Original du contrat, Archives de rËmpîre^ S
Le charitable docteur installa à la fin de 1 690 son établissement, composé seulement de soixante jeunes gens. Son secret divulgué, et néanmoins bien gard? parmi les personnes qui partageaient ses opinions religieuses, lui attira tant d'élèves en peu d'années qu'il lui fut impossible de les loger tous a Sainte-Barbe ; il dut en mettre une partie à Lisieux. Il les distribua en trois divisions, dont Tune contenait les étudiants en théologie, une autre les élèves en philosophie, et la troisième les adolescents qui faisaient leurs classes entre la sixième et la rhétorique. On se servit pour les désigner -des termes abr^és de Théologiens, Philosophes et Humanistes ; l'ensemble s'appela les Communautés de M, Gitloty et dans l'Université on forgea bientôt le mot GîlotmSy qui fut adopté dans le public, et resta longtemps populaireen France \ On disait les Gihtins^ de même qu'on disait les Écossais ou les Irlandais. Un élève des Communautés était un Gilotin ; lorsqu^on y était reçu, on entrait aux Gilotîns*.
Chacune des Communautés eut son chef particulier ou supérieur local et aussi son administration à part» dont le soin fut dévolu à un prociu*eur. Les supérieure locaux recevai^it Tordre de M. Durieux, premier supérieur. C'est la Communauté des Théologiens qui prit domicile au collège <}e Lisieux. Celle des Philosophes occupa à Sainte-Barbe le corps de logis sitaé sur la rue
A . Dictionnaire de Trévoux et Encyclopédie, v® Gilotins.
2. « Je me sers de l'occasion d'un étudiant qui va à Paris (un jeune Beauvais, fils d^un cordonnier, qui va aux Giiotins : c'est le neveu du curé de Quène) pour vous l'enouvder mes devoirs. » LeHrede Tabbc Le Beuf au P. Prévost, bibliothécaire de Sainte- Geneviève, du 24 octobre 1725.
de Reims, et celle des Humanistes l'autre corps de logis sur la rue des Chiens. La porte cochère, percée au bout de la rue Chartière pour la commodité du collège, se trouva parfaitement appropriée au besoia de ces deux Communautés. Leurs élèves, pour gagner le Plessis, n'eurent qu'à descendre un peu dans la rue Chartière. Derrière le collège du Mans, ils trouvaient un long passage, au bout duquel était Tune des entrées du Plessis '•
Il est bien difficile de connaître dans le détail une maison qui ne tint pas à faire parler d'elle, et que ses apologistes ont toujours affecté de ne louer qu'en des termes vagues. Plutôt que de l'entendre appeler sans cesse une école du devoir et de la vérité, un asile de l'étude sanctifiée par la religion, une pépinière d'hommes illustres par la piété comme par le savoir, on aimerait mieux rencontrer quelque part l'explication des pratiques auxquelles on s'y livrait. Toutefois Simon Menassier, dans son factum au parlement, a laissé échapper un mot considérable, en comparant les Communautés à « un séminaire où l'on étudiait selon une méthode particulière. » Cette méthode, que le prudent docteur s'abstenait de spécifier, nous avons déjà dit en quoi elle consistait. Son véritable caractère résulte de l'aveu, exprimé beaucoup plus tard, que Thomas Durieux s'efforça de remettre en vigueur à Sainte-Barbe l'esprit et les règles de la sainte maison de Port-Royal *.
1 . Mémoires sur la Communauté, n*^ 4^ dans le ms. de la Bibliothèque de PUniversité, n° U, III, 9.
2. Dictionnaire de 1758, art. Durieux; Nouvelles ecclésiastiques, n« du 24 avril 1776. '
Effectivement, avec le peu de traits qu'il est possible de recueillir sur Tinstitut des Gilotins, on arrive à recomposer un ensemble très- voisin par sa physionomie du tableau que M. Sainte-Beuve a retracé avec tant de soin des petites écoles de Port-Royal*. A la vérité, il y manque Terilière indépendance pour la direction des études, puisque les Gilotins appartenaient à l'Université ; il y manque aussi la demi-solitude entretenue à dessein dans les petites écoles par le soin qu'on avait de n'y recevoir qu'un très-petit nombre d'enfants à la fois. Mais ces différences étaient forcées; elles résultaient des conditions mêmes dans lesquelles la nouvelle entreprise avait été possible. Pour le reste, la ressemblance est parfaite- C'est la même sollicitude mêlée d'effroi à l'égard de l'enfance, la même douceur austère qui s'abstient également des sévices et des caresses, la même application à enseigner le devoir par l'idée du détachement, à inspirer l'horreur des transactions en tout genre^ à tourner la culture des esprits dans le sens d'une perfection chrétienne qui se modelait exclusivement sur les exemples de la primitive Église.
La continuelle surveillance et la culture appropriée à chaque esprit, deux choses si fortement recommandées par Messieurs de Port- Royal, pouvaient être observées, grâce au nombre des maîtres. Ceux-ci étaient multipliés au point que chacun n'eût pas sous lui plus de huit ou dix enfants. Ils étaient choisis parmi les anciens élèves de la maison, afin d'en perpétuer Tesprit. On peut croire qu'une scrupuleuse attention pré-