‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 52 sur 145 · Gabrielis Cossartii tumulus^ dans les Opéra poetiea · texte numérisé non relu

Gabrielis Cossartii tumulus^ dans les Opéra poetiea

2. Mémoires du cardinal de Retz (Collection Michaud), p. J95.

doux^ bienveillant, affable à chacun, mettant dans ses moindres actions de la dignité sans apprêt et dans tout ce qu'il disait un charme infini. Il écrivait très-bien en latin et en français. Avec cela c'était Tâme du

monde la plus loyale; jamais de calcul dans sa conduite, et un goût modéré pour les honneurs, dont il se serait passé facilement s'ils n'étaient pas venus le chercher d'eux-mêmes. Il fut membre de l'Académie française et évéque de Laon à vingt-huit ans, cardinal à quarante-six, employé toute sa vie dans les plus grandes affaires ^

Tandis que ce futur académicien, logé probablement avec un précepteur, déclinait en latin et en grec dans l'une des chambres de notre collège, le plus illustre des secrétaires perpétuels en face de qui il devait siéger plus tard acquérait ses premiers titres dans un grenier, sous les combles de la maison. Nous voulons parler de François Eudes, plus connu sous le nom de Mézeray.

Tous les biographes mentionnent la retraite que Mézeray fit à Sainte-Barbe, dans le temps où il conçut le projet d'écrire l'histoire de France. Il avait alors vingt-six ans, ce qui nous reporte à l'année 1637. Rien dans sa vie passée n'annonçait ce qu'il serait un jour. Il avait servi dans l'armée comme officier d'administration, puis s'était retiré, par dégoût des voleries dont il était témoin • Peu exercé à la composition, car il n'avait encore écrit que de méchants vers et d'obscurs

i . Dalembert, Histoire des membres de l'Académie française, t. III, p. 324 ; Mémoires de Tabbé Legendre (dans le Magasin de librairie t. Y), 1. 3 et 4 ;. Mémoîrost du duc de Saint-Simon.

ICO HISTOIRE

pamphlets, n'ayant ni Thabitude ni le goût des recherches, mais alliant à la passion littéraire un sentiment profond de moralité et de très-fermes opinions politiques, il résolut d'employer Thistoire à la défense « des droits anciens et naturels , » dont trop peu de personnes lui paraissaient se soucier alors. C'est pour l'accomplissement de ce dessein qu'il chercha un asile où il pût trouver le recueillement et vivre sans beaucoup de dépense, car ses ressources étaient des plus bornées. La chambre que lui loua Henri Berthould n'eut pas besoin d'être vaste : son bagage se ressentait de l'état de sa bourse.

Dès qu'il fut installé, il se fît connaître pour un parfait original. 11 y avait en lui du Romain et du philosophe delasectedeDiogène. Une brusque franchise donnait à sa conversation un tour qui n'était celui de personne. 11 avait des façons de travailler non moins singulières. Son esprit, paresseux de sa nature, ne se prêtant qu'avec beaucoup de peine à l'application, pour l'y contraindre il se livrait à mille simagrées. 11 avait beau faire, lorsqu'il était sur ses livres, c'était pour rêvasser plutôt que pour lire avec fruit, et il se surprenait sans cesse à griffonner sur les marges ce qu'il pensait du gouvernement, préoccupation qui avait passé chez lui à l'état d'idée fixe. On a conservé une page de son exemplaire de l'Histoire universelle de d' Aubigné où il y a ce vœu écrit de sa main : Duo tantum hec opto : unum ut moriens populum Francorum liberum relinquam^ alterum ut cuique ei^eniat sicut de re publica quisque fnerebitur ^

1 . Bulletin de la Soc. de THist. de France, année 4 852, p. 21 2.

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Sa plus étrange manie était le goût des haillons. Il sortait dans les rues habillé de telle sorte que qui ne le connaissait pas lui aurait mis volontiers un liard dans la main. Une certaine camisole en peau de mouton usée, dont il s'était fait un pourpoint, le rendait digne du crayon de Callot. Des agents de la police des pauvres, le rencontrant un jour dans cet accoutrement, Tappréhendèrent au collet pour le conduire au dépôt de la mendicité. II les pria plaisamment de vouloir bien attendre que son carrosse fût raccommodé, s'ils voulaient qu'il le^ suivit. Jl leur apprit ensuite qui il était.

L'excès d'assiduité lui ayant causé une longue maladie, il se trouva au plus mal dans ses afTaires. Heureusement pour lui, quelqu'un signala sa détresse au cardinal de Richelieu, qui lui fit porter aussitôt cinq cents écus dans une bourse brodée à ses armes. Cette version est celle de'Larroque, qui nous a laissé une vie de Mézerav: mais l'anecdote est racontée autrement par le P. Lelong, au dire duquel le cardinal aurait envoyé ce cadeau après une séance de thèse, où le futur historien, qui entendait à merveille toutes les parties de la philosophie, avait excité l'admiration de la Sorbonne en argumentant contre le récipien-r diaire. De quelque manière que les choses se soient passées, il est certain que Mézeray se ressentit de la bienfaisance de Richelieu. Il ne s'en réjouit pas autant qu'on pourrait croire. Cet argent, compté par la main d'un ministre, lui parut être le prix d'un sacrifice qu'on demandait à son indépendance.

Telles sont les circonstances au milieu desquelles fut composé le premier volume de rHîslôire de Il \K

lj^2 HISTOIEE

ft-aiwîei Lorsqu'il parut, en i643, Mézeray avait déjà quitté SaÎDte-Barbe' pour, la maison du chaoceli^r Scgwier*.

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