Archives de Tempire, S. 4629, fol
parler à sa place. En interrogeant les titres de Thôtel de Chalon et la vie du personnage inscrit comme censitaire devant la mention qu'on vient de lire , il est possible d'arriver à la vérité d'une manière aussi précise que si elle était consignée en toutes lettres dans un acte authentique.
Sauvai, auteur mieux informé que Félibien, et chez lequel on ne trouve rien pour la gloire de Jean Hubert, Sauvai a désigné l'hôtel de Chalon comme le berceau de Sain te -Bsfrbe*. Seulement la ressemblance dés noms l'a trompé. 11 a cru qu'il fallait écrire Châlons au lieu de Chalon , et sur ce fondement il a bâti en haut de la montagne une maison à l'usage des évêques de Châlons-sur-Marne. Or les évêques de Châlons-sur-Marne, domiciliés de tout temps au quartier Saint-Martin* n'ont rien à faire ici, non plus que les autres dignitaires ou originaires de la cité champenoise, et le vieil historien de Paris a suscité par sa méprise une erreur monstrueuse, lorsque des écrivains, voulant concilier son dire avec celui de Félibien, ont attribué à Jean Hubert la propriété du prétendu hôtel de Châlons transporté par eux au milieu de la rue de Reims.
L'hôtel de Chalon était situé sur les rues des Chiens et des Cholets, ne tenant à la rue de Reims que par ses derrières. C'était le pied-à-terre que Jean de Chalon, chef d'une très-ancienne et très-illustre famille bourguignonne, s'était choisi à proximité du palais que le duc de Bourgogne, son suzerain, possédait alors
i . Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, t. II, p. 108 et 380.
dans la rue de Reims. Ce Jean de Chalon ^ousa une riche Provençale qui lui apporta l'héritage de la principauté d'Orange. A sa mort, sa maison de Pari» échut à son second fils, nommé de mémfe Jean de Chalon, qui était seigneur de Vitteaux et de maints autres lieux en Bourgogne. Elle devint inutile à ce dernier après les troubles du quinzième siècle, parce que Charles VU conservant à Tégard des Bourguignons une frofdeur extrême, le duc et ses vassaux cessèrent de fréquenter la capitale. Le seigneur de Vitteaux songea en 1 454 à se défaire d'une propriété dont il n'avait que les charges. Il était veuf d'une demoiselle de LaTrémouille, qu'il avait fait inhumer dans lagrande église de Vézelay. Il passa avec les religieux de cette abbaye un contrat par lequel il leur abandonnait son hôtel de Paris, à condition qu'ils lui réserveraient une place à côté de sa femme et qu'ils élèveraient sur leur commune sépulture un monument avec leurs statues couchées, comme c'était l'usage d'en mettre alors sur les tombeaux*. L'abbaye ne resta pas longtemps propriétaire de l'hôtel de Chalon; elle le céda à son tour à un professeur de l'Université de Paris, nommé Geoffroi Lenormant.
Geoffroi Lenormant est l'un des maîtres qui eurent le plus de vogue du temps de Charles VIL II dirigeait la section de grammaire au collège de Navarre, où son frère puîné, Jean Lenormant, avait une position encore plus éminente, comme principal et régent des artiens, c'est-à-dire directeur de la section de philoso-
i. Archives de Pempire, S. 6515, Transmission des hôtels de Vézelay à Montaigu.
phie et en même temps professeur dans cette section. Tous deux étaient recteurs emérites, tous deux avaient été employés avec un applaudissement universel dans lés affaires les plus importantes de TUniversité, et une égale célébrité recommandait leur enseignement\ Aussi jouissaient-ils en plein de la faveur publique. On leur adressait tant d'élèves, que, ne pouvant les loger tous à Ntiyarre, ils furent obligés de convertir en pédagogie cinq ou six maisons conliguês. Cette annexe dut être à leur chargé; mais ils obtinrent, moyennant un prix raisonnable, la permission d'amener leurs élèves au réfectoire aussi bien qu'aux classes du collège. On leur accorda même de percer une porte^ pour introduire les enfants sans avoir à les faire passer par la rue.
Cela durait depuis une quinzaine d*années, au grand avantage des écoliers, des professeurs et des études, lorsque Tavéhement d'un nouveau grand maître à Navarre vint donner de la consistance aux murmures de certains mécontents qui trouvaient uta pareil état de choses intolérable.
Il faut savoir que le collège de Navarre*, le plus considérable de l'Université, contenait soixante-dix boursiers, dont vingt se livraient à l'éludé dé la théologie. Ceux-ci formaient la première division de rétablissement, t'étaient des hommes mûrs, presque tous prêtres et même bénéficiers. Leurs intérêts ni l^urs goûts n'étaient ceux de la jeunesse répartie dans les deux autres divisions. Ils voulaient bien que les études
\ . Launoy, Regii Nauarrx gjrmnasii hiftoria^ p. 940; Duboulay, Historia Unwersitatis parlsiensis ^ t. Y, p. 894 ; Archives de P empire, S. 6S4i, 9« liasse^