaucoup de satisfaction de sa part, car il aUait être le témoin impuissant et désespéré de la plus abominable dilapidation. Justement le choix des Supérieurs tomba sur un sujet plein d'intelligence et de clairvoyance, Nicolas Vachet, neveu de Constantin Vachol , alors décédé , et qu'il remplaçait depuis un an dans les fonctions de chapelain. Pour l'âpreté, pour
1. Notes historiques sur Sainte-Barbe, Archives (te PUniversité, carton 22.
la ruse et pour la violence, Nicolas Vachot était le second tome de son oncle. D'ailleurs il pouvait passer pour un enfant de Sainte-Barbe. 11 y vivait depuis trente ans, étant entré en même temps que son oncle, dont il était alors le pupille. Il devint ensuite le collaborateur de Constantin Vachot et le gérant de son pensionnat. Il connaissait à fond les affaires du collège 9 il avait pris part à toutes les dissensions intestines. Un administrateur préparé de la sorte ne' pouvait apporter avec lui que le ressentiment du passée le regret du présent, et le désir de prendre sa revanche aussitôt qu'il en trouverait l'occasion K
Nous trouvons la guerre allumée en 1 649, dans le temps que Paris était en pleine révolution. Alors Vachot s'affilie de ces traineurs d'épée, qu'on rencontrait à chaque pas sur le pavé des rues. C'est au collège un va-et-vient de gens armés qui font du bruit, qui jurent, qui tempêtent, en proférant les plus horribles menaces contre Jean Berthould. Celui-ci se plaint. Vachot fait venir pour le chapitrer un recteur et des conseillers dévoués à la Fronde. Ces messieurs souffrent que le principal soit accablé devant eux de paroles « injurieuses, fausses et atroces , » et ils font la sourde oreille quand on leur dit que le procureur hante les plus mauvaises compagnies, et ne dit pas
ses messes *,
Cet écho des événements du jour n'est pas le seul que nous ayons recueilli dans nos papiers d'affaires.
i . Notes historiques sur Sainte-Barbe, 1. c. 2. Procès-verbal de la visite faite par les Supérieurs le 2i juillet 1649, Archives de l'Empire, M. 189.
Nous voyons, dès le Commencement des troubles, Sainte-Barbe entretenir deux bommes de garde à la barricade du Puits-Certain. L'un d'eux était un menuisier logé au collège. On lui donne un mauvais mousquet ; à la première décharge , l'arme lui crève dans la main. Il faut payer le chirurgien. Pendant le blocus de Paris, les mêmes individus sont employés à la garde des portes ou aux sorties que fait la garnison. Des cavaliers de l'armée de la Fronde sont logés dans la maison de Vitry, et payés pour ne pas y commettre de dégâts.
Des dépenses du même genre avaient eu lieu sous Louis XIII. En 1628, Sainte-Barbe dut fournir un soldat complètement équipé pour paraître à l'entrée du roi revenant de la Rochelle , et en 1 636, lors de la terreur que causa la surprise de Corbie par les Impériaux, elle en fournit trois, un pour la guerre et deux pour la sûreté de la ville. Cette dernière prestation ne la dispensa pas de payer sa quote-part d'un impôt voté par l'Université pour offrir au gouvernement une compagnie de gendarmes*. On ferait une grosse addition si l'on comptait tout ce que les frais de guerre absorbèrent de la dotation que Robert Dugast avait constituée pour les muses.
Les querelles de Jean Berthould et de Nicolas Vachôt obsédèrent le Conseil de surveillance et le parlement, 'qui se les renvoyèrent tour à tour sans parvenir à les apaiser. Laissons-en le détail dans l'oubli qu'il mérite, et arrivons au moment où expira le bail de Jean Berthould.
i . Comptes du collège, Archives de TEmpire, H. 2808*.
A la séance du Conseil où le principal devait présenter ses comptes (1 1 février 1653), il n'apporta que des additions informes; sans aucune pièce à Tappui. Il trouva au contraire le procureur et le chapelain munis de papiers et de tout ce qu'une implacable inimitié avait pu ramasser contre lui. Il ne se défendit point ou se défendit mollement. La malversation était si flagrante, que les Supérieurs lui ôtèrent de nouveau le droit de pourtour. Afin de combler le déficit, la régie de tous les biens du collège fut donnée à Vachot *.
Jamais un roi déchu n'a consenti à devenir l'humble conseiller du trône d'où il a été renversé. De même que le procureur s'était ligué avec le chapelain contre le principal, le principal se ligua avec le chapelain contre le procureur. Us trouvèrent le joint en 1 666, dénoncèrent un arriéré de 1900 livres dans les comptes de Vachot, et, ne se contentant pas de la justice bénigne du Conseil qui exigeait un règlement immédiat sous peine de saisie, ils recoururent au parlement. Par arrêt de la cour suprême, Vachot fut déclaré déchu à tout jamais du maniement des fonds*.
Les Supérieurs aux abois semblent alors avoir donné leur démission et laissé aller toute chose à la fantaisie de Jean Berlhould. Quand on vint les chercher pour de nouvelles altercations, ils renvoyèrent les parties ù l'arbitrage du chancelier de France'. Us n'exercèrent
i . Procès-verbal de la visite des Supérieurs du 11 février 1653, Archives de l'Empire, M. J89.
2. Arrêt du 1b décembre J666; Comptes du collège, aux Archives de l'Empire, H. 2808*.
3. Inventaire des titres du collège. Archives de l'Empire, S. 6351 bis.
plus de contrôle sur les finances. Pendant douze ans pas un compte ne fut rendu.
C'est en 4678 seulement que Taccession presque simultanée de deux nouveaux Supérieurs mit fin à ce régime arbitraire. Le désordre était à son comble : Berthould fut convaincu d'avoir géré plus mal encore cette fois que la première. 11 commençait à se faire vieux, et n'avait plus même cette force d'inertie qui l'avait soutenu autrefois. Il perdit contenance, s'humilia, jura que le collège ne perdrait rien avec lui, parce qu'il le ferait son légataire universel, et enfin il accepta comme une grâce de n'être pas contraint à autre chose qu'à se décharger immédiatement de l'administration. On mit à sa place Louis Delaroche, chapelain nommé depuis peu, et contre son gré *, mais qui avait déjà^su s'insinuer dans son esprit, de sorte qu'on n'eut point à craindre de retour offensif de la part d'un vieillard affaibli et complètement subjugué. Quant au procureur, il n'avait plus qu'à traîner dans le silence la honte de son interdiction.
1 . Arrêt du 7 mars 1 674 ; Comptes du collège ; Notes historiques sur Sainte-Barbe.
DE SAINTE-BARBE. 13d