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CHAPITRE III

MARTYRS SOUS ALEXANDRE SÉTÈRE. — SITUATION ET SOLLICITUDES DU PAPE SAINT URBAIN. — PROGRÈS DE LA FOI CHRÉTIENNE DANS ROME.

Les fastes de TÉglise ont gardé la mémoire de plusieurs Martyrs dont l'immolation se rapporte au règne d'Alexandre. Ces noms sont en petit nombre, parce que Texécution des édits était suspendue; ils existent cependant sur les Martyrologes , parce que l'esprit persécuteur de l'empire rompit quelquefois les barrières que lui imposait la tolérance de l'Empereur.

A Dorostore, en Mysie, nous trouvons saint Hesychius, soldat, exécuté avec saint Jules, sous le gouverneur Maxime. Il ne nous est pas parvenu d'autres renseignements sur les martyrs qui auraient souflFert , à cette époque, hors de Rome; mais, dans cette capitale de l'empire, nous rencontrons, dès la première année d'Alexandre, le prêtre Calepodius; Palmatius, pecsonnage d'un rang élevé dans la société romaine*,

^ C'est à tort que les actes de saint Galixte donnent à Palmatius le titre de Consul; cette qualification ne doit pas être prise à la lettre. On remarque souyent, non-seulement dans les actes des Martyrs et des autres Saints, mais encore dans les histoires et les chroniques qui sont le fondement des annales de la société

le sénateur Simplicius, immolé^ avec toute leur famille, et, peu après, le pape Calixte; plus tard, les vierges Martine et Tatîana; enfin les célèbres martyrs dont nous allons retracer les combats , et qui ont illustré à jamais le pontificat d'Urbain.

Le saint Pape avait déjà été Tobjetde violentes poursuites, et tout portait à croire que la puissance romaine ne le laisserait pas achever en paix la neuvième année de son courageux épiscopat. Les prétextes ne manquaient pas pour sévir contre le vieux Pontife. Sans invoquer les édits de persécution, les magistrats avaient la ressource des lois générales qui frappaient de mort tout sacrilège, tout magicien, tout perturbateur du repos public \ Le chef des chrétiens de Rome et de

moderne, que les rédacteurs ont exprimé d'une manière imparfaite les qualifications des personnages dont ils racontent Thistoire , faute d'avoir connu suffisamment les titres en usage à Tépoque des événements. Cette manière plus ou moins maladroite de compléter les récits par Tadj onction de ces termes hiérarchiques , ne nuit en rien à la bonne foi des écrivains, ni à la valeur des sources auxquelles ils ont puisé quant aux faits. La critique fait aisément justice de ces innocentes confusions de termes, si fréquentes dans nos récits historiques, à partir de la chute de Tempire d*0ccident.

^ Les poursuites qui furent dirigées contre Palmatius et Simplicius , et à la suite desquelles ils remportèrent la couronne du martyre , avaient eu pour occasion la recherche des chrétiens accusés de maléfices , à la suite de certains présages dont on leur imputait d'être les auteurs. Le gouvernement d'Alexandre, dans les causes de cette nature, éludait aisément la tolérance du maître envers les chrétiens. Sur le parti que les magistrats savaient tirer de Vaccusation de magie , dans Tintervalle des persécutions , on peut consulter Mamachi, Origines et antiquitates ChristiancBf

rempire pouvait; à toute heure, être traduit devant les magistrats, sur là prévention de quelque délit de cette nature. Deux fois Urbain avait été cité au Prétoire, et deux fois il avait confessé la liberté de son ministère ^ Désormais, il ne lui était plus possible de séjourner dans ^intérieur de la ville. En attendant que son heure fut venue, Urbain, à Texemple et seloiEVle précepte du Sauveur, se dérobait aux recherches de sfs ennemis, et ne faisait que de rares et secrètes apparitions dans Rome.

Sa retraite ordinaire était à Tombre des Cryptes sacrées de la Voie Appienne, près des tombeaux des Martyrs. C^était là qu'il se fortifiait pour le dernier

lib, I. cap, II et m. Quant au crime de sacrilège, il suffisait d'une simple provocation adressée à un chrétien pour en obtenir une réponse ou un fait que Ton pouvait facilement transformer en délits contre l'honneur des dieux. Enfin , il était toujours aisé de déchaîner le peuple d'un quartier contre les fidèles, et tout aussitôt on avait matière à une accusation d'attentat contre le repos public.

*■ Le courage avec lequel S. Urbain confessa Jésus-Christ devant les juges de Rome, deux fois, selon les Actes de Sainte Cé« cile, et jusqu'à sept fois, selon d'autres Actes cités par Henschenius (Àct, SS. Mail, Tom, vi. pag, 7), lui a mérité le titre de terus Confessor, que lui donne le Liber Pontificalis. Tillemont a voulu voir, dans cette antonomase de la Chronique papale, une raison de refuser à S. Urbain le titre de Martyr, prétendant que le martyre de ce Pape n'est appuyé que sur ses Actes qui n'ont , selon lui , aucune autorité. Si Tillemont eût pris la peine de consulter les diverses éditions du Sacramentaire de saint Grégoire, qui représente la tradition officieUe de l'Ëglise Romaine sur les Saints qu'elle honore, surtout quand ils ont été ses Pontifes, il eût reconnu que S. Urbain, au viudes Kalendes de Juin, y est constamment qualifié de Martyr et Pontife.

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œmbat, par le souvenir de ses prédécesseurs^ là qu'il recevait les messages des Églises de FOrient et deFOccident. Du fond de cet asile mystérieux , il dirigeait les ^ingt-cinq Titres ou Églises que Rome comptait déjà dans son enceinte ^ toujours prêt à accueillir les fidèles qui recouraient à lui , les païens que la grâce avait touchés , et qui demandaient à être éclairés de Vadmi" ràble lumière que le Prince des Apôtres avait annoncée aux Romains ^ Plusieurs prêtres, quelques diacres, assistaient le Pontife et partageaient ses travaux et ses périls. Sur la route qui conduisait à la demeure du Vicaire du Christ , quelques-uns de ces pauvres que le Sauveur est venu évangéliser* veillaient en sentinelles dévouées. Connus des chrétiens de Rome, ils étaient les intermédiaires entre TÉglise et son chef, et dérobaient aux regards des émissaires du Prétoire la trace de ces communications mystérieuses qui entretenaient la vie dans tout le corps de TÉglise.

Les ravages du temps ont fait disparaître les documents qui attestaient Tintervention d'Urbain dans les affaires de TÉglise universelle , mais nous voyons par les fragments qui nous sont restés sur plusieurs des Pontifes qui Pont précédé ou suivi , dans cette période des trois premiers siècles , que la prérogative papale s'exerçait alors, du pied de Téchafaud qui semblait être devenu son trône , avec autant de calme et d'autorité sur les Églises, qu'elle en déploya, dans les siècles suivants , lorsque les lettres apostoliques émanèrent du

» r. Pet. II. 9.

2 Matth. XI. 5.

palais de Latran. Les décrets qu'on a attribués dans la suite à Urbain ne reposent que sur la foi plus que douteuse de Mercator, et le Liber Poniificalis n'en fait aucune mention; mais il nous apprend que le Saint Fwpe, dans le cours de son pontificat, consacra huit évêques*, destinés sans doute, la plupart, à l'apostolat et à la fondation de nouvelles Églises.

En même temps , Urbain pourvoyait à la dignité du service divin dans celles de Rome. La foi chrétienne ccxnptait des fidèles à la cour d'Alexandre , dans le sénat, dans les familles patriciennes ; il convenait que la ridiesse des disciples du Christ s'imposât un tribut pour subvenir à la splendeur des sacrés mystères. Aidé des pieuses largesses de ces chrétiens opulents, le Pontife se^ trouva en mesure de renouveler en argent les vases àe l'autel , et fit faire entre autres vingt-cinq patènes de ce métal, pour les divers Titres de la ville*. Ces patènes étaient d'une grande dimension; car elles étaient destinées à recevoir les pains que chaque fidèle qui devait communier apportait à l'offrande.

Mais si Urbain apportait tant de soins à l'ornement de l'autel matériel , son zèle pastoral s'employait avec plus d'ardeur encore à recueillir les dépouilles que le Qirist conquérait chaque jour sur la gentilité. Il y avait trente ans que TertuUien avait pu dire au Sénat: a Nous ne sommes que d'hier, et déjà nous remplissons D les cités , les îles , les bourgades , les municipes , les

' Anast. de Vitis Pontificum Romanorum. In Urlano. I Hic fecit ministeria sacrata argentea, etpatenas argenteas Yiginti quinque posuit. Anast. Ibid.

)) marchés, les camps, les tribus, les décuries, les pa- » lais, le forum; nous ne vous laissons que vos tem- » pies*. » Depuis lors, de nombreuses recrues avaient renforcé les rangs des fidèles.

Il importe de relever ici les voies dont la miséricorde de Dieu se servait d'ordinaire, en ces temps, pour amener les gentils au baptême. Au rapport de Tertullien, qui vivait encore sous Alexandre Sévère , la plupart étaient attirés par la sainteté des mœurs chrétiennes qui parlait à leur cœur; le courage surhumain dont les martyrs faisaient preuve au milieu des tourments exerçait aussi sur ceux qui en étaient témoins un empire auquel on résistait peu*. La force triomphante des prodiges dont les simples fidèles étaient souvent les instruments, principalement dans la guérison des malades et dans la délivrance des possédés , ajoutait puissamment à Tidée que les païens concevaient de la divinité de la religion chrétienne '. Souvent les oracles eux-mêmes confessaient la vérité de nos dogmes, etTertuUien osait proposer au Sénat de permettre qu'on interrogeât, en présence des magistrats, les Pythons ou leurs dieux mêmes, offrant d'avance la punition du chrétien téméraire qui les eût provoqués , si l'esprit qui parlait dans ces victimes de l'idolâtrie ne confessait pas ouver-

* Hesterni sumus, et vestra omnia implevimus, urbes, insu1a6,castella, municipia, conciliabula, castra ipsa, tribus, decurias, palatium, senatum, forum; sola vobis relinquimus templa. Apologeticus. Cap. xxxvu.

8 Ad Scapulam. cap. iv.

8 Apolog. cap. XXXVII.

tement la vérité et la sainteté du Dieu des chrétiens *. Souvent la bonté de Dieu , s'inclinant vers sa créature égarée, intervenait par des visions merveilleuses qui triomphaient de toutes les résistances; c^est encore Tertullien qui le témoigne expressément*. En attendant les exemples de ce mode de conversion que nous produirons bientôt, nous rappellerons saint Basilide gagné à la foi dans une apparition de la Vierge sainte Potamienne , qui lui plaça une couronne sur la tête, et lui prédit qu'il la suivrait dans le martyre *; le savant Amobe, appelé au christianisme par une grâce du même genre, au rapport de saint Jérôme*, et tant d^autres faits consignés dans les Actes les plus authentiques des martyrs.

Origène se joint à Tertullien pour attester la permanence de ces prodigieuses vocations à la foi, dans le cours du troisième siècle : « Je ne doute pas, dit ce grand philo- » sophe chrétien, que Celse ou le juif quMl fait parler ne » me tourne en dérision; mais cela ne m'empêchera » pas de dire que beaucoup de personnes ont embrassé » la foi chrétienne comme malgré elles, leur cœur s^é- » tant trouvé tout à coup tellement changé par quelque » Esprit qui leur apparaissait, tantôt le jom*, tantôt la » nuit, qu'au lieu de Taversion qu'elles avaient eue » jusqu'alors pour notre doctrine , elles Tout aimée » jusqu'à mourir pour elle. Il est beaucoup de ces

' Ibid. cap. XXIII.

^ De anima, cap. xlvii.

> Euseb. Hist. Eccles. Lib. vi. cap. v.

^ Appendix ad Chronic. Eusebii.

)) sortes de changements dont nous sommes témoins , » et que nous avons vus nous-mêmes *, »

Mais le zèle des fidèles ne laissait point agir seule la toute-puissance miséricordieuse du Très-Haut; car il entre dans les desseins éternels que la parole de vie , qu'il n'est pas donné à l'homme ni à l'enfer de pouvoir enchahier, soit semée en ce monde par des bouches mortelles. Non-seulement les membres de la hiérarchie sacrée répandaient en tous lieux cette semence féconde; non-seulement les écrits des nombreux et éloquents apologistes, Justin , Athénagore , Tertullien, révélaient souvent aux esprits même les plus prévenus, l'innocence et les heureux effets de la doctrine des chrétiens ; mais , de toutes parts , l'amour du Christ qui consumait tant de cœiu*s épris d'ardeur pour le martyre, enfantait des apôtres dont l'éloquence ne rencontrait pas d'obstacles.

Sans parler de ces conquêtes innombrables opérées dans le sein de la famille , par le seul effet de l'exemple si puissant des vertus chrétiennes, combien de fois ne vit-on pas d'humbles et vaillants soldats conduire au Christ quelqu'un de leurs chefs superbes, désormais plus honoré de porter sur sa poitrine la croix proscrite que de conmiander sous les aigles romaines? D'autres fois, c'étaient de pauvres esclaves dont la parole simple et sublime abattait tout d'un coup, au pied du crucifié , l'orgueil d'un patricien ou la fierté insouciante d'une de ces dames romaines qui, jusqu'alors , n'avait connu que les vanités sensuelles ,

1 Contra Cels. Lib. i. n" 46.

oo les plaisirs cruels de Tamphithéâtre ; c'étaient encore des vierges chrétiennes , victorieuses du monde et de la chair, devenues semblables aux Anges, et qui semblaient rivaliser avec ces esprits bienheureux dans leur zèle pour la conquête des âmes.

Mais aux jours où l'Église Romaine reposait sous la houlette d'Urbain, aucune de ces Épouses du Christ ne l'emportait en amour, en fidélité , en zèle ardent , sur l'kiôomparable Vierge Cécile. Ravi des merveilles de la grâce divine dans ce cœur simple et fort , le Pontife voyait en elle la plus riche fleur du jardin de l'Époux > et il la chérissait d'une tendresse toute paternelle. Dieu cependant ne lui avait pas fait connaitie encore le haut degré de gloire auquel Cécile était destinée. Urbain vivait dans l'attente continuelle du dernier comhai; mais il ignorait que le martyre de la jaune Vierge serait le prélude de son propre sacriiSee.

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