‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 53 sur 145 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

• Projet» divers sur les petits collèges. — Arrêt du Conseil d'Elat pour réunir Saiiit«-Barf3e à l'École de droit. — Opposition vigoureuse de Louis Delaroche. — Contestation avec le Bureau des pauvres. — ûf&e des jésuites pour avoir une partie de Sainte-Barbe. — Intervention de l'Université. — Vente à l'Université de la moitié du collège. — Reo^nstiwclioB des lïâtinateiit^vaUéâéft.

Avant que le P. Cotton eut coifTé Henri IV de cette prédilection pour les jésuites qui donna naissance au collège de la Flèche, le bon roi avait songé un moment à compléter la réforme de l'Université de Paris par laréorganisation de ses collèges. En réunissant le revenu de toutes les fondations, on aurait formé quatre établissements spacieux 9 fournis de professeurs d'élite, et ces professeurs auraient été rétribués des deniers de l'État*. Ce projet fut repris, plusieurs années après l'at-

i . Mémoires de Mceron, t. T, p. 208 ; Là Vie dé François Etidés de^ Mézeray ( par ^Daniel Larroque ») , iQ4 î , Attisterdaii] , i 726 ; Diptioimaire hisjtonque- de Morm ; Mémoires historiques sur pin* sieurs historiens modernes de. la France, à. la fin. du tome III de la Bibliothèque historique du P. Lelong^ édition. Fevret de Fon* tetta, n<> 32.

2i Rîcher, Hfsioria Aittui^mmPotèsiemi^^ ms. suppl. lat. de la QldiQthèqufi impériale, t. lY» fol. 66 :ei7d.

tentât de Rasiraillae, par un sieur de Saint-Clément, qui en fit un mémoire qu'il adressa à Louis XIIP. On voit par cet écrit quel aurait été le sort de Sainte*Barbe« Réunie avec Montaigu, le Plessis, le Mans, Reims et Coqueret^ elle eût perdu son nom en m^ême temps que ses lois. Le grand corps dont elle aurait fait partie se serait appelé Collège desi Id^tres ou des airts, ou de toute autre diose en état de: cadrer avec le nom de Collège des vertus, attribué par le feu roi lui-même au groupe dont Navarre aurait été le principal élément.

Bien que cette conception eût souri à Louis XIII, qui se donna la peine de la discuter avec le recteur de l'Université en 1 620, la seconde fois comme la première elle s'évanouit sans avoir eu de suite. Le cardinal de Richelieu Tayant reprise au plus beaAi temps de sa puis» sance, elle resta: Picore sans el&t*.

En 1 651 , les principaux des petite collèges, notre Jean Bertbould dans le nombre,, eurent raison devant le parlement d'une quatrième tentative du même genre, suggérée par les partisans dans un but pure^ mentfiseal^

Il fallut, qu'en 1680 Sainte^Barbe reçût eneore la désagréable nouvdle d'un projet qui menaçait son existence* Cette fois le.ca& était d'autant plus grave que Louis XIV avait manifesté sa volonté^ et que deux ooW léges seulement étaien tatteintSy de sorte qu' il n'y avait

1. An roj^ Mémoire signé àila^ûo René de Saint«GIément. Iti-4^ de 24 pages, jsatis lieu ni date.

2. Jourdain, Histoire de TCniversité au xvii<* et au xviii» siècle, p. 99 et 430.

3. Comptes du collège pour 16^1-4652, Archives de l'Empire, H. 2808».

espoir ni de recourir aux complaisances de la magistralure, ni de faire monter au trône les doléances d'une armée de suppliants. Voici de quoi il s'agissait.

Le roi avant institué rensei«:uement du droit civil à côté de celui du droit canonique dans la Faculté de décret (avril 1679), la vieille école de la rue Saint-Jean de Beauvais se trouva tout d'un coup trop étroite pour le nombre plus que doublé de ses étudiants. Il fallut songer à l'agrandir : de là l'idée d'un monument, et, par suite, d un déplacement. On jela les yeux sur le collège de Bourgogne, situé en face des Cordeliers, au lieu où est aujourd'hui l'École de Médecine. Ce collège, jadis si florissant, se trouvait réduit au même état que Sainte-Barbe. Toutefois, il n'était point à vendre ; pour lui prendre son terrain , il fallait l'amener à composition. Louis XIV approuva un expédient proposé par Colbert, qui consistait à transporter les boursiers de Bourgogne dans les bâtiments de Sainte- Barbe. Quant à Sainte-Barbe, on l'aurait laissée subsister dans un coin de la nouvelle école de droit, en supprimant le*principal et le procureur, de sorte que, de la communauté établie en 1556, il ne serait resté que le chapelain et les quatre petits boursiers , et à eux cinq ils auraient vécu de la dotation de Robert Dugast , sous la surveillance du doyen de la Faculté utriusque jurîs. Cela fut décidé en Conseil, et l'exécution confiée aux conseillers d'État Boucherat, Bignon et de Besons, devant lesquels les dignitaires des deux collèges furent appelés à comparaître avpc les titres de leur fondation ^

1. Félibifip, Histoire de Paris, r. Il, p. 1047; Arrêt dn conseil

Le projet ne tarda pas à être modifié par le mouvement que se donnèrent les Francomlois; caria province de Bourgogne, à laquelle appartenait le collège du même nom, était celle de la rive gauche de la Saône, la Franche-Comté, réunie depuis trop peu de temps à la couronne pour qu'on n'eût point égard à ses réclamations. Sainte-Barbe resta seule sur le tapîîi. Alors un nouvel arrêt la déclara réunie à l'École de droit, ainsi qu^il avait été décidé en premier lieu, mais sans déplacer les boursiers maintenus. On laissait même le principal et le procureur supprimés jouir de leurs chambres jusqu'à la fin de leur vie. Le reste des bâtiments devait servir à. loger les professeurs de droit canon \

Qu'on se rappelle en quel état était alors l'administration du collège. Jean Berthould, le principal, avait consenti à se démettre de ses fonctions par incapacité; Plicolas Vachot, le procureur, avait perdu les siennes par indignité ; tous les pouvoirs étaient réunis dans les mains du chapelain, Louis Delaroche.

Ce Delaroche était un habile homme, qui était venu naguère du diocèse d'Aulun achever ses études à Paris avec l'idée de se faire avocat. A l'Ecole de droit il se fit remarquer par le célèbre Doujat, qui l'attira chez lui, et l'employa comme secrétaire. Doujat, à titre de doyen de la Faculté, figurait depuis longtemps dans le Conseil supérieur de Sainle-Barbe. De plus, on sait qu'il était aussi savant philologue que profond

d'État cfu 26 mars 1680, aux Archives de l'Université, carton 19, liasse 1, n*» 22.

i. Arrêt du Conseil d*État du tO mars 1681, Archives de TEmpire, E. 1807.

i66 HISTOIRE

jurisconsulte. Il fut frappé de rintelligence avec laquelle Delaroche expliquait les auteurs anciens , reconnut en lui une .vocation véritable pour renseignement , et rengagea « embrasser cette carrière plut6t que celle du barreau. Il ne s'agissait que de lui trouver une condition sortable : ce qui se présenta bientôt par la mort du chapelain de notre collège. Grâee à Doujat, Delaroche fut nommé à cet emploi, tiuoiqu'il ne fût pas dans les ordres ; mais il prit volontiers l'engagement de se mettre en règle dans le plus bref délai. De cette façon, il fut improvisé prêtre etbarbisie en 1 675. Il eut bientôt un pensionnat à lui , qui le mit en réputation et comme instituteur et comme administrateur. La protection qui lui avait ouvert les portes de Sainte-*Barbe ne Tabandonnatit pas loraqu'il y fut en pied, il dut à ^Doujat l'autorité absolue dont il fut investi; il lui dut encore la perspective de l'état honorable dans lequel on se proposait d'entretenir le chapelain, après qu'aurait été consommée la réunion du collège à l'École de droit *. "

Mais ce dernier bienfait ne souriait -que 'médiocrement à M. Delaroche, qui aTStit de bonnes raisons pour préférer le stcetu quo. ^Depuis le commencement de sa gestion , dont il n'avait pas encore rendu'^de compte , il employait les revenus du cdllége à moirter son établissement particulier ; et comme il n'avait pas à lai un écu vaillant , la nécessité d'une liquidation l'aurait mis dans une perplexité extrême'*. Il résolut de pro-

i . Notes historiques sur Sainte-Barbe, Archives de rUniversité, carton 22 ; Factum de Simon Menassier, principal de Sainte-Barbe, contre l'Uni versilé, 1723.

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