‹ Histoire de Sainte-BarbeChapitre 93 sur 117 · Duboulay, Hist, Univ,^ t. VI, p. 330 sa · texte numérisé non relu

Duboulay, Hist, Univ,^ t. VI, p. 330 sa

les actes fussent taxés de telle sorte que toute exaction cessât à l'égard des aspirants aux grades. Prévoyant la peine qu*auraient les principaux à faire triompher ces innovations, et la mollesse avec laquelle ils seraient soutenus dans cette tâche par le tribunal académique, son dessein était de provoquer l'intervention du parlement , et de faire rendre un arrêt, auquel on ne contreviendrait pas sans s'exposer aux poursuites de la cour.

11 n'eut le loisir de présenter ce projet à aucune des assemblées qui eurent lieu tandis qu'il fut en chaîne ; mais il le développa devant son conseilla dernière fois qu'il le réunit à Sainte-Barbe K On l'écouta froidement, parce qu'on vit une atteinte à l'indépendance du corps dans l'autorité dont il prétendait investir le parlement. Sans lui faire d'objection sur le fond des choses, on en subordonna la prise en considération à une foule de démarches préliminaires, qui n'étaient qu'une façon de reculer aussi loin. que possible l'accomplissement. Gouvéa comprit qu'il en demandait trop à la fois; il rabattit son ambition à exécuter dans l'intérieur de son collège une partie de ce qu'il avait en pensée, sauf à renouveler publiquement ses instances sur des points séparés, toutes les fois qu'il verrait l'occasion favorable.

11 commença par diriger ses efforts contre les représentations scéniques et les promenades en armes, deux choses qui faisaient alors le supplice des principaux, amis du bon ordre.

Si Ton réfléchit que le théâtre français, répudiant

i. Duhoulay, Hist. Unlv,, l. VI, p. 334.

à un moment ses origines populaires, s'est conforme au répertoire scolastique, et qu'il a commencé par là ses illustres destinées , on pourra entrevoir l'importance qu'eut la comédie dans les collèges. Elle s'y éleva presque à l'état d'une institution , tant il se réunit de circonstances pour la protéger et la faire fleurir. Indépendamment du plaisir extrême qu'y prenait la jeunesse , elle était devenue un besoin pour le public, invité à toutes les grandes représentations. D[autre part , les meilleurs pédagogistes voyaient eu elle un exercice sans pareil pour perfectionner la mémoire, la prononciation, le geste. Elle affecta de devenir une école pour les mœurs, lorsque la surveillance de la police eut rendu périlleux le genre satirique qui s'attaquait au caractère des grands personnages ou aux actes du gouvernement. Alors parurent ces essais à la façon de Térience sur lesquels Jean Calmus fonda sa réputation. Mais ces compositions furent généralemept l'ouvrage de très-jeunes auteurs, auxquels manquaient l'observation et le fond de philosophie nécessaire pour atteindre le but qu'ils se proposaient. Ils cherchèrent à faire rire , sans savoir au juste ceux de leurs personnages qu'il convenait de ridiculiser pour le triomphe de la morale.

Le chef-d'œuvre de Calmus, qui nous a été con* serve \ est la preuve évidente de cela. Le sujet de la pièce est la mésaventure d'un garçon que son père a

i . Comœdia recenter édita aiuhore Joanne Calmo^ cui nonnulla per cundem adjecta sunt qiix non parum ad cognoscendam et scri-, hendani comœdiam conférant. Paris, chez les successeurs de Maurice • de La Porte, 1558, avec une dédicace Âdolescentihm primi ordinis Lexovei,

pourvu d'un bénéfice ecclésiastique pour l'envoyer étudier aux écoles. Au lieu de poursuivre ses grades, il s'amourache d'une joueuse de harpe ^ qu'il veut épouser à toute forcé. Mais la famille de la demoiselle met pour prix à son consentement la résignation du bénéBce, qui sera cédé au futur beau-frère du prétendu. On s'adresse à l'un de ces entremetteurs qui faisaient le courtage des bénéfices au moyen de blancs seings achetés par eux en cour de Rome. Celui de la pièce est un escroc; lorsqu'il tient la résignation ^ il la négocie avec un chaland qui lui en donne beaucoup d'écusè Le mariage est sur le point de se rompre ; il faut que l'amoureux paye.une somme plus forte pour faire rentrer le titre "dans les mains de celui à qui il le destinait, et ainsi se consomment les noces de l'étudiant avec la musicienne. C'est assez pour Calmus d'avoir flétri le vendeur de bulles et fait rire aux dépens de l'acheteur , un cuistre enrichi qui savoure pendant (|uelques moments la jouissance d'être appelé Monsieur le curé j les honneurs de la guerre restent définitivement à celui qui, àl'insudeses parents, contracte un sot mariage au prix d'un acte de simonie. On conçoit la répulsion, du sévère Gouvéa pour des divertissements au fond desquels se trouvait l'approbation de semblables exemples.

Quant aux promenades militaires, provoquées d'abord par l'armement de l'Université sous Louis XI, elles prirent du temps de François l" une extension intolérable. Les écoliers ne voulaient plus aller aux champs sans avoir à leur tête non-seulement tambours et fifres , mais encore des soldats de louage , qui leur servaient de porte-respect, tandis qu'ils insultaient les

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passants dans les rues, ils se faisaient fournir aussi par ces gens-là des arquebuses et de la poudre pour tirer des coups de feu quand on était sorti de la ville. C'était au temps du Lendit que les processions de ce genre se faisaient avec le plus de vacarme^

Le Lendit était une foire qui se tenait à Saint-Denis pendant les mois de juin et de juillet. Primitivement l'Université s'y rendit en corps avec tous sessuppôts, afin de donner plus de solennité à Tinspection que le recteur allait faire là du parchemin mis en vente ; car la juridiction du recteur s'étendait sur le commerce du parchemin et du papier, et ces matières ne pouvaient pas être débitées qu'il n'eût constaté auparavant le bon aloi de leur fabricaCon. Des inspecteurs attitrés visitaient le papier en son nom ; lui-même était tenu de visiter le parchemin. Lbrs donc qu'il allait à Saint-rDenîs pour approuver ou rejeter celui qu'avaient apporté les m'archands forains, de l'escorte que lui faisait toute la jeunesse des écoles résuïtait'un interminable défilé : la circulation était suspendue dans la ville pendant des heures entières, et 'si quelque convoi trop pressé essayait de couper le cortège , l'émeute éclatait infailliblement. A cause de cela les cojléges furent éliminés en 1 504 de la procession du recteur. Dès lors ils allèrent au Lendit séparément, en partie de plaisir. Les maîtres profitèrent de l'octasion pour donner, sous la tente ou d^ns une au* berge du bourg , le dîner du grand lundi d'être ^ Pen-^ dant les apprêts, les élèves visitaient le trésor de

i, Richer, Historia Àcademian paris. <^ Vol, IV, î. ï. M$. suppl. lat. de la Bibl. imp.

Saint-Denis , s'approvisionnaient aux étalages des petits objets nécessaires pour l'étude, ou se baignaient dans la rivière, chose qui était défendue à Paris, comme contraire à la décence *.

Tout cela aurait pu s'accomplir dans la plus grande innocence, si, par une tradition funeste^ la promenade du Lendit n'avait été mise au nombre des fêtes pendant lesquelles toute discipline était suspendue. Elle commençait par des vociférations, et se terminait par des actes d'intempérance qui donnaient lieu à toute sorte d'excès. Comme le port d'armes à feu et la compagnie des soudards ne faisaient qu'aggraver les conséquences de cette débauche, notre principal, après sa sortie du rectorat , se donna tant de mouvement qu'il induisit ceux qui pensaient comme lui à faire défendre par le parlement les sorties avec accompagneme|it de tambours et de gens armés. Un arrêt fut reifidu en ce sens, et publié à sonde trompe aux carrefours de l'Université et de la ville *. '

Cette mesure fut très-mal prise à Sainte-Barbe. Elle disposa les esprits à une révolte , que d'autres froissements ne tardèrent pas à faire éclater '.

Calmus avait composé , de concert avec plusieurs de ses collègues , des comédies latines et françaises, dont les rôles furent distribués à l'insu du principal.

- i. De disciplina et institutione puerorum Othonis Brunfetsii par r^r^e^isi ,2. Dubqulay, Hist. Univ., t. VI, p. 336.

3. Le récit qui suit est tiré des pièces concernant celte aflaire', dont Duboulay {Hist, Uniu,, t. VI, p. 339 sq.) a imprimé seulement UD<î parti^; \fi rest^ est aux archives de TUniversité, reg. 19; fv83 et suiv.

11 paraît que ces pièces n'étaient point de celles qui dussent être approuvées. 11 y eut un éclat à la répétition ; défense fut faite de les représenter devant le public. Calmus et ses collaborateurs , vertement tancés, rongèrent leur frein , mais en jurant de prendre leur revanche par les plus mortels déplaisirs qu'ils sauraient susciter à maître Gouvéa. Un fin matois d'Espagnol, régent de seconde, appelé Manuel Cervere , se mit à la tête de leur coalition. Ils soufflèrent à leurs élèves l'idée d'aller au Lendit en appareil de guerre , sans se soucier autrement du principal et de l'arrêt du parlement. Eux-mêmes recueillirent la souscription pour louer des tambours ainsi que les spadassins, four« nisseurs de mousquets et de flamberges. Le matin du jour fix,é pour l'exécution du complot, ils ouvrirent une porte de derrière. Toute la bande fila sans bruit ; .puis, une fois dans la rue , trouvant là les compagnons ^ui devaient former son avant-garde , elle commença le lapage en exécutant une marche triomphale autour du collège. Le voyage à Saint-Denis s'exécuta à la barbe de toutes les autorités,*

D'autres violences signalèrent le retour. La grande porte du collège fut forcée, et des coups distribués aux domestiques qui la défendaient. Quoiqu'on fût revenu de bonne heure, Teffervescence se prolongea jusqu'à la nuit close dans les salles et dans la cour. L'huis de l'escalier qui conduisait aux chambres des régents avait été fermé et verrouillé par ordre supérieur ; il vola en éclats sous les efforts réitérés des pieds, des poings, des leviers dont il fut battu. L'intérieur de Sainte-Barbe ressembla à une ville prise d'assaut.

Cependant Gouvéa, trop expérimenté pour se com-

DE SAINTE- BARBE. îôa

mettre au milieu de ce déchaînement, était en conférence a\ec son oncle ^ qu'il avait appelé auprès de lui pour aviser à une répression exemplaire. Le plus sage lui semblait de déposer le sceptre jusqu'à oe que justice eût été faite. L'ordre renaîtrait de lui-même à la vue du vieux Gouvéa reprenant le gouvernement de la maison. On pe punirait pas les élèves , mais seulement les maîtres qui les avaient poussés à la rébellion. U fallait que ceux-ci fussent chassés tout d'abord; leurs remplaçants étaient déjà choisis. Mais là pe devait pas se borner le châtiment.

Le principal outragé passa la nuit à écrire une relation des faits, puis une supplique au parlement, par laquelle, déclarant Calmus et ses complices expulsés de Sainte-Barbe à cause de leur désobéissance à l'autorité suprême , il requérait la cour de leur interdire l'enseignement dans les autres collèges de l'Université.

Le lendemain , après le lever , l'oncle , debout devant le collège assemblé et silencieux, s'exprima en termes sévères sur les désordres de la veille. Les grands coupables étaient restés dans leurs chambres, n'osant pas affronter sa présence. U signifia leur expulsion, la mise à leur charge de tout le dégât effectué, les poursuites ultérieures dont ils allaient être Tobjet; puis il revint sur leur conduite pour la flétrir avec une vivacité telle, qu'usant à leur égard du terme le plus méprisant qui fût dans le vocabulaire des écoles > il les traita de marmitons.

Son indignation ne se commimiqua que trop bien à ceux de ses régents qui avaient tenu pour le parti de l'ordre. L'un d'eux, tantôt après^ faillit en rendre Cal*

mus mauvais marchand ; car ayant rencontré Calmus^ dans un corridor y et voyant que celui-ci cherchait à entamer une discussion, non content de lui ferzner la bouche d'un violent coup de poing, il dégaina contre lui et le poursuivit, l'épée nue, jusqu'au milieu de la cour.

Très-embarrassés de leur situation, puisqu'ils se voyaient traités comme des mécréants , forclos du réfectoire aussi bien que de leurs classes, et qui pis est, menacés de perdre leur moyen d'existence, nos comploteurs essayèrent de se relever par un conflit de juridiction. Manuel Cervere porta la cause à l'assemblée de l'Université. En habile avocat, il atténua leurs torts sans les nier ; il insista au contraire sur le tort autrement grave de Gouvéa le jeune , qui avait entrepris de soustraire de malheureux, accusés à leurs juges naturels. Mais ce moyen ne réussit pas , attendu qu'il s'agissait de la violation d'un arrêt du parlement, et. que le juge légitime en pareil cas était le parlement. L'Université décida qu'elle observerait la neutralité, en exprimant toutefois le vif désir qu'elle aurait de voir les deux parties s'accommoder ensemble*

Gouvéa, qui avait la ferme résolution de n'enteiidre à aucun accord, commit la faute de s'endormir sur ce premier succès. Tandis qu'il attendait l'eflet de sa requête, des sollicitations qu'il ne soupçonnait pas déterminèrent la cour à se dessaisir de l'instance, pour la renvoyer au tribunal du recteur. La il eut beau se défendre comme un lion sur le terrain de la légàiile, le parti de l'indulgence l'emporta. Il dut accepter, tout en protestant, une sentence qui condamnait ses adversaires à évacuer Sainte-Barbe, après avoir acquitté les

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mémoires portés à leur compte, et saAseiinmMr avec eux aucun de leurs élèves, mais^ aussi sans éà^e privés du droit d'enseigner dans d'autres eoliégesî

A peine en était-bn au dénoûment de €6tte ttagé* die (tragédie engendrée par des comédies, aidsi qtiivait dit Cervere dans son plaidoyer), que le désordre recommença sous une autre forme.

Les barbistes, dans une promenade, se firent frotter par les gardes champêtres du faubourg Saint^Marceau, pour avoir ravagé les vignes qui gamissaientks coteaux de la Bièvre. Les autres collèges prenant Ièi|r parti, il y eut une grande bataillç des écoliers contre les ouvriers du faubourg , accourus pour la défense de leurs propriétés. Voici en quels termes le fait est rapporté dans Tun des discours d'Eutrapet M

tt De mou temps, dit Polygame, il en alla bien autrement lorsque ce très docte grammaineo Turhebus . lisoit au collège Saincte-Barbe le troisième de Qtiititilieu; car une bande et compagnie de bonnetiers du faubourg Sainct^^Marceau , joincts et adhérez à 'ces beaux messiers et gardeurs de vignes, nous ayatit i^poignez et pris sur le faict , prenans et pillans comme e^ourneaux desi^isins oultre ce que TEscriture saincte en parmet (qui est honnestement et discretiemènt), nous y battirent, et frottèrent très bien nos espi^le^, quelques remonstrances que seeussions alléguer^ que, 'par Doscharti^eset tiltres estans ^aux Mathurins^tm^s •les vignobles et pays adjatl^ens dé Vauvert fussent à , nous et propres à T Université. Jamais à la bataille de * GmsoU^Sy oii je fus soubs la charge du capitaine La

fi Gimte dtds EicoHei^ «t^d Messièt^.

tm HISTOIRE

Mole, qui y demeura, ne furent trouvez tant de corser letZy harquebusesy piques* morions et hallebardes des Impériaux esparses çà et là, comme Ton vit^ à ceste grosse rencontre de vendanges, de Térences, de De octapartibus^ de Pelissons, de Pro Miloncy de Buco^ liques de Virgile et escritoires là délaissés à ce chaud alarme. Mais devant le mois estre passé, l'Université, toutes les chambres assemblées, avec bastons ferrez et non ferrez, soustenue d'un régiment d'imprimeurs tous hauts à la main ^ se jeta sans autre recoguois* sance sur ce3 maistres bonnetiers et associez, qui, ren<« versez et rendus fugitifs, eurent tous leurs outils, chaudières, broches et autres instrumens cassez, brisez et abattus : qui a donné occasion aux chapeliers de se faire subroger au droit des bonnetz, Tusage des- . quels est bien endommagé, »

Ce fut comme une fatalité que les tumultes se renouvelassent de la sorte sous Thomme le plus amou- , reux de la discipline, et qui professait sur ce point des principes si arrêtés. Il semble que cela ait inspiré à Gouvéa le jeune le dégoût d'une carrière où l'on était exposé à de tels déboires ; peut-être ausâi s'avoua-t«-il qu'il y avait dans son caractère quelque chose d'incompatible avec la souplesse dont il faut souvent user ' quand on a des jeunes gens à conduire. Au commencement de l'année 4 540, s'étant fait recevoir dans la société de Navarre, il abdiqua le gouvernement de Sainte-Barbe pour se livrer exclusivement à la théologie*. Aussitôt qu'il fut docteur, il partit pour son pays.

1. lAwnoy y' Régi i. Navarrx gynmas a historia^ p. 271, 408 et 4Ô9.

OÙ sa capacité lui ouvrit l'accès des grandes affaires. 11 fut conseiller du roi Sébastien, après avoir servi Jean III comme ambassadeur au concile de Trente. Il mourut grand prieur de l'ordre de Saint* Jacques à Palmella, en t576^

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