‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 88 sur 145 · Port-Royal, 2« édition, t. III · texte numérisé non relu

Port-Royal, 2« édition, t. III

sidait à leur choix* Il fallait qu'à une vocation véritable et au talent ils joignissent la piété, la charité^ c'est«à-dire la tendresse évangélique, Fabnégation d'eux-mêmes au profit de ceux dont ils étaient appelés non-seulement à ouvrir Tin tell igence, mais à échauffer le cœur par l'attente de la Grâce et à diriger l'âme dans la voie du salut* Ils servaient gratuitement. Leur office était à la fois celui de maitrés d'étude ou plutôt de précepteurs, de répétiteurs des leçons du collège et de professeurs pour diverses connaissances qu'on ajoutait à l'enseignement de l'Université : le plain-chant, l'histoire sacrée et profane, la cosmographie et la chronologie, les éléments de la jurisprudence ecclésiastique et civile \ Cette éducation, si complètement religieuse, n'excluait point un sentiment d'indépendance et de patrie, et l'on armait pour la défense du droit le chrétien qu'on accablait sous la pensée de la chute originelle.

Bien plus, tout en formant les écoliers à la plus entière soumission, on les munissait de garanties contre les erreurs ou les abus possibles de l'autorité. Au commencement de chaque année, le règlement leur était lu, développé, commenté avec le plus grand soin. On le leur dépeignait comme une chose à laquelle ils devaient à la fois respect et amour, et voici comment il était appliqué. Ils n'étaient jamais punis pour une faute particulière, mais pour l'ensemble des fautes commises dans un certain espace de temps. D'après le registre qui en était tenu jour par jour avec exactitude, les supérieurs faisaient le décompte à la fin

i . Factura de Simon Menassier contre PUniversiléj i 723.

de chaque semaine et le présentaient aux coupableis, en leur rappelant la loi qui avait déterminé les peines. Un représentant, choisi parmi les élèves de chaque classe, assistait à ce jugement, comme un tribun du peuple chargé de plaider pour la loi s'il la croyait outre-passée. Cette disposition fut de celles qui se maintinrent après que la maison eut changé d'esprit. Marmontel, la signalant au public en 1 790, ne pouvait retenir son élonnement de ce que l'un des grands principes de la Révolution eût été appliqué tant d'années à l'avance dans le gouvernement d'une humble maison d'études ^

Les études furent très-fortes. Instruits à fond en français et en latin, poussés dans le grec plus loin qiie les élèves des collèges, initiés même à l'hébreu, les Gilotins devinrent l'ornement du Plessis et un objet d'envie pour les jésuites. Dans tout Paris, dans toute la France, il n'y eut pas d'écoliers plus solides ni chez qui le travail eût plus d'égalité ; et cependant on ne se servait avec eux d'aucun des moyens employés ailleurs pour exciter l'émulation. L'aiguillon de la gloire et des récompenses fut inconnu dans les Communautés. On aurait craint par là d'éveiller l'ambition, <t le fléau de la vraie vertu, » dit un des hommes formés à cette rigide école ; et le même auteur ajoute que le zèle de la Vérité tenait lieu de tout autre stimulant'. On allait jusqu'à enseigner le sacrifice des dispositions réputées les plus louables, lorsqu'elles pouvaient amener le refroidissement de ce zèle. Nous avons l'exemple de l'un des

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