‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 46 sur 145 · Même registre, fol · texte numérisé non relu

Même registre, fol

les ressources qui permettent de rendre l'enseignement agréable étaient sous leur main : une des belles bibliothèques de l'Europe, des manuscrits^ des médailles, des antiques, des curiosités, un jardin botanique. Joignez à cela des classes remplies d'enfants de la cour, de fils de princes et de ducs et pairs, à coté desquels la bourgeoisie était fière de voir s'asseoir ses enfants; des exercices publics et des représentations théâtrales qui produisaient les bons élèves devant la société la plus choisie; enfin la préférence marquée du roi, toutes les'grâces répandues à pleines mains, tous les signes précurseurs du jour, peu éloigné, où Louis XIV allait monter la rue Saint-Jacques dans l'appareil de sa grandeur, et prononcer le mot qui fut le second baptême de l'heureux établissement : « Ceci est mon collège'. »

Ce que le roi aimait, nul n'aurait été admis à le poursuivre d'une haine trop patente. C'était l'esprit du temps, et l'Université, comme fille ainée du roi, s'y conforma. Elle ne fit sentir la rigueur de ses lois ni à Jean Berthould ni aux autres principaux de petits collèges qui osèrent réclamer ouvertement le droit de loger des élèves .instruits par les Jésuites, lorsque les familles exigeaient que leurs enfants reçussent l'instruction des Jésuites.

Outre les pensionnats Vachol, Melleville et Lesueur, il y eut encore à Sainte-Barbe, entre 1 665 et 1 675, un certain nombre d'étudiants, les uns li|>res, les autres subordonnés à des précepteurs, d'autres enfin associés entre eux. De ce nombre fut une petite coramu-

i . Emond, Histoire da collège de Louis le Grand (ia-^'', Paris, 1846), cbap. i6et 17.

ikk HISTOIRE

iiauté d'irlandais y qui eut pour chef un prêtre du nom d'Hedreman. Ils habitaient un corps de logis sur la rue des Cholets> dont Tescalier, à cause d'eux, s'appela tant qu'ils y restèrent, la montée des Hibernois^. La révolution d'Angleterre avait établi des liens étroits entre l'Irlande et le continent; la jeunesse de cette île abon* dait à Paris au temps de Louis XIV. Disséminée dans . les divers établissements deTCniversité, elle s'y dis-' tinguait par ses dehors misérables, son air famélique et la vivacité d'un esprit toujours à cheval sur des chimères : c'est Santeul qui le dit :

Yidi avides vultus et mentem pasta chimœris Speclra Hibernorum turmatim iavadere portas^.

Ces pauvres écoliers furent réunis en 1 680 dans les bâtiments du ci-devant collège des Lombards , rue des Carmes, qui devint le collège des Irlandais.

Dans tout cela le lecteur ne voit pas figurer la pension Berthould, amenée de Navarre en 1629, et par le moyen de laquelle on aurait pu s'attendre à voir rétablir le plein exercice ; car la situation semblait se prêter bien mieux à cette entreprise que lorsque Geoffroi Lenormant, à la tête d'une autre colonie de Navarriens, était venu fonder Sainte-Barbe. Mais la pension Berthould n'existait plus. Elle se soutint tant que l'oncle resta principal; le neveu, qui avait fini par en avoir toute la (Aiarge, ne se donna pas la peine de la renouveler lorsque sa nomination comme coadjuteur l'eut rendu libre de ses allures. Sa nonchalance s'ac-

\ . Partie des comptes du collège, Archives de TEmpire, M. 490. 2. Dans la pièce intitulée Victor imis vindicatus.

cominoda mieux du métier de propriétaire. Il mit tout le pourtour du collège en location. Comme les rez-dechaussée, qui jadis avaient servi déclasses, demeuraient sans emploi, ils furent livrés comme magasins à des libraires de Paris. Le célèbre Cramoisy y eut un de ses dépôts jusqu'en 1669; il céda la place à Neufgermain, immortalisé par Boileau. Vers le même temps les héritiers de la veuve Hénaut, aulre libraire, établirent une imprimerie dans une salle que cette dame avait occupée*.

Pour ces locataires personne n'eut rien à dire, parce quelles collèges pouvaient légitimement abriter tout ce qui tenait à la confection et au commerce des livres; mais Jean Berthould prêta le flanc aux attaques en admettant dans la maison deux ou trois menuisiers qui s'y installèrent avec leurs établis. Il fit plus. 11 abandonna à une personne de sa famille tout un corps de logis (celui qui touchait au bâtiment du principal et qui avait son pignon sur la rue de Reims) pour en faire un hôtel meublé. A la vérité cet hôtel ne devait recevoir que des ecclésiastiques de distinction : un évêquè y demeura en 1 645 ; mais on avait percé une porte sur la rue ; mais le collège était privé parla de sa grande salle, transportée depuis peu dans ce bâtiment; mais une femme, ô scandale! était employée au service de l'hôtel. Pour mettre le comble à tant d'horreurs, Jean Berthould prit avealui une vieille tante très-misérable, à laquelle il confia le gouvernement de son ménage*.

i . Comptes du collège, Archives de l'Empire, H. 2808 *. 2. Pièces d'un procès poursuivi au parlement de 1644 à 1646^ Archives de l'Empire j résidu non classé à la section historique. II 40

De tout cela Jean Blondel composa le premier réquisitoire qu'il lança contre son principal dans les derniers moments de la vie de Henri Berthould. Il saisit l'occasion d'une visite que le recteur vint faire à Sainte- Barbe le 5 novembre 1642. « Nous n'avons plus, dit-ily un seul emplacement pour les leçons publiques. Le cours de philosophie qui se fait ici a lieu dans la chapelle. La maison est pleine de femmes et de gens mécaniques. Yoilà de quelle compagnie on entoure les nourrissons des Muses. Est-ce donc ce que prescrivent les statuts de notre fondation ? Si M. le principal ne visait pas plu» à son intérêt privé qu'à l'honneur de l'Université, nous aurions le plein exercice ; Sainte-Barbe tiendrait rang parmi les grands collèges*. »

Ce ne fut pas assez«pour lui que le recteur parût lui donner raison sur tous les points. 11 voulut avoir contre Jean Berthould une sentence en bonne forme, et pour l'obtenir il porta sa plainte au tribunal de l'Université. 11 enragea de n'obtenir condamnation que sur l'article de la salle des cours, et il enragea plus encore de voir le principal se soumettre et convertir en salle le rezde-chaussée du bâtiment qu'il occupait'. C'est pourquoi Blondel chercha une autre issue pour sa bile. Henri Berthould n'eut pas plus tôt fermé les yeux, qu'il signifia par exploit au maitre du garni et aux menuisiers locataires d'avoir à vider les lieux sur le champ; et du refus de ceux-ci, le principal s' adjoignant à leur cause, naquit un procès, qui brocha par

4 . Archives de TUniversité, Reg. 27, fol. 306. 2. Même registre, fol. 308.

dessus l'autre déjà entamé au sujet de rhérédilé du principalat*.

En invoquant la volonté de Robert Dugast relativement au maintien du plein exercice dans le collège, le procureur avait lâché une parole qui ne devait pas rester par terre. Lorsque Jean Berthould se vit si mal mené qu'en dernier lieu il avait perdu les droits utiles de sa charge, il déclara qu'il allait rétablir le plein exercice. Alors maître Blondel, tout docteur qu'il était en philosophie morale et religieuse, donna la preuve qu'il ne valait rien.. Il circonvint les Supérieurs du collège, et par les sombres couleurs dont il peignit la situation des finances, il fit ajourner à six ans l'accomplissement de ce même, devoir au sujet duquel il avait dit, lui le premier, que c'était une abomination au principal de ne s'en être point encore acquitté. Le principal appela au parlement de l'arrêté des Supérieurs. 11 s'était figuré que l'Université lui accorderait son appui : loin de là, dans une consultation qui fiit demandée par la cour suprême, les représentants des quatre Facultés, tout en exprimant leur affliction de ce que, faute de ressources, un nouvel astre ne pourrait briller de si tôt dans le firmament académique, confirmèrent de tout point la décision prise à Sainte-Barbe '.

Il n'est telle vigueur que celle des indolents lorsqu'ils ont fait des choses une question d'amour-propre. Jean Berthould fut tout entier à son projet de restauration pendant le long déliai qui lui avait été imposé. Il était prêt 'à respiration des six ans , toutes ses mesures

i . Pièces du procès allégué ci-dessus, p. 445.

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