‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 86 sur 145 · Nouvelles ecclésiastiques, n? du 16 aYriM · texte numérisé non relu

Nouvelles ecclésiastiques, n? du 16 aYriM

Germain Gillot prit part à la censure d'Arnauld en ■ 1 656 , et quoiqu'il Tait fait avec des restrictions, particulièrement sur le cas d'hérésie , cependant avoir opiné, lorsque s'abstinrent quatre-vingts de ses collègues, témoigne de sa part des scrupules sérieux à l'endroit de la doctrine incriminée^ 11 ne fut donc pas de ceux qui reçurent le mot de Port-Royal ; mais son admiration fut sans bornes pour les vertus dont l'exemple et les préceptes sortaient de cette maison comme d'une source intarissable, k force de méditer sur des livres qu'il n'approuvait pas complètement, il se pénétra du sentiment d'un christianisme épuré et austère, qu'il jugea bon de communiquer à la jeune génération. Sous l'empire des circonstances, ses disciples allèrent plus loin que lui, et il se trouva en dernier lieu avoir jeté plus qu'aucun autre le grain de la fertile moisson qui ne tarda pas à lever dans le champ du jansénisme.

Cet homme charitable fut affligé d'une vieillesse précoce. La surveillance qu'il s'était imposée étant devenue trop considérable pour ses forces, il se vît obligé de la partager avec quelqu'un. 11 prit pour aide l'ur; de ceux qu'il avait autrefois nourris et instruits, Thomas Durieux, élève des jésuites d'Amiens avant d'avoir été le sien, alors son collègue en Sorbonne. Celui-ci eut bientôt la direction entière de l'œuvre par la mort de l'abbé Gillot, qui arriva au mois d'octobre 1688».

i. Dictionnaire historique, littéraire et critique (par Barrai),

2. Gazette de France, n® du 30 octobre, 16885 Nouvelles ecclésiastiques, n" du 26 octobre 1730.

Lorsque M. Durîeux fut livré à lui-même^ il résolut de donner une autre forme aux charités de son vieil ami. Il calcula qu'il n'y avait pas d'économie à payer ainsi des pensions à droite et à gauche^ et que s'il réunissait ensemble les jeunes gens gratifiés de ces pensions, avec le même prix qu'ils coûtaient, le bienfait de l'instruction pourrait être étendu à un plus grand nombre. 11 se dit aussi qu'au moyen de la vie commune, l'éducation chrétienne, qui était le but du bienfaiteur, serait donnée avec plus de suite et plus de fruit. Enfin, il pensa se rendre utile au public en admettant dans la compagnie des élèves deGiUot, et sous la même discipline, les enfants que voudraient bien lui confier les familles pourvues de quelque aisance. Il arriva ainsi à l'idée d'une institution, gratuite pour quelques-uns, payante pour le, plus grand nombre, mais au prix le plus modéré ; et ^son plan fut de faire revivre dans cet établissement les règles de conduite et les méthodes d'enseignement qu'avaient suivies naguère les maîtres de Port-Royal*.

L'exécution d'un pareil dessein demandait une circonspection extrême. Il fallait prendre garde de faire du bruit, si l'on ne voulait pas éveiller les alarmes. Quoique les écoles de Port-Royal fussent supprimées depuis trente ans, le souvenir en était toujours présent à l'esprit des molinistes; elles n'avaient pas cessé d'être signalées par eux commédes écoles de pestilence, et le gouvernement, qui les avait fait fermer, n'était pas d'humeur à les laisser rouvrir. Heureusement très-peu

1. Dictionnaire de 1758, art. Durîeux; Selecta Carmina ora^ tionesque cil, quorumdam in unwersitate Paris » Profess, (in- 12, Paris, 1727), p. 288.

de personnes savaient comment on s^ était comporte, et Thomas Durieux se conduisit de façon à n'avoir de confidents que parmi ceux qui ne pouvaient pas ie trahir. Ni ordonnance royale, ni arrêt du parleœeiil, ni permission d'aucune autorité ecclésiastique ne fut nécessaire pour l'entreprise qu'il avait conçue* Il demanda seulement à rUnivcrsité de lui louer les bâtiments qu'elle venait de faire reconstruire à Sainte- Barbe ^ son intention étant d'y réunir les enfants adoptifs de Tabbé Gillot sous la forme d'un pensionnat qui suivrait les classes du Plessis; et l'Université qui savait parfaitement ce qu'il voulait faire; qui ei) était ravie, mais qui tenait à jouer rindi'fférence, nomma des commissaires pour s'acquitter de ce petit détail d'administration ^ Le recteur n'eut qu'à signer le bail, après que Pacte eut été dressé. On s abstint même de prononcer le nom de Durieux dans le procèsr-verbal de la délibération, et il est probable que ce nom ne figurait pas davantage dans le contrat. Nous ne pouvons pas l'aftirmer, attendu que la pièce nous manque ; mais nous avcms le renouvellement du bail^ en date du 40 mai 4695. 11 est signé de Rollin, alors recteur et domicilié au coUége de Laon, contractant avec maitl^e Thomas Damery, bacbelier en théologie^ et maiire Claude Buisson^ professeur de philosophie à Montaigu. Ces deux personnages ne se dosnetit pas d'autre qualité, ni ne laissent paraître l'indice d'aucune relation établie entre eux et Thoatas Durieux. 11 est dit seulement dans la teneier qu'ils deniefiraient au collège Sainte-Barbe*.

i. Arcbif^es de rUntverské, Reg. 38, M, 4.

Page 1