‹ Histoire de Sainte CécileChapitre 36 sur 65 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

CONFIRMATION DES ACTES DE SAINTE CÉCILE PAR LES CIRCONSTANCES DE LA DÉCOUVERTE DE SON CORPS. — DIGRESSION SUR LES REUQUES

Avant de reprendre notre marche à travers les sièdes^ arrêtons-nous un instant pour recueillir et apprécier, les faits contenus dans le récit de l'Invention du corps de sainte Cécile , et qui appuient avec tant d'évidence la vérité de ses Actes. Ces faits, nous les avons puisés dans le diplôme officiel de Paschal et dans la chronique contemporaine d'Anastase, documents inconnus au rédacteur des Actes , puisqu'il a vécu trois siècles auparavant , et que ses récits ont été admis dans les Liturgies, dès les vi® et vii« siècles , et étaient répandus dans toutes les Églises de TOccident , un siècle au moins avant le pontificat de Paschal , comme on l'a vu par la Chronique de Félix IV, les vers de saint Adhelme et le Martyrologe de Bède.

Nous avons reconnu sur le diplôme de Paschal et dans la narration d'Anastase, non- seulement le nom de la Vierge Cécile et de Valérien son époux , mais ceux de Tiburce et de Maxime , et la première sépulture de ces quatre Martyrs a été constatée sur la Voie Appienne.

DE SAINTE CÉCELE. 253

Si peu explicité que soit le récit de Paschal , dans son diplôme y qui est un titre de fondation et non une histoire , nous y avons lu que le corps de Cécile était encore couvert d'une robe tissue d'or. Les Actes nous avaient déjà fourni ce détail, d'une importance secondaire sans doute ; mais leur confirmation sur ce détail même n'est-il pas déjà une garantie de la probité de leur rédacteur, et de la pureté des sources auxquelles il a puisé?

Paschal ne dit pas dans son diplôme qu'il ait découvert , près du corps, l'ampoule teinte de sang que Ton rencontre encore de nos jours près des tombeaux des Martys ^ ce sont des linges imbibés de sang qu'il a trouvés aux pieds de Cécile. Nouvelle démonstration de la fidélité de notre historien, qui les avait mentionnés le premier. La circonstance de ces linges est caractéristique dans le martyre de la sainte. Ils attestent une blessure essuyée sur un corps sillonné par le glaive ; ils n'ont rien de commun avec les éponges dont on se servait pour recueillir à terre le sang des Martyrs , et qu'on exprimait ensuite sur le vase destiné à le conserver. Les linges du tombeau de Cécile étaient roulés avec précaution et déposés, comme un trophée, aux pieds de la Martyre. Ils certifiaient par leur muet, mais éloquent témoignage, la scène si glorieusement tragique de la salle du caldarium. Plus tard, nous verrons lever une seconde fois la pierre du tombeau de Cécile , et ce sera pour constater par de nouveaux indices la minutieuse exactitude de nos Actes.

Les circonstances de la découverte du corps de la Vierge romaine en 822 , servent encore à éclairer al

critique sur la valeur des reliques de sainte Cécile que plusieurs Églises se vantaient de posséder, antérieureiment au pontiticat de saint Paschal, Saint Venance Foi^ tunat, au yif siècle, parle de celles que aaint Vital, évêquede Ravenne, avait placées dans son Église de Saint- André \ Il est d'abord de la plus grande évidence que ces reliques ne peuvent avoir appartenu au corps de notre sainte Martyre , puisque son tombeau ne fut pas ouvert avant Tan 822.

Mais postérieurement à cette époque, il est fait mention d'un grand nombre de reliques sous le nom de sainte Cécile, Martyre. Rhaban Maur a célébré cfôns ses vers les ossements de sainte Cécile , qu'il a placés dans son Église de Fulde , avec ceux des saints Valérie© et Tiburce ' ; ailleurs, il désigne jusqu'à neuf autels qu'il a enrichis des reliques de la sainte ^. Un état des reliques conservées dans les autels de la propre Basilique de sainte Cécile, à Rome, et qui paraît avoir été rédigé au commencement du xif siècle, désigne quatre autels de cette même Église comme renfermant des reliques de la glorieuse patronne ; dans deux de ces autels, ces reliques étaient des ossements*. Le trésor de Tinsigne Église de Saint-Martin de Tours , qui fut pillé par les Calvinistes en 1562, possédait un chef de sainte Cécile renfermé dans un reliquaire partie d'or, partie de vermeil, et enrichi de pierres précieuses '. Un second chef

* Venantii Fortunati Carmima, part i. lib. i, carm. ii. 1 Rhabani Mauri. Opp, tome iv, page 231.

> Ihid, tome VI, pages 215-221.

^ Laderchi , tome u> pages U-14.

* Gervaise. Vie de saint Mar tin ^ page 426.

était gardé dans l'Église de Saint-Nicolas-des-Ghamps , à Paris * ; un troisième se conservait dans le trésor de TAbbaye de 5aint-Lucien-de-Beauvais '. Il nous serait facile d'étendre cette énumération à Taide de divers inventaires de reliques que Fon trouve dans les Bollandistes et ailleurs ; mais nous ne pouvons nous dispen- 1[ ser de mentionner encore le bras de sainte Cécile, et les reliques des saints Tiburce , Valérien et Urbain, que Paul II donna, en 1446, à Jean Jofroy, évéque d'Alby, ^ et que celui-ci plaça dans sa Cathédrale *.

Toutes ces reliques , dont nous n^entendons en aucune façon attribuer l'origine à quelque fraude pieuse , ne sauraient cependant appartenir à la Vierge romaine dont nous écrivons l'histoire. L'ouverture du tombeau de smnte Cécile, en 1599, a donné occasion de constater la complète intégrité du corps que saint Paschal avait placé sous l'autel de la Basilique Transtibérine. Du Saussay, dans son Martyrologium Gallicanum, le reconnaît avec franchise , et il pense qu'on doit attribuer à sainte Cécile, Abbesse de Remiremont, le chef conservé dans l'Église de Saint-Nicolas-des-Champs , à ^ ^

Paris*. r^

n est plus dîflScile, au premier aspect, d'expliquer "^ S>

la méprise dans laquelle on est tombé à Rome, et jusque ^ \^

dans l'Église même de Sainte-Cécile , où l'on se croyait • ^ ^^

en possession , dès le xu* siècle , de quelques ossements ^

* Du Saussay. Martyrologium Galliamum, tome ii, page 1231. ,^ ^

* Baillet. Viet des Saints, 22 novembre.

* Gallia Ghristiana, tome i, page 33.

^ Du Saussay. IbiéU

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de la célèbre Martyre, renfermés sous plusieurs autels. L'étonnement cessera quand on voudra se rappeler que, outre la Vierge épouse de Valérien, il a existé au moins trois autres saintes Martyres du nom de Cécile, deux desquelles ont souffert à Rome. La première qui figure sur le Martyrologe dit de saint Jérôme est marquée au 2 juin, et la seconde au 16 septembre, diaprés le même document ^ La troisième sainte Cécile fut martjTisée en Afrique , sous la persécution de Dioclétien , avec les saints Saturnin , Dativus et Félix , dont la mémoire est consignée sur le Martyrologe romain , au H février*.

Dans rintervalle qui s'écoula depuis la première découverte du corps de notre sainte , en 822 , jusqu'à la seconde, qui n'eut lieu que huit siècles plus tard , l'incertitude où Ton pouvait être sur l'état dans lequel saint Paschal avait laissé les ossements de la Vierge , en fermant le tombeau; l'usage universellement pratiqué dans les Inventions de reliques insignes d'en distraire quelques portions , avant de sceller le nouveau sépulcre'; ces divers motifs ont pu donner lieu de croire que des ossements sacrés qui portaient le nom d'une

» Florentini. Martyrolog. S. Hieronymi , aux jours indiqués.

* Voir aussi Dom Ruinart. Acta sincera Martyrum, page 409.

* Quoique Tantiquité ait été généralement moins favorable à la division des reliques , il faut cependant reconnaître que lors de la célèbre Invention de saint Etienne , les prodiges qui s'opérèrent n*empêchèrent pas la pieuse dispersion des ossements de ce premier Martyr jusqu'en Afrique, comme l'atteste saint Augustin. Au siècle de saint Paschal, on était devenu plus hardi encore sur ce point, et si ce Pontife laissa le corps de sainte Cécile entier, comme l'évidence du fait l'a démontré postérieurement, on doit

sainte Cécile devaient appartenir à la plus célèbre de toutes. La bonne foi était universelle ; l'ouverture du tombeau devait seule résoudre ce grand problème , et suppléer les renseignements que le diplôme de saint Paschal avait omis.

Quant aux deux chefs conservés à Saint-Martin de Tours et à Saint-Lucien de Beauvais^ rien n'empêche de les attribuer à Tune ou à Tautre des deux Martyres de Rome dont nous venons de parler , ou si Ton veut à celle d^Afrique. Encore faudrait-il savoir si ces chefs étaient entiers^ ou s'ils étaient de simples fragments d'un même chef. On sait que les Églises se glorifient souvent de posséder dans leurs trésors le corps d'un saint , dès qu'elles sont en possession d'une partie assez notable de ses ossements ; il en est de même pour lo dief^ pour le bras, et pour les autres membres principaux, et cette manière de s'exprimer, qui ne peut étrcj ignorée que des personnes entièrement étrangères à cette partie de l'archéologie religieuse , était déjà en vigueur dès les iv« et v* siècles ^ Ainsi il est possible

assurément l'attribuer à une intention marquée de la divine Providence.

^ On peut voir THomélie de saint Basile sur les quarante Martyrs (Opp> Tome n , page 155) , où il considère leurs reliques divisées entre un grand nombre de viUes , comme assurant à ces mêmes villes la présence de chacun de ces Martyrs tout entier. Théodoret est plus explicite encore : n Quoique les corps des Mar- » tyrs ne soient pas toujours entiers dans leurs châsses , quoique » celles-ci ne contiennent souvent que des reUques d'une faible • dimension, cependant nous appelons communément ces re- » liques les corps des Martyrs. » Epist, cxxx ad Timotheum, Opp, tome nr» |Mige 1^18. Hala*. 1771»

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