‹ Histoire de Sainte CécileChapitre 28 sur 65 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

KtBàtfàûk vt» Acrisâ f« siifrfE Cécile, au v* sïècie, m la #«liÉii orné «ff« IsMMÉfÉttt. ^ iM6>l#« B« CfittB iiéflyUTriON.

C^ett au T« siècle^ coaune jQoug vânons^ïe le dire, et non aiipai»vant^ que l'on doU^ ce mius fieBd)le^ rapporter la rédaction définitive des Actes de noti^ sainte. La latinité défectueuse de cette fièce ne permet guèie de te placer plus tôt^ et Tasage qui en a été fait immédiatement dans toutes les Églises de TOcoident montre jusqu'à l'évidence que l'on ne pourrait non {dus la reculer au delà.

Ces Aekes appartiennent à la dasse de ceux qui fusent rédigés^ sqprès la paix de l'Ëglise^ sur des mémoires antérieurs^ Uaateur voulut réunir dans un seul et même récit les diverses ciroonstances de Tbistoire de sainte Cécile qu'il avait pu recueillir, soit des Actes rédigé» par les Notaires de l'Église f soit d'autres écrits qui ne devaient pas être rares dans une ville où le culte de la sainte Martyre était en si haute vénération, soit enfin des traditions orales et des monuments figurés. Sa narration commence aux préparatifs du mariage de

la Vierge avec Valérien et s'étend jusqu'à son martyre et à sa sépulture.

On voit que Fauteur a cherché à répandre sur l'ensemble de son œuvre une couleur uniforme , et qu'il a fondu dans son récit tous les documents dont il pouvait disposer. La naïveté fait le caractère principal de sa diction^ et son style est celui qu'on remarque dans cette classe de récits sur les Martyrs, dont la série commence dès le !¥• siècle , et dont on trouve de nombreux exemples dans la collection publiée par Dom Ruinart. Dans ces compositions, la langue latine a subi une altération qui fait déjà pressentir le moment où elle cessera d'être vulgah'e. Nos Actes, cependant, sont loin d'avoir cette barbarie de langage que Ton remarque dans la Chronique Papale connue sous le nom de Catalogue de Félix IV *, et qui s'arrête à l'année 534. Au reste , il ne faut pas croire que durant les deux siècles qui précédèrent le règne de Constantin, le latin fût toujours parlé et écrit dans Rome avec la correction que l'on remarque encore chez les classiques de cette époque, et dont saint Ambroise, saint Jérôme et saint Augustin s'efforcèrent, selon leur pouvoir, de maintenir la tradition. La plupart des inscriptions chrétiennes des Catacombes, celles mêmes que l'on a recueillies d'un grand nombre de monuments profanes antérieurs au w^ siècle, attestent que la langue des maîtres du monde était loin d'obtenir toujours l'honneur d'être écrite et parlée correctement, même dans la capitale de l'Empire.

* Voir le texte de cette Chronique dans les Origines de Vtglise Romaine^ tome i'% pages 212—248.

Le style employé pour les Actes des Martyrs enchérissait encore sur cette négligence de la grammaire et des règles du discours , qui a fait le caractère des écrits de la décadence de tous les peuples , et Ton peut même dire que cette affectation était l'effet d'une sorte de recherche chez les hagiographes. Les inversions de la phrase disparaissent^ le langage devient de plus en plus analogue y la marche des récits bibliques semble être devenu Fobjet d'une imitation assidue et plus ou moins heureuse ^ les termes de la version Italique des saintes Écritures sont recherchés avec empressement et préférés par le narrateur^ qui n'est jamais plus heureux que lorsqu'il a pu les enchâsser dans sa phrase incolore , qu'ils contribuent souvent à relever.

Tel est en particulier le caractère littéraire du rédacteur des Actes de sainte Cécile. S'il intéresse vivement par le fond de son récit ^ on ne saurait en faire honneur au mouvement ou à l'habileté de son style; mais le ton de candeur qui règne constamment dans ses allures est en même temps une puissante garantie de l'entière bonne foi de sa narration. S'il développe en quelques rares endroits les paroles de ses héros par des énumérations de verbes ou d'épithètes naïves^ on reconnaît toujours facilement la trame originale du discours primitif; mais l'intention de produire quelque effet oratoire devient alors visible. On doit lui en tenir compte ; mais on sent mieux encore^ à la lecture de ces passages ^ combien le rédacteur était hors d'état de concevoir un drame aussi sublime et aussi délicat que celui auquel il a prêté le secours de son humble talent. Assurément, il est permis d'affirmer que l'admirable discours de sainte

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GécHe à Tiburce n'a point été composé par le narrateur qtri 11009 Ta i^produit danis M prose incuhé et sâïis ëlévafioû, à trav^lrs laquelle on est cantHiid Aé lé ëhérohér péffîbleiflent pour le rendre à sa beauté ppîttiitive.

Nous atttons dans la suite de nombretièes o6càsi0iiâ de foire ressortir Texaditude de noti'e hîstorîeÈL, et de v«9)ger son tééà des injustes imputations ddnt il a été l'objet def la part de Pêcole janséniste. Qtf il nôils Sûfflsë d'observer ici que Fauteur écrivait sous les yeux de ses concitoyens ; qu'il n'avait pas à raconter Khistorre d'un personnage obscur sur lequel il eût été fadle d'inventer sans s'exposer à être contredit; enfin que ses rtcits ont été acceptés universellement dans toutes les Églises de l'Occident, dès l'époque qui les vit paraître. La présompticm la plus grave serait donc en sa faveur, cfasnd bien même nous n'aurions pas à produire des preuvesi distinctes et évidentes de sa véracité.

Les Actes de sainte Cécile , comme un grand nombre d'autres, furent composés potir être Itis du hatut de FAmbon , dans FÉglise de la Sainte , au jour de sa Fête. Poiir cette lecture publique qui devait servir à rehausser la solennité, il était nécessaire de former un récit complet et uniforme de tout ce que l'Église de Rome possédait de renseignenients sur la célèbre Martyre. De là le toti soutenu et les velléités oratdres du rédacteur^ qui fait précéder sa narratioti d^tiri prélude rempli de généralités, dans le goût des e*o*des qtie Fan fcpowve en tête d'mi grand nombre dés Actes recueillie par«Doin*Roinart.

Ceit» ocMiiaiii^ de liv# soIéfindleMëÉiir les Actes des

]>laptyrs, au jour de leur fête, s'est conservée jusqu'aujourd'hui dans nos Légendes du B»évi^ire; paais au V* siècle , elle était déjà partout en pleine vigueu^i et Pobjet du plus vif empressement de la part des fidèles. Pour TÉglise d'Afrique , saint Augustin y fait de fréquentes allusions dans ses sermons de SancHs^, et il nous reste un Canon d'un des conciles de cette Église qui confirme expressément cet usajge*. Il était pareillement en vigueur dans l'Église des Gaules à la même époque, comme nous l'apprenons d'un Sermon de saint Césaire d'Arles , dans lequel il se plaint de ceux qui avaient abusé de la permission qu'il avait donnée aux personnes infirmes de s'asseoir pendant la lecture des longues Passions des Martyr^ \

Rome, si riche en souvenirs et si ardente dans les démonstrations de sa piété envers les Martyrs^ ne pouvait pas rester en arrière de tant d'autres Églises. Chacune de ses Basiliques avait, pour ainsi dire , son Martyr, et l'honorait d'un culte spécial; les Romains devaient donc désirer les Actes de ce glorieux Patron, afin de pouvoir les entendre lire dans la solennité

» Voyez entre autres le second de S, Stephano^ le premier in Natdli SS. Perpetuœ et Felicitatis, etc.

s Labb. CoDcil. tome ii, page 1072.

• ProUxœ Martyrum Passiones. Sermon cec , parmi les œuvres de saint Augustin, tome y. Voyez encore le fragment de Thomélie de saint Avit de Vienne, sur les martyrs d'Agaune, dans les Àcta tincera de D. Ruinart ; l'Exposition de la Messe Gallicane par saint Germain de Paris, dans le Thésaurus Anecdotorum de D. Martène , tome v ; saint Grégoire de Tours , de Gloria Martyrum ^ cap. Lxxxvi , et son livre de Miraculis S. Juliani Martyris, cap. XTi.

de sa Fête. Mais comme par suite des ravages de la persécution de Dioclétien^ dont les édits avaient ordonné spécialement la destruction des livres ecclésias-' tiques ; beaucoup d'Actes rédigés par les Notaires avaient péri , la rédaction postérieure des Gestes de certains Martyrs n'avait point été faite avec assez de discernement; comme, en outre, on savait que plusieurs Actes , à diverses époques , avaient été rédigés par des hérétiques, dans le but d'infiltrer leurs erreurs à Taide de ces documents, le Siège Apostolique se trouva dans la nécessité de prendre, vers la fin du V® siècle, une détermination générale, dans le but de mettre sa responsabilité doctrinale à couvert des inconvénients qu'aurait pu entraîner l'adoption réelle ou apparente de tous les Actes de Martyrs qui pouvaient se trouver entre les mains des fidèles.

Dans un concile tenu par le pape saint Gélaàe, vers i95, fut proclamé le fameux Canon qui contient le catalogue des livres orthodoxes que reçoit l'Église Romaine *. On y lit ces paroles : « Nous recevons aussi » les Actes des saints Martyrs qui sont tout rayonnants » de l'éclat de leurs tourments , et des merveilleux

^ Nous attribuons ici , selon le sentiment le plus commun , ce Canon à Saint Gélase , sans préjudice de l'opinion qui le ferait remonter jusqu'à saint Damase, un siècle plus tôt. Si Ton adopte cette dernière date , la recommandation des Actes des Martyrs n'en serait que plus imposante , puisqu'elle aurait été rédigée le lendemain , pour ainsi dire, des persécutions , et qu'elle attesterait expressément l'existence d'un certain nombre d'Actes des Martyrs, conservés par les fidèles, même après les destructions violentes ordonnées par Dloclétien.

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» triomphes de leurs confessions. Quel catholique pour- » rait douter de leur vérité? Qui ne sait que les Martyrs, x> dans leurs combats , ont souffert les plus redoutables » supplices , et qu'ils ont supporté toutes ces épreuves^ » non par leur propres forces^ mais par la grâce et le » secours de Dieu *? »

Ainsi, le Canon de saint Gélase confirmait tout d'abord l'existence des Actes des Martyrs, et en appelait au sentiment catholique sur la vérité des récits qu'ils contenaient; il en approuvait et recommandait Tusage, et les signalait comme tout éclatants des merveilles de la puissance de Dieu. Mais comme ces Actes n'avaient pas tous la même autorité, et qu'il en existait plusieurs auxquels il importait de ne pas prodiguer cette haute confirmation que peut donner à un texte l'usage qu'en ferait le Siège Apostolique dans sa liturgie, le Pontife ajoute cette disposition génàrale : i( Cependant, comme selon l'ancienne coutume, et par )> une prudence particulière, l'usage n'est pas de les » lire dans la sainte Église Romaine, soit parce qu'il » est de ces Actes dont les auteurs sont complètement » inconnus, soit enfin parce qu'il en est qui ont été » écrits par des infidèles, ou par des gens peu sensés )) qui y ont introduit des choses superflues et moins » exactes que ne le demandait le sujet, comme sont

* Item recipiuntur gesta sanctorum Martynim qui multiplicibus tonnentonim cruciatibus, et miràbilibus confessionum triumphis irradiant. Quis ita esse catholicorum dubitet, et majora eos in agonibus fuisse perpessos nec suis yiribus , se^ çT^^tia Dei et adjutorio nniversa tolérasse? Décret, i. pars, dùtinct, x\, can. ui. Saneta Rwnana,

nu HISTOIRE

)) les Actes d^ Quiricus et de Juiittç, ceux d'un certaûi » George et d'autres , dont les passions oftt été, ditron, » rédigées par les hérétiques j c'est pourquoi, afin de ne » pas lournir une occasion, même légère, de critiquer » sa pratique , la sainte Église Romaine u'4 pas cou- » tume de les lire^ »

Cette extrême réserve avec laquelle TÉglise ïlomaine s'interdisait la lecture publique des Actes dQS Martyrs s'appliquait^ dans sa généralité, à ceux n^ém^s que nous regardons comme les plus certains , eu tgnt que monuments historiques; on n'en peut doue rien arguer contre l'authenticité de tels ou iejs Actes en particulier. Il s'agit ici simplement de police ecclésiastique et non de critique littéraire. ' '

Mais nous avons dit que les Actes de sainte Cécile furent rédigés au v« siècle pour être lus publiquement d^ns la Basilique de la Martyre^ et que le même usage existait dans d'autres Églises de Rome. Pour concilier CQtte apparente contradiction, il suftitde se rappeler que dans le langage des actes ecclésiastiques de Rome, à l'époque de saint Gélase et longtemps après, quand il s'agit des coutumes liturgiques, on entend par la mainte jÉglisc Romaine l'Église Patriarcale de Latran, siège du Pon-

1 Sed ideo sefeandum anti^oam oonsuetudineln siligularl eautel^ in «ancta Romana ^colesia non legnntur, quia et eûrum qui conscripsere nomina penitus ignorantur, et ab infidelibus, aut idiotl5 superflua , aut minug; ^j^ta , quam rei ordo fue^it, scripta esse putahtur , sicut cujusdam Quirici et Julitt^., slcut Georgii, aliorumque hujusmpdi paçsione^ , quœ ab baeretiçis perhibentur conscrlptae. Propter quod, ut dictum est, nevellevis subsannatidi oriretur occasio , in sancta Romana Ecclesia non leguntur. Canôh. Sahcta Romanh.

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tife suprême^ ou encore Église i^ âaint-Pierre au Yatioim. C'isst un fait établi par Dom Atabillon, qui interprète en ce sens le Canon de saint Gélase^ fit par le ^vant Moretti, qui développe cette thèse à pvopos des Actes de saint Galixte*. Ainsi ce célèbre décret ^ qui reconnaît Timportance des Actes des AfaFtyrs et ne porte aucune atteinte à leur valeur historique^ tant qu'il ne les déclare pas mauvais^ comme il Ip fait à regard de ceux des saints Quiricus et Julitte et de saint Geoi^e, n'interdirait pas d'une manière évidente la lecture des Passions des Martyrs dana les £!glises particulières de Rome,

Cette conclusion est rendue plus claire enoore par le ' témoignage direct d'un monument vénérable de la Utui^e romaine publié par le B, Joseph-Marie Tommasi. C'est un Ordo Romanus du x' siècle tiré de la bibliothèque de la Yallicella^ et qui se trouve aussi dans celle de l'Abbaye de Saint-Gall. Sous la rubrique de Festis Sanctorum^ qualiter apud Romanos celebraniur, on trouve sur ce document o£Sciel les lignes suivantes : a Jusqu'au temps d'Adrien, on ne lisait les Passions B des Saints et leurs Gestes que dans les Églises ou Ti- » très de ces Saints. C'est ce Pape qui^ de son temps ^ » a &it changer cette règle et établi qu'on les lirait » aussi dans l'Église de Saint-Pierre '. »

1 Disqaisitio de Gursu Gallicano , page 386. In ordinem Romanum Commentarius. page cxxvii. Musœum italicum, tomeii.

s De S. Gallixto Papa et Martyre , ejusquc Basilica S. Mari$ triiniiTlberim, pages 20e et soir.

s Pftsëioilefl ftahctomm , vel Qesta ipsotiim , tisqiie Àdrlanl tempora, tantommodo ibi legebantur , ubi ficdesla tpftius Sanctl tel

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Ce passage important ne nous apprend pas^ il est vrai; à quelle époque avait commencé Fusage de lire les Passions des Saints, à l'office divin ^ dans leurs Églises titulaires; mais cet usage était déjà ancien à répoque d'Adrien, qui siégea à la fin du vin» siècle. Que si Fon voyait de la difficulté à concilier cette coutume avec les mœurs primitives de TÉglise Romaine qui, au siècle de saint Gélase, eût peut-être répugné à mêler au corps de la Liturgie des lectures qui n'étaient pas tirées des livres saints, nous ferons observer que, sans les insérer dans Toffice divin, on pouvait lire au peuple les Passions des Martyrs, au jour de leur fête, dans TÉglise, afin d'accroître la solennité et de réjouir les fidèles. Nous avons des exemples de ces sortes de lectures faites en dehors des offices divins. Nous nous bornerons à rappeler un fait du VI* siècle. On sait que le sous-diacre Arator lut son poëme sur les Actes des Apôtres, dans l'Église de Saint>-Pierre-aux-Liens, par ordre du pape Vigile. Comment n'aurait-on pas lu de préférence les Passions des Martyrs? Quant à celle de sainte Cécile, l'usage que l'Église Romaine en fit dans sa Liturgie, dès le V* siècle, comme nous allons le montrer tout à l'heure, prouve assez que le texte en était familier dans l'Église, soit qu'on le lût au peuple, dans l'office du jour, soit qu'on en fit l'objet d'une lecture solennelle , en dehors du service divin.

Titulus erat. Ipse vero a tempore suo rennuere jussit , et in £oclesia Sancti Pétri legendas esse constituit. B, Jot, Jf. Thomatii opp. tome lY, page 325.

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