‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 91 sur 145 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

M. Durieux. — Union de Sainte-Barbe et du Plessis. — Beau temps des Communautés. — L'abbé Le Beuf, Bonamy, Lebeau, et autres Gilotins de distinction. — Tendances mystiques. — Commencement des persécutions. — Direction de MM. Boursier et Roussel. — Mort de M. Durieux.

M. Durieux, ayant établi ses Communautés à Sainte- Barbe, ne resta au milieu d'elles que pendant le temps nécessaire pour leur donner une direction conforme a ses idées. En 1 696, il fut appelé à des fonctions qui le forcèrent de résider ailleurs. 11 se transporta au collège du Plessis, dont la société de Sorbonne venait de lui donner le gouvernement. Toutefois son éloigne-

ment ne fut pas un divorce. D'une maison à l'autre, la distance n'était pas si grande qu'il ne lui fût très-facile de continuer à surveiller ses chers élèves, et de plus il les eut sous lui pour la partie de leurs études qui lui avait échappé jusque-là. On n'a point oublié que les Gilotins allaient en classe au Plessis.

Le collège du Plessis, Tune des riches et anciennes fondations de TUniversité, n'avait jamais eu que des éclairs de prospérité. Les elTorts de ses bienfaiteurs furent paralysés le plus souvent par l'incapacité de ses administrateurs. Il put néanmoins rouvrir ses classes après les désordres de la Ligue, et se maintenir par là au nombre des grands collèges. La destruction du collège de Calvi lui ouvrit de nouvelles destinées-

Le collège de Calvi, dépendance de la Sorbonne, fut pris pour augmenter l'étendue de cette maison, lorsque le cardinal de Richelieu la fit rebâtir dans l'état où on la voit encore aujourd'hui. Comme compensation, le cardinal se proposait d'attribuer h h Sorbonne la supériorité du Plessis. Il avait jeté les yeux de préférence sur ce collège à cause du nom qu'il portait, lequel était le même que le nom de sa famille. S'il en avait eu le temps, il l'aurait fait reconstruire en entier et enrichi d'une dotation magnifique. La mort le surprit avant qu'il eût accompli ce dessein, et ses volontés inscrites dans son testament ne reçurent pas leur entière exécution, parce que la Sorbonne, engagée dans un procès interminable avec les héritiers, aima mieux transiger que s'exposer à tout perdre. Elle obtint seulement la supériorité du Plessis et une somme de 222 500 livres, qu'elle employa à rétablir les bâtiments. Dès lors, le vieux collège

changea son nom en celui de Sorbonœ'Plessteum {PlessiS'Sorbonne en français), et il appartint à la Sorbonne d'en nommer le principal, que cette compagnie clioisit toujours dans soii sein*. L'abbé Gobinet, chargé le premier de celle fonction, la garda pendant quarante ans*. Il mit le Plessis iians Tétat florissant où cette maison se maintint jusqu'aux approches de la Révolution. Il visa surtout à en faire le collège rival de Louis-le-Grand, celui que fréquenteraient les enfants des familles riches qui ne voulaient point entendre parler des jésuites. Ses successeurs perfectionnèrent son ouvrage. Dans les vingt dernières années de l'existence des jésuites, lé Plessis avait complètement éclipsé Louis-le-Grand.

C'est après un second abbé Gobinet, neveu et successeur de celui dont on vient de parler, que la place fut donnée à Thomas Durieux. Tout allait si bien, que celui-ci n'eut à s'occuper d'aucune réforme capitale. Les opinions de ses prédécesseurs avaient été celles de l'abbé Gillot, et les disciples des Gobinet avaient tourné comme ceux de Gillot, de sorte que le nouveau principal se trouva en présence d'un corps de professeurs tout à fait propres à le comprendre. Il lui fut permis de se livrer sans obstacle aux mouvements de son zèle, soit qu'il s'inspirât de la conduite que tenait au collège de Beauvais le respectable Rollin, afvec qui il était uni d'esprit et de cœur, soit qu'il introduisit peu à peu des changements qui, sans heurter les usages universitaires, s'adaptaient mieux

i. Archives de l'Empire, M. 157.

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