‹ Histoire de Sainte-BarbeChapitre 16 sur 117 · Launoy, Regii Nauarrx, etc., p · texte numérisé non relu

Launoy, Regii Nauarrx, etc., p

3. 'Gaguin, dans sa lettre à Trithème. Voy. Duboulay, ffist* Unh.^ t. V, p. 907.

dif, que nous avons et qui est sorti également de Na-

varre V

Dans les idées du moyen âge, il n'y avait que la philosophie qui fût capable de donner du ressort aux esprits et de les préparer à l'étude des autres sciences. Elle était la seule faculté sur laquelle portât renseignement des classes supérieures. Le reste était compté pour peu. Si tout le monde ne poussait pas l'exagération jusqu'à dire, comme quelques anciens de l'Université : w Bon grammairien, mauvais logicien*, » du moins on pensait généralement que l'instruction littéraire était suffisante, quand elle vous avait mis en état d'aborder la lecture des livres de philosophie. Or ces livres étaient d'imparfaites traductions d'Aristote , ou bien des commentaires du même auteur écrits dans le latin le plus aride, le plus dénué d'ornements. A force de vouloir sacrifier la forme au fond , on en était venu à bannir de la composition toute figure, toute image, tout ce qui n'était pas rigoureusement démonstratif. Le discours, articulé comme un squelette, n'admettait que propositions, conclusions, corollaires, majeures, mineures ou conséquences; la pensée n'était tendue qu'à distinguer, à définir, à résoudre. C'était le genre scolastique, genre monotone et stérile, dont la culture exclusive a eu le déplorable effet de dessécher beaucoup de grandes intelligences.

L'élude de la rhétorique était le remède à ce mal ;

1. Guillclmi Tardivi Aniciensis rhetorice artis et oratorie facultatis compendium, Paris, Pierre Gaspard, sans date.

2. Thurot, De Torganisation de renseignement dans l'Université de Paris, p. 84.

mais il fallut du temps avant qu'on ressentît ses bienfaits. Les premiers qui l'enseignèrent étaient trop imbus de l'ancienne doclrine pour profiter de leurs propres leçons. Martin Lemaistre fut dans ce cas. 11 avait été formé scolastique; toute sa vie il resta scolastique par le langage, par les idées, par la vocation. Pour lui, comme pour la plupart des autres professeurs , ses contemporains, l'enseignement des lettres fut un début, un stage méritoire avant de parvenir aux chaires de logique et de dialectique, les seules où l'on acquit de la réputation.

Cette carrière ambitionnée ne tarda pas à lui être ouverte. Avec une subtilité merveilleuse et une clarté qui était le trait caractéristique de son talent, il commenta devant les artiens de Navarre Aristote, Porphyre et les interprétations des nominalistes sur ces auteurs. Ses cours,- rédigés par lui, devinrent des livres classiques dans les collèges. 11 nous en reste deux parties, qui figurent parmi les plus anciens monuments de la typographie parisienne, f/une a pour titre : Exposition on ne peut plus utile et même indispensable sur les prédicaments de Porphyre ^ ; l'autre est un Traité des conséquences dans la droite et sainte voie des nominaux^. Comme ces ouvrages ne furent

\ . Expositio perutilis et necessarla super libro predicabilium Porphiriij a magistro Martino Magistri copiosissime édita. Iii-4 goth., daté à la fin du 27 mars 1489, avec le nom de l'imprimeur Félix Balligault.

2. Tractatus consequentiarum magistri Martini Magistri ^ et à la fin : Sacre pagine ac naturalis philosophie professoris acutissimi magistri Martini Magistri in vera divaque nominalium via con^ sequentiis finis impositus est, etc. Avec le nom de Balligault et la date du 20 août 4494. In-4goth.

imprimes qu'après sa mort, ce qu'il y a d'emphatique dans les intitulés doit être regardé comme le fait de ses éditeurs.

Il était de règle que les honneurs universitaires vinssent couronner le succès obtenu par les jeunes professeurs dans les classes de philosophie. Avant d'être appelé au rectorat, Martin Lemaistre fut élu procureur de la nation de France; plus tard il fut chargé à deux reprises d'administrer les deniers de la itaéme nation. Enfin, comme on n'était un personnage de poids dans le corps enseignant que lorsqu'on avait pris ses grades en théologie, il s'était mis de bonne heure à l'étude de cette science. Il fut reçu docteur au commencement même de Tannée 1 474*.

Tels étaient les antécédents de celui que Jean Lenormant avait choisi pour le remplacer à Sainte- Barbe. A un état de services si honorable il joignait les qualités les plus précieuises pour venir à bout des difïicullés dont la circonstance présente environnait ses nouvelles fonctions. Nous le savons par les éloges qui lui ont été prodigués pendant et après sa vie : il avait le caractère résolu, l'âme persévérante, l'esprit porté .à la lutte, de sorte qu*il se montra à ses élèves non pas comme un vaincu découragé et prêt à rendre les armes, mais comme celui qui après la défaite a vu jour à recommencer le combat, et qui est déjà sûr de retrouver son avantage par des manœuvres différentes.

Le triomphe des réalistes fut comme tous ceux que

1. Dubouiay, Hist, Univ,, t. V, p. 622 , 906;' Launoy, Regii Navarrx^ etc., p. 215 et 592.

remportent les minorités: ils en Furent embarrassés quand ils virent le petit nombre de ceux qui partagèrent leurs transports, et au moment d'exercer l'empire , ils éprouvèrent une hésitation qui trahit leur faiblesse. Alors leurs adversaires, honteux de s'être laissé surprendre, commencèrent à se dire qu'avec de la discipline et un peu plus de vigilance ils auraient facilement évité l'affront qu'ils subissaient. Lorsqu'on se repent d'avoir été battu, on est bien près de vouloir prendre sa revanche. 11 n'en fallut que trois ou quatre comme Martin Lemaistre pour provoquer de la part des nominalistes une manifestation imposante. Avant même que les livres eussent été enlevés des collèges, l'envoi d'une ambassade fut voté à une immense majorité, pour obtenir du roi qu'il fût remis seulement un exemplaire des auteurs prohibés et que les autres restassent enchaînés dans les bibliothèques.

Les livres en ce temps-là étaient encore en petit nombre , presque tous manuscrits et d'un gros volume. On ne pouvait les mettre aux mains des écoliers; ils étaient assujettis sur des pupitres dans une salle à part, où on allait les consulter. Lorsque les classes vaquaient, ils étaient fermés sans quitter les pupitres, et une chaîne passée par-dessus avec un cadenas au bout de chaque rangée empêchait de les ouvrir. Telle était la grâce qu'on demanda pour les auteurs de l'école d'Ockham, et qui fut accordée par Louis XI, en dépit de ce que purent dire ou faire les réalistes*.

i. Duboulay , Hist, Unw'.^ f. V, p, 712, 714.

de rimmortalit^, 6 moralissime Martin? Oui, elle t'est due pour le combat que tu n*as pas craint de livrer aux ennemis les plus redoutables, pour cette lutte Uéroïque où Ton vit tes arguments piquer comme des lanceSj trancher comme des épées, percer comme des poignards, où tu accablas tes adversaires en te servant de leurs propres armes, où tu les abattis de telle sorte que nul de leurs amis les plus chers n'aurait essayé de les secourir, où enfin tu les laissas pour morts sur le terrain, recevant de la voix publique les hommages qui sont la récompense de la victoire*. » ^ Ces fameuses leçons sur le Courage^ nous les possédons, rédigées en forme de traité par l'auteur luimême*. Il nous reste aussi de liii un autre traité sur la Tempérance^ ^ auquel il n'eut pas le temps de mettre la dernière main, et une dissertation sur la Destinée ^ que ses élèves attachèrent à une édition des Phjsica d'Albert le Grand*. Tout cela est ce qu'il y a de plus

1 . David Cranston , Quéstiones addite in îibrum de Fortitudine magistri Martini de Magistris, In-4. Paris, sans date.

2. Quéstiones morales magistri Martini Magistri perspicacis^ simi théologie professons féliciter incipiunt. Petit in-fol . , en caractères italiques, ainsi marqué à la fin : Impressum est hoc opus in celeherrima urhe Parisiensi in vico Sancti Jacobi ad intersignium Sancte Barbare,^ per Kuolfgangum Hopyl alman, , anno Dni. MCCCCLXXXIX, die prima decembris. Il y a une autre édition gothique, donnée par Cranston et imprimée par Antoine Bonnemère , sans date.

3. La première édition, donnée par ^Egidius Delfus, est sans titre , imprimée en gothique par Wolfgang Uopyl , et datée à la fin du J octobre 1 490. Il y a une autre édition avec le titre : Eximii doctoris parisiensis magistri Martini Magistri liber ^ et datée du 22 septembre 1 51 1 . Elle est de la librairie de Jean Petit.

4. Launoy indique ainsi cet ouvrage : Qusestio de fato quas prx^

scolastique, par conséquent sans nul attrait pour nous. Nous ne goûtons plus la physique qui repose sur de pures hypothèses, ni la morale qui emprunte ses , aperçus à la casuistique ; mais nous ne pouvons pas douter que les sciences exposées sous ces formes enfantines n'aient eu de quoi passionner les esprits et donner lieu à Tadmiration la plus vive.

L'effet des nouveaux cours professés à Sainte-Barbe fut d'y attirer les théologiens, à l'instruction desquels ces matières convenaient mieux qu'à celle des aspirants aux autres carrières. Il parait même qu'une classe de théologie y fut dès lors instituée et se conserva sous les premiers successeurs de Martin Lemaisfre; du moins il est certain qu'en 1492 un religieux (on ne dit pas de quelle règle) passa son examen de licence en cette faculté, comme élève de Sainte- Barbe ^ Rien ne manqua plus à la gloire du collège du moment qu'on y enseigna celle des sciences qu'on réputait alors la plus difficile, la plus sublime, et en quelque sorte le couronnement de toutes les autres:

pjca est compendio Jlherti Magni in octo physicorum lihros de cœlo et mundo et de elementis, Parisiis, apud Dlonysium Roceum,

1 . « Fr. Joannes Lordrelly^ alias Lord^ collegii Sanctae Barbarse. » Registre des licences delà Faculté de théologie, Ms. de la Bibl. irap., fonds de Sorbonne , n' 1277.

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