Archives de PUniversiré, Reg. 27, fol. 368 et 369 f
ikS HISTOIRE
prises, son personnel de professeurs formé. Il alla jusqu'à faire poser les affiches qui annonçaient le jour de la réouverture des classes; et rien n'aboutit, à cause de l'opposition de l'Université qui, cette fois, fut bien forcée de dire le fin mot de son refus.
L'Université (ce qu'on ne sait pas généralement) a fourni la première idée des messageries publiques. De tout temps elle eut des commissionnaires ou messagers volants^ comme on les appelait, qui allaient de leur pied léger dans les divers pays, même les plus lointains, dont la jeunesse fréquentait les écoles de Paris. Ces gens faisaient le service de la poste entre les écoliers et leurs familles ; ils se chargeaient aussi des paquets qu'il y avait à porter de part et d'autre. Leur office, qui ne laissait pas d'être fructueux, leur était conféré presque pour rien. Mais en 1633 l'Université imagina d'affermer ses messageries, à l'imitation de ce qui se pratiquait pour les autres messageries que les rois avaient établies en concurrence avec elle. Elle* espérait arriver par là à donner , comme les jésuites, l'instruction gratuite, c'est-à-dire à salarier ses régents d'une manière suffisante pour que les élèves fussent quittes envers eux de toute rétribution*. Elle n'atteignit pas le but qu'elle s'était proposé, parce qu'elle ne put tirer de l'opération qu'un revenu d'environ 40 000 livres, et qu'avec cette somme il n'y eut pas de <juoi faire vivre les soixante-dix régents des grands <îolléges. Néanmoins la ferme des messageries rendit cm grand service en ce qu'elle permit de diminuer la rétribution, ou, ce qui est la même chose, de ne pas
i . De la Mare, Traité de la police, t. IV, p. 610.
l'augmenter, malgré la dépréciation continuelle des espèces.
On conçoit maintenant la raison qui fit échouer Tentreprise du principal de Sainte-Barbe. Autoriser l'exercice dans un nouveau collège eût été ajouter sept ou huit professeurs au corps enseignant, par conséquent rogner la part qui revenait à chacun sur le produit des messageries. Certes on ne peut guère blâmer la mère indigente qui refusait d'accroître le nombre de ses enfants pour ne pas mettre sur la paille une famille déjà réduite au strict nécessaire; mais on excusera aussi le mécontentement bien légitime de Jean Berthould. Il le porta en lui pendant de longues années, et sa façon de le faire sentir fut cette hauteur avec laquelle nous l'avons vu réclamer pour ses locataires le droit d'envoyer leurs élèves aux jésuites. Si, pour chacune des inspections où ce poiiit fut débattu, nous avions le procès-verbal exact de toutes les paroles échangées entre le recteur et notre principal, nous y trouverions assurément cette réplique qui ne put pas manquer d'être donnée : « Quand j'ai voulu placer dans votre main l'enseignement de ma maison, vous m'avez repoussé : souffrez maintenant qu'il vous échappe. »
Ainsi Jean Berthould fut réduit à ne jamais diriger d'autre enseignement que celui de sa classe de philosophie. Le soin d'une pareille direction n'était rien. Il eut d'immenses loisirs, qu'il n'employa pa^ même à surveiller, comme il le devait, les petits boursiers du collège.
Ceux-ci avaient été rétablis peu de temps avant le départ de François Gaultier. En 1634 Henri Berthould
commença à remplir le cadre en faisant noimner un enfant de son nom et, selon toute vraisemblance, de sa famille, le jeune Jacques Berthould. Ce sujet, qui était de Paris, ne répondait pas à la condition de lieu prescrite par la fondation, car il demeurait sur la paroisse Sainte-Etienne du Mont; aussi fut-il introduit d'autorité par l'un des Supérieurs composant alors à lui seul le conseil de surveillance, et cela créa un précédent qui fit pour longtemps tomber en oubli le droit des paroisses aux petites bourses*.
Trois autres enfants furent admis avec Jacques Berthould dans le courant de l'année 1634. Après leurs dix ans d'étjudes, ils furent renouvelés ; puis les bourses restèrent vacantes pendant dix autres années*. Conférées de nouveau pour la rentrée de 1 664, elles donnèrent lieu à une prétention digne de remarque. Les enfants qui en étaient gratifiés voulurent avoir chacun leur chambre. Comme il n'y en avait qu'une à leur disposition, deux d'entre eux l'acceptèrent; les deux autres continuèrent à demeurer chez leurs parents. Le principal, qui sans doute avait les mains liées par la conduite de son oncle à l'égard des promotions précédehtes, et qui prouvait par là son ignorance de la constitution qu'il était chargé de maintenir, puisqu'il ne devait qu'une chambre aux quatre élèves boursiers, le principal crut devoir s'excuser lorsque le recteur fit sa visite de l'année 1 665. Il promit de faire droit à la réclamation de ses élèves aussitôt que cela serait possible. Cependant l'année qui
i. Acte du 18 mars 1634, Archives de l'Empire, M. i89. 2. Comptes du collège, Archives de l'Empire, H. 2808*.
suivit ne vît pas s'accomplir celte promesse. Le recteur cita les parties à son tribunal. Jean Berthould fut condamné à fournir dans le terme de Noël une seconde chambre pour les deux élèves qui étaient obligés d'aller coucher dehors*.
Le registre académique porte que les enfants se présentèrent à l'audience dans un tel état de malpropreté que le recteur ne put pas s'empêcher de leur en faire honte. Le principal fut adjuré d'avoir l'œil à ce qu'ils fussent mieux tenus à l'avenir.
S'il est vrai que la propreté est possible dans toutes les conditions, il faut reconnaître néanmoins que cette vertu est plus difficile pour les pauvres que pour ceux à qui rien ne manque. Or nos petits boursiers étaient des pauvres dont l'indigence n'était guère soulagée par l'avantage qu'on leur faisait. Quoique leur pension de 25 livres eût été élevée à 37 livres 1 sous*, on se demande comment, sous Louis XIII et sous Louis XIV, ils pouvaient se nourrir et s'habiller avec une si faible somme. A moins qu'ils n'aient vécu de pain et d'eau, on doit supposer ou qu'ils mangeaient les reliefs du principal, ou qu'il leur venait d'autres charités du dehors. .
Ces élèves, étant suppôts de TUniversité par condition, ne furent jamais de ceux dont on eut à se plaindre qu'ils étaient envoyés aux jésuites. Ils suivirent le cours du collège le plus voisin, qui était celui de Lîsieux. La porte de Sainte-Barbe, n'ayant pas encore été déplacée de son lieu primitif, donnait presque
i. Archives de l'Université, Kcg. S!, Toi. 69. 2. Ordonnaiice des Supérieurs du 17 avril 1635.
en face de ce collège; seulement une porte cochère avait remplacé le portail gothique de l'hôtel de Ch^lon. Elle fut gardée pendant quarante ans par un brave homme nommé Dumoustier, qui fit pendant la Fronde le service de mousquetaire pour Sainte- Barbe. Sa longue fidélité lui valut d'être enterré à Saint-Benoity en 1 679, aux frais de la maison^ Mais ne perdons pas de vue nos petits boursiers.
Le principal était tenu de leur donner l'instruction religieuse et des répétitions sur renseignement qu'ils recevaient en classe*. Jean Berthould finit par se soustraire à ce devoir, qui était une corvée pour lui. Il souffrit ou peut-être proposa tout le premier qu'on les prît parmi des jeunes gens déjà pourvus de leur diplôme de maître es arts. Par là les petites bourses furent converties en secours à Fusage d'étudiants qui attendaient le moment de s'ouvrir une carrière. Trois bourses sur les quatre se trouvaient distribuées de la sorte en 1680. Par un abus encore plus criant, l'un des sujets pourvus était le propre neveu de M. Cocquelin, alors chancelier de Notre-Dame et de l'Université, par conséquent membre du conseil supérieur de Sainte-Barbe ; de sorte que ceux-là même qui avaient mission de surveiller l'emploi de l'aumône destinée aux pauvres n'avaient pas honte de faire tomber cette aumône dans la main de leurs proches*.
On a l'idée maintenant de la population bigarrée
i . Comptes du collège, Archives de PEmpire, H. 2808 '.