Aujourd'hui l'École polytechnique
classiques prospérassent, mais à la condition de n*en être point incommodés. On avait bâti exprès pour eux un beau clottre, comme'il y en avait dans les monastères pour la promenade et la méditation des religieux. Ils étaient au supplice de voir cet asile du recueillement traversé plusieurs fois le jour par des bambins à qui il arrivait de s'y débander, de courir, de crier, de jeter des pierres, dont, à les en croire, toutes les vitres de leur chapelle étaient cassées. Ils trouvaient aussi que la nouvelle porte, ouverte loin de l'œil du chef suprême de la maison, sans personne pour la garder, était une infraction aux statuts ; que les absences nocturnes des deux maîtres, qui découchaient à tour de rôle pour aller surveiller leur pédagogie, étaient un affreux scandale. Enfin, charitables jusqu'au bout, ils allaient jusqu'à proférer les accusations d'injustice et, d'indignité, parce qu'à les entendre, il était impossible que les Lenormant n'eussent pas de préférence pour leurs propres élèves, au détriment des boursiers; et cependant les boursiers étaient les seigneurs de la maison : c'est pour eux que le collège avait été si richement doté par la reine Jeanne, sa fondatrice; c'est pour eux qu'avaient été donnés ces rentes, ces maisons, ces terres, ces fiefs, destinés à les mettre au-dessus du besoin et avec lesquels ils n'avaient que faire de la rétribution que des intrus leur apportaient pour venir les dominer ch^z eux.
Pendant longtemps ces plaintes ne sortirent pas des quatre murs entre lesquels elles étaient proférées. Elles furent portées aux oreilles de Charles VII par Guillaume de Châteaufort, docteur atrabilaire et très-jaloux des vieux privilèges, qui prit le gouvernement de
Navarre en 1454. LecoUége étant de fondation royale, il appartenait au roi d'y maintenir l'observation desstatuts. Une commission, nommée par ordonnance, travailla sous l'inspiration de Cbâteaufort à la réforme des abus dénoncés. Sans tenir compte des changements nécessaires qu'un siècle et demi avait introduits dans le régime des collèges-, elle décida que la fatale porte, cause première de toutes les récriminations, serait condamnée à la fin de Tannée scolaire* ; qu'on ne recevrait plus aux leçons du collège aucun élève couchant dehors ; que les principaux des grammairiens et des artiens ne seraient admis sous aucun prétexte à s'absenter pendant la nuit.
Ces articles, et bien d'autres encore, qui étaient autant de traits empoisonnés à l'adresse des deux frères, furent libellés en forme d'acte et apportés par un pré- • sident au parlement le 18 avril 1460, pour être lus devant le collège assemblé. Après la lecture, lesmaitres devaient, comme marque de leur adhésion, apposer chacun leur signature au bas de l'acte. Les Lenormant n'eurent pas la hardiesse de se soustraire à cet affront. En fils soumis,' ils signèrent*, mais blessés au cœur et résolus dès ce moment à porter ailleurs, aussitôt qu'ils * le pourraient, des talents qu'une mère ingrate se plaisait à si mal récompenser. C'est alors, sans aucun
l.N c Obstruetur infra feslum B. Remigii proxime venturum illc ingressus seu illa mûri aperdo quam magister granimaticorum fierifecit citra vigînti aut sexdecim annos, ut de suis privatis et acquisitis domibus ad domum collegialem scholares non bursarii transire possent. » Launoy, Regii Navarrx gymnasii historia^ p. 171.