‹ Histoire de Sainte CécileChapitre 42 sur 65 · CHAPITRE XXÏX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXÏX

SFimDII4*ll lUIVD COVeTE A CLÉUEIIT VIII DC LA BÉCOtWifttt JNÉ QOWS DE ^ttrC Q^Ç^liP. -^ JOIE PU FÔiif |F^. — BAROIIIVS YSINT WWh NAITRE LES SAINTES REUQUES.

Sfondrate n'avait pas voulu procéder plus avant , ni consommer Tlnvention des Martyrs, sans avoir invité le Souverain Pontife à venir lui-même faire la reconnaissance d'un si sacré dépôt. A l'exemple de Jean qui courut plus vite que Pierre, et arriva avant lui au sépulcre , mais s'abstint d'y entrer le premier , déférant rhonneur au Chef du Collège Apostolique, Sfondrate, muni de la clef qui garantissait l'inviolabilité des reliques, et ayant donné les ordres convenables, partit en hâte pour Frascati , où Clément VIII était allé prendre le repos de la campagne. Baronius était en ce moment auprès du Pontife. Nous emprunterons quelque chose à la narration qu'il a donnée, dans ses Annales, du grand événement que nous racontons :

«Clément se trouvait retenu au lit par de violentes » douleurs de goutte, et n'admettait personne à son au- » dience ; mais lorsqu'il eut appris le motif de l'arrivée » de Sfondrate, il voulut tout aussitôt voir le Cardinal, » et entendre de sa bouche le récit de l'événement. Le » Pontife écouta tout avec une joie extrême; mais sa

I» douleur fut grande de ne pouvoir^ à cause de soa mfirj> inité^ partir imipédiatement pqur rendre visite à une si 0 grande Martyre^ (^ lui présenter ses hommages ^ Qr D il advint que oe eentre-temps tourna à n)op avai^tage; » car tout indigne cpie j'en fusse ^ le Pontife me donna » ccHiunission d^aller reconnaître et vénérer le oprps de ê sainte Cécile. San9 perdre de temps, Sfondrate repar- » m donc aussitôt pour Rome ; je Tacconipagnai^ et le •jour même, nous eQtràmes dans la ville^ et arrivâmes » 8UF le soir , pleins d^allégresse , au Titre de Sainte- A dédie.

» je vis Taroha de cyprès qui avait été renfeirmée idans le sarcopbpge de marlHPe. Slle eoQt^i^t les » memlnres saorés de Cécilp, Un cpuyerele fcœt minoe » et lég^meni endonmiagé servait ^ h fermer. J'a4- » mirai comment^ ap^ès huit cent soix^te-dfx-huit » 9B8 f > un coffre de simple bois , eiifoui sous terre^ » privé d'air, ayant à combattre Thumidité du m^bre D qui le coptenait^ avait pu se conserver ainsi dans son B entier, sans aucune disjonction ni avarie, mais tPU- » jours solide et résistant; en sorte que chacun pouvait t encore le toucher^ le manier , lui donner en un mot • les marques les plus vives de sa vénération, sans le » léser en aucune manière. Son couvercle ductile était » dans un tel état de conservation qu'on pouvait, sans

* Ex eo tam» doluit et ingemuit , quod do detinerotur ex mala valetHdine impedimento , et noa yaleret ad inviseodam et salii- Undam tantam Martyrem properare. Boronita, Mnah ad onnum 821.

* Mous avons fait voir que Ton doit rapporter ee coffre de eyprès à une époque plus éloignée encore.

» aucun péril, Tôier et le remettre^ cooune il arriva » sans cesse^ pendant plusieurs jours^ pour satisfaire la 9 dévotion de ceux qui désiraient voir et vénérer la » sainte Martyre dont il recouvrait le corps.

D Ayant donc considéré cette châsse avec une grande B admiration^ nous voulûmes voir enfin le corps sacré » qu'elle renfermait. C'est alors que y selon la parole B de David ^ comme wmt avions entendu, ainsi wm D avons vUf dans la Cité du Seigneur des armées, dems D la Cité de notre Dieu ^. En effets nous trouvâmes le D vénérable corps de Cécile dans le même état où nous » avions lu qu'il avait été trouvé et remis dans le tom- » beau par le Pape Paschal. A ses pieds étaient encore » les voiles imbibés de sang ; la robe dont parle le Ponj» tife était toujours reconnaissable à son tissu de soie » et d'or^ quoique endommagée par le temps *.

B Immédiatement sur le corps de la sainte Martyre^ D on remarquait d'autres tissus d'une légère étoffe de D soie; leur dépression aidait à suivre la pose et l'io- D flexion des membres. On voyait avec admiration que » ce corps n'était pas étendu comme ceux des morts j» dans leurs tombeaux ; mais la très - chaste Viei^ X» était couchée sur le côté droite comme sur unlit^ les » genoux rapprochés avec modestie , ofiârant plutôt

1 Psalm. XL\ii. 9.

s Etenim ut a Paschali Papa inventum et reconditom foisseiegimus yenerandum Gaeciliae corpus , ita invenimus, nëmpeid pedes ejus quae fuerant, madida sanguine vêla, et sericafilaanro obducta quae yisebantur, jam vetustate soluts vestis iUiusanro textsB, cujus idem Paschalis meminit, indices enmt. Baitm»' Annal, ad, annum 821.

» Taspect d'une personne endormie, et inspirant à tous » un tel respect, que malgré l'attrait d'une pieuse cu- »riosité^ nul n'osa soulever les vêtements pour décou- » vrir ce corps virginal. Chacun se sentait ému d'une » ineflbble vénération , comme si l'Époux céleste , D veillant sur le sommeil de son Épouse, eût proféré » cet ordre et cette menace : « Ne réveillez pas ma » bien-aimée, jusqu'à ce qu'elle le veuille elle-même. » (Gant. n. 7) *. »

j» Nous vîmes, nous reconnûmes, nous adorâmes *. » Le lendemain, dès le matin , nous offrîmes à Dieu, » sur l'autel de la Confession, le sacrifice de la Messe , 0 pour la mémoire et Thonneur d'une si grande Vierge » et Martyre, et des autres saints ensevelis près d'elle. 0 Nous repartîmes ensuite pour Frascati, afin de &ire » le rapport de ce que nous avions vu au Souverain » Pontife qui nous avait envoyés. Clément écouta notre B récit avec satisfaction, et s'occupa tout aussitôt de la

*■ Alfa vero supra Martyris corpus serica, levia tamen yelamina porita, ipsaque depressa situm ipsum et habitudinëm corporis ostendebant. Visebaturque (quod admiratione dignum erat] non ut assolet in sepulchro resupinum positum corpus , sed ut in lecto Jaoens honestissima virgo supra dextrum cubare latus, contractis noimihil ad modestiam genibus , ut dormientis imaginem reddef6 potins quam defunctse , ipso ita ad insinuandam in omnibus virginalem verecundiam composito situ corporis : adeo ut ( quod «que mirandum) nemo quamyis curiosus inspector ausus omnino fàerit virgineum illud detegere corpus, reverentia quadam ine- Bànabili repercussus, perinde ac si cœlestis Sponsus assisteret TiglUms custos dormientis sponaae, monens et minans : Ne susciletis neqne evigilare faciatis dilectam donec ipsa yelit. ÀnnaiL ad

* Vidfmns , cognovimus et adoravimus, Pnd,

» Translation de cet auguste corps dans sa Gonjfesi&ion, » cérémonie qu'il déclara vouloir accomplir lui-même, » à l'exclusion de tout autre Prélat, de quelqtie digmté » éminente quMl fût revêtu. Le jour de la fonction so- » lennelle ftit fixé à la Fête même de sainte Cécile *. »

Nous suspendons ici le récit du grand annaliste ; mais qu'il nous soit permis d'arrêter un moment le lecteur, pour considérer avec lui un des plus touchants caractères de l'Église catholique, si divinement exprimé dans les scènes que nous venons de raconter, et dans celles qui nous restent à décrire. Un homme d'Etat a dit, de nos jours : c(X.e catholicisme est la pluà grande éôole » de respect qui soit sur la terre ; » nous ajouterons que la religion, telle que renseigne et la pratique l'Église Romaine, est la source intarissable de la plus haute et de la plus noble sensibilité qu'il soit donné à l'homme d'éprouver en ce monde. C'est cette inépuisable tendresse qui produit chaque jour tant d'actes de dévouement dans son gein, qui enfante sans effort tant de généreux sacrifice^, et entretient cet enthousiasme ardent et pur que les sectes séparées ne emmurent jamais.

Or , veut-on savoir où l'Église Catholique en puise le secret? Sans doute , dans la doctrine et lesf çxenoples deTHomme-Dieu; mais cet Homme-Dieu, depuis qu'il est remonté à la droite du Père, se plaît à reproduire dans les Saints les traits admirables sous lesquels il s'est montré è nous. Pe là, dans l'Église, cet ampur, ce souvenir incessant des héros qu'elle a produits , et

^ Baronius. Annnl. nd nr}mm^'i\.

par eux, en elle, ce développement toujours ancien et toujours nouveau du principe de Charité. Ils vivent avec Dieu dans l'éternité bienheureuse ; mais elle vit avec eux dans cette vallée de larmes, et de même qu'elle ne cesse de ressentir leur protection, de même aussi elle ne cesse de les aimer, de se délecter dans leur souvenir, de rechercher leurs traceô, comme la voie lumineuse qui la conduit au Christ lui-même. Les personnes vraiment chères que la mort nous a ravies ne sont jamais totalement absentes de nous ; car, comme dît le livre sacré, a Tamour est plus fort que la mort ^; » quelle ne sera donc pas la cpnfiance de TÉglise qui sait que les Sâuits, objet de son amour, durant leur vie mortelle, sont plus vivants pour elle, plus occupés de ses destinées, plus tendres pour chacun de ses enfants, maintenant qu'ils sont à la source même de l'amour étemel, qu'ils ne le furent, aux jours où ils vivaient dans ce monde, séjour de toutes les imperfections?

Voyez Clément VIlI, vieilUrd austère, qui naguère résista deux ans entiers, à la réconciliation du Béarnais ti^iomphant dans iParis, et implorant à genoux par ses ambassadeurs l'absolution de son hérésie ; ce Pontife, hmtier de Pénergie de ses plus mâles prédécesseurs , et qui porta sans fléchir le poids de la catholicité, dans ce siècle où Rome avait vu se détacher d'elle un si grand nombre de ses provinces d'Europe ; voyez-le ému jusqu'au fond de sa grande âme^ à la nouvelle qu'on vient de découvrir les restes d'une simple chrétienne du ui* siècle. Aussitôt que ses forces le lui per-

^ Caot vui. (>.

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mettront, il se rendra en personne pour vénérer ces ossements séculaires, il les arrosera de ses larmes de joie et d'attendrissement; il estimera Tun des grands événements de son Pontificat^ la Translation que ses mains auront faite du cercueil de Cécile dans une châsse splendide, pour laquelle il épuisera le trésor papal.

Un tel spectacle est incompréhensible^ sans doute, pour quiconque n'est pas initié à la foi caUiolique; mais est-il rien cependant qui fasse mieux saisir la suprême moralité de TÉglise, toujours éprise pour la vertu de ce fervent enthousiasme envers ceux qui Font pratiquée, sans que les siècles attiédissent eu rien cette noble ardeur, sans que la durée d'un tel sentiment fasse autre chose que le rendre plus touchant et plus vif? A six siècles d'intervalle^ Paschal ressentit pour la vierge Cécile la respectueuse tendresse dont l'avait entourée Urbain^ et huit siècles après, la fille des Gaecilius retrouvait au cœur de Clément^ sans aucun refi*oidissement, la pieuse affection que lui vouèrent Urbain et Paschal. Ajoutons que la sépulture donnée à la Vierge par Paschal fut accompagnée d'hommages plus ardents que celle qu'elle avait reçue des mains d'Urbain , et que l'élan des cœurs catholiques au xvi* siècle, à la dernière Translation du corps de Cécile, dépassa peutêtre celui dont avait été témoin au ix® la Basilique relevée par Paschal.

A ce moment pourtant, Torgueilleuse Réforme triomphait , les souvenirs les plus chers à tant de générations fidèles étaient foulés aux pieds, les ossements des saints protecteurs étaient jetés à la voirie; car ils

n^pdaîeiit l'exemple de ces sublimes vertus qui n'allaient {dus à un siècle émancipé des superstitions du papisme, dépendant^ celle qu'on appelait la Pi'ostituée de Babylone et que maudissaient tant de nations^ Rome s^ébranlait à la nouvelle de la découverte du corps d^une jeune femme immolée sous Alexandre Sévère , comme si un trésor destiné à enrichir tous ses habitants se fût tout à coup révélé. Quelle idée^ quel sentiment représentait donc cette Romaine ensevelie depuis tant de i^ècles? Une pureté digne des Anges, un dévouement inviolable à Dieu auquel elle s'était consacrée^ un zèle ardent pour le salut des âmes et pour le soulagement des pauvres, une indomptable fermeté à confesser cette Foi qui relève ainsi la nature humaine, un eourage qui brava deux fois la mort ; enfin ce charme inexprimable que de si sublimes vertus répandirent sur la Vierge chrétienne.

Tels étaient au m* siècle, tels furent au ix% tels furent à la fin du xyi% tels seront jusqu'à la fin des siècles, les titres de Cécile à Tamour des enfants de l'Église. Les générations passées Pavaient aimée parce qu'elle leur frayait , par l'attrait de ses exemples , la vole qui mène à un monde meilleur, et voilà qu'aux derniers jours d'un siècle à jamais fatal par les tristes défections dont il fut le théâtre, la grande Martyre apparaissait tout à coup, comme pour raviver TétinceUe du feu sacré. Gomment la catholicité n'eût-elle pas répondu à l'appel de Cécile ? Quoi d'étonnant que le Père du peuple fidèle , de ce peuple si cruellement décimé par l'hérésie, tressaille d'allégresse, et salue par les élans de son cœur l'heureuse et noble filh» de

326 HJL^TOi^F.

TËglise Romaine , to^iolur» m gloire ei mm apimi? Qaoi d'étonnant que le pieux et docte Bfwniiia dépose pour un moment cette plume immortelle qui avait raconté les mériter de Cécile y pour accourir à ce tombeau d'où elle semble 3e lever et dire au monde que Viglm de Clément VIII est encore l'Église d'Urbain, parce qu'die est toujours TËglise de Jésuf^Cbrist? Quoi d'^cunant que Topulent et généreux ^ondipata conaacre déaor* mais son zèle et ses ricbessa# à orner te triomphe de Cécile, quand on songe que ces saintes profusions ont pour objet de glorifier et d'encourager dans les cœurs catholiques les vertus qui forment rét^^nelle aoréde de la Vierge Martyre?

Cette pompe , ces largesses , ees bomieurs , ces transports d'un peuple tout entier^ d^^îs le vidUaid qui cemt la tiare jusqu'au plus humble des fidèles , ne rendraient pas à TÉglise Romaine cette moitié de TAllemagne envahie par la révolte, ni l'An^bsterre^ ni la Suède^ ni le Danemark, ni les Cantons Suisses^ natioas aliénées de leur Mère commune pour des siècles; mais ils attesteraient que^ au sein même de cette crise affreuse^ la sainteté^ la pureté de la vie, rhérmsme du dévouement, étaient à Rome l'objet d'un culte ausii fervent que jamais^ et le temps viendrait où ces pea* pies fatigués d'incertitude et d'incroyance se ioaroi^ raient vers la patrie universelle où l'Idéal de la wrta ne saurait jamais s'éteindre^ puisqu'on l'y plaoe sur ki autels.

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