‹ Histoire de Sainte-BarbeChapitre 27 sur 117 · Thurot , De rorganisation de l'enseignement, etc., p · texte numérisé non relu

Thurot , De rorganisation de l'enseignement, etc., p

allaient au marché, les autres se partageaient entre eux les fonctions de sommeliers, de boulangers, de cuisiniers, et pour que le régal fût complet, des harpes et des flûtes exécutaient des symphonies pendant le repas. Ces fêtes, qui avaient toujours lieu un lundi, s'appelaient les Grands lundis; on leur donna au seizième siècle le nom de Minenfalia. Il y avait des lendemains et surlendemains, où les écoliers achevaient de vider leurs bourses pour rendre à leurs professeurs la politesse qu'ils avaient reçue d'eux*.

Tout cela formait entre les uns et les autres des liens étroits, qui le devenaient encore davantage pour les portionistes, vivant sous le même toit et mangeant tous les jours dans la même salle. La communauté de nation était une autre cause d'intimité. Naturellement le professeur groupait autour de lui les jeunes suppôts de sa corporation ; il se constituait leur protecteur, et trop souvent se faisait de leur reconnaissance un appui pour cabaler contre le principal : si bien que dans les révoltes, les maîtres étaient presque toujours de complicité avec les élèves, et qu'un régent congédié ou transfuge emmenait avec lui dans un autre collège et les martinets de sa classe et les portionistes de sa clientèle.

Pour pénétrer les coalitions, pour prévenir les escapades, le principal n'avait à vrai dire qu'un agent sur lequel il pût compter : c^était son portier, le gardien de la porte unique dont les règlements voulaient que fussent percés les collèges. L'importance de ce domes-

1 . Goujet, Mémoires historiques sur le Collège royal, part. II, p. 178.

tique atteignit des proportions sans égales. Comme il avait l'œil sur tous les allants et venants, qu'il pouvait faire parler l'un et l'autre, il était le seul qui sût bien ce qui se passait dans la maison. Aussi s'appliquaît-on à le choisir intelligent, vigilant, incorruptible. Il était réputé parfait lorsqu'à ces. qualités il joignait une poigne vigoureuse*.

Les écoliers de la fm du quinzième siècle n'étaient . plus ceux dont les rixes avaient tant de fois couvert la montagne de blessés et de morts. Le régime des collèges avait opéré une salutaire influence sur les mœurs de là jeunesse^ Néanmoins il restait encore dans les caractères un fond d'emportement et d'indomptable sauvagerie qui se manifestait dans les querelles et dans les jeux. S'il était difficile que les batteries allassent jusqu'au sang sous les yeux des maîtres, on se dédommageait aux exercices très-mal surveillés de la rue du Fouarre, où les élèves des divers collèges se rencontraient pour le complément de la bachelerie*. Là on voyait encore des mêlées qui finissaient par des coups de couteau.

A l'intérieur subsistait la barbarie des mauvais traitements infligés aux nouveaux, et tolérés ou, ce qui est la même chose, mollement défendus, parce qu'ils étaient consacrés par un usage immémorial. Les aspersions d'eau et d'ordures, les insultes, les extorsions d'argent étaient les épreuves les plus douces par lesquelles on fût initié à la vie scolastique : cela s'appelait être béjauniséy parce que les nouveaux étaient

1 . Richer, Historia académies parisiensis (Ms. sappl. lat. de la Bibl. imp.) , h III , c. xm.

pour les autres des bëjaunes ou becs-jaunes. Il y avait un abbé des béjaunes nommé par le sutTrage universel pour présider à ces cruels passe-temps*, dont les brimades et absorptions d'à présent ne sont qu'un pâle reflet.

Des excès d'un autre genre accompagnaient les farces jouées dans la grande salle ou dans la cour des collèges. Ce plaisir avait remplacé peu à peu les danses au tambourin, seul divertissement connu de la jeunesse des premières écoles. Ce fut la manière de célébrer toutes les fêtes du calendrier universitaire : les écoliers s'y livrèrent avec une ardeur qui tenait de la frénésie. On invitait les collégiens du voisinage et des bourçeois de la ville. Les grands composaient la pièce ; toutes les classes se cotisaient pour payer les tapisseries, les banquettes et les costumes. Ils y dépensaient ce qu'ils avaient et même ce qu'ils n'avaient pas, jusqu'à vendre leurs livres et leurs habits pour se procurer de l'argent. On avait bien de la peine à empêcher ces folies, et encore plus à réprimer les insolences et les obscénités qui s'improvisaient à la représentation , après que le livret avait reçu l'approbation des maîtres*.

Il ne faudrait pas croire, d'après tout cela, que la discipline fut molle ; mais la pétulance était plus forte que la crainte. On avait l'idée plutôt que le sentiment de la soumission. C'était la faute du temps ; on'n'était plus barbare, on n'était pas encore civilisé.

i. Glossaire de Ducange, aux mots BeanuSy BejannarCy Be^ Jaunium* *

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