‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 90 sur 145 · JNoiivelles ecclésiastiques du 4 juin · texte numérisé non relu

JNoiivelles ecclésiastiques du 4 juin

de Louîs-le-Grand le bruit de la musique ou des pétards venait aux oreilles des Gilotins, ils ajoutaient quelque chose à leurs prières accoutumée^afin que Dieu daignât ramener dans la droite voie ceux qui donnaient de si grandes marques de dérèglement.

Jamais de divertissement pour les yeux, et pour l'esprit rien en dehors de ce que la règle autorisait. La lecture de peu de livres était permise, ceux-ci scrupuleusement triés, et Ton tenait avec une rigueur inexorable à ce qu'il n'en entrât point d'autres dans la maison. Un jour, les tragédies de Racine sont surprises entre les mains d'un élève : nulle pièce de théâtre n'était portée sur la liste des bons livres. Lorsque vient le moment d'expier la faute, la conscience du délinquant se soulève ; il croit qu'en pareil cas protester est un devoir ; il plaide avec éloquence la cause du poète •dont les vers l'ont ravi. C'était Charles Lebeau, qui annonçait déjà ce qu'il serait un jour, et à qui M. Durieux portait une affection particulière ; mais il avait aggravé par la révolte un acte de licence : il dut sortir de la Communauté \

Ce trait de sévérité ne prouve pas que les esprits fussent tenus à la chaîne. Loin de là, la discussion était tolérée, provoquée même, mais il fallait qu'elle vînt à son heure. On en a déjà vu une preuve par la fonction du défenseur d'office établi dans chaque classe ; il y en a une autre dans la conduite que tenaient les maîtres Gilotins lorsqu'ils recevaient sous eux des élèves commencés à d'autres écoles. Ces jeunes

i . Éloge de Lebeau, Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XLII, p. 190.

gens, étonués d'abord, critiquaient les choses si nouvelles dont ils étaient témoins. On les laissait dire; puis, quand ils conBmençaient à revenir de leur surprise, on les mettait à des lectures capables d'ëbranJer leurs préjugés. On achevait de les déconcerter par une méthode d'argumentation calquée sur celle de Socrate. Il s'en trouvait bien peu qui ne se convertissent, et dont la présomption ne se changeât en une docilité à ^ toute épreuve. Maints nourrissons des jésuites devinrent par ce moyen des jansénistes accomplis *. 1

Tel fut à l'origine l'établissement qui occupa depuis 1691 toute la région occidentale de Sainte-Barbe. H acquit en peu de temps la considération qu'il méritait, et servit de modèle à plusieurs autres Communautés du même genre qui se formèrent sur la rive gauche de la Seine. Nous connaissons celle de Saint- Hîlaire, fondée en 1 703 par le curé JoUain ; une autre eut son domicile dans le collège des Trente-Trois, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève *. Les paroisses de Saint- Séverin, de Saint-Benoît, de Saint-Hilaire, de Saint- Etienne du Mont et de Saint-Médard étaient celles qui comptaient le plus de jansénistes. Le faubourg Saint- Marceau et ses abords furent pleins dé prêtres amis de la vérité^ qui s'étaient rendus précepteurs de deux ou de trois enfants à la fois. Les religieux qui desservaient riiôpital de Bicêtre, très-attachés à la même doctrine, voulurent avoir aussi leur Communauté d'écoliers. Ils rétablirent sur le même pied que celle de M. Durieux, et plus libre, grâce à leur isolement.

\ . Kécrologe des Amis de la Vérité, vie de M. Denattes, p. 387. 2. Nécrologe du dix-huitième siècle, p. 91, 249 et 425 ; Nouvelles ecclésiastiques, novembre 1731.

Étrange mouvemeDt que celui qui porta ainsi des esprits convaincus à restaurer, à l'aube du dix-huitième siècle, la société chrétienne du temps des Ambroise et des Augustin ! Ceux qui se consacrèrent à celte entreprise ont fait voir ce que peut produire l'éducation lorsqu'elle repose sur les principes d'une inflexible moralité. Dans la limite où ils opérèrent, leur succès fut incontestable. Rien n'est plus fait pour donner à réfléchir; rien, si ce n'est Fâpreté sauvage et l'implacable colère avec lesquelles des hommes d'une piété si sincère furent persécutés jusqu'à l'anéantissement, comme ennemis de l'Église et destructeurs de la religion.

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