‹ Histoire de Sainte CécileChapitre 40 sur 65 · CHAPITRE XXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIL

{^.V^NEMËNTS REf^TlPS A SAlNtE C^GILÂ ë¥ k lA BJduiit(|tlij I^ANS LE COURS DES XV' ET XYI* SIÈCLES. ~ HOMMAGEI ttll UL UtAttà» TURE ET DES ARTS A LA TIERCE ROMAINE.

L'année 1484 vit mmitel* SiU* le Sliége ÂpôStolicpie le cinquième des t^apëS que là fiaâillquê de Satote Cécile a donnés à FÉglise. Ce Ait Jean-Bâpti$te Cibo , qui prit le nom d'Innocent Vin ^ Peu après son exaltation^ il décora de la pourpre sou neveu Laurent Gibo^ qui^ poorru d'abord du Titre de Saintè-SUîanne, le permuta efumite contre celui de Sainte-Cécile. La Basilique se ressentit des effets de la munificence de ce Cardinal. Il restaura le portique intérieur, et fit réparer à neuf la chapelle du Bain, où Ton voit encore aujourd'hui ses armes; mais il respecta cependant l'autel et le pavé de ce vénérable sanctuaire , qui ont conservé jusqu'aujourd'hui le caractère du moyen âge.

Diverses modifications introduites successivement

*■ Entre autres dons que fit le cardinal J. B. Cibo à la Basilique, il plaça dans le Campanile une grosse cloche qui compléta le nombre de quatre. Les trois plus anciennes , d'une moindre dimension, remontaient à Tannée 1311. MSS, Vaticans de GiiUeUi, 8026. Santa Cecilia. Tome i.

DE SAINT£ CÉCILE. Zii

dàÛÈ tem chapdte, àVàiëht flAi par lui eillevef Mh m-

mctèfë primitif. Pompée Uj;ôiiius,ciiii êôi^ivâlt en 1588. atteste que^ de i^ofi temps, cé liéu i^cfé était dè^lgtie

sous les noms de Thalamus ou à*Orator%UU de âaiiité

Céiiiie, et que les vieillards se souvéïiaMt d'y avoir Vénéré ftut)*efois lé Mh dans lequel fût immolée la «aifitè Miiftyre ; mais il 6jôutè que les ït^M^ de m bain n'étaient plus visibles 5 soit, dit-il, que l'on n^eùt pas jugé ee moàinnent isàsèt sfià^ieuï, sôil poui* tout auti'é

toolif *.

Ndtts avons Vu plus hâttt que la tradition > eneët^ dans le ii^ siècle ^ désignait expressément le Bain dé sainte Géeilè dftils eet endroit, et que le Cardinal Ubaldë, Evéque dé Sabine, ^ dédia un autel en loîâ. Bientôt nous verrons eesser toutes les incertitudes 5 et ee èttint \ièùy dégagé des constructions qut l'eneombraient, re^

pÂrdtrê ft la lumière, tel qu'il était àU jour dU sai^rifidë^

et restituer à la maison de Cécile sa piu*tte la plus im-^ portante^ et la pluS auguste par les souvenirs qu'elle retrace.

Le monastère que saint Pasohal avait bâti près de la

Basilique de Sainte-Cécile , n'àVâit paS persévéré dans la pratique de la règle de saint Bëhôît , et ^ à l'exemple d'un grand nombre d'autres ^ il avait fini par se transformer en Église Collégiale. SôUS cette forme séculière^ il ne présentait plus la même édification ^ et le service divin n'était plus célébré avec le même zèle près du tombeau de Cécile. En 1417, Martin V donna l'Église et le Monastère à la Congrégation du Sauveur fondée

1 De Stationibus Urbis. Statio xv, pÊgi 18S.

par sainte Brigitte ^; mais ces religieux ne paraissent pas les avoir conservés longtemps^ et la règle de saint Benoit était rétablie à Santa Cedlia^ bien avant la fin du XV* siècle *•

La congrégation Lombarde des Humiliés fut celle des &miiles bénédictines qui fut mise en possession du Monastère^ après le départ des Brigittains ; mais cette oongrégation^dès le commencement du xvi* siècle, se trouvait tellement réduite ^ qu'elle ne pouvait déjà plus suffire à occuper les Monastères dont elle avait reçu la garde. Clément Vil crut pouvoir mettre ce bénéfice en commende et le conféra , en i5â3^ au cardinal Franciotto Orsini '. Le délaissement d'un sanctuaire si vénéraMe était arrivé à tel points pendant ces années malheureuses, que c'était à peine si l'office divin pouvait s'y célébrer, en la fête de sainte Cécile, et au jour de la Station qui a lieu dans la Basilique, chaque année, le mercredi de la seconde semaine de Carême. Dieu semblait vouloir préluder par ces tristes ombres aux splendeurs incomparables qui devaient bientôt illuminer la demeure de Cécile, et lui rendre avec usure sa gloire un moment éclipsée.

L'aurore d'un si beau jour se leva dès l'année 1527. Au moment même où la commende allait éteindre pour jamais la pieuse fondation de saint Paschal, le Seigneur inspira au cœur d'une de ses ser\'antes un dessein qui

^ Ciacconius, tome ii , page 825.

* On en trouve la preuve sur une inscription sépulcrale de la Basilique, qui se rapporte à Tannée 1475, et atteste que dès Ion réglise et le monastère étaient entre les mains des Humiliés.

* Laderchi, tome ii, page 284.

DE SAmTE CÉCILE. 285

devait tout sauver. La pieuse Abbesse des Bénédictines du Champ de Mars^ Maura Magalotta^ sollicita auprès de Clément Vil la faveur d'aller habiter le monastère de Sainte-Cécile , avec celles de ses sœurs qui consentiraient à la suivre^ et afin de ne causer aucun dommage à la Congrégation des Humiliés à laquelle la maison était encore censée appartenir , elle oflfrit d'embrasser les Constitutions de cette Congrégation.

Le Pape accueillit avec édification la proposition de TAbbesse; mais il fallait le consentement du Cardinal Titulaire. Franciotto Orsini le donna généreusement, et se démit, pour Thonneur de sainte Cécile, de la riche conmiende dont il avait été pourvu quatre ans auparavant. Clément Vil était alors retiré au Château Saint- Ange, où il était assiégé par Tarmée du Connétable de Bourbon. Il data de cette forteresse la Bulle qui assurait désormais d'une manière permanente à la Basilique la célébration des offices divins, selon les intentions de saint Paschal. Cette pièce est datée du vn des Kalendes de Juillet, in Arce sancti Angeli. Le Pontife y accordait la translation de la Mère Maura Magalotta dans le monastère de Sainte-Cécile, et Ten créait Abbésse, sous la règle de saint Benoît, dans la Congrégation des Humiliés *.

On sait que les Humiliés furent supprimés par saint Pie V, en 4575, en punition deTattentat que quelquesuns d'entre eux avaient commis, à Milan, contre la personne de saint Charles Borromée ; mais le Pontife , loin d'étendre ce châtiment au monastère de Sainte-Cécile,

1 Ijaderchi, tome ii , page 313.

28« m3it)tli«

qui fleurift^ii avec tant d'édification > 1« ^M iott* sa protection et l'enrichit de nouveaux pHttlégêi. Pins tard les religieuses Humiliées étant venues à a'éteiudre d'elles-mémês, l'institut des Bénédictinea du Champ de Mars a été appelé à desservir le monastère; mais en mémoire de leurs sœurs mises en possession pa^ Clément VII, les religieuses de Sainte-Cécile pcnlent encore dans leur habit la couleur blanche, qui était celle des Humiliées»

Maura Magalotta s'employa avec zèle à la réparation de sa chère Basilique qui commençait à manquer de solidité, et fit d'importantes améliorations au monastère, dont elle augmenta aussi l'enclos. Une inscription placée à la porte principale de cette sainte maison rap* pelle les services de la digne Abbessé % qui mourut âgée de soixante-douze ans> le 17 Mai 1566, oonune l'atteste l'épitaphe placée sur sa tombe, dans la Basilique méme^ devant l'autel de la Confession, par les soins de la Mère Scolastique Serleoni , qui lui succéda *.

1 Maura Magalotta Abbatissa , a Clémente vu , et Franciotto cardinal! Orsino prsposito hue àccita , ^détn banc dlVâe Cœcillae sacram, quam motiacbl Humiliatorum S. fienedictt obUaèbtint,in prœsentis monasterii, ejusdem ordinis monialium formam r»degit , eamque pekie collabentem reatituit » adjecUs iusuper hortis , quorum eUam ut honestior usus esset, claustraU eos muro cinxit, anno a partu Virginis mdxxxi.

s D. 0. M. Maura Magalotta, per triètitiium AbbaUtsa monastm'ii Campi Mann , â«indd a Glem«nt« Vlî , Poat. Max. AbbiUm per]^etttA monasterli Sanete Cœoili» creata, que instituit, instauravit et dotavit. Obiit anno Dni mdlxyi. xyi. Kal. Junii, vitx suœ an. lxxii. Scolastica Serleoni Rom. Abbatissa, et suffecta posuit.

DE SAINTE CSCILë. 2^7

Sou$ Grégoire XIII, en 1584, on dédia de nouveau deux autels dans Téglise de Sainte-Cécile, L'un des deux était celui qui portait le titre de Saint-Mammès et avait été qonsacréi comme pou$ l'avons dit, en 1098, sous Urbain II, par Maurice, Évêque de Porto. On le destina à être Vautel du Samt-Sacrement, et la dédicace en fut célébrée te 7 Août, par Thomas Goldwel , Évêque de Saint-Asapb ^ On y renferma les reliques qui avaient servi à la première consécration, en 1098, et dont la nomenclature était consignée sur une inscription qui remontait à la même époque. Parmi ces reliques , se trouvaient des ossements attribués à sainte Cécile; nous en avons expliqué plus haut Torigine; mais le moment approchait où il deviendrait évident pour tout le nK)ade qu'ils ne pouvaient avoir appartenu à la Martyre déposée par saint Paschal sous Tautel de la Confession.

Uannée précédente , Grégoire XIII avait donné la pourpre à Nicolas Sfondrate, Évêque de Crémone. Ce Prélat, d'une illustre famUlç milanaise , mais bien plus distingué encore par sa piété, reçut le Titre de Sainte- Cécile, et §ept années après, les suffrages du conclave l'appelaient à monter sur la Chaire de Saint-Pierre. Il prit le nom de Grégoire XIV, et fut le septième Pape sorti de la Basilique de Sainte-Cécile. Après dix mois d'un pontificat qui donnait à l'Église les plus belles espérances, il ftit enlevé à la chrétienté } mais il avait eu le temps d'élever au eardinalat son neveu, Paul-Émile Sfondrate, dont le nom ne saurait être prononcé qu'a-

^ Ladercki , leme H , pages S40 et 406.

288 HISTOIBE

vec une tendre vénération par tous ceux qui s'intéressent à la gloire de l'illustre Viei^e dont nous avons entrepris d'écrire Thistoire.

Mais avant d'entrer dans le récit du grand événement que le ciel sembla avoir ménagé pour répandre tout à coup une si vive lumière sur les Actes de sainte Cécile, et pourréchaufiFer Tenthousiasme des fidèles envers cette Épouse du Christ, nous consacrerons quelques pages à rappeler les hommages que la littérature et les arts lui ont décernés comme à Tenvi.

Déjà nous avons entendu tour à tour la période cadencée des Sacramentaires, l'hymnodie des Mozarabes et de la Grèce chrétienne, TépiÛialame de l'Évoque des Saxons , les rudes vers de Flodoard , la séquence plus moelleuse du xii® siècle, s'unir en un concert poétique à la gloire de Cécile. Le pieux Thomas A-Kempis vient à son tour apporter son dévot tribut par une hymne remplie d'onction et une composition acrostiche qui exprime toute sa vénération envers la Vierge romaine *. Il est suivi bientôt par le célèbre poëte latin Baptista

1 En virginis Cœciliae Nam duos fratres nobfles

Fulget vita clarissima , Christi effecit milites ,

Quam sponsus pudicitia Quos per ejus vestigium

Elegit ab infantia. Hortatur ad Martyrium.

Qua Christi Evangelium Hœc cemens tune Episcopus

Abscondebat in pcctore ; Urbanus vir Angelicus ,

Ut Jesum nitens lilium Resolvitur in lacrymis

Casto servaret corpore. De fructu tantœ Virginis.

Hinc amor et devotio Domine Jesu suscipe

Fervebat cum eloquio , De manibus Gœcilia

Hluc diebus ac noctibus Fructus casti consilii,

Sacris intendit fractibus. Sicut odorem balsami.

SpagnuolO; dit le Maniouan, qui consacre à Cécile sa septième Parthénie^ dédiée à Isabelle, Duchesse de Mantoue. Ce poëme de neuf cents vers, rempli d'emphase et de réminiscences profanes , comme toutes les œuvres du Mantouan, est dans le goût trop païen de répoque qui le vit paraître; mais il ofirc un gi'and nombre de vers aussi heureux que faciles. Nous ne prolongerons pas davantage cette liste des compositions qui forment la couronne poétique de Cécile ; mais nous ne pouvons cependant ne pas mentionner Tœuvre d'Ange Sangrini , Abbé du Mont-Cassin , qui, sous le titre d'Épithalame, a célébré avec tant de grâce et dV bondance la sainte Martyre dont le culte était si ardent en Italie, au xvi* siècle.

Ce siècle, qui donna à FËglise les Annales de Baronius et les Controverses de Bellarmin, eut aussi la gloire de recueillir les Actes des Saints, préludant ainsi, par d'imposants essais, à rhnmortelle compilation des Jésuites d'Anvers. Les divers recueils de ce genre qui parurent alors furent autant de monuments à l'honneur de Cécile. Depuis Bonino Mombrizzio qui ouvrit cette nouvelle voie à l'érudition sacrée, dès avant la fin

0 Beata Cacilia , Deo Patri sit gloria ,

Bevota Gbristi famula , Ejnsque soli Filio ,

Per tua sacra mérita , Giim Spirita Paraclito ,

Nos Deo reconcilia. Et aune , et sine termino. Amen.

n onsolatrix infirmorum , compassione.

bd lectrix siipernorum, contemplatione.

a onfortatrii Ghristianorum, prxdicatione. xH mitatrix Beatomm, sacra passione.

f iberatrix perditorum , devota orationp. — nventrix liliorum , casta conversatioue. > ssoi'iatrix Âag«>lorum , cœlesti rerelationp.

du KY* siècle^ par son Sanctuarium dédié à Sinionetta, secrétaire des Ducs de Milan^ jusqu'au Chartrettx Laurent 8urius, qui^ en i568, publiait ses Vies originales des Saints (en comprenant dans cet intervalle VAgiùhgium de Georges Wicelius, en i54i^etla collection de Louis Lipoman, Évêque de Vérone et de Bergame), les Actes de sainte Cécile obtiennent constamment les honneurs d'une reproduction Adèle. Surius voulut les donner d'après Métaphraste qui, comme nous Tavons vu, les avait empruntés aux Latins , et la traduction faite sur le grec, confrontée avec les manusi^its M^Aim, fit voir avec quel respect Fhagiographe de Cionstantinq>le avait traité la touchante relation des vertus et du martyre de Cécile.

Les arts se montrèrent plus empressés encore à glorifie]^ ta fille des Csecilius; car on sentit de bonne heure dans rËglise que le Christianisme avait en elle un de ses types principaux. L'architecture lui éleva Télégante Basilique romaine , avec ses nliarbres , ses mosaïques, sa somptueuse décoration , et la sublime cathédrale d'Alby, avec la majesté, la grâce et la hardiesse de ses proportions.

La statuaire du moyen âge paya son tribut en plaçant la noble et placide figure de Cécile sous les portiques de nos cathédrales, où elle pose comme une reine, entre les épouses du Christ. Nous ne tarderons pas à parler du chef-d'œuvre dont Mîlderno a enrichi la Basilique romaine, et qui doit retracer aux âges futurs l'ineffable sommeil de la Vierge dans sa tombe mystérieuse *.

> Nous ne poutbns mentionner ici comme une statue catho-

Mais la peinture catholique s'est, poui* ainsi dire, surpassée dans les efforts qu'elle a faits pour exprimer tout ce que le nom de Cécile rappelle de chanue et de grandeur. Nous n'entreprendrons point ici une énumération qui dépasserait proraptement les proportions de cette monographie, et que Tabsence des secours indispensables rendrait nécessairement fort incomplète. Nous laisserons donc à d'autres plus heureux le soin de recueillh* les précieux vitraux de toutes les époques qui retracent Thistoire racontée dans nos Actes, les gracieuses miniatures des manuscrits liturgiques, tant d'œuvres inspiijBes de Técole mystique duxv^ siècle, en ce qui touche sainte Cécile, merveilleux témoignages de Tamour que tant de zélés artistes ont professé pour elle.

Mais nous rappellerons la mosaïque de Ravenne, au ¥!• siècle, dont il a déjà été question, et celle que saint Paschal fit exécuter au ix« dans Tabside de la Basilique, à l'époque de la translation du,corps de la Vierge; ces deux mosaïques nous semblent les plus anciennes représentations de sainte Cécile qui soient venues jusqu^à nous. Le ix*" siècle nous offrira la miniature placée au 22 Novembre, dans le Ménologe de Tempereur Basile, et représentant le martyre de la sainte. Nous mentionnerons ensuite la peinture à fresque du xii« siècle que Fon voit dans une crypte de la Basilique de

lique, la Musc que David a sculptée sous le nom de sainte Cécile , et que l'on voit dans le chœur de la Cathédrale d'Angers. Cette statue est gracieuse, mais elle ne peut, en aucune manière, être classée parmi les œuvres inspirées par la foi chrétienne , à rbooiMur 4e CSéeUe.

Saint-Laurent-hors-les-Mups. La sainte y est représentée la couronne en tête , et a pour pendant sainte Catherine. Cette peinture est reproduite en couleur, et avec le plus grand soin, dans la magnifique collection des fresques des Catacombes, publiée par le gouvernement français, sur les dessins de M. Perret.

Rome nous offre encore d'intéressantes peintures relatives à l'illustre Vierge, dans l'ancien temple païen près duquel vécut le saint Pontife Urbain , et qui est maintenant, comme nous l'avons dit, une Église dédiée sous son invocation. Ces peintures, qui représentent plusieurs traits des Actes de sainte Cécile, se rapportent au xin*" siècle, et ont paru assez importantes à d'Agincourtpour mériter d'être reproduites dans son Histoire de VArt par les Monuments, Nous espérons voir publier un jour d'une manière plus convenable ces fresques , qui présentent un double intérêt, et celui du saint lieu dont elles sont Fornement, et celui d'une exécution souvent pleine de grâce et de sentiment.

A la même époque , le pinceau de Cimabué s'exerçait à la gloire de sainte Cécile. Il la peignit assise sur une chaire, dans toute la solennité des mosaïques byzantines. Cette grande figure, ornée d'un voile et enveloppée dans une large draperie bleu foncé, a la main appuyée sur le livre des Évangiles, et tient de l'autre une palme. Huit petits sujets empruntés aux Actes accompagnent comme encadrement la figure principale. On voit par cette représentation que le xin* siècle n'avait pas encore assigné d'attribut particulier à sainte Cécile. Ce tableau, qui se voit maintenant à la galerie de ïlorence, tut peint pour une église de Sainte-Cécile qui

existait autrefois dans cette ville, et qui a été détruite depuis.

Nous rapportons au xm® siècle, et non au ix*, comme on Ta fait trop légèrement, les gracieuses peintures à compartiments qui ornaient autrefois le portique de la Basilique de Sainte-Cécile, et dont une seule a été sau- | vée, comme nous raconterons plus loin. Les autres ne sont plus connues que par les dessins qu'on eut soin d'en prendre avant qu'elles eussent totalement péri, et qui se conservent dans la Bibliothèque Barberini, et aussi par les gravures très-imparfaites qu'en publia Bosio dans son édition des Actes de sainte Cécile ^ La fresque conservée jusqu'aujourd'hui et transportée dans la Basilique représente , dans un même encadrement, la sépulture de la Vierge , par saint Urbain, et son apparition à saint Paschal ; cette dernière partie surtout ^ est d'une grâce incomparable. La mitre, et plus encore le pluviardu Pontife , ne permettent pas d'assigner l'époque de cette peinture avant le xiu« siècle, et nous ne nous disputerions pas avec ceux qui croiraient devoir la descendre jusqu'au xIv^ Nous avons aussi l'espoh' qu'un jour le public sera à même de jouir de ce précieux monument de l'art et de la piété envers notre héroïne.

Pour le XV» siècle , il ne nous est pas possible d'omettre Pinturicchio qui a voulu à son tour être un des peintres de sainte Cécile. Son œuvre, qui se compose

^ D'Agincourt a donné plus tard le dessin au trait de toutes ces peintures , mais tellement réduit , qu'il est impossible d'en bien foAfAf le curactèrf ,

29k HISTOIRE

de cinq petits sujets tirés de la vie de notre illustre Vierge, se trouve à la galerie de Berlin, et Tartiste y a répandu au plus haut degré ce charme indéfinissable qui est le cachet de toutes ses productions.

Il nous faut aussi parler d'une charmante fresque du même siècle , que l'on peut voir dans la sacristie de la petite Église que nous avons appelée, d*après les anciens titres, Sainte-Cécile de Domo. Cette fresque représente le couronnement de Cécile et de Valéri^i par l'Ange; Tiburce et Urbain accompagnent cette scène mystique. Une impression de piété et de recueillement règne dans tout l'ensemble, et rappelle ces merveilles de placidité que produisait le pinceau d'Angélique de Fiesole. Cette peinture a beaucoup souffert; mais nous ne doutons pas qu'elle ne soit admirée, lorsque la gravure aura fidèlement reproduit le dessin exact qui en a été tiré.

Nous l'avons dit tout à l'heure, il n'entre point dans notre plan d'essayer ici une énumération des monuments de sainte Cécile; nous avons seulement voulu relever en passant quelques-unes des plus anciennes peintures qui se rapportent à ellej mais nous croirions manquer à un devoir, si nous omettions de parler des admirables fresques peintes par Francesco Francia et ses élèves dans une chapelle de l'Église Saint- Jacques, à Bologne. Ces peintures se composent de dix compartiments, dont les sujets sont emprimtés aux Actes de la Sainte, et dans l'état de détérioration où la plus inexcusable négligence les a fait tomber , elles n'en demeurent pas moins une des plus grandes œuvres de lart cMholiquo à sa plus brillante époque. Il paraîtrait

DE SAINTE CÉCILE. *i95

qu'on ne peut attribuer avec certitude à Francesco Francia iui-méme que la seule fresque qui représente le martyre de sainte Cécile * ; il est vrai qu'elle surpasse toutes les autres par son incomparable beauté. Ces dix fresques ont été gravées au trait et publiées en 1835; mais le dessin et Texécution sont si imparfaits que la publication sérieuse qu'on songe à en &ire devra être oonsidà?ée conmie la première.

Il ne nous reste malheureusement que des regrets */ pour une autre série de peintures sur l'histoire de sainte Cécile, que Taddeo Bartolo avait exécutées dans l'Église de Saint-Dominique, à Pérouse. Elles ont péri, saiis qu'il en soit demeuré la moindre trace '. Ces différentes compositions montrent avec quel soin les artistes de cette époque se préoccupaient du rétîit de nos Actes, et combien ils en goûtaient le charme et Tonction. Un document prépieux du xy* siècle, récemment publié par M. Guignard, bibliothécaire de la ville de Dijon ', nous révèle cette étude profonde au moyen de laquelle on parvenait à rendre avec tant d'ftme et (le vérité tout ce que les na^^tions de la Vie des Saints offraient de plus délicat et dd plus dramatique. Ce sont des mémoires fournis aux peintres qui furent chargés d'exécuter les cartons d'une tapisserie destinée ^ la Collégiale de Saint-UrJ}ain de Trpye^. ï^e plan comportait six grandes tapisseries divisées eu vingt-deux sujets, dont dix devaient reproduire les

« RiOi De TArt chrétien, page S50. Montalembert. Da VâAdftlisme et du Catholicisme dans l'art, page 147.

* Rio. Ibid. page 172.

* Dus les Mémoires de la Société académique de l'Aube.

29() HlSTOIRIî

Actes de sainte Cécile. On ne saurait trop admirer le sérieux et l'exactitude avec laquelle les situations sont analysées, et fixées ensuite dans toute la naïveté de ces temps : sentiment, attitudes^ costumes^ détails d'ameublement^ tout est inspiré par Tétude la plus approfondie des Actes qui sont constanunent cités en preuve, et on se prend à regretter que cette délicieuse composition ait péri, ou peut-être méme^ ccHnme M. Guignard semble le croire, n'ait pas été réalisée. Nous n'en devons pas moins la signaler ici comme un des plus touchants honunages offerts par Part à sainte Cécite ^

^ Noos relèverons ici une particularité consignée dans le Ifômoire relatif à la quatrième tapisserie, et qui a d'autant plus besoin d'être expliquée qu'on la retrouve sur la plus belle des fresques de Francia, à Bologne. Dans l'impuissance où étaient les artistes du moyen âge de comprendre ce que pouvaient être les bains de vapeurs que les anciens prenaient dans le caldairium de leurs thermes y ils n'ont pu se rendre compte du supplice auquel Almachius condamna sainte Cécile , qu'en supposant que la Vierge fut plongée dans une chaudière d'eau bouillante. Ils éprouvaient bien quelque embarras à expliquer les paroles des Actes qui relèvent le prodige par lequel les membres de la sainte Martyre qui auraient dû être inondés d'une sueur violente en firent totalement préservés. Si elle eût été plongée dans l'eau bouilr lante, la remarque serait au moins étrange; mais au xv* siècle, l'archéologie n'était pas assez avancée pour faire comprendre aux artistes dont nous parlons , un genre de bains qui n'était pas dans \es habitudes du moyen âge. Ils eussent d'ailleurs éprouvé une difficulté sérieuse à exprimer par la peinture l'action du prodige sur la sainte en prières dans la salle du caldarium ; tandis qu'en la représentant à mi-corps dans une chaudière, ou conune Francia, dans une baignoire , avec un licteur qui lève son glaive pour lai trancher la tête, ils trouvaient moyen de rendre dans une seule scène les deux genres de martyre , en la manière qu'ils les avaient

Les grands peintres italiens du xvi* siècle n'ouhlîèrent pas sainte Cécile ^ et si leur manière , dégénérée quant à Tidéal surnaturel y ne leur permit pas toujours de s'élever à la hauteur du sujet, on reconnaît du moins avec bonheur que la grande Martyre fut pour beaucoup d'entre eux un type de prédilection , à la réalisation duquel ils ont dû plus d'un chef-d'œuvre. Nous pourrions nommer ici Garofalo, Procaccini, Paul Véroronèse, Salimbeni, Tempestà, Guido Reni, Carlo Dolci; etc.; mais nous avons à citer Raphaël lui-même. Personne n'ignore que la Sainte Cécile du Musée de Bologne, se classe entre les grandes œuvres de ce prince de la peinture moderne. Malheureusement, ce célèbre tableau appartient à la seconde manière de Raphaël , et l'on chercherait vainement dans la plupart des personnages qui le composent l'expression céleste dont le grand artiste sut empreindre toutes lesœuvres qui signalèrent son début.

Nous préférons donc , pour l'honneur de l'Épouse du Christ, mentionner d'abord le beau tableau de la galerie royale de Naples, bien que sainte Cécile n'y figure que comme accessoire. Raphaël le peignit en 1505, pour les religieuses de saint Antoine de Pérouse. Le sujet principal est le Christ mort et déposé sur les genoux de sa mère : d'un côté l'artiste a placé saint Pierre et saint Paul, de l'autre sainte Cécile et sainte Catherine. Ces quatre figures , dans lesquelles se révé-

compris. Un peu plus tard, Jules Romain et le Guide ont mieux compris les usages des anciens , et ils ont représenté sainte Cécile, mais à genoux et couverte de ses habits , et tendant le cou au ^ictear, dans la salle du caldarium,

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lait le talent surhumain de l'artiste , exciterait à l'époque une vive admiration % et ce sentiment ne s'est pas râlenti. Nous avons donc véritablement une sainte décile conçue et exécutée par Raphaël^ dans sa première et divine manière.

Celle de Bologne^ s'il est à regretter que le sentiment religieux y fasse défaut , se recommande du moins par son importance comme œuvre de peinture. La Martyre est accompagnée de quatre autres saints; à sa droite^ saint Jean TÉvangéliste et saint Paul; à sa gauche ^ samt Augustin et sainte Madeleine. Toutes ces figures sont d'une incontestable beauté ; mais l'expression mystique en est complètement absente^ et la Madeleine en particulier est loin d'offirir le type de la pécheresse régénérée. Sainte Cécile^ sujet principal^ ^ été traitée avec une intention plus pieuse ^ bien que le peintre^ selon Thàbitude qu'il avait déjà prise et qu'il garda jusqu'à la tin^ ait exagéré l'embonpoint.

Au reste, l'intention de cette figure est complètement chrétienne. Raphaël y a exprimé la noble pensée qui a fait choisir sainte Cécile pour patronne de la musique. Aux pieds de la Vierge sont épars les emblèmes de la musique profane ; Cécile abaisse rinsU*ument qu'elle tenait entre ses mains, et le regard fixé au ciel, écoute dans un ravissement divin le concert que des anges exécutent avec transport au-dessus de sa tête.

Ce tableau tant admiré fut peint pour la Chapelle de Saint -Jean in Monte ^ à Bologne. Vasari a prétendu que Francesco Francia, après l'avoir vu, se livra à un

^ Vasari. Tome m, page 166.

DE SAIMTB CÉCILE. 399

tel accès de jalousie^ qu'il en tomba malade et eh mourut ^ Heureusement pour l'honneur de Fart catholique y ce récit est une fable ^ et la gloire du véritable peinlj*e de sainte Cécile ne s'est point ternie par une faiblesse dont un sentiment si peu noble eût été Poccasion. La sainte Cécile de Raphaël fut commencée de pemdre vers la fin de 1513^ et achevée en 1514*, et Francisco Francia ne mourut qu'en 1533 ^ Enfin ^ pour ne rien omettre de ce qui se rapporte à la fitmeuse sainte Cécile de Bologne^ nous rappellerons que ce fut à la vue de ce tableau que le Corrége^ recevant tout à coup la révélation de son talent, s'écria : AncKio $on' pUiore.

Le Dominiquin chez lequel on retrouve encore si souvent l'inspiration chrétienne , au milieu de tant d*œuvres de son noble pinceau qui signalent la fin du xvi* siècle et le commencement du xvn^^ se montra particulièrement affectionné à sainte Cécile. On ne compte pas moiqs de six de ses tableaux dentelle est le sujet unique, et qui se conservent dans les collections publiques et particulières. Mais nous devons mentionner ici avec honneur les fresques qu'il a peintes à Rome, dans la diapeUe de Sainte-Cécile, à Saint-Louis des Français. Elles embrassent la vie entière de la sainte. L'Ange du Seigneur couronnant les deux époux; la Vierge distribuant aux pauvres ses richesses, après le martyre de Valérien ; les fureurs d'Almachius sur son tri-

* Tome II, page 614.

* Quatremère de Qaincy. Histoire de la vie et des ouvrages de Baphaêl, page 135.

* Rio. De TArt chrétien , page 251 .

bunai y et rattitude calme et imposante de Cécile qui refuse Tencens aux idoles ; enfin et surtout Tinmiortelle scène de Tentrevue d'Urbain et de la Vierge expirante 3 cette salle du bain inondée d'un sang généreux que les fidèles s'empressent de recueillir^ ces pauvres assistant aux derniers moments de leur fidèle protectrice^ l'ineffable émotion des traits du Pontife à la vue d'un si sublime sacrifice; Cécile défaillante^ et nqppelant un reste de vie pour remettre sa maison entre les mains du Père des fidèles : tout cet ensemble forme assurément la plus magnifique exposition des Actes de sainte Cécile y et ferait pâlir des récits bien plus éloquents que les nôtres.

Une dernière mention sera celle que nous consacrerons àLionello Spada^ qui mourut dans le xvii* siècle^ vingt ans avant le Dominiquin. Sur son admirable tableau conservé à Saint-Michel du Bosco y à Bologne^ il a représenté sainte Cécile au milieu des vapeurs embrasées du caldarium, et son génie a su triompher d'un sujet si ardu et que nous croyons n'avoir encore été tenté par aucun artiste.

Plus tard^ la peinture fi^ançaise amoindrit et profana cette grande et céleste figure. Tout le monde connaît le tableau que Mignard peignit pour Louis XIV, et sur lequel la Vierge est représentée dans tout l'appareil de la coquetterie. De nos jours , nous avons vu un artiste vanté revenir à ce sujet qu'il ne pouvait comprendre ; son œuvre, conçue en dehors de l'idée chrétienne, n'a pu s'élever au-dessus d'une scène de boudoir. Puisse bientôt la peinture catholique renouer en France la chaîne des saines traditions , et nous donner

enfin une Cécile qui soit digne de ce que permet d'attendre un tel sujet !

Mais il est un art qui reconnaît la Viei^e romaine pour sa patronne spéciale ; sainte Cécile^ comme nous Favons dit^ est pour les chrétiens la Reine de Tharmonie. On a vu plus haut la raison de cet hommage délicat rendu à celle que les concerts de la terre ne purent distraire de la mélodie des Anges. L'art musical^ qui prit son essor avec tant d'énergie au xvi« siècle^ associa de bonne heure Cécile à tous ses triomphes. Les corporations de musiciens se placèrent de toutes parts sous sa protection^ et le jour de sa Fête fut marqué par l'exécution des plus brillantes compositions en son honneur. Combien de talents ont débuté par une messe de sainte Cécile y ou par un motet à sa gloire ! que d'artistes^ d'un mérite supériem* ou secondaire^ ont estimé n'avoir rien fait pour leur réputation^ tant qu'ils ne pouvaient encore montrer dans la série de leurs compositions une œuvre spéciale en l'honneur de la Vierge dont ils réclamaient les inspirations ! Aujom*d'hui encore , malgré la froideur universelle et l'abaissement de Tart , la Fête de sainte Cécile ne passe point inaperçue^ partout où la musique est l'objet d'un intérêt plus ou moins sérieux.

Dans ces concerts annuels qui ramènent au pied des autels tant d'hommes entraînés le reste de l'année par les préoccupations mondaines , les chefs-d'œuvre peuvent être rares , l'exécution défectueuse , les motifs ou insignifiants^ ou trop souvent empruntés à des sources profanes ; mais il sera toujours beau de voir le plus séduisant des arts amené , chaque année, à confesser

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que le sentiment supérieur de l'harmonie émane de la pureté du cœur et des sens, si divin^m^nt symbolisée dans Cécile. C'e^t alors qua , dans plus d'une ftme , Tattrait céle$t^ cherche à pénétrer, q^'il sollicite ThcHnme d'aspirer à des concerts plus harmonieux et plus durables que ceux de ce monde de douleurs^ où le péché brisa les cordes de la lyre , qui ne se sont jamais rejointes que par instants fugitifs, et qui m résonnent d'un son plein et parfait que lorsque l'homme les emploie à célébrer son Créateur, de concertayecles esprits angéliques.

C'est ce qu'a exprimé avec bonheur le poète anglais dans la célèbre cantate qu'il ^ composée pour la Fête de Sainte Cécile :

a La mu^iqup qui accroît nos joies ici-bas , peut ea- » core anticiper nos félicités à venir. La divine Cédle » en a fait l'expérience, elle qui n'adressa qu'à SQO » Créateur |ps cantiques de sa )ouange.

» Quand Torgue tout entier s'unit à un chœur har- » monieux, les puissances immortelles inclinent leur » oreille. Portée sur les notes ondulantes, l'âme hu- » maine aspire à s'élever au-dessus d'elle-même ; la 0 solennelle mélodie accroît en elle la flamme sa- » crée , et les Anges descendent des cieux pour en- » tendre.

» Que les poètes cessent donc de célébrer Orphée ! son » pouvoir n'égala jamais celui de l'auguste Cécile. S'il » a pu , par les sons de sa lyre , retirer une ombre des » enfers , Cécile , par ses accords , élève notre âme jus- 9 qu'aux cieux ^»

Oup joys below it can impror*? , And antMlat^ the Mis» above.

This the divine Gecilia found.

And to her Maker's praise confin'd tlie soiind. When the full organ joins tlie tuneful choir, Th'immortal pow'rs incline their car ; Borne on the swelling notes onr soûls aspire, While solemn airs improve the sacred fire :

And Angels lean fiom heav'n to hear.

Of Orpheus now no more let poets tell, To bright Gecilia greater pow'r is giVn;

His nnmbers rais'd a shade firom hell,

Her's lift the sonl to heav'n.

^ppe. Ode for mmic^ on S. CecUia*s day.

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