Duboulay , Hist. Univ,, t. V, p
tre côte la pire des disgrâces. Jean Lemaistre mourut en 151 OS laissant ses affaires arrangées de telle sorte que la propriété de Sainte-Barbe fut dévolue à ses frères et sœurs. Ils étaient cinq, dont une défunte représentée par des mineurs. Il fallut donc faire cinq parts du malheureux collège, et Ton vit alors le défaut de la combinaison à laquelle s'était prêté Etienne Bonet.
Pelin crut, dans le premier moment, qu'il remettrait les choses dans l'état où elles avaient été à l'origine. Tandis que le partage se faisait avec la lenteur dont les gens d'affaires de ce temps-là étaient coutumiçrs, en combinant ses ressources avec celles de son chapelain, il parvînt à réunir la somme qu'il fallait pour rentrer en possession du fonds aliéné. 11 ne pouvait pas songer à ravoir tout de suite la part des mineurs : il s'adressa aux autres héritiers. Trois se dessaisirent pour le prix de deux mille quatre cents livres, qui feraient bien trente mille francs d'aujourd'hui *; mais le quatrième opposa une résistance que rien ne put surmonter. C'était un des beaux-frères de Jean Lemaistre, avocat au parlement. Non-Seulement il refusa de vendre la part de sa femme, mais, usant d'un privilège consacré par l'ancienne coutume, il exerça le retrait lignagçr. 11 força Pelin, par décret de justice, dévider hors de ses mains les portions qu'il avait acquises, et le plus dur pour celuici fut que le retrait aboutit à avantager un rival*.
Ici se présente pour la première fois un nom fameux
1 . Épitaphîer de Paris, aux mss. de la Bibliothèque impériale , Paroisse Saint-Christophe,
2. Contrat du 31 mars, 4511 (v. st.), aux Archives de l'Empire, S. 6331 bis, 7« liasse.
3. Contrat du 6 novembre 1512^ Archives de l'Empire, loc, cit.
dans les annales de Sainte^Barbe, celui de Robert Du* gast, qui, quarante-quatre ans plus tard, éleva l'établissement des Lenormant et des Lemaistre au rang de collège fondé. Il n'était pas encore question pour lui de donner ce témoignage de sa munificence. Normand de naissance et de caractère, il avait la passion de la propriété ; et cette faiblesse prenant en lui la direction scolastique, qui était celle de ses idées, il aurait voulu avoir à lui tout ce qu'il voyait de collèges. Déjà il était propriétaire et principal de Coqfieret; un petit collège de fondation ancienne, celui de Toul, situé dans la rue d'Ecosse, étant tombé par l'insuffisance de sa dotation, il attendait le moment de l'acheter \ Il lui fallut encore Sainte-Barbe. C'est lui qui excita le beaufrère de Jean Lemaistre à revendiquer les trois portions du collège déjà vendues, pour les reprendre de lui, augmentées de celfe qui lui était dévolue; et ainsi il devint maître des quatre cinquièmes du fonds à la fin de l'an 1512. Mais le dernier cinquième, il passa sa vie à soupirer après, sans pouvoir jamais l'obtenir. Lorsque les mineurs dont ce cinquième formait le lot furent émancipés, ils le vendirent à Antoine Pelin, et Antoine Pelin le transmit à Nicolas Pelin, son neveu, qui, pour tput l'or du monde, ne l'aurait pas cédé à l'antagoniste de son oncle". On verra *ce que ce morceau devint par la suite : qu'il suffise d'avertir ici qu'il resta comme un trait empoisonné aux flancs de la
1. Archives de PEmpire, S. 6332 bis^ procès-verbal d'adjudicationdu 13 mai 1527.
2. Archives de l'Empire, Requêtes des 6 et 8 novembre 1677 et 23 janvier 1678, S. 6351 bis ; Censiers de Sainte-Geneviève, S. 1631 et 1632.
sainte, pour qui il fut pendant un siècle et demi une source de tourments et de procès.
On ne sait pas comment Pelin se tira de la situation très-désagréable qui lui fut faite du moment que Robert Dugast devint son propriétaire. Une instance en contre-retrait,, dans laquelle il engagea Tun des frères Lemaistre, ne réussit pas'. Vraisemblablement il fît une garde vigilante pour empêcher l'envahisseur de s'immiscer dans les affaires du collège. Coqueret, déjà le rival de Sainte-Barbe à cause' de la concurrence qu'il lui faisait par la contrefaçon, dut voir un mur de défiance s'élever contre lui du côlé de sa voisine. L'obstacle mis à ce que Robert Dugast complétât ' jamais l'acquisition qu'il avait tant à cœur, montre assez la rigueur des termes que lui tint notre principal.
Soit qu'Antoine Pelin ait peu survécu au triomphe partiel d'être devenu copropriétaire du collège, soit qu'après avoir obtenu son cinquième, il ait jugé à propos de se retirer de la lice, en 1517 un autre que lui dirigeait Sainte- Barbe. C'était Malhurin Morel, un théologien de renom, qui avait brillé à laSorbonneet qui, avant de se faire connaître par ses leçons, s'était fait admirer par son courage à supporter celles de la misère. L'habitude de soufiVir sans se laisser abattre avait développé en lui une si grande force de caractère, qu'on a dit qu'il aurait été propre à gouverner un État plutôt qu'une maison d'études. A la vérité cet hommage lui fut rendu par un ami enthousiaste, dont il convient peut-être de suspecter le jugement, autant
i. Acte du 21 juin 15i5, Archives de rEropire, S. 6351 bis.
qu'il est nécessaire de réprouver son goût lorsqu'il voit dans le nom de Morel un pronostic de la moralité à toute épreuve du personnage*.
Après Matliurin Morel commence la lignée des Gouvéa, dont Tavénement clôt ce «qu'on peut appeler les temps héroïques de Sainte-Barbe. Désormais les documents se présenteront plus nombreux et plus variés; mais avant de les mettre en œuvre, il faut achever de peindre la physionomie d'un collège dans les temps anciens, et nommer ceux des élèves et professeurs qui se distinguèrent dans le nôtre sous les six premiers principaux.