Archives de l'Université, Reg. 23, fol
2. Comptes du Collège pour les années 1561 à 1566, Archives de l'Empire, H. 2808»; Fclibien, Histoire de Paris, t. IV, col. 801 .
année 1561-1562. La rentrée des classes s'accomplit à peu près comme à Tordinaire , mais sans aucune apparence du recueillement nécessaire à l'étude. Les écoliers revinrent, moins pour se livrer à leurs disputes que pour s'entretenir du Colloque de Poîssy, qui venait de fmir, laissant dans les esprits un trouble indicible. Vainement les catholiques publiaient que la doctrine de Genève était sortie confondue de cette solennelle assemblée : leur inquiétude démentait l'assurance de leurs discours. Le successeur d'Ignace de Loyola dans le gouvernement de la société de Jésus , Jacques Laynez, qui avait assisté à la discussion, jugea nécessaire d'en amortir l'effet auprès de la jeunesse de l'Université, et il ne se reposa sur personne du soin de cette mission. Au témoignage de son biographe, il visita et prêcha tous les collèges l'un après l'autre*; c'est dire que l'un des premiers où il porta ses pas fut Sain te- Barbe, à laquelle l'attachait le souvenir de ses premières conférences avec son maître, lors(|u'il l'y venait voir, lui-même étant élève du collège de Lisieux. Il réitéra auprès des principaux les instances qui leur étaient venues tant de fois du côté du parlement et de la Facultàde théologie. Il les pressa d'instituer de nouveaux exercices de piété pour obtenir du ciel le salut du royaume et de la religion. Il ne réussit point à ralentir les progrès, chaque jour plus sensibles, du découragement et de la crainte.
Après une rixe qui eut lieu dans les derniers jours de décembre entre les catholiques de la paroisse Saint- Médard et les protestants, la déroute se mit dans les
i . Ribadeneira, Fita P^ Jacohi Lajnis^ lib. III, c. 2.
collèges. Beaucoup d'élèves de la province s'enfuirent chez leurs parents, malgré la rigueur de la saison. L'émigration redoubla par reiïroi que jeta dans Paris l'édit de tolérance rendu au mois de janvier 1 562. De ce que Taytorilé royale avait pour la première fois reconnu la liberté de conscience, presque tout le monde crut qu'il n'y avait plus qu'à se barricader chez soi et à s'attendre aux plus grands malheurs. Comment la jeunesse n'aurait elle pas partagé des terreurs qu'affichaient le peuple, le clergé et les grands corps de l'Etat? De vingt mille étudiants, il n'en resta guère qu'un millier, dont quatre cents étaient calvinistes*.
Ceux-ci, parfaitement disciplinés, tous munis d'armes, tandis que les édits défendaient la réciproque à leurs adversaires, prirent facilement le haut du pavé dans les rues du quartier latin. Aux manifestations catholiques du corps enseignant ils répondirent par des manifestations protestantes. Le recteur étant allé s'opposer à l'enregistrement de l'édit de tolérance, ils envahirent à leur tour la cour du Palais, et vociférèrent après le premier président et le procureur général pour qu'on leur donnât des temples". Tout le monde s'écartait devant eux. Une armée de soldats aguerris n'aurait pas inspiré plus de crainte; et cependant un des leurs affirme que, si les chambrières des curés
1 . Dtfmysii Lamimi Monsirolfensis orotio postriffie idiu decem^' Iris y pridie quam PhiUpprcarum Demostbemis expUcaiionem orsus est y anno mtlxii , in aula gymnasii Samarohrivensis habita. In-4®, Paris, 4563.