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CHAPITRE XXVIII

LE CARDINAL PAUL-ÉMILE SFONDRATE. — SA PDÊTÉ ENVERS SAINTE CÉCILE. — IL DÉCOUVRE LE CORPS DE LA SAINTE MARTYRE.

Paul-Ëmile était né à Milan ^ en 1561. Son père était Paul Sfondrate, frère de Grégoire XIV; sa mère appartenait à la maison d'Esté^ et se nommait Sigismonde. Les plus heureuses dispositions signalèrent la jeunesse de leur fils , et lorsqu'il fut en âge de choisir un état de vie , son attrait le dirigea vers l'Église. H vint à Rome de bonne heure , et passa quelque temps dans la maison des Pères de l'Oratoire , à Sainte-Marie in F'allicella , où il eut encore le bonheur de connaître saint Philippe de Néri. La piété ardente du jeune Sfondrate s'enflamma encore dans la société de cet illustre serviteur de Dieu , et il puisa dans ses entretiens avec le saint vieillard cette charité envers les pauvres , ce zèle pour l'ornement du sanctuaire , cette religion fervente pour les Martyrs qui furent toute sa vie les principaux traits de son caractère.

Grégoire XIV, inauguré sur le Saint-Siège le 5 Décembre 1590, créa Cardinal son neveu Paul-Émile, dès le 19 du même mois, et il n'y eut personne qui n'applaudît à cette promotion. Le jeune prélat, âgé alors de vingt-neuf ans , était absent de Rome lorsque

la nouvelle de son élévation vint le surprendre. Il se rendit auprès de son oncle qui avait su toujours apprécier sa vertu, et qui voulut tout' aussitôt remployer dans ses conseils.

Rome était alors vivement préoccupée des affaires de France. Un prince calviniste et relaps s'apprêtait à saisir la couronne des lis. La courageuse Ligue , qui longtemps lui avait opposé une barrière redoutable , épuisée par mille défections intéressées, et découragée par les succès toujours croissants du Béarnais , n'opposait plus qu'un faible obstacle à ses prétentions. Sixte-Quint était descendu dans la tombe , au moment où il allait rendre les armes au vainqueur d'Ivry ; Urbain VII, son successeur, n'avait régné que treize jours; il était urgent que Rome se prononçât.

Grégoire XIV, appuyé sur son neveu Paul-Émile , osa regarder en face le triomphateur, et répondit par de nouveaux anathèmes au canon de ses victoires. Mais ce Pontife courageux ne fut que montré à l'Église; l'année 1590 n'avait pas achevé son cours que déjà il était allé recevoir la récompense de son intégrité, laissant la cause catholique aux fortes mains de Clément VIII, qui lui succéda après le court Pontificat d'Innocent IX , dont la durée n'avait été que de deux mois.

La mort de Grégoire XIV rendit à son neveu les pieux loisirs dont il avait toujours été si jaloux , et Rome le vit plus assidu que jamais aux œuvres de la piété et de la miséricorde. Pourvu de riches bénéfices par la munificence de son oncle , il n'en avait pas profité pour s'entourer d'un luxe que sa haute position

eût légitimé aux yeux de tous. On avait vu ce Cardinal'neveu habiter un palais dont les appartements dépourvus de tentures et de tapisseries attestaient qu'il smgeait de préférence à vêtir les membres de Jésus-Christ. La Ciour pontificale avait admiré ce prinœ de l^Ëglise qui ne souffrait sur sa table que de la vaisselle de terre , afin de pouvoir nourrir un plus grand nombre de pauvres. Tel avait paru Sfondrate au faite des honneurs, tel il se montra dans tout le reste de sa vie ^

Les deux objets qui semblèrent avoir conoentré toutes les préoccupations de son âme généreuse : la glorification du Christ dans ses membres triomphants , le soulagement du Christ dans ses meml»*es affligés, Sfondrate en avait connu tout le prix à Técole de la

^ Âmelot de la Honssaye, éditeur des Lettres da Cardinal d'Ossat, ambassadeur de Henri IV auprès de Client VHI, réunit dans les notes de cet ouvrage divers témoignages sur l'ei» time profonde dont jouissait Sfondrate à la Cour Romaine. Selon Vexpression de Delflni , ambassadeur do Venise auprès du Saint- Siège, ce Cardinal «vivait à la Borromée. » {Lettres de d'Ossat, tome V, page 304. ) Le cardinal Bentivoglio rendait , dans ses mémoires , un témoignage plus précis et plus détaiUé des vertus de Sfondrate rentré dans la vie privée , et attestait la haute vénération dont il jouissait. {Ihid. tome i, page 89.)

D'Ossat lui-même , qui se connaissait en honmfies , relève dans sa correspondance , avec l'accent de l'admiration , la fermeté de Sfondrate, lorsque seul de tout le sacré Collège , il osa, en consistoire, opiner contre la promotion de Sylvestre Âldobrandini , au Cardinalat. Ce neveu de Clément VIÏl n'avait encore que quatorze ans , et Sfondrate ne craignit pas d'alléguer au Pontife le canon du Concile de Trente (Session xxiv) qui exige, pour les Cardinaux, les mêmes âge , doctrine et qualités que pour les Évêques. [lettres de d*Ossat, tome y, page 317.)

^m«|e Cécile. Grégoire XIV, en Pélevant à la pourpre , remît entre ses mains, comme un pieux héritage, le Titre qu'il avait occupé lui-même, la Basilique de nefïe illustre Martyre , si remplie de compassion pour les pauvres, si zélée pour la sépulture des athlètes de la foi, Q était réservé à 8fondrate de marcher sur les txaoea de Pascbal , et le Christ l'avait appelé à Thonneur de déposer sur la tète de son Épouse une cour<Hme plus brill^te encore que celle qu'elle avait re^ çue, au ix*^ siècle ^ des mains d'un Pontife.

Le S5 janvier 1594 fut le jour où Sfondrate prit pos» session du Titre de Sainte-Cécile. La fonction fut des plus pompeuses et des plus solennelles , quoique ce jouivlà , contre Tcndinaire de la saison , un orage vioilent^ accompagné de tonnerre et de torrents de pluie, eût semblé jaier quelque chose de sombre sur cette fête tant désbée. Le nouveau Cardinal vint saluer rAbbesse et les religieuses au parloir; il leur exprima son affection particulière pour leur Église, et leur dit, ayec une aimable simplicité , que s'il avait eu quelque désir de la pourpre , c'était uniquement pour posséder le Titre de Sainte-Cécile. La suite fit voir combien étment sincères les paroles du pieux Cardinal ^

Dans les mêmes jours, Sigismonde d'Ë$te , mère à» Paul-Émiie , vint à Rome avec la sœur et la belle-soeur du Cardinal et plusieiu's autres dames de la famille. Elles s'empressèrent de visiter l'Église de Sainte-Cécilo , et comblèrent les religieuses de toutes les mar-

1 Archives de 8anta Cecilia. Croniche del renerc^ilê monastero di S, Cecilia.

SOS HISTOIRK

quos de la plus aflfectueuse politesse* Non contantes d'avoir entretenu TAbbesse et les sœurs au parioir, elles voulurent encore leur serrer la main à toutes, et pour cela , il leur fallut aller à la porte du monastère, que Ton ouvrit un instant à cet eflfet. Durant cet échange de charité mutuelle ^ la mère de Sfondrate se tint constamment à genoux^ par respect pour les Épouses du Seigneur. C'est ainsi que toute cette &mille témoignait son affection envers Tillustre sainte, en rétendant si cordialement jusqu'aux vierges consacrées qui veillaient à la garde du sanctuaire où elle repose*.

La Basilique restaurée^ soixante ans auparavant^ par Tabbesse Maura Magalotta , réclamait déjà les sollicitudes de Sfondrate. Elle avait souffert dans quelques parties ^ et d'ailleurs le Cardinal ne la trouvait pas assez magnifique. Il entreprit une restaïu^tion générale, dans laquelle, tout en conservant le caractère antique et vénérable de l'édifice, il en consoliderait toutes les parties , et répandrait sur l'ensemble cet air de splendeur qui sied si bien aux Églises de Rome.

Sfondrate voulut d'abord enrichir sa Basilique des nombreuses et importantes reliques qu'il avait rassemblées à force de pieuses recherches , et souvent en employant la médiation de son oncle. Elles étaient contenues dans un grand nombre de châsses d'argent ou de vermeil, et afin qu'elles fussent conservées plus dignement, il eut l'idée de les placer sous l'autel de

1 Archives de Santa Gecilia. Croniche del veneràbile monastero di S. Cecilia,

la Confession. Mais Tespace accessible entre la masse de cet autel et la mystérieuse région des tombeaux ne su£Bsait pas pour offrir une retraite assez spacieuse à ce précieux dépôt. Le Cardinal dut songer à agrandir le lieu, et rempli d^m ardent désir de trouver le corps de sainte Cécile, il se décida à faire percer Tépais mur sur lequel reposait Tautel. Il pensait, avec raison, que les tombeaux ne devaient pas être éloignés de l'entrée, et d'ailleurs Fouverture pratiquée dans la masse de Tautel devait correspondre directement au sépulcre de Cécile , puisque les fidèles faisaient descendre autrefois par ce conduit les linges qu'ils voulaient sanctifier et conserver en mémoire de la Martyre. Dans l'attente d'une découverte qui devait répandre tant de gloire et de consolation sur sa vie entière, Sfondrate, tout entier à ses pieuses émotions, avait ordonné aux ouvriers de ne travailler que sous ses yeux , et de suspendre toutes recherches durant les instants qu'il était contraint de passer hors de la Basilique ^

Enfin, le mercredi 20 Octobre 1599, le Cardinal commanda d'enlever le pavé aux abords de l'autel. On déblaya ensuite la terre qui se trouvait sous les calles, et on dégarnit les fondations du mur qui fermait l'enceinte souterraine. Ce mur ayant été attaqué lui-même, et une ouverture pratiquée avec beaucoup d'efforts dans son épaisseur, les regards pénétrèrent enfin dans l'espace vide qui s'étendait sous l'autel. Deux sarcophages

» Voir pour tous ces détails , et ceux qui suivent, rintéressanle relation de Bosio sur l'Invention des corps de sainte Cécile et de ses compagnons.

9id HISTOIRE

de marbre blanc ^ placés c^te à colc^ 4 ti*ois pieds au-dessous du sol , apparurent aux yeux dô Sfondnte. Ces deux tcnnbeaux étaient direetement sous Tautel qui leur correspcMidait par le conduit dont nouA a^ons parlé.

Transporté d'une sainte joie 9 le Cardinal songe à s'entourer de témoins respectables avant de procéder a Touverture des tombeaux. Il mande aussitôt l'Évéque d'Isernia^ vice-gérant du Cardinal-Vicaire, Jacques Buzzi, Chanoine de la Congrégation de Latran^ et les Pères Pierre Alagona et Pierre Morra ^ de la Compact de Jésus. Ils arrivèrent bientôt accompagnés de {dusieurs personnes de la maison du Cardinal.

Après une nouvelle reconnaissance des lieux > on s'empressa d'ouvrir le premier tombeau ^ celui qui se trouvait le plus près de rentrée du souterrain. Les ouvriers ayant enlevé la table de marbre qui le recouvrait, on aperçut dans l'intérieur un cofire de cyprès, long de six palmes*, large d'un palme et demi* sur deux palmes de hauteur ^. Ce cercueil ne présentait aucune trace de serrure , et la planche du dessus n'était point fixée avec des clous. Elle était fort mince , et retenue au moyen d'une coulisse, en dedans de laquelle on pouvait la fabe aller et venir. Sfondrate et les assistants furent quelque temps incertains sur les moyens qu'il leur fallait prendre pour ouvrir cette arche saa*ée, que déjà tant d'indices leur désignaient comme celle-

*■ Environ quatre pieds trois pouces.

2 Environ treixe pouces.

* DiXr-sept pouces.

DE SAiNTfi CÉCILE. 311

là iBéme où reposait Cécile. Enfin le Cardinal découvrit lui-même le moyen à employer, et de ses mams tremblantes d'émotion il enleva respectueusement le frêle obstacle qui dérobait la vue du corps de la Vierge.

Le moment fut solennel. Après huit siècles d'obscurité et de silence^ Cécile apparaissait encore une fois aux yeux des fidèles du Christ^ dans Tineffable majesté de son martyre. C'était bien encore dans l'intérieur du cercueil Tétoffe précieuse, quoique un peu fanée par le temps, dont Paschal avait fait garnir les parois ^ Les siècles avaient respecté jusqu'à la gaïse de soie que le Pontife avait étendue sur les restes glorieux de Cécile, et à travers ce voile transparent, l'or dont étaient tissus les vêtements de la Vierge scintillait aux yeux des spectateurs'.

Qui pourrait décrire le tressaillement de ces cœur» catholiques auxquels le ciel accordait la faveur de saluer les premiers , sur la couche de son repos triomphal, la Martyre du ni« siècle qui se révélait ainsi à

* Âperta capsA circumornata undique apparuit intus textili qnodam sericae quam vulgo appellant saiœ similitudinem referente , coloris ex viridi et rufo permixti, cujus tamen nitorem temporis longinquitate obfuscatum agnosceres. Hoc illud esttexUle, dequo sic Bibliothecarius in Paschali , dum dona quae is Pontifex huic EcclesitB contulit , recenaet : Feeit in arcella , ad corpus jam dictœ Virginis vestem de quadrupla cum periclisin. Bosio. Relatio inventionig et repositionis S, Cœciliœ et Socioirum.

s Intra banc capsam beats Caeciliae Virginis corpus extabat se* rico, atqne.fu8co coopertum Telo^ subt^Ué vélum vestes auresc virginei langulnis notas nspers» , fugacl tenuique fulgore transiucebant* Botio, Ihid,

rÉglise Romaine, en ces jours de tempêtes , comme pom* encom'ager par sa présence les nouveaux cocûr bats, et pour en certifier la récompense? Ces héros de la foi catholique que Ton avait vus naguère verser leur sang, en Angleterre * , en Hollande *, et jusque sur les mers ', dormaient aussi d^un sommeil de gloire, et Cécile se levant du tombeau, leur souhaitait la paix, et proclamait par son exemple la vérité de cet oracle du Psalmiste : « Le Seigneur garde les ossements de ses » serviteurs; il ne s'en perdra pas un seul *. »

Mais qui n'eût aspiré à contempler de plus près la dépouille mortelle de TÉpouse du Christ? Sfondrate leva enfin avec une profonde vénération le voile qui recouvrait le trésor que les mains d'Urbain et de Paschal avaient successivement confié à la terre, et les assistants eurent sous les yeux Cécile elle-même , dans toute fat vérité de son sacrifice.

Elle était revêtue de sa robe brochée d'or, sur laquelle on distinguait encore les taches glorieuses de son sang virginaP; à ses pieds reposaient les linges teints de la poiu*pre de son martyre •. Étendue sur le côté droit, les bras affaissés en avant du corps, elle

^ Sous Henri ym et Elisabeth.

« Les Martyrs de Gorcum. '

* Le P. Ignace Âzevedo et ses trente-neuf compagnons.

^ Psalm. xxxHi. 2i.

Vestes aureae virginei sanguinis notis respersae. Bosio. Relor Ho inventionis et repositionis S, Cœciliœ et Sociorum,

^ Insuper ad pedes sacrati corporis linteaminum glomus jacebat convolutorum , illanimirum quae ipse Paschal is in litteris Inventionis su» commémorât. Tbid,

semblait dormir profondément *. Le cou portait encore les cicatrices des plaies dont le glaive du licteur l'avait sillonné'; la tête, par une inflexion mystérieuse et touchante , était retournée vers le fond du cercueil *• Le corps se trouvait dans une complète intégrité^ et la pose générale conservée par un prodige unique, après tant de siècles, dans toute sa grâce et sa modestie, retraçait avec la plus saisissante vérité Cécile rendant le dernier soupir, étendue sur le pavé de la salle du bain. On se croyait reporté au jour où le saint Pontife Urbain avait renfermé dans Tarcbe de cyprès le corps de Cécile, sans altérer en rien Tattitude que l'Épouse du Christ avait choisie pour exhaler son âme dans le sein de son Époux \ On admirait aussi la discrétion de Paschal qui n'avait point troublé le repos de la Vierge, et avait su conserver à la postérité un si grand spectacle '.

1 Jacebat id corpus in dexterum incumbenslatus, paululum contractis cruribus, brachiisque anteprojectis. Bosio, Ibid,

s Corpus S. Caeciliœ adhuc intactum, serica veste auro texta , yuhierum cicatricibus apparentibus , Glemens Papa YIII , in argentea uma sub ara maxima collocari curavit. Fonseca. De Basi^ liea S. Laurentii in Damaso , page 285.

• Cervlce autem valde reflexa, facieque ad humum procumbente, dormientis instar. Bosio, Ibid.

^ Eam ut credi potest formam retinens , in qua post trinam percussionem , cui triduum supervixit, animam Deo reddens conciderat , fueratque pariter in Cœmeterlo ab Urbano Pontiflce collocatum. Bosio, Ibid.

■ L'arche de cyprès devait nécessairement remonter jusqu'à la sépulture de sainte Cécile par saint Urbain On sent aisément qu'il eût été impossible , au ix* siècle , de transférer le corps de la Martyre dans un cercueil si étroit, sans déranger l'attitude et peut-

Hk lUSTOlRË

Il fallut procéder ensuite à la recouu^iissauce du second sarcophage; il était contigu à celui de Cécile, mais il s'enfonçait plus avant sous Tautel, vers Tabside. L'ouverture en ayant été faite, on y trouva trois corps étendus séparément, côte à côte, et enveloppés d'un linceul. Le premier avait les pieds dans la direction du côté droit de l'autel; la tète avait été enlevée. Le second corps était posé en sens contraire ; la tête s'y trouvait, mais détachée du tronc, et les pieds étaient tournés vers la gauche de l'autel. Le troisième était couché dans le même sens que le premier, mais la iéte était encore adhérente au corps ^

être même sans disjoindre les membres. On a dû remarquer que le Bibliothécaire Ânastase, racontant les actes de religion du Pontife Paschal envers la sainte , ne parle que de TétofSs dont il fit garnir le cercueil , donnant assez clairement à entendre qne ce cercueil existait antérieurement, et n'avait besoin que d'être décoré. La dimension si faible du coffre de cyprès s'explique aisément par la nécessité où l'on se trouvait de F insérer dans une de ces étroites alvéoles que les Cryptes présentaient généralement pour les corps des Martyrs , qui , la plupart du temps , y étaient déposés sans cercueil. La présence même de ce cercueil au dedans du sarcophage de marbre, serait, à elle seule, une preuve qu'il existait avant la découverte du corps de la Vierge par saint Paschal. Les corps des saints Valérien , Tiburce et Maxime étaient dans un sarcophage semblable, mais étendus sur le dos, et simplement enveloppés de linceuls. 11 en était de même des saints Urbain et Lucius. Les savants protestants Platner, Bunsen, etc., dans leur grand ouvrage sur Rome {Beschreihung der Stadt Rom. tome m, partie m, page G41 ), ne voient aucune difficulté à faire remonter l'attitude du corps de la sainte à sa première sépulture ; nous croyons avoir montré jusqu'à l'évidence qu'il faut rapporter au même temps le coffre de cyprès qui le contenait. * Bosio. Rekktio , etc.

Il fut facile de reconnaître et de discerner dans cet imposant triumvirat de martyrs, Tiburce, Valérien et Maxime. D'abord, Tinscription de Paschal qu'on avait sous les yeux énumérait dans ce même ordre les trois oorps qu'il avait ensevelis auprès de Cécile. L'absence de la tête de celui qui occupait la première place ne permettait pas de douter que ce corps n'appartînt à Tiburce, dont le chef, et non celui de Valérien, était conservé dans une des châsses du trésor de la Basilique *. Le second ne pouvait être que l'époux de Cécile, décapité comme son frère, et l'on remarqua que les ossements des deux Martyrs témoignaient d'une ressemblance étonnante, en sorte que l'on était à même de conclure que les deux frères avaient souffert la mort dans un âge à peu près semblable '•

Quant au troisième corps, on ne pouvait douter qu'il ne fût celui de Maxime. Ce greffier d'Almachius n'avait pas eu la tête tranchée ; il avait été assommé avec un fouet armé de balles de plomb. Le crâne offrait les traces les plus énergiques de ce supplice. On le trouva fracturé en plusieurs endroits > et , chose merveilleuse, la chevelure brune du martyr, collée de sang, était conservée tout entière, comme si le Seigneur eût

* Corpus sancti Tiburtii ab illo gancti Valeriani eo argumento reeognitum est, quoniam sancti Tiburtii corpus capite cardwt, euinforisin Ecclesia proprio in tabernaculo conservaretnr, ut crediturab ipso Pasoliali Papa sublatum. Bosio. RelaHo,eUi,

* Corpus deinâe sancti Valeriani distinctum est a Sancti Maximi , ex eo quod inventum est lllius eaput a trunco corporis divulsum , quod ei gladio recisum fuerat, magnitudine quoque, et formse proportlone capiti Sancti TibnrUi ita simile, ut duomm pari fere îBtate fratrnm essé viderentur. Ihid.

voulu montrer en lui l'accomplissement littéral de cette promesse qu'il a faite à ses athlètes : « Pas un de vos cheveux ne se perdra*. » Les ossements de Maxime attestaient une taille beaucoup plus élevée que celle des deux frères , et la tête était encore si adhérente au corps qu'il fallut beaucoup d'efforts à Sfondrate, lorsqu'il voulut, comme nous le dbons bientôt, la séparer du tronc ".

Le sépulcre où reposaient les deux Papes Urbain et Lucius ne fut point découvert en ce jour. On savait par le diplôme de Paschal et par son inscription qu'il devait exister près des deux autres; mais Sfondrate était empressé de revenir au tombeau de Cécile , à laquelle appartenait la principale part de gloire, dans cette seconde Invention, comme dans la première.

Il fit enlever le cercueil de cyprès du sarcophage de marbre qui le contenait , et on le transporta aux flambeaux, dans une pièce attenante à TËglise et au monastère, qui servait pour entendre les confessions des religieuses. On avait préparé à la hâte un autre coffre en bois, garni d'une étoffe de soie et fermant à clef. Sfondrate y déposa l'arche de cyprès qui contenait le

^ Luc. XXI. 18.

s Contra vero Sancti Maximi, qui non capite plexus, sed ad necem plumbatis cœsus fuerat , repertum est caput ita cum corpore conjunctum, ut cum ipse Gardinalis tollere illud vellet, ut extra simul cum aliis Sancti Yaleriani , et Tiburtii publice in altari coleretur , magno id conatu et labore perfecerit. Ostendebat etiam idem caput percussionum , quas ex plumbatis acceperat notas , et fractionis signa , licet formam integram retineret , in que subflaya quoque csesaries quasi yiventis , et omne capillamentum repersa sanguine incorrupta cernebantur. Bosio, RelatiOy p. 3ii.

précieux trésor^ auquel sa foi attachait tant de prix ; il ferma ensuite la serrure du coffre extérieur^ et le scella de son sceau. On dressa une estrade dans la pièce où était déposé le corps de Cécile^ afin d'élever la châsse à la hauteur d'une fenêtre grillée qui donnait sur TËglise^ à l'extrémité de la nef latérale qui s'étend à gauche en entrant dans la Basilique. Le bruit d'une si importante découverte se répandit promptement dans Rome^ et prépara l'explosion de cet enthousiasme qui éclata les jours suivants.

Mi.

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