CHAPITRE XVIII
TÉMOIGNAGES DES UTUR6IES d'OGCIDENT EN PAYEUR DES ACTES
Il est donc démontré que le Canon de saint Gélase ne présente aucune allusion défavorable aux Actes de sainte Cécile; il nous reste maintenant à faire voir que , loin de considérer ces Actes comme une pièce d'autorité légère ou suspecte, TËglise Romaine et celles de tout rOccident, depuis le v* siècle, n'ont cessé d'en faire la plus haute estime, jusque-là qu'elles leur ont emprunté toute la substance des prières et des cantiques qu'elles ont adressés à Dieu dans la solennité de sainte Cécile.
Nous commencerons ; comme il est juste^ par l'Église Romaine. Son plus ancien Sacramentaire ^ connu sous le nom de Léonienj parce qu'on attribue à saint Léon le Grand la plus grande partie des formules qu'il renferme , s'exprime ainsi dans une des cinq Préfieu^es qu'il consacre à notre sainte Martyre : a Cécile, destinée » par la volonté d'autrui à devenir l'épouse d'un » homme^ méprisa une union qui n'était que du temps, » et jalouse du prix de la chasteté, elle rechercha un » époux immortel, préférant les honneurs de l'éter- » ndle vie à la fécondité de ce monde. Elle eut la gloire
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» d'associer à sa chasteté et à son martyre Valérien, » auquel le droit du mariage la devait enchaîner, et le » conduisit avec elle à la couronne ^ »
Plus loin, rÉglise Romaine du v* siècle s'exprime ainsi : « Ni la mobilité d'un âge encore tendre n'ar- » rêta Cécile, ni Je charme des sens ne la fit re- » garder en arrière, ni la fragilité de son sexe ne put » rémouvoir. Encore jeune fille , exposée à tous les » supplices des bourreaux, la Vierge chaste et martyre » remporta toutes les victoires, et pour mettre le comble » à son triomphe I elle enleva avec dilç jusqu'au » royaunie des ci3ux Fhomme qui lui ^vajl ^té 4pnné » pour époux*.»
Dans ces.iGpmpositions d'un stylçi él^g^nt ^\ nombreux qui respire le génie léonieHj le$ allusions aux Actes sont évidentes; nous ne nous arrêterons pas à les faire resspptii?. M &^cramentaire Gélasi0p , qui appartient ap3si ai^ v« siècle, présente à son topr une
^ Dum humanis devota nuptiis, thalamos temporales contanneF6t , spoQsum sl^i , gui p^rpeti^us esset , prssupiptQ prsmio ca$titatis ^hibuit, et œternitatem Yits maluit, quam ^t pdundo procrearet originem. In cujus gloriam etiam iUpd gccessit, ut Valeriâhum, cul fuerat niatrtmonii jure copulanda, in perpetuum stbi sbcians Martyr casta consortium, secum duiieret àd'oôronam. JHy/ra^fh liHTgia Uomana vetus^ tome i. Sacrament, leomanuiiiy
t |)e8peçtp Daun4l copjugiQ, ad consortia ^upema contendens, nec State nutabili prœpedit^ est, nec revocfita carnis illecebra, nec sexus fragilitate deterrita , sed inter puellares annos , inter sœcuU bla^dl^enta , inter supplicia perseqnentnm , multiplicem viotûTlam Virgo casta et Martyr 6xplev|t , et ad potiorem trinmpl^mn seci^ ad regm^ C(^lj9^ti4 , cui fuerat nupta , perdoiit, Ihid,
DE SAINTE tÉClLE. 17Ô
Préface de même style et remplie des méiîies allusions *, et dans la Collecte on célèbre les couroimes de fleulrs que l'Ange apporta du ciel pour les déut époux *. A la fln du vi" siècle, saint Grégoire dans son Sâctam€fntaire> retranchsi les nombreuses Préfaces des Saints qui faisaient la Hdhesse des Missels de saint Léon et de saint Gélasè; èelles de sainte Cécile furent sacrifiées avec toutes les autres; mais, en retour^ les plus anciens mantiscrtts du Responsorial de saint Grégoire nous foiit voir que si l'Église Romaine des vi« et vn« siècles ne relâchait rien , en faveur de sainte Cécile, à la forme concise et sévère qu'elle a adoptée depuis lol-s pour le^ prières du Sacrifice, elle compensait surabondamment cette réserve dans les chants qui accompagnent les Heures Canoniales '. Tout l'ensemble des Antiennes et des Répons de l'office du 22 Novembre est littéralement emprunté à nos Actes, et il est resté le même, après douze siècles, qu'il était au temps de saint Grégoire.
Le livre des Évangiles que Cécile portait sur sa poitrine*, les prières ardentes qu'elle adressait à Dieu
* Gerbertj Liber Sacramentomm. Liturgia ÂUmannica, tome ii, page 197.
s Deos , eui beata Caeeilia ita castitatis dèrotione oomplacoit , ut oonjugem suum Valerianum, aiBneinque ejus Tiburtiom tib! fecent c(Misecrari, cum et Angelo déférente micantiam odotiféras itonmi eeronas, palmam martyrii perceperant : triboe, qnaesnmus , ut ea intercedente pro nobis , bénéficia tul monens percipère mereamur. Gerhert, Ihid, page 196.
* Voir Les manuscrits du Responsorial de saint Grégoire , pu-
bVéft par D. Denys de Sainte-Harthe ( S. Gregorii Magni 0pp.
U^/aem, page S38) et par le 6. Josepb4Iarie Tommasi(Opp.
tomeiT, p. 147. et 279.)
^ Virgo gloriosa semper Evangelium Ghristi gerebat in pectore.
aux approches de son mariage avec ValérienS ses jeûnes de deux et trois jours *, le ciiice qu'elle cachait sous ses vêtements '^ le concert des musiciens , au milieu duquel elle chantait au Seigneur^, la confidence qu'elle îait à Valérien', les paroles de celui-ci aux pauvres de^la Voie Appienne et son arrivée devant Urbain ', la prière du Pontife au récit des merveilles opérées par Cécile', le retour de Valérien auprès de son épouse et l'apparition de TAnge % les paroles de la Vierge à Tiburce, lorsque celui-ci commence à ouvrir les yeux à la lumière^ , l'exclamation de Cécile, au lever du jour, dans la maison de Maxhne, au moment où Valérien et Tiburce vont partir pour le martyre*®, la protestation des officiers de justice d'Alma-
*■ Et non diebus neque noctibus vàcabat a colloquiis divinis et oratione.
s Biduanis ac triduanis jejuniis orans, commcndabat Domino quod timebat.
* Cilicio CœcUia membra domabat , Deum gemitibus exorabat.
^ Cantantibus organis , Gœcilia Domino decantabat dicens Fiat cor meum immaculatum , ut non confundar.
3 Est secretum , Valériane , quod tibi volo dicere : Angelum Dei habeo amatorem, qui nimio zelo custodit corpus meum.
^ Gœcilia memisit ad vos, ut ostendatis mihi sanctumUrbanum, quia ad ipsum habeo sécréta quœ perferam.
7 Domine Jesu Christe , pastor bone , seminator casti consilii , suftcipe seminum fructus, quos in Gœcilia seminasti. Gœcilia famula tua , quasi apis tibi argumentosa descrvit.
" Valerianus in cubiculo Gœciliam cum Angelo orantem invenit.
^ Beata Gœcilia dixit Tiburtio : Hodie te fateor meum esse co- .gnatnm, quia amor Dei te fecit esse contemptorem idolorum.
10 Dum aurora finem daret , Gœcilia dixit : Eia milites Ghristi , abjicite opéra tenebrarum , et indulmini arma lucis.
■vi
chins^ après Fexhortation que la Vierge leur adresse S la victoire qu'elle remporte elle-même sur la tyraimie de ce Préfet de Rome ', une des réponses de son interrogatoire', enfin les dernières paroles qu'elle adresse au Pape Urbain au moment d'expirer* : tel est le sujet des pièces liturgiques qui entrent dans la composition de l'office grégorien de sainte Cécile, et tels sont, par conséquent, les faits dont l'Église Romaine acceptait la responsabilité dès la fin du vi* siècle. Ces divers traits représentent en abrégé la narration des Actes; ils en reproduisent même les propres paroles, toutes les fois que la nécessité de les adapter au rhythme du chant ecclésiastique n'a pas obligé de leur faire subir une légère réduction. Nous sonmies donc en droit de conclure que s'il est une histoire vénérable aux yeux de l'Église Romaine, c'est celle de sainte Cécile, telle que nous l'avons racontée et telle que chaque année, depuis tant de siècles, la Liturgie de saint Grégoire la remet sous les yeux des fidèles. Interrogeons maintenant les autres Liturgies de l'Occident.
Nous conunencerons par celle de Milan, qui porte le nom d'Ambrosienne, parce que saint Ambroise a
^ Gredimus Cbristum Filium Dei verum Deum esse , qui sibi talem elegit famulam.
* 0 beata Gxcilia quae duos fratres convertisti, Almachium judicem superasti, Urbanum episcopum in vultu angelico démonstrasti.
» Nos scientes sanctum nomen ejus, omnino negare non possnmns.
♦ Triduanas a Domino poposci inducias , ut domum meam Ecclesiam consecrarem.
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eu la plus grande pôri à sa disposition et à sa réd^otioii. La Messe de sainte Géoite y est i^raitée avec soiny et pour la Correction du style ^ elle ne peut gutoe être reportée au delà du y*» siècle* Voici les principaux traits de la Préface : ce Le Christ a comblé Cécile des » honneurs du cieK Pour mériter la pahne du martyre > » elle s'est éloignée du monde et de ses joies nu{h i> tialeSi A elle revient l^honneur de la confessioâ ghyto rieuse que rendirent Valérien son époux et THnirce* D Vous les ave2 oouroûnés > Seigneur^ de fleurs oào^ » rantes , par la main d'un Esprit oéleste» La Vierge n conduisit à la gloire ces d^x jeunes hommes ^ et le D monde connut alors combien est puissant le WMiy » fioe de diastetéi Par le mérite àé Cécile > ils furmt 6 Martyrs, et suivirent , dans la compagnie des Angoti x> ie sentier du Roi de gloire ^ j> L'Oifertoire eit formé des paroles de saint Urbain , lorsqu'il remei^ie le Christ de la bénédiction qu'il a donnée à Véloquenoe de Cécile*
Pour Toffice canonial, le Responsorial Amtoosien, eonune eelui de saint Grégoire , a emprunté aux Actes de sainte Cécile la matière de ses chants ^«
Si nous interrogeons maintenant TÉglise des Gaules,
1 ^1* Ghristtim gâUGlâ Grilla, «telesU dono tepleta^ ut ftiârtyrii palmamassumeret, ipsum mundum est oum thalàdiiA eist^ trata. testtl^ test Valeriatil , et Tlburtii provocata confèsaie i qaos atigellta mànti odoriferie tli^ibus coronasti. Viros Yirgo duxit id gloriam. Mundus agnovit quantum valeat devotio castiiatU^ qiUB ita promeruU, ut Mart^l'es efficcrentur, et iter Resis gleri» câm Angelis graderentur. Missale Amhrosianum» InNatali S, CtMUim. Vifff. tt MëlH.
2 Breviariuni Ambrosianum. xxii NovembriÈ,
son antique liturgie qui a duré jusqu'aux temps de Pépin et de Charlemagne i nous rend un témoignage aaalogua sur la gravité de nos Actes. Le plus complet . des Missels Gallicans qui soit arrivé jusqu'à nous, bien cpi'U ne contienne en tout que vingt-dx Messes au Propre des Saints, en offre une en Thonneur de sainte Cécile» Cette Messe ^ rédigée dans un style pompeux, est inspirée constamment par le récit de la Légende Rçmaiiie. Sa Préface est dans la couleur de celles des Sacramentaires Léonien et Gélasien, et retrace en abrégé le caractère de la Vierge» ses diverses épreuves, son martyre I sa couronne ^ et son entrée au royaume céleste avec Valérien*. Ce Missel , selon l'opinion du B. Joseph-Marie Tommasi , est celui-là même qui fut rédigé, vers Fan 460 » par Museaus^ prêtre de Marseille ^ principal auteur de la Liturgie Gallicane.
Enfin ^ TEglise Gothique d'Espagne, dont la Liturgie eut pour rédacteur saint Léandre , archevêque de Sévilley ami et contemporain de saint Grégoire, vient déposer aussi son suffirage en faveur des Actes de sainte Cécile. Dans le Missel, les oraisons ne sont qu'une perpétuelle allusion aux faits que nous avons rapportés. On y célèbre le cilice dont la Vierge mortifiait son corps*, les couronnes de roses et de lis appcNrtées du ciel par un Ange% la prière de Valérien
* MabiUon. Liturgia Gallicana , page 216-217.
« lUa deniqae procul dublo poterit apud Deum venlam nostris impetraie offens!8 , qus suam tegens cilicio carnem , multorum aniflias convertit ad fidem. Missale mixtum secundum Jiegulam B. Itidori^ dictum Mosairàbet. In festo S, CmUim Vùrginis.
* SplendiflGM i^«0tai «agellcos desttnasti ad tarrai i ptr guos
18/i HISTOIRE
à cet Esprit bienheureux, en faveur de son frère*; enfin, on y lit un éloquent parallèle entre le feu qui brûlait sous les pieds de Cécile dans le caldarium de son palais, et l'amour céleste qui consumait son cœur*. Le Bréviaire de TÉglise Gothique d'Espagne détaille moins les circonstances de nos Actes que ne le fait le Missel. La brièveté des oraisons dans cette partie de la Liturgie Mozarabe en est la cause ; mais en retour, il contient une Hymne en quatorze strophes , dans laquelle la substance de l'histoire de sainte Cécile est reproduite avec une onction touchante '. On sait que saint Isidore , frère de saint Léandre, a composé la
illis (Martyribus) concretas liliorum ac rosarum floribus ilestinasti coronas. Missale mixtum secundum Regulam B. Isidori, dictum Mozarabes, In festo S, Cœdliœ Virginis.
> Qui Tiburtium fratris prece perduxlt ad fidem, ipse per vos accendat plurimos ad diligendam seternœ glorise mansionem. Ibid.
* Gloriosam Virginem Caeciliam die integro et nocte tota thermis inclusam, nec ullo modo lœsam fuisse fatemur. Servari quippe meruit in balnei calore, qus gestabat Christum in pectore. Duœ quippe ignium diyisse faces ardebant : una in Virginis corde, altéra sub Virginis pede; una combustioni parata, altéra refrigerio débita ; una minabatur supplicium , pollicebatur altéra regnum ; una morituris corporibus necem , altéra vivituro spiritui futuram praeparans libertatem. Ibid.
• Nous donnons ici le texte de cette Hymne, véritable monument historique sur la vie de sainte Cécile. L'imperfection des vers, qui souvent sont à peine ébauchés , n'enlève rien à la valeur de ce témoignage de l'Église d'Espagne au vii« siècle.
Inclyts festum pudoris Germine hsc Virgo clara,
Virginis Caecili» Sanctitate clarior ;
Gloriosa praecinamus Pectore Christum prastans,
Voce prompti pectorîs ; Huncqne solum praedicans,
Quo solnta lege mortis Ore sponsum, mente scf^lns.
ToUitar in athera. Vicit hostem sangnine.
plupart des Hymnes de cette Liturgie, et si ce savaut Docteur de l'Eglise n'est pas Fauteur de celle dont nous parlons, on ne pourrait cependant la placer au delà du vu* siècle, auquel saint Isidore a vécu, puisque saint Julien de Tolède, qui florissait en 675^ est le dernier auteur qui ait composé des hymnes pour le Bréviaire Gothique.
C'est donc un fait acquis par la confrontation des plus vénérables monuments de la Liturgie occidentale , que dans le cours des deux siècles qui ont suivi la rédaction des Actes de sainte Cécile^ l'Église
Pectoris sacri recessnm Munit Eyangelio; Sqaalido corpus beatum Proterit cilicio :
Noctis horas et diei Mentis implens cantlco.
Esc enim sortita spoosum Germinis prsf olgidi ; Angelun Bei fatetur Se habeie yindicem :
Hune rerendo at pudori Bet honorem commonet.
Sponsns bic farore cœco Gomminatar virgini ; Sed beata Yirgo factis IMcta prorsns comprobans; Angelnm , mnnusque ex cœlo Mox adesse prsstitit.
Adfait promissos idem Vir cornscis vestibus; Exhibens serti coronas , Flonbns prsf nlgidis :
In rosit docens cmorem , CftrtititeiiiliUii,
Munere boc provocatos Sponsus ad Gbristi fidem :
niico fratris salatem Imprscatus obtinet, Hincqae ambo passionis Consecrantur sanguine.
Hune inde Tirgo Gbristi Gonsequens GxciLia , Hanc triumpbalis honoris Promeretur gloriam :
Igneis imis retmsa , Fit caloris nescia.
Plus calens sic igné Gbristi, Yicit ignem ssculi , Et vibrantis ensis ictum Ter yalenter sustulit :
Postque terris membra ponit , Spiritu cœIos petit.
Inde nobis sacra Yirgo Mitte cœli mnnera; Liliorum , Tel rosarum Munus inde proroga :
Unde hansisti snpema Yeritatii gaudia,
IM USTOIHE
Ramaine, l'Église Ambrosienne^ l'Église Gallicane, et l'Églige Gothique d'Espagne, ont solennellement adopté le récit qu'ils contiennent. On doit reconnaître en môme temps que^ parmi les Actes les plus authentiques des Martyrs , c'est à peine s*il en est quelquesuns qui aient obtenu une si haute consécration.
LUili eomioii in npW
C^^stita^ prsfal|eat ; Punicis rosis volontas Pasiionift ferveat; Crimlnis mûl« sntuicU , InnoYemur gratia.
Ecce adTentnm fqtapi Praestolamup judieii < Sustinemus, et btata nia lucis gaadia ; Non rei tnno puniamur, Non cremçmuT ignibas.
Martyrov , it saoïMattctii Aggregati cœtibus^ Eyadamus, ^uod timemus Gontlaentis g^orîam , Kegis aln)i «d eor«nam Evocati dexteram
Ut tuam Ghriste videntoi Servuli praesentiam i Crratuloaup, gaudeamm , Personemus gloriam ; Guris cœlestis arce GonfovendI in sacnla. Amsn.