CHAPITRE XXV
léVÉNEMENTS RELATIFS A SAINTE CÉCILE ET A SA BASILIQUE , DANS LE COURS DES IX« ET X* SIÈCLES. — HOMMAGES DE LA LITURGIE GRECQUE A LA VIERGE ROMAINE.
Le IX* siècle, si fameux dans Rome par la Translation d'innombrables Martyrs de Tobscurité des Cimetières dans les Églises de la ville, fut marqué dans les diverses contrées occidentales par la rédaction de plus en plus complète des Fastes du christianisme, au moyen des Martyrologes. Celui qui est venu jusqu'à nous sous le nom de saint Jérôme et celui même du Vénérable Bède ne suffisaient plus aux gloires de TÉglise.
Vers 847, Rhaban Maur donna le sien en complétant Fœuvre de Bède. Saint Adon , Archevêque de Vienne, suivit Rhaban peu après (vers 859) dans la même carrière, et, en 876, Usuard, moine de Saint-Germain des Prés, publia aussi son Martyrologe, à la prière de Charles le Chauve. Ayant fourni un fonds plus correct que celui de ses prédécesseurs, il a Thonneur d'avoir préparé ce texte vénérable que le Siège Apostolique, après l'avoir soumis à la révision du savant B^ronius, a présenté à l'Église universelle sous le nom de Martyrologe Romain. Tel lut l'enthousiasme catholique, au ix* siècle, pour le grand œuvre des Fastes chrétiens, que , dès
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Tan 850^ Wandelbert, moine de Prum^ ouvrit par un Martyrologe envers la magnifique série des poèmes sur TAnnée Ecclésiastique qui arrive jusqu'au xvn* siècle. Or, tous ces Martyrologes traitaient avec complaisance et une étendue toujours croissante la notice sur sainte Cécile^ au dix des Kalendes de Décembre 3 nmis aucun ne la présenta avec plus de développement que saint Adon , qui semble avoir voulu donner un abrégé des Actes eux-mêmes. Le jugement successif de tant d'hommes versés dans Tétude des monuments hagiographiques ajoute encore à l'autorité de ce document , environné déjà dés témoignages du respect de tant de générations depuis le v* siècle. Sans doûtô les auteurs des Mai^tyrologcs du ix^ siècle oiit pu lombiN' çà et là dans quelques méprises par l'absencè des M^ cours de la critique ^ devenus plus abondante klUt siècles suivants; mais ce serait une gi^vè Iftjtisfieé littéraire de ne pas reconnaître ordinaireâlent dan^ leur assentiment sur la valeur d'un document historique un élément de confirmation 5 surtout <}uand ce document a déjà recueilli dé nombreulc suffhiges d&ùs les âges précédents. Si des hommes^ en proie aux caprices d'une partialité odieuse , ont pris à tâche d'affecter le dédain pour les témoignages de saint Adon et d'Usuard, nous pouvons toujours produire en faveur de ces savants hommes^ considérés simplement conune critiques ^ les sympathies de Dom Ruinart et de Bossuet, qu'on a'accusera ni l'un ni l'autre d'un aveugle entraînement vers les légendaires du moyen âge ^
^ Dom Ruinart, dans son Histoire de la persécUtiùh Ûèi Vàl^
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A Rom^ , les successeurs de Paschal se montrèrent héritiers de sa religion envers la Basilique quil avait rdetée avec tant de splendeur et dotée du plus précieux de tous les trésors. En 827, Grégoire IV ôfirait l)0ur Tautel de Cécile une tenture en velours, semée d'aigles et de griffons en broderie, avec une frange pourpre et or*.
Le IX* siècle vit le culte de sainte Cécile s'étendre à TÉglise d'Orient , qui n'avait pas encore inscrit le nom de notre grande Martyre dans ses Fastes; plus tard , rOccîdent devait en retour accepter sur ses Calendriers les illustres Vierges Catherine, Barbe et Marguerite. La découverte du corps de la Vierge romaine par Paschal, en Même temps qu'elle remplit d'allégresse toutes
dales, voulant prouver Tantiquité et Tautorlté des Actes dés saints Martyrs Libérât et i»es compagnons , cite en entier les notices données par les Martyrologistes du ix* siècle , et exprime en ces termes la confiance qu'ils lui inspirent : « Hœc fusius referre » vlsum est , prout in illis authoribus habentur , ut clarum sit » jam nono ssbcuIo persuasum fuisse viris Hittwitz sàcfœ stu- » diont , Yiotorem nostrum hujus sanctorum monàcbomm t^as- » sionis authorem fuisse. » Historia per$ecutiénis Vw^aliea , page 97 , n"* 3.
fiossuet , dans la Défense de la Déclaration , ayant besoin pour sa tbèse , dont nous sommes loin de prendre Ici la responsabilité, d'un témoignage des Actes de saint Eusôbe» prêtre de Rome, porte sur ces mêmes Actes un jugement favorable, qu'il motive en ces termes : « Hactenus Acta, ubi binata simplicitate ipsa se prodit an- » tiquitas , et quibus ejus generis Actorum aliquis inest gustus , k hoc saplent. Tum Usuardus monachtis, et Ado Viennensis hœc • Àcta viderunt; ex quorum quippe verbis brevem illam quam » suis Martyrologiis inserunt, sancti Eusebii eontexunt bisto- » riam. « Defensio cleri GaUicanij part, ii , lib. xv, cap. xxxit.
* Anastas. in Gregorio TV.
les Églises latines, porta la renommée de Cécile dans les contrées où elle n'avait pas pénétré encore , et une version grecque de ses Actes parut à Constantinople vers la fin du même siècle. Le traducteur fut le fameux hagiographe Siméon Métaphraste , Logothète de TEmpereur Léon VI, dit le Philosophe , qui régna depuis l'année 886 jusqu'en 911 .
Nous ne nous sommes point imposé la tâche de défendre ce pieux et célèbre personnage de toutes les accusations dont il a été Tobjet; mais nous devons attester que Métaphraste, au lieu d'enfler par de nouveaux récits et par ces amplifications qu'on lui a tant imputées l'original qu'il traduisait, s'est borné à fahre passer dans la langue grecque , avec une minutieuse fidélité , ce qu'il trouvait sur le manuscrit romain des Actes de sainte Cécile. La confrontation est facile , et nous l'avons faite avec d'autant plus de plaisir, que nous y trouvons l'occasion de rendre au moins sur ce point une tardive justice à cet hagiographe laborieux, dont les services n'ont guère été payés que d'ingratitude.
Le Ménologe des Grecs, qui correspond au Martyrologe des Latins , fut définitivement compilé vers la fin dux« siècle, et tous les amateurs des antiquités liturgiques connaissent le célèbre manuscrit de ce livre qui fut exécuté , avec de nombreux dessins , par les ordres de TEmpereur Basile Porphyrogenète qui monta sur le trône de Byzance en 976. Ce Ménologe, publié à Urbîno, en 1727, avecles curieuses vignettes des six premiers mois, qui commencent à Septembre et vont jusqu'à Février, contient, au 24< Novembre, la notice sur sainte Cécile dans le style des Martyrologes occidentaux ;
mais comme cette notice ne renferme rien qui ne soit tiré des documents que nous avons donnés jusqu'ici , nous nous abstiendrons de la reproduire. Nous avons seulement voulu mentionner ce premier monument liturgique des Grecs sur la Martyre romaine.
Mais l'Église de Gonstantinople , encore unie de oonununion avec le Siège Apostolique^ ne se borna pas à cet hommage purement historique envers sainte Cécile. A cette époque, elle complétait ses Menées, qui sont ccHume le Propre des Saints de la Liturgie grecque , et employait à cette œuvre sea plus pieux et ses plus habiles hymnographes. On lira sans doute ici avec plaisir quelques-unes des strophes qu^ils ont consacrées à la Vierge romaine :
a Tu as su conserver ton corps sans souillure et affiranchir ton cœur de tout amour sensuel, ô Cécile digne de toute louange ! Tu f es présentée à ton Créateur conmie une épouse immaculée dont le martyre a comblé la félicité; il t'a admise aux honneurs d'épouse conune une vierge sans tache.
D Le Seigneur, dans les conseils de sa sagesse , a voulu couronner ton front de roses odorantes et suaves, ô Viei^e sacrée ! Tu as été le lien entre deux frères pour les réunir dans un même bonheur, et ta prière est venue à leur aide. Abandonnant le culte impur de l'erreur, ils se sont montrés digneis de recevoir la miséricorde de celui qui est né de la Vierge , et qui s'est laissé répandre pour nous, comme un parfum divin.
» Tu as méprisé les richesses de la terre dans ton ardeur de posséder le trésor du ciel; dédaignant les amours dMci-bas , tu as choisi ta place dans les chœurs
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des yiei*g6is> et ta ÈàJgêi^ t'a conduite à rÉ|k)ux céleste. Tu à6 vaillàftimènt combattu , tu à& teh^â^é , par ton mâle courage ^ les assauts du démon pervers , 6 toi Photineur des athlètes du Christ !
» Tu es le très-saint temple du Christ, la démeure éclatante du Christ, la maison très-pure du Christ^ glorieuse Cécile^ auguste Martyre! Daigne répandre ht splendeur de ton intercession sur nous qui célébironit tes louanges.
» Éprise de la beauté du Christ , fortifiée par Tamottr du Christ, scHipirant après les délices du Christ, tu parus morte au monde et à tout ce qui est dans lé monde, et tu fus trouvée digne de Tétemelle vie.
» Un amour immatériel te fit dédaigner Tamour des sens; tes paroles vivifiantes et remplies de sagesse engagèrent ton époux h demeurer vierge avec toi; avec lui maintenant^ tu es associée aux chœurs des Anges, ô Martyre , digne de toute récompense.
» Un Ange de lumière t'assistait toujours; préposé à ta garde, il t'environnait d'une splendeur divine; son bras écartait l'ennemi qUi cherchait à te nuire; il te conserva chaste, pure et toujours agréable au Christ, par la foi et la grâce, ô Cécile !
» Tu cherchais le baptême , ô Valérien ! un envoyé d'en haut t'apparut; il éclaira ton esprit, en te déclarant les saints oracles; il t'inscrivit pour les chœurs du ciel, lorsque tu combattais encore sur la terre.
» Tu as quitté, ô Tiburce ! l'erreur empestée, et tu as asphré Todeur la plus excellente , la science divine. Foulant aux pieds cette vie périssable, tu t'es élancé aved ardeur Vers la véritable vie ; tu as ctn de toiite ton
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âme à la Trinité, et tu as combattu pour elle , comme un vaillant guerrier.
» 0 Cécile! le désir de posséder Dieu, Tamour qui procède du plus intime de Tâme, Tardeur divine, t'ont enflanmiée tout entière ; ces sentiments ont fait de toi un ange dans un corps. Intrépide, tu as tendu le cou au glaive; ton sang a consacré la terre qui le recevait, et ton âme , en traversant les airs , les a sanctifiés.
» Les trois jeunes hommes changèrent en rosée les llilttiniëS de la fournaise, et toi, d Cédle! par la Vèrhl de la rosée baptismale, du milieu des ardeurs de ton bain enflammé , tu chantais, comme eux : « Soyez » béni , ô le Dieu de nos pères ! »
i> tu es le jardin fermé, la fontaine scellée, la beatltë l^servée , Tépouse glorieuse qui brille sous le diadèitie , le paradis fleuri et divin du ftoi des vertus , ô tlédlè , pleine de Dieu ! »