‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 85 sur 145 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L*abbé Germain Gillot. — Établissement des Gilotins à Sainte-Barbe. — Nouveau système d'éducation. — L'instruction janséniste. — Écoles instituées sur le plan des Communautés de Tabbé Gillot.

Ayant conduit jusqu'à sa fin Tliistoire de Fancien collège de Sainte-Barbe, il nous faut à présent revenir sur nos pas pour nous acquitter de ce qui concerne la Communauté du même nom.

La Communauté de Sainte-Barbe n'est pas autre chose que le pensionnat, locataire de la partie de Sainte-Barbe acquise par l'Université, sur lequel on a vu Simon Menassier bâtir si mal à propos, au commencement du dix-huitième siècle, ses plans de restauration et de régénération. Pour commencer, nous ne définirons pas cet établissement qui, tant qu'il subsista, ne parvint jamais à se définir lui-même. Son histoire montrera ce qu'il fiitetcequ'il prétendit être. Il suffit d'annoncer qu'étranger au collège et placé dans des bâtiments dont celui-ci n'avait plus la propriété, il reçut le nom de Sainte-Barbe à raison du domicile

qu'il occupait, par abus de langage, mais non pas au détriment de la maison, car il porta ce nom de manière à le relever dans l'estime du public, qui 1 Savait oublié depuis un siècle.

L'origine de la Communauté remonte aux belles années du règne de Louis XIV. La famille Gillot, illustre dans la robe et dans les lettres, comptait alors dans la société de Sorbonne un de ses membres, l'abbé Germain Gillot, homme d'une vertu antique et d'une piété ardente. C'était un de ces cœurs fornaés de la substance dont fut pétri celui de saint Vincent de Paul, et chez lui la charité s'était tournée particulièrement à donner aux jeunes gens pauvres le bienfait de rinstruclion*. D'après un usage des anciens temps, qui s'était conservé jusqu'alors, la plupart des docteurs en théologie entretenaient à leurs frais dans les collèges un ou deux enfants choisis parmi ceux dont les dispositions pouvaient faire espérer qu'ils deviendraient un jour des prédicateurs ou des controversistes de talent. Ces sujets étaient distingués dans l'Université sous le nom de Johannès^.

Germain Gillot puisa dans cette coutume Tinspiration de son œuvre. Riche à plus de cent mille écus, il se voua à un genre de vie voisin de l'indigence, afin d'employer à payer des pensions d'écoliers son revenu et même plus que son revenu, car lorsqu'il mourut son fonds était fortement entamé. De cette manière, il eut des Johannès à lui dans plusieurs collèges à la

1. Moreri, Dictionnaire historique, art. Gillot j Nouvelles ecclésiastiques, n« du 2lB oct. 4730,

2. Mémoires sur là comniunauté de Sàinte-Bàrbe, n*» 7, Ms. de la Bibliothèque de l'Université ;, U. in> D.

fois, et en telle quantité qu'ils formèrent souvent des chambrées à part. Son occupation fut d'aller inspecter ces élèves, pour s'assurer de leurs progrès et pour leur porter l'instruction religieuse. Il en eut quelquesuns dans notre collège longtemps avant qu'il fût question de Communauté. Vers 1670, un jeune homme devenu fameux par la suite, Hyacinthe Ravechet, qui . s'était retiré de chez les jésuites de Compiègne pour venir achever ses études à Paris, fut accueilli par Tabbé Gillot, et fit, aux frais de ce docteur, ses classes de rhétorique et de philosophie, étant logé à Sainte- Barbe ^

Ravechet fut le chef de la réaction contre la bulle Umgenitus^ après la mort de Louis XIV. Exilé en 1717 à cause de sa véhémence, il succomba à une maladie mortelle dans la ville de Rennes, tandis qu'il se rendait à Saint-Brieuc, que sa lettre de cachet lui assignait pour résidence. Le jour de son enterrement, les jésuites de Rennes firent composer toutes les classes de leur collège, afin qu'aucun de leurs élèves n'assistât à la cérémonie, et l'un des professeurs, importuné du bruit des cloches, dit tout haut dans sa chaire : « Ne voilà* t-il pas bien du bruit pour un damné*! » On ne pouvait pas recevoir plus nettement son absoute de janséniste.

Estf<;e donc au jansénisme que l'abbé Gillot formait ses protégés? Non pas précisément. Il ne faut pas se méprendre sur la valeur des termes, ni oublier que dans les contestations humaines les choses vont se transfigurarit sans cesse.

L Nécrologe du dfx-huittéme siècle, p. 39*

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