CHAPITRE XIX
LA VOIE APPIENNE pU lY* SIÈGi.{E AU I^%
Après avoir établi rautorité des féolts que ^antiquité noua a transmis sur les vertus et les eombats de la vierge Gécile , il nous flaut maintenant recueillir, à travers les âges , les témoignages de l'amour et de la vénération dont elle a été constamment Pobjet de la part des peuples chrétiens. Déjà nous avons montré la maison que Cécile habita sur la terre, devenue l'un dea plus glorieux sanctuaires de Rome régénérée, et h legs si touchant que faisait la Martyre avant d'expirrer, accepté par Urbain, et transmis par ses successeurs à la piété des fidèles jusqu'à nos jours.
Il est t^mps de recommencer le pèlerinage de la Vole Appieime, et d'y rechercher de nouveau les triées de notre héroïne dont le cdrps doit eneore y reposer plusieurs siècles. Déj6 nous Tavons visitée , cette célèbre Voie, en remontant au temps d'Alexandre Sévère s parcourons aujourd'hui les Mémoire.s chrétiennes dont elle s'est enrichie depuis cette époque. Noua laisserons de c6té les monuments profanes condamnés à périr successivement par la main des barbares et sous Feffort du temps , et nous nous bornerons à reconnaître les tombeaux des Martyrs.
La porte Gapène n'existe plus; l'enceinte de B(Hne a été poussée en avant par Aurélien jusqu'à près d^un
mille sur la Voie Appienne. Les Cimetières qui s'étendaient sous le sol , dans Fintervalle de Tancienne porte à la nouvelle, ont été abandonnés pour ceux de Calixte et de Prétextât qui commencent leurs galeries dès avant le second mille. Les plus illustres Martyrs sont venus tour à tour y occuper une place. Allons à la découverte de leurs tombeaux , en nous appuyant sur les renseignements, malheureusement trop incomplets , que nous fournissent les anciens Itinéraires dont la série s'ouvre au vu* siècle, les Actes des Martyrs de Rome et les autres documents.
Après avoir franchi le lieu mémorable de la rencontre du Sauveur et du Prince des Apôtres, montant toujours la pente, nous trouvons sur la droite le cimetière de Galixte dont les principales descentes sont marquées par de petites basiliques à trois ou cinq {d)sides. Chacune de ces basiliques ouvre sur un escalier qui donne entrée dans le quartier des Catacombes où repose le Martyr dont la basilique porte ordinairement le nom. Ces édifices, qui rappellent par leur forme plusieurs *tombeaux païens de la Voie Appienne, ont été élevés à la paix de TÉglise, et la piété des Pontifes Romains veille sur leur conservation. Ils sont ornés d'inscriptions votives en Thonneur des Martyrs; d'autres inscriptions ont été placées au fond des cryptes elles-mêmes , près des tombeaux des Saints. Le Pape saint Damase a voulu lui-même en composer un grand nombre , et il y a exprimé les combats des Martyrs et son humble dévotion envers eux.
La première Basilique que nous rencontrons sur le Cimetière de Calixte est celle de la vierge sainte So-
tèreS qui souffrit sous là persécution de Dioclétien. Cet édifice donne accès au tombeau de la Martyre^ que saint Ambroise atteste avoir été de sa famille '.
En avançant , toujours sur la droite^ nous rencontrons la Basilique de saint Corneille : un escalier en marbre blanc qui vient d'être retrouvé tout récemment^ avec les débris de Tinscription damasienne^ conduit au cubiculum qui renferme la dépouille du glorieux Pontife. On honore aussi en ce lieu la mé- ; moire du grand Ëvéque de Garthage saint Cyprien , bien j que son corps n'y ait jamais reposé '.
Plus loin^ et toujours du même côté^ s'élève la Basilique appelée ad sanctam Cœciliam: On nomme aussi cette Église ad sanctum Sixtum, parce qu'elle donne entrée à la Crypte où reposent la Vierge Cécile et le Pape Martyr Sixte IL C'est là que le pieux Urbain déposa le corps de l'épouse de Valérien, parmi les sépultures destinées aux Pontifes. Là^ dorment dans la paix , Zéphyrin , enseveli par Calixte à l'étage supérieur * ; Pontien , le successeur d'Urbain , rapporté de la terre d'exil ; Antéros, si zélé pour conserver à la postérité la mémoire des Martyrs ; Fabien , que le vol d'une colombe désigna au Pontificat; Lucius, qui
^ Voir les itinéraires Salisburgense , EinsidUnse^ Màlmetlmriense et le Papyrus de Monza. Nous laissons à M. le chevalier de Rossi l'honneur de commenter ces précieux monuments dont il a hien voulu nous donner la clef, et nous faisons des vœux pour la publication de son Codex topographicus urhis Romœ,
t S. Âmbros. de Yirginibus , lib. m. cap. vu. n« 38.
> Itiner. Salisburg. Einsidlen. Malmesbur.
* Itiner. Salisburg.
Ita «UTOlftE
ottdUit êi prompt«mcn(it lA pâlme et que noui vemm*^ dans là suite dès siècles^ assôoié au triompha de Cé« ciie; Etienne qui maintint la tradition du baptêfne contre led Africains^ et fut immolé sur fta propre ohaire^ Sixte II 5 qui ajourna à troid jours Laurent, son Arohidiaore, et qui partage aveo Géoile rhonneur d'im<poser son nom à cette région si noblement peuplée du Cimetière de Gaiixte; Denys^ auprès duquel un autre Denys^ Patriarche d' Alexandrie^ rendit compte de sa foi ; Ëutychien , dont le Martyre nous est plus connu que les actions ; Eusèbe, qui malgré son passage rapide sur la chaire de saint Pierre, y laissa Podeur de ses vertus; enfin Melchiade^ qui vit luire Sur l'Église les jours de là paix ^
Telle est riUustre <iompagniê au sein de laquelle Cé^ C3ile dort son sommeil de gloire. Près d'elle reposent encore Tharsicius, Acolythe de TËglise Romaine^ qui a obtenu avec ÎJéphyrin l'honneur d'un mémo tom^ beau ' } Calocerus et Parthenius , officiers de la dour de Decius '. Enfin, dans une galerie inférieure, quatrevingts autres Martyrs dont les noms ne sont pas déterminés sur le monument du vu* siècle auquel nous devons principalement cette description , forment une garde d'honneur à la Vierge *. Dans la suite, tant était grande la vénération qu'inspirait le tombeau de Cécile, on étendit la région à laquelle il donnait son nom , et les Martyrologes de Bédé , d' Adon et d'Usuard comp-
< Itiner. Salisbu^S^ MalffiSSbUfiSâlS.
s Salisbut^nfte.
« Ibid, ^ Ibid.
DE SADITB GtCILE. 191
imki jusqu'à n^ûf oents martypt entevelii ad mnelam Cœûiliam ^
Ainsi que nous l'avons remarqué, oette partie du Cime^ tière de Calixte poptait en même temps le nom de 8ixte i maia la Basilique qui donnait entrée dans les Gryptes était désignée par celui de Cécile '. Quant aux saints Martyrs que nous avons énumérés, ils n'étaient pas tous réunis dans le méma cîêbiculum. Les Papes Fa^ l^ian 5 Sixte II et Denys avaient seuls leurs tombeaux près de la Vierge. Les corridors Souterrains se ramifiaient en tous sens^ et de distance on distance s'ou» vroient d'autres chambres sépulcrales destinées aux Pontifes et aux principaux Martyrs. Le tombeau de Gé^ die était au sud, assez loin de la Basilique d'entrée, ^t le corridor sur lequel il avait été creusé joignait les galeries qui s'étendent sous TËglise de Saint-Sébastien. 8a forme était peu apparente^ c'était une alvéole profonde, en manière de four carré, revêtue de quatre panneaux de marbre a l'intérieur. Ce sépulcre déforme insolite dans les Catacombes avait été pratiqué à une certaine hauteur , près de la voûte du corridor ; une seule tablette de marbre de dimension médiocre le fermait, et cachait à tous les regards Farche de cyprès qui contenait les restes de Cécile, Il est aisé dé comprendre comment l'absence de cette ornementation que nous voyons prodiguée à tant d'autres sépulcres des Catacombes, jointe au caractère mystérieux de celui-ci^ en fit perdre la trace à l'époque où les Cimetières sacrés
* Voir encore le Martyrologe Romain actuel, au 4 Marc. s Malmef^huriense.
^ ùrrrf^.
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cessèreat d^étre fréquentés par les fidèles de Rome. Saint Damase, comme nous l'avons dit^ orna d'inr scriptions en vers les principales sépultures des Martyrs. Celles de ces inscriptions qui avaient rapport aux tombeaux que nous venons d'énumérer^ ont péri pour la plupart. Il ne nous reste que celles qui sont relatives aux saints Papes Etienne et Eusèbe, et à l'Âcolythe Tharsicius. Nous avons dit qu'on avait retrouvé dernièrement les débris de l'inscription damasienne consacrée au Pape saint Corneille. On ne saurait douter que saint Damase n'en ait consacré une spéciale à célébrer les vertus et le triomphe de Cécile. La Vierge occupait dans les Cryptes de la Voie Appienne une place trop distinguée pour n'avoir pas obtenu cet honneur; nous dirons bientôt en quelle circonstance ce précieux marbre a dû disparaître^ et comment la divine Providence s'est servie de la main des barbares pour conserver à Rome chrétienne un de ses plus précieux trésors.
Le Pontife si zélé pour les Mémoires des Martyrs, qui avait érigé de toutes parts dans les Catacombes ces magnifiques épitaphes dont plusieurs existent encore et donnent Tidée de ce qu'ont dû être les autres, avait un culte tout particulier pour cette réunion de Martyrs rassemblés sur la Voie Apienne autour de Sixte et de Cécile, n eût ambitionné, lui Pontife des jours pacifiques, de reposer à l'ombre de la crypte où dormaient tant de héros : son humilité lui fit décliner cet honneur. 11 fit construire non loin de la Basilique ad sanctam Cœciliam^ mais plus avant sur la droite et plus près de la Voie Ardeatine qui est parallèle à l'Appienne, une autre Basilique qui donnait accès au Cimetière sacré
dont il avait craint de troubler le repos : on l'appela ta Basilique de Damase. C'est là qu'il ensevelit sa mère et sa sœur, et qu'il vint enfin reposer lui-même, après dixhuit années d'un brillant et laborieux pontificat.
L'inscription que Damase avait préparée pour sa propre tombe, fut placée dans la Basilique. Le Pontife y célébrait avec pompe les Martyrs groupés autour de Sixte; mais il disait en terminant : a J'avais pensé, » moi Damase, je l'avoue, à choisir au milieu d'eux le D lieu où doit reposer mon corps; mais j'ai craint d'of- D fenser la cendre des saints'. »
Poursuivant notre pieux pèlerinage, après avoir déposé nos vœux au tombeau de Cécile , continuons d'explorer les Mémoires sacrées que nous présente le côté droit de la Voie Âppienne. Nous laissons la basilique de Damase, celle du Pape saint Marc, et celle des deux frères Marc et Marcellien, parce qu'elles appartiennent déjà à la Voie Ardéatine, ainsi que le vaste cimetière des saints Nérée et Âchillée, et descendant la pente, nous arrivons au lieu appelé proprement les Catacombes. C'est là que l'on vénère le puits mystérieux au fond duquel furent cachés pendant ^guarante^ ans les corps des saints Apôtres; déjà nous l'avons visité sous Alexandre Sévère. Mais ce lieu a vu s'élever, à la paix de l'Église, une splendide Basilique qui porte le nom du grand Sébastien, et qui est une des sept principales dont Rome chrétienne se glo-
Hic fateor Damasns yolai mea condere membra; Sed ciseres tûnni sanctos vexare pioram.
S. Damasi opp., carmen xxxui (Mai. Script. Yatt. nov. CoU. t. V. p. 37).
rifie y comme Rome patentiô s'enorgueillissait des sept collines qu'elle renfermait dans son enoeinte»
Plusieurs galeries du Cimetière de Galixte s'étendent autour de la Basilique. Là, repose encore dans la paix le vaillant chevalier du Christ ^ Sébastien ; non loin de lui^ le tribun militaire Quirlnus^ qui ftit enseveli en ce lieu par sa pieuse fille > la vierge sainte Balbine ^ y et Eu<^ tychius qui souffrit un cruel martyre^ comme nous l'apprend sa longue inscription damasienne conservée jusqu'à nos Jours.
Sortant de la Basilique de saint Sébastien y et arrêtant notre marche au pied de la colline où s^élève le tombeau de Csecilia Metella , suivi bientôt du Ptt^ti^ Triopiusy nous revenons vers Rome, en explorant les monuments chrétiens qui s'élèvent sur la gauche de TAppienne. Au fond, dans la vallée, est le temple païen qui garde les pieux souvenirs de la retraite du Pontife Urbain. Dans la même direction, on aperçoit dans le lointain la basilique de Sainte-Eugénie' qui donne entrée au Cimetière d'Apronlanus, sur la Voie Latine, laquelle, comme TArdéâtine, est parallèle à l'Applenne. C'est là que cette illustre vierge., martyre sous la persécution de Gallien, a été ensevelie par sa mère Claudia.
Suivant de plus près le cours de la Vole, nous longeons le cimetière de Prétextât , et nous rencontrons la petite basilique qui s*élève sur le lieu où le Pape saint Sixte II fut décapité avec ses diacres , Félicissfane et Agapit'. Saint Cyprien, dans une de ses lettres,
^ Itinerar. Salisburg. Mâlm^sbur.
• Itinerar. ïinsidlens^.
^ Itiner. Salisburg. Einsidietist.
DE SAIliTS CiCIIE. 195
nous apprend que C6tte exécution venait d'avoit* lieu dans le Cimetière même ^ ; les ministres de Déclus ayant oni imprimer plus de terreur aux chrétiens ^ en choi* sissant pour théâtre de Timmolation du Pontife un quartier de la ville souterraine que ces proscrits avaient creusée sous le sol même de la Reine des Voies. Le corps du Martyr fut transporté ^ comme nous l'avons vu , de l'autre côté de la Voie , au cimetière de Ca* lixte , où Pattendait Cécile.
Les deux diacres» compagnons du Pontife, sont restés près du lieu où ils avaient répandu leur sang. Une ba^ silique ouvre Taccès à leurs tombeaux. Là^ sont avec eux les sous-diacres Januarius', Magnus, Vincent et Etienne qui furent aussi les compagnons de Sixte dans son martyre. C'est pour cela que cette basilique est appelée spécialement : ad sanctum Januarium. La grande crypte où l'on vénère le sépulcre du Pontife Urbain est voisine de la basilique dont nous parlons ^ Nous avons vu comment la piété de Marmenia envers le saint Pape, en lui ménageant cette sépulture d'honneur ; fut cause qu'il ne fut pas enseveli près de Cécile et de Zéphyrin.
Formant un môme groupe avec celle de Januarius, deux autres basiliques ouvrent encore sur le Cimetière de Prétextât, et sanctitient le côté gauche de la Voie Appienne. L'une > plus petite > porte le nom du
* Epist. LXXXII.
• Cest psr erteur que l'un des Itluéralres de Saltzbourg coU'fond ce Januarius avec un fût de sainte Félidté qui portait le
néflus nom*
s Itinerar. Saliâburg. MaMêsbttf.
196 HISTOIRB
saint martyr Zenon ^; l'autre, plus grande^, s'élève sous le titre des saints Tiburce, Valérien et Maxime *. En descendant les degrés y on arrive au tombeau où Cécile ensevelit son époux martyr. Près de lui reposent Tiburce et Maxime. Le pèlerin peut donc saluer tour à tour ^ sur la droite de TÂppienne y la basilique de Cécile etde Sixte ; sur la gauche ; la basilique de Valérien^ se répondant Tune à Tautre.
L'inscription votive aux trois martyrs est exposée près de leurs tombeaux. On y lit ces mots en caractères du IV* au V* siècle :
SAMCTIS MARTTRIBVS TIBVRTIO
BALERIANO ' ET HAXIMO QVORVM