Félibien, ffîstoîre de Paris, t. IV, p
s'étaient réunies pour les charger avec des triques, ils n'auraient point tenu devant elles ^
Cela dura jusqu'au jour où le duc de Guise apporta aux Parisiens le gage du sang répandu à Vassy (29 avril 1562). Alors les catholiques se formèrent aussi en bandes années, qui parcoururent les rues et firent entendre leurs menaces. « Les coups de pistolet et de canon servirent de carillon. » Les hérétiques eurent leur tour de trembler. Ayant reçu Tordre d'évacuer la ville , ils ne se le firent pas dire deux fois. Ils s'éloignèrent avec armes et bagages *.
Cette misère finie , une autre succéda, La peste s'étendit sur la capitale. Elle fit rage parmi les pauvres professeurs et graduées; qui étaient restés dans les chambres des collèges. Puis, quand on cessa de mourir, la réaction qui triomphait voulut prouver qu'elle était le régime de l'ordre. Elle décréta la reprise de tous les travaux. Les écoliers catholiques furent rappelés, afin de réparer pendant les vacances l'année qu'ils avaient perdue. Il en revint quelques centaines. Sainte- Barbe, abandonnée depuis le mois de janvier, put rouvrir ses classes, en août'.
Il s'en fallait cependant que les troubles fussent à leur terme. Les armées des deux partis prenaient leurs positions dans le centre de la France. Entre Poitiers, Orléans et Lyon leurs éclaireurs battaient toutes les roules. Il n'était pas de jour qu'on ne reçût la nou-
i. Mémoires de Lanoue, ch. 2.
2. Estienne Pasciuier, Lettres, 1. IV, n. 15; Mémoires de €3Mide fiaton, t I, p. 243.
3. GtHDpies éii eoliége po«tr l'an 4562; Archives de FEmpire, H. 2808».
velle de quelque meurtre, pillage ou incendie. L'un de ces attentats jeta la consternation dans notre collège.
On se rappelle que le comité de surveillance institué par Robert Dugast complaît parmi ses membres Tun des conseillers clercs du parlement. Le premier qui s'immisça à ce titre dans les affaires de Sainte-Barbe fut Baptiste Sapin , homme d'une grande instruction, protecteur zélé des gens de lettres, et fort préoccupé depuis quelques années du relâchement des études, qu'il cherchait par tous les moyens à relever au niveau qu'il leur avait vu atteindre dans son jeune temps. A la fin d'octobre 1 502 , il entreprit un voyage avec l'abbé de Gastines. Il allait voir ses propriétés de Touraine, disent les catholiques; les protestants prétendent qu'il se rendait en Espagne dans un but hostile à leur religion. Le fait est que l'abbé et lui furent rencontrés en la compagnie du maître des requêtes Jean de Selve, envoyé pour une affaire secrète auprès de Philippe IL Un parti de soldats huguenots les arrêta au village de Cloye. Ils furent conduits à Orléans et traduits devant un conseil de guerre. Pour leur malheur, ils furent jugés le jour même où Ton apprit les vengeances exercées par les catholiques après la prise de Rouen. Il n y eut de rémission ni pour l'abbé, ni pour le conseiller, qui tous deux s'étaient fait connaître par l'emportement de leurs opinions religieuses. Ils furent pendus ensemble à une même potence *.
i . Th. de Bèze, Histoire des Églises réformées, U II, p. 154 et i87; Rapport de Gilles Bourdin, procureur général du parlement, dans Félibien, Histoire de Paris, t. IV, col. 807.
C'est à la faveur de ces lugubres événements que Robert Certain , moins occupé des maux de la patrie que du soin de satisfaire ses petites vengeances y laissa perdre le bénéfice du procès gagné contre Montaigu. 11 resta inerte pendant que l'adversaire mettait en jeu toutes ses ressources, si bien qu'un nouvel arrêt annula celui par lequel l'emplacement de la future chapelle avait été déterminé. Alors l'habile homme retrouva son activité pour l'avancement de ses propres procès. Mais il avait lassé la patience de tout le monde : il ne trouva plus les ménagements qu'on avait gardés envers lui jusque-là. Les membres du conseil supérieur se résolurent enfin à prendre le parti des boursiers pour le mavptien de la fondation \
Ce serait engendrer l'ennui que de rapporter tout ce qui fut écrit de requêtes, de sommations et de contre-sommations pendant près de trois ans que la lutte se prolongea. Le conseil , invoquant le droit dont il avait été investi par le fondateur, prétendit que toutes les causes pendantes étaient de sa compétence, et qu'elles seraient décidées par son jugement. C'est ce que demandaient le procureur et le chapelain. Il fallut trois arrêts du parlement" pour réduire l'intraitable plaideur à se soumettre. Il comparut devant les Supérieurs par assignation d'huissier', poussa des cris de possédé contre la sentence, quoiqu'elle lui eût
i. Comptes du Collège pour 1563 et i564, Archives de l'Empire, H. â808*.
2. Arrcls du 29 août i562, du mois de mars 1364, du 3 juin 1 565, Archives de l'Empire, Conseil du parlement, et Comptes du collège, H. 2808>, p. 17.