‹ Histoire de Sainte CécileChapitre 23 sur 65 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

MARTYRE DE SAINT MAUME. -— ALHAGHIUS ENVOIE SOLLICITER SAINTE CÉCILE DE SACRIt^lER AUX IDOLES. — ELLE REFUSE» ET GOMTERTIT AU CBRISTIANISHE LES ENVOYÉS DU PRÉFET. — LA TIERCE COMPA- ÉAlt ENflN DEVANT LE TRIÉUNAL D^ALMAGHIUS.

Les heureux témoins du martyre de Yalérien et de Tiburce étaient rentrés dans Rome^ pleins d'admiration pour le courage de ceux qui avaient été leurs initiateurs aux secrets de la vie éternelle^ et tous aspiraient à les suivre au plus tôt. Maxime surtout se sentait brûler d'un feu (Kvin , et il ne cessait de répéter qu'il avait entrevu Paurore du jour éternel. « Au moment D même où le glaive frappait les Martyrs^ disait-il^ en D Tafiirmant avec serment j j'ai vu les Anges de Dieu D resplendissants comme des soleils. J'ai vu Tâme de » Valérien et celle de Tiburce sortir de leurs corps, D semblables à de jeunes épouses parées pour la fête D nuptiale. Les Anges les recevaient dans leurs bras, D et Iqs portaient au ciel sur leurs ailes S » En disant

* Maxifflufl jnntiis asserebat , dteens : Yidl Angelos Dei fulgentes sicut sol, in bon qaa verberatt sont gladlo, et egre- <Uenteti anlfllaB eonim ée eorporibns , quasi vlrgines de Uialamo;

ces paroles, il versait des lannes de joie et de désir. Beaucoup de païens se convertirent après l'avoir entendu; ils renoncèrent a\ix idoles, et se soumirent, avec une foi sincère, au Dieu unique, créateur de toutes choses.

La conversion du greffier Maxime parvint aux oreilles d'Almachius^ il en fut d'autant plus irrité que cette défection courageuse avait eu de nombreux imitateurs, non-seulement dans la famille de Maxime , mais encore au dehors. Le sort de cet officier de la justice romaine fut bientôt fixé. Il n'eut pas la tête tranchée comme les deux patriciens^ le Préfet ordonna qu'il fût assontihé avec des fouets armés de balles de plomb, ce qui était le supplice des personnes d'un rang inférieur.

Le Martyr rendit généreusement à Dieu l'âme dont Valérien et Tiburce lui avaient révélé le prix et les destinées. Cécile voulut elle-même l'ensevelir de ^è mains. Elle lui choisit un sépulcre près de oetix où reposaient son époux et son frère, et par une recherche touchante, Temblème qu'elle fit graver sur la pierre du tombeau , fut celui du Phénix , en souvenir dei^ l'allusion que Tiburce avait empruntée de cet oiseau merveilleux , pour donner à Maxime l'idée de la résurrection de nos corps *.

quas in gremio suo suscipientes Angelî, remigio alarum suarum ferebant ad cœlos. Àcta S. Cœciliœ,

1 Quam sancta Cœcilia Juxta Yalerianum et Tiburtium sepeliit in novo sarcophago , et jussit ut in sarcophago ejus sculperetur phœnix ad indicium ûdei ejus , qni resurrectionem se inventurum , phœnicis exemplo , ex toto corde suscepit. Ibid.

Ce passage de nos Actes est d'une grande importance pour

.Cependant Âlmachius faisait appii<}Uer la sentence de confiscation qui^ selon la loi romaine> avait été la suite de l'exécution des deux patriciens. Par ses ordres on recherchait les biens qui formaient leur apanage^ l'argent et les meubles précieux qu'ils avaient laissés en quittant la vie. Mais la prévoyante et charitable épouse de Valérien avait prévenu les exactions du fisc en distribuant aux pauvres tout ce qui restait de cette riche succession. A la veille du départ pour son unique patrie^ la Vierge envoyait devant elle tous ses trésors.

Cécile était trop connue dans Rome par la noblesse de sfc -condition; la mort de son mari et celle de son fipère avaient eu trop d'éclat, et la profession qu'elle fusait du christianisme était devenue trop publique pour que le préfet de Rome pût s'abstenir longtemps d'exiger de sa part une satisfaction envers les dieux de KE^ire. Toutefois, Almachius montra d'abord quelque hésitation. H eftt désiré s'arrêter enfin dans la voie

constater remploi du Phénix , comme symbole , sur les tombeaux chrétieflî. Déjà Mamachi l'avait noté {Origines christianœ, tom. m y page 93); mais ni lui ni les autres archéologues chrétiens n'avaient pu signaler aucun autre fait analogue. On se bornait à reconnaître le Phénix sur les mosaïques et sur les peintures postérieures à la paix de l'Église, où il est représenté sur un palmier, avec le nimbe autour de la tète. Néanmoins , le Phénix existe gravé sur un grand nombre de marbres tumulaires des Catacombes. Il n'est pas rare de rencontrer des oiseaux gravés sur ces marbres ; mais jusquMci, on avait pris tous ces oiseaux pour des colombes. 11 y a cependant une distinction a établir. Les uns et les autres tiennent un rameau dans leur bec; mais Toiseau qui porte une branche d'olivier est la colombe , tandis que celui qui porte une palme est le phénix. D'abord cet oiseau à la palme,

cruelle où ses passions l'avaient entraîné et ne pas se couvrir encore du sang de cette jeune dame dont la vertu^ la pudeur et les grâces faisaient l'admiration de tous ceux qui l'approchaient. Désirant, autant qu'il lui serait possible, éviter l'éclat d'un procès qui pourrait finir d'une manière tragique, et qui compromettrait de plus en plus la responsabilité d'un magistrat agissant dans Tabsence de l'Empereur, et sans ordres exprès, il envoya des officiers de justice au domicile de la vierge pour lui proposer de sacrifier aux idoles, espérant obtenîl-, sans démonstration publique, un résultat suffisant pour mettre son honnétlr de juge à couvert.

Les gens d'Almachius se transportèrent à la demeure de Cécile , et lui présentèrent la proposition du préfet. La Vierge démêla aisément Témotion que leur causa d'abord sa contenance pleine de douceur et de dignité. Le respect, la déférence, l'embarras d'avôîp à remplir

quand il est exactement dessiné , est complètement identique au phénix des médailles égyptiennes ; de plus , un monument irrécusable vient corroborer avec évidence cette déduction. Sur la porte principale de la Basilique de Saint-Paul , on remarque un oiseau complètement semblable à ceux que nous signalons sur les marbres des Catacombes , ayant conmie eux la palme dans son bec. Au-dessus de sa tète est écrit ce mot : fenix. M. le chevalier de Rossi , dont Tamitié a bien voulu nous fournir ces renseignements sur l'emploi du symbole du phénix, beaucoup plus fréquent que nous ne l'avions pensé , donnera dans sa précieuse collection des inscriptions chrétiennes de Rome, un marbre inédit des Catacombes sur lequel cet oiseau se trouve gravé, non-seulement avec la palme, mais encore avec le nimbe. Ce marbre est de la fin du IV* siècle.

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près d^elle une telle mission ^ paraissaient dans leurs paroles éi jusque dans leur attitude.

Cécile leur répondit ftvec un calme céleste : « Con- » citoyens et frères, écoutez-moi. Vous êtes les offi- » ciers de votre magistrat , et , au fond de vos cœurs, D vous avec horreur de sa conduite impie. Pour moi , » il m'est giorieut et désirable de souffrir tous les tour- » ments pour confesser Jésus»Christ ; car je n'ai jamais p eu la moindre attache à cette vie. Mais je vous plains, » vous qui me paraisses encore dans l'âge de la jeu- » nesse, du malheur que vous avez d'être ainsi aux 9 ordres d'un juge rempli d'injustice ^ » A ce discours, les officiers d'Almachius ne purent retenir leurs larmes, et ils se lamentaient de toir une jeune patricienne si noble, si belle et si sage, courir à la mort avec un tel empressement ; ils la suppliaient de ne pas permettre que tant de charmes et tant de gloire devinssent la proie du trépas '.

La Vierge les interrompit par ces paroles : « Moiu*ir D pour le Christ , ce n'est pas sacrifier sa jeunesse, mais • la renouveler; c'est donner un peu de boue pour re-

* Audite me cives et fratred, vos ministri esUs judicis vestri, et Yidetur yobiâ» quod ab ejus impietate alieni esse mereamini ; mihi quidem gloriosum est, et yalde optabile omnia, pro Chrlsti confessione perferre tormenta, qûia cum hac vita nunquam dignata sum habere amicltias; sed de vestra satis doleo juventute, quam sine solUcitudine gerentes, facitls quidquid Tobis fuerit ab injusto judice imperatum. Acta S. Cœciliœ,

t Tune illi dabant voces et fletus, quod tam elegans puella, et tam sapiens et nobilis , libenter optaret occidi , et rogabant eam dieentes ne taie decus amitteret , ne tantam pulchritudinem yersaret in tnottctn. fHtf .

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» cevoir de l'or ; échanger une demeuré étroite et vile D contre un palais magnifique ; offi^ir une ch0lfbrpéris- D sable et recevoir en retour un bien inunortei. Si au- » jourd'hui quelqu'un mettait à votre disposition des » pièces d'or, à la seule condition de loi donner en re- » tour autant de pièces d'une vile monnaie de même » poids j ne vous montreriez-vous pas empressés p<pur » un échange si avantageux ? N'engageriez-vous pas » vos parents^ vos alliés ^ vos amis, à prendre part » conmie vous à cette bonne fortune? Ceux qui vou- » draient vous en détourner, en viendraient-ils jus- » qu'aux larmes, vous les réputeriez fous et malavisés. » Cependant , tout votre empressement n'aurait abouti » qu'à vous procurer un métel précieux, mais terrestre, » en échange d'un autre métal plus grossier, et à poids » égal. Jésus-Christ, notre Dieu, ne se contente pas de » donner ainsi poids pour poids ; mais ce qu'on lui of- » fre, il le rend au centuple , en ajoutant encore la ^ie » étemelle *. »

Subjugués par ce discours , les assistants ne pouvaient plus contenir leur émotion. Dans le transport de son zèle d'apôtre , Cécile monte sur un marbre qui se trouvait près d'elle, et d'une voix inspirée, elle s'écrie : « Croyez-vous ce que je viens de vous dire ? » Tous répondent à la fois : « Oui , nous croyons que le » Christ Fils de Dieu , qui possède une telle servante , » est le Dieu véritable '. — Allez donc , reprit Cécile,

i Acia, S, Cœcilice,

s Ethis dictis ascendit super lapidem, qui erat juxta pedes cjus, et dixlt omnibus : Creditis hœc quae dixi? At illi dixerunt :

o et dites au malheureux Almachius que je demande p un déili ; qu'il veuille bien retarder un peu mon » martyre. Dans cet intervalle , vous reviendrez ici , » et vous y ta?ouverez celui qui vous rendra partici- » pants de la vie étemelle ^ » Les officiers d' Almachius^ déjà chrétiens dans le cœur, portèrent au préfet la réclamation de Cécile , et , par une disposition secrète de fa divine Providence , Almachius s'abstint de donner Tordre d'amener immédiatement la Vierge devant son tribunal.

Incohtinbnt , le Pontife Urbain reçut un message de Cécile qui l'instruisait de son prochain martyre, et des ^nouvelles conquêtes qui se préparaient pour la foi de Jésus-Christ. Non-seuleme0l les officiers d' Almachius, mais un grand nombre d'autres personnes de tout âge de tout sexe et] de toute condition, principalement de la Région transtybérine, avaient ressenti Tébranlement de la grâce divine , et aspiraient au baptême.

Urbain voulut venir lui-même fecueillir une si riche moisson , et bénir une dernière fois la vierge héroïque qui , dans peu de jours, tendrait du haut des cieux sa palme au saint vieillard. La présence du Pontife fut une vive consolation pour Cécile. Le baptême fut célébré avec splendeur, et plus de quatre cents personnes reçurent la grâce de la régénération. Un des néophytes était Gordien , noble personnage, auquel Cécile, pro-

Gredimus Christum Filium Dei vemm Deum esse, qui talem possidet làmulam. Àcta S, Cœciliœ.

^ Ite ergo et dicite infelici Almachio, quod ego inducias petam, ut non urgeat passionem meam , et hic intra domum meam fiiciem venire, qui yot omnes fociat vitœ œtemœ participes. Ibid,

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fltant de ses dernières heures, et voulant éviter les atteintes du fisc, céda tous ses droits sur sa maison, afin que désormais elle servît aux assemblées chrétiennes, et accrût , sous le nom de ce patricien , le nombre des Titres de Rome ^

Urbain fixa sa demeure, malgré les périls, sous le toit de Cécile, et cette maison fut , pendant quelques jours, le centre d'où partaient les rayons de la grâce que le Seigneur répandait dans Rome, pour l'avancement de l'Église et la destruction de Tempire de Satan. .

Enfin , Cécile reçut Tordre formel de comparaître au tribunal d'Almachius. La Vierge , toute éclatante de mérites, parut avec assurance devant le juge qui l'appelait à confesser sa foi. Elle se trouvait en face de l'honmie dont les mains étaient teintes du sang de son époux et de son frère, au milieu d'un prétoire où Ton voyait de toutes parts les images impures et sacrilèges des faux dieux; mais la fiancée du Christ, qui tenait le monde sous ses pieds, n'avait jamais paru plus imposante par la dignité et par l'ineffable modestie de sa contenance. Ravie en celui qui possédait tout son cœur, et qui l'appelait enfin aux noces de l'éternité , ses regards ne s'abaissaient sur la terre qu'avec un dédain sublime. Elle allait ouvrir la bouche pour répondre ; mais sa parole ne serait qu'une protestation contre cette force brute qui cherchait à arrêter les âmes dans

^ Inter quos unus clarissimus vir erat nomine Gordianns , hic sub defensione sui nominis domum sanctœ Gaecilise suo nomine titulavit, ut in occulto ex illa die, ex qua baptisma Christi ibi celèbratum est, EooleBla Dominica fieret. Àeta 8. Cœciliœ,

leur essor vers le bien infini. Sa mission d'Apôtre était accomplie; les Martyrs qu'elle avait formés l'avaient précédée au ciel ; d'autres la suivraient bientôt ; il ne lui restait plus qu'à rendre le dernier témoignage dont le prix était la palme.

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