‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 3)Chapitre 94 sur 145 · Nouvelles ecclésiastiques du 28 août · texte numérisé non relu

Nouvelles ecclésiastiques du 28 août

DE SAINTK-BARBE. 273

attachant la couverture et les draps de son lit avec des épingles qui n'avaient pas bougé au bout de plusieurs jours. Il passait les hivers sans feu. Pendant une maladie qu'il eut, la duchesse de Montmorency, étant venue le visiter, tomba de son haut de trouver un homme qui tremblait la fièvre dans une glacière. Elle débarrassa de ses mains la cheminée, dont il avait fait une armoire, et appela ses gens pour allumer du feu. Il ne connaissait pas d'autre plaisir que d'aller à pied à Port-Royal des Champs. 11 était inflexible sur les principes. Dans un voyage à la Trappe, ayant appris que les religieux se proposaient de subvenir par une loterie à différents besoins de leur maison, il représenta par de si fortes raisons combien de pareilles ressources étaient illégitimes, que la lo^terie n'eut pas lieu.

C'était une loi pour les maîtres de Sainte-Barbe de ne jamais dîner en ville. Un riche particulier promit à M. Tabourin cent écus pour les pauvres à condition qu'il viendrait les recevoir^en dînant chez lui. Celui-ci, q\ii était la charité même, refusa. Cependant M. Durieux parvint cette fois à lever son scrupule *.

On verra plus loin de quelle cruelle persécution il fut victime.

Rivard et Lebeau se placent à l'extrême limite dé la période dont nous parcourons les fastes. Tous deux ne faisaient que commencer leurs études en 1710.

François-Dominique Rivard eut, après ses classes faites, la conduite d'une partie des philosophes. Il

1. Supplément au Nécrologe, t. I, p. 179 ; Nécrologe des amis de la Vérité, p. 148.

leur répéta la géométrie, dont ils recevaient* les leçons de M. Guillaume, au Plcssis. Ces répétitions ont donné naissance aux premiers Éléments de géométrie en français qui soient sortis de l'Université. On n'avait eu jusque-là que ceux de M. de Malezieu, composes pour réducation du duc de Bourgogne. Rivard rendit cette étude populaire en France. Après la mort de M. Du* rieux, il professa successivement à Harcourt et a Beauvais, puis renonça aux fonctions actives de l'enseignement pour écrire .des livres classiques \

Mous avons déjà raconté l'aventure qui fit sortir Lebeau de Sainte-Barbe. Les biographes de cet écrivain distingué nous apprennent un autre trait de lui qui prouve que, s'il fut dans son enfance un écolier prodige, c'est. à un travail opiniâtre qu'il dut ses succès. Il employait une partie des nuits à repasser ses auteurs. Rendu ingénieux par l'exemple de Gourlin, il avait imaginé un stratagème au moyen duquel il trompa constamment la surveillance de ses maîtres. Celte ruse peut être répétée ici, puisqu'elle fut dite dans l'éloge public de Lebeau à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Il avait une bougie qu'il conservait allumée sous son pot de nuit, et il savait arranger cet appareil de façon à recevoir tout juste ce qu'il lui fallait de lumière sur la page que ses yeux dévoraient^ en laissant le reste de la cbambre dans l'obscurité'.

M. Durieux n'était pas homme à faire un cas irrémissible de la lecture de Racine. Si le jeune Lebeau

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