‹ Histoire de Sainte CécileChapitre 47 sur 65 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

SFONDRATE RECHERCHE ET BÉGOUTRE LE CORPS BE SAINTE AGNÈS. — SA PIÉTÉ ENVERS LA MÈRE DE DIEU ET LES SAINTS. — SON TESTAMENT ET SA MORT. — SON ÉPITAPHE DANS LA BASILIQUE DE SAINTE-CÉCILE.

La piété fervente de Sfondrate et le succès dont ses efforts avaient été récompensés par la découverte du tombeau desainte Cécile, lui inspirèrent, quelques années après, la pensée de tenter des recherches dans la Basilique de Sainte-Agnès hors les murs, sur la Voie Nomentane, dans Tespoir de retrouver le corps de cette célèbre Martyre. Immolée à l'âge de treize ans, sous la persécution de Dioclétien , environ soixante-dix ans après le martyre de Cécile , Agnès partage avec elle les hommages de Rome et de la catholicité. Il appartenait à Sfondrate de découvrir ce nouveau trésor, et de préparer un triomphe digne d'elle à cette héroïque enfant que sa vie si pure et sa mort si courageuse ont placée pour jamais à côté de la fille des Caecilius.

Clément VIIF avait rendu à Dieu sa grande âme. Il avait eu pour successeur Léon XI, qui ne fit que passer, et la même année 1605,1e sénat apostolique avait remis les destinées de l'Église entre les mains fortes et fidèles de Paul V. A peine sorti du Conclave , Sfondrate , qui s'était imposé généreusement le soin de restaurer à ses

frais la Basilique de Sainte- Agnès , se mit aussitôt k l'œuvre; mais il voulut préluder à tous les travaux des architectes par les fouilles qu'il dirigeait lui-même dans le but de retrouver les reliques de la sainte Martyre.

Le vendredi 7 Octobre i605, assisté du chevalier Sasso-Ferrato, gentilhomme de sa maison, et de frère Nicostrate , Oblat du monastère de Saint-Pierre in Fimr coli y sous la dépendance du<pi6l est placée la Basilique Nomentane, il se rendit à Sainte- Agnès, pour y fûre commencer les recherches. Il avait toujours r^ardé comme probable que Tautel-majeur de la Basilique couvrait les corps de sainte Agnès et de sainte Émérentienne, sa sœur de lait, Viei^e et Martyre comme elle. Selon ses pressentiments, c^était là, et non ailleurs, que le Pape Honorius P' devait avoir déposé les restes sacrés de Tune et de Pautre •.

Cet autel avait un revêtement formé de plusieurs tables de marbre blanc artistement réunies et enclavées les unes dans les autres, et sa surface consistait en une vaste plaque de porphyre qui, depuis le vn« siècle, n'avait pas été remuée. La face de Pautel, du côté de la grande nef, était remarquable par la fenestella destinée à recevoir les lampes qui brûlaient en Thonneur de la sainte ; l'autre face, tournée vers Fabside, était revêtue d'une table de marbre unie. Ce fat celle-ci que Sfondrate fit attaquer par les omTÎers.

Après avoir enlevé la plaque de porphyre qui couvnul l'autel, on travailla longtems à dégager la première table de marbre placée verticalement, du côté de l'hémicyde. Ce ne fut qu'après beaucoup d'efforts que

' ' Ânasta& In Honorio,

Ton put enlever assez de ciment pour apercevoir enfin, derrière cet obstacle, d'autres tablettes de marbre blanc dont la disposition annonçait la présence d'un dépôt protégé par la masse de l'autel. L'ouvrage fut poussé avec une vigueur d'autant plus grande que Ton sentait approcher le but de tant d'eflforts. Avant la fin de la journée, on arriva jusque sur le tombeau lui-même, qm parut disposé en manière de voûte; mais le ciment qui unissait les marbres était d'une extrême résistance. On fut obligé de le percer en plusieurs endroits avec des instruments propres à cet usage , et par les ouvertures que l'on pratiqua, on put, au moyen d'une lumière, distinguer les corps des deux Vierges, étendus côte à côte sous la petite voûte , qui pouvait avoir en longueur environ cinq pieds. La nuit interrompit les travaux. Sfondrate et ses compagnons, après avoir rendu grâces à Dieu pour ce premier succès de leur entreprise , se retirèrent en se proposant de reprendre les travaux le lendemain.

En effet, le samedi 8 Octobre, le Cardinal revint à la Basilique avec les mêmes personnes, auxquelles il avait adjoint Etienne Benassai , son Auditeur, le Père Félix Veronico, curé de Saint-Laurent in Damaso, et un Modénais nommé Cugino. Sur le soir, le cardinal Acqua-Viva , qu'une circonstance fortuite avait amené à la Basilique, vint se réunira ces divers témoins, comme pour rendre plus solennelle encore l'Invention du sacré dépôt.

Des ouvriers intelligents et adroits avaient été mandés; mais telle était la dureté du ciment, qu'il leur fallut travailler depuis deux heures de l'après-midi jus-

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(lu'àdeux heures de nuit, pour ouvrir un accès suffisant jusqu'aux saintes reliques. Enfin tous les obstacles ayant été enlevés , Sfondrate put jouir du trésor dont la vue récompensait une si longue attente. Les Martyres étaient étendues chacune sur une tablette de marbre blanc qui posait à chaque extrémité sur une barre de fer. Ces marbres, suspendus un peu au-dessus du sol^ pour arrêter les effets de rhumidité^ avaient été dans le même but percés d'un certain nombre d'ouvertures , afin de laisser à l'air quelque passage. Trois autres tablettes semblables aux premières étaient soutenues par des barres de fer au dessus des corps saints, et la voûte en marbre et en ciment que l'on venait de détruh*e avait protégé pendant mille ans cette glorieuse sépulture.

Les deux corps étaient couchés sur le dos, et tournés à rOrient^ selon l'usage chrétien. Les ossements qui posaient immédiatement sur les marbres étaient demeurés solides, et avaient même conservé leurs liaisons; mais les parties supérieures s'étaient affaissées en poussière. La place à droite aida à discerner Agnès de sa compagne ; près d'elle on remarquait un léger amas d'une matière qu'il fut aisé de reconnîdtre pour les restes coagulés du sang que les fidèles avaient recueilli après son martyre. On découvrit aussi sous les deux corps une certaine quantité de terre qui sans doute aussi avait été imprégnée de leur sang, et que l'on avait réunie dans une même sépulture, comme on en a plusieurs exemples. Près de la tête des deux Vierges, on reconnut les dernières traces d'un tissu léger qui devait être évidemment un reste de leurs voiles.

Quoique la nuit fût déjà avancée^ Sfondrate jugea qu'on ne devait pas laisser ces saintes reliques exposées à rindiscrète curiosité du peuple qui^ dès la matinée du lendemain^ ne manquerait pas d'accourir à la Basilique pour observer les travaux qu'on y exécutait depuis deux jours. Il avait à l'avance fait fabriquer une châsse en bois, garnie d'une étoflfe de soie couleur de pourpre et brochée d'or. Aidé de son Auditeur et du Père Félix Véronico , il y déposa ceux des ossements qui étaient demeurés entiers , en ayant soin de distinguer et de réunh*, sans les confondre, les restes précieux des deux Martyres. Cette opération exigea une grande précaution ; car ces ossements^ soumis à une pression trop forte, seraient promptement tombés en poussière.

La châsse ayant été fermée et scellée fut transportée dans une chapelle inférieure du monastère qui est attenante à la Basilique , et on la couvrit d'une tenture. Deux vases antiques de la plus grande beauté, apportés aussi par Sfondrate, reçurent la poussière des ossements qui avait été recueillie sur les tablettes de marbre, les restes du sang congelé et de la terre sacrée dont nous avons parlé plus haut. L'une des urnes fut consacrée à Agnès, et l'autre à Émérentienne*. ' Telles furent les circonstances de l'Invention du corps de sainte Agnès. Le lecteur aura saisi aisément les rapports et les différences que cette Invention présente avec la découverte du tombeau de sainte Cécile. Les restes précieux de la vierge Agnès avaient déjà subi, du

*■ On peut voir l'intéressant récit de cette Invention dans Boldetti, Osservajsioni s(ypra i Cimiterj de* santi Martin^ pages 684-686.

moins en partie, rarrèt conunun qui oondamm le corps de Thomme à retourner dans la poussière dont il est sorti ; la dépouille mortelle de Cécile était demeu» rée intacte au sein même du sépulcre. La Vierge immolée sous Alexandre Sévère était encore reconnaissable au signalement précis que ses Actes nous ont laissé d'elle ; la Vierge moissonnée par le glaive de Dioclétien n'avait plus pour signe de recoonaissanoe que les antiques documents à l'aide desquels on pouvait légitimement conjecturer que le Pontife Honorius avait du l'ensevelir sous l'autel de la Basilique Nomentane.

A Dieu ne plaise que nous semblions vouloir, par oe rapprochement, atténuer en quelque chose la gloire de l'illustre Agnès, dont le culte nous est cher, et à laquelle nous serions heureux de pouvoir consacrer noi efforts, dans une monographie digne d'elle; mais nous ne pouvons cependant nous empêcher de relever la prédilection céleste en faveur de la fille des Gaecilius. N'a-t-elle pas elle-même révélé à Paschal que la protection maternelle de la reine du ciel veillait sur elle, jusque dans sa tombe ignorée? Et si l'on veut pénétrer le motif de cette vigilance de Marie sur les restes uumptels de Cécile, sur son sommeil virginal au fond du sépulcre où elle repose, ne le découvre-t-on pas dans la ressemblance ineffable qui unit l'épouse de Valérien à celle de Joseph, l'une et l'autre ayant donné au monde le spectacle éclatant et sublime de la virginité dans le mariage? Le corps de Marie, intact du péché d'origine, sanctifié par les honneurs et les charges de la divine Maternité y traverse rapidement la nuit du tom-

DE SAIHTB CfiCILE. 957

b^u^ #i s'élaoee au ciel dès le troiMème jour, sur les dwurs de3 Anges ; le corps de Cécile, participant des conditions de notre nature déchue, mais relevé par l'immortel arôme de la pureté^ avait passé, sans se dissoudre, treize siècles dans les entrailles de la terre. Rendons honneur à PÉpoux céleste, qui protège son Épouse jusque dans le tombeau, et glorifions la Reine de^ Vierges qui a voulu honorer en Cécile Vémule d'une de ses plus nobles prérogatives.

Paul V se fit gloire d'imiter, dans le triomphe d'Agnès, la munificence de Clément VIIl envers Cécile, par Foifrande d'une châsse en argent, dans laquelle il renferma les ossements de la Martyre dont l'heureuse In^ vention honorait son Pontificat. Ëmérentienne eut part aux honneurs d'Agnès sous c^tte arche splendide. Une grande partie de la gloire de cette nouvelle solennité , qui fut loin toutefois d'égaler celle dont Cécile avait été l'objet, dut revenir au pieux Cardinal qui semblait avoh* reçu la mission de montrer tour à tour à la ville sainte ses plus chères et ses plus augustes protectrices.

Sfonibate ne s'était pas borné à relever la gloire de Cécile dans la célèbre Basilique où elle repose; il vou* lut donner aux autres sanctuaires consacrés dans Rome à Tillustre Vierge des marques de sa pieuse sollidtude. 11 commença par la petite Église de Sainte- Cécile de DomOy au Champ de Mars. Ce pieux monument, qui rappelle le lieu où la fille des Caecilius passa ses premières années , avait été, ainsi que nous l'avons dit, sous la dépendance de la Basilique de Saint-Laurent in Damaso; plus tard, on l'avait rattaché à la Basilique de Saint-Laurent in Lucina , à raison du vol-

sinage. Mais le senîce divin s'y fiûsait avec néglig^soe, et la piété de Sfondrate envers Cécile lui inspira d'y pourvoir d'une manière plus convenable. D établit dans cette Église deux religieux dominicains chargés de la desservir, et il poiu'vut à leur entretien. Après la mort du Cardinal, Paul V tint à honneur de sanctionner ses pieuses intentions par l'autorité apostolique, ^ il rendit un Bref, en date du 23 Janvier 1622, dans lequel, aprèsavoir recommandé lapieté de Sfondrateenvers cette Église qui s^est élevée sur un lieu sanctifié par l'habitation de sainte Cécile, le Pontife supprime d'abord le titre de Saint-Biaise , qui s'était postérieurement attaché à ce sanctuaire ; ensuite il le soustrait à la juridiction de la Basilique de Saini-Laurent in Zt<c»na, et le soumet à perpétuité au Cardinal titulaire de Sainte- Cécile. Enfin, il assigne en faveur des deux dominicains une rente de trois cent vingt-cinq écus romains sur la mense de l'Abbé commendataire de Notre-Dame de la Colonne , au diocèse de Plaisance *.

Nous avons parlé ailleurs de l'Église de Sainte-Cécile dite a Monte-Giordano , et qui appartenait aussi à la Basilique de Saint-Laurent inDamaso. Cette Église menaçait de tomber en ruines ; Sfondrate se fit un devoir de la relever, et vint poser la première pierre des nouvelles constructions le 21 juin 1603. Plus tard, enl62i, après la mort de Sfondrate, les Pères de l'Oratoire de Saint-Philippe de Néri ayant voulu donner un développement nécessaire aux bâtiments de leur maison de la Vallicella,se mirent en instance auprès de Grégoire XX

« Biblioth. Vaticane. MSS. de Galletti. Snntn Cecih'a.

pour obtenir quil leur fût permis de démolir cette Église dont la présence mettait obstacle au plan que leur architecte avait conçu. Le Pontife accorda la demande^ à la condition que Tautel principal de la célèbre chapelle, dite l'Oratoire, que Fon devait construire sur cet emplacement, serait dédié à sainte Cécile conjointement à saint Philippe de Néri, et que sur le tableau qui devait être placé sur cet autel en l'honneur des deux Saints, l'illustre Vierge occuperait la droite*. Cette disposition fut exécutée fidèlement. Le tableau est de Vanni , et représente dans sa partie supérieure FAssomption de Notre-Dame. Chaque année, le 22 novembre, on célèbre, dans cette chapelle, la fête de sainte Cécile, comme fête patronale, avec un grand concours de fidèles. C'est ainsi que la religieuse pensée de Sfondrate s'est perpétuée jusqu'à nos jours, et que le sanctuaire qu'il voulut conserver à Cécile , bien qu'il ait subi une transformation, demeure encore consacré à sa globe.

Mais si le pieux Cardinal se montrait si jaloux d'honorer partout la mémoire de l'Épouse glorifiée du Christ , le caractère chevaleresque de sa piété n'éclatait pas moins à l'égard de la Reine du ciel. Nous nous bornerons à un seul trait qui sufiira pour en donner l'idée. Ayant été promu par Paul V à la Légation de Bologne, il n'eut garde d'oublier que cette ville était voisine du célèbre et dévot sanctuaire de Lorette. L'auguste Maison où le Verbe s'est fait chair pour habiter parmi nous devait avoir ses premiers hommages.

* Bref Cum ad uberes, du 7 des Kalendes de Novembre.

Dans Fardeur de son amour respectueux pour la Viergt qui nous a donné le Fruit de vie , il voulut monter jusqu^auprès de la statue d'ébène qui représente la Reine de cet heureux et magnifique séjour^ et détachant de son doigt le précieux anneau qu'il portait^ et sur le* quel brillait un diamant du prix de cinq cents écut d'or^ il le passa au doigt de la miraculeuse image.

A son retour à Rome , il revint par Loretie, et cette fois son hommage envers sa céleste Dame fut une croix d'or, ornée de huit superbes émeraudes , qu'il attacha lui-même au cou de la Madonne« Mais il voulait offirir an divin Enfant qu'elle tient dans ses bras un tribut digne de sa grandeur. Avant donc de repartir pour sa Légation ; il prépara pour le Fils un second aimeau sur lequel était monté un diamant plus riche encore que celui qu'il avait offert h la Mère, Arrivé dans la sainte Maison ^ il voulut le placer lui^^méme, et juS" qu'au jour de la spoliation des joyaux du sanctuaire de Lorette, en 1797, ce diamant attira l'admiration des pèlerins par le feu qu'il jetait plus que tous les autres dont la statue était ornée *.

En 1607, Sfondrate fut appelé à l'Évéché de Crémone, dans la province de Milan , veuve de son grand métropolitain, saint Charles. L'illustre Cardinal Frédé«« rie Borromée , neveu du saint Archevêque , faisait revivre les vertus de son oncle sur le siège de saint Am* broise. L'arrivée de Sfondrate combla les vœux de Frédéric , car l'un et l'autre avaient pris pour modèle

* Ciacconius. Vitœ Romanorum Pontilîcum et S. B. J?. Cardina' lium. Tome iy , page 22e.

le Pontife dont la perte encore récente avait rendu l'Église inconsolable. Sfondrate ^ à qui la ville de Rome doit la belle église de Saint-Charles al Corso , obtint de Frédéric pour ce sanctuaire le cœur et les entrailles de l'invincible réformateur de la discipline et des mœurs chrétiennes. Mais notre pieux Cardinal ne de^ vait pas tarder à être rappelé dans la capitale du monde chrétien. Dès l'année 1611, Paul V relevait à rÉvêché d'Albano, et Sfondrate dut se séparer de son Église de Crémone^ qui lui a gardé un iidèle souvenir.

Devenu Titulaire d'un des Sièges Suburbicaires ^ il ne pouvait plus^ selon les règles communes, conserver le Titre simplement Presbytéral de Sainte-Cécile; mais Sfondrate pouvait-il laisser à un autre la garde du dépôt que la Vierge elle-même lui avait confié? Il sollicita donc^ et obtint de Paul Y, en retour de ses largesses envers la Basilique Transtibérine, la faveur de pouvoir conserver toute sa vie , en commende , son premier Titre, avec l'Évêché qu'il avait dû accepter.

Son administration de l'Église d'Albano fut de courte durée; mais elle fut marquée par une inépuisable charité envers les pauvres. Chaque année U leur abandonnait la totalité de son revenu d'Évêque , sans préjudice des aumônes qu'il ne cessait de répandre dans Rome, où l'appelaient souvent les fonctions de son éminente dignité ^

En 1614;, le Rituel Romain publié par Paul V compléta la série des livres liturgiques à l'usage de TÉ-

1 Ciacconiu8. Vitœ Romanorum Pontificum et S. R, S, Cardinalium, Tomeiv, 227.

a7i HisrojRE

glise universelle^ dont le Concile de Trente avait renvoyé la publication au Souverain Pontife. La catholicité fut redevable de ce bienfait à Sfondrate. Ce fut lui qui détermina Paul V à entreprendre la rédaction de ce manuel du prêtre dans l'administration des Sacrements. La commission que le Pape avait nommée pour prépai'er un si important travail le compta parmi ses membres les plus assidus, et il dirigea lui-même la rédaction du Rituel dans toutes ses parties ^

Sfondrate mourut à Tivoli, à Tâge de cinquante-sept ans^le 14 Février 1618. La nouvelle en parvint aux religieuses de Santa- Cecilia dans la matinée du jour suivant. Rien ne pourrait peindre la désolation dans laquelle les plongea cette mort inattendue; la Chronique du monastère en a conservé l'impression touchante : c( Plusieurs sœurs, y est- il dit, tombèrent » sans connaissance , et ce jour-là on ne dîna pas : In » quel giorno non si pranzô^. » Toujours fidèle dans son amour pour Cécile, Sfondrate avait fait son testament en faveur de sa chère Basilique. Depuis dix-huit ans il avait renoncé à son propre nom, et ne souffrait plus d'être appelé autrement que le Cardinal de Sainte- Cécile '.

* Ciacconius. Vitœ Romanorum Pontiflcum et S, R, E. Cardinalium. Tome iv. 226. C'est à la générosité de Sfondrate que la bibliothèque Vaticane doit le précieux Ménologe grec , dit de TEmpereur Basile, qui a été publié en 1727 , avec toutes ses Tignettes byzantines , aux frais du 'cardinal Annibal Âlbani , et qui est un des plus intéressants monuments de la Liturgie Melchite.

> Gronîche del vencrabile monastero di Santa Cecilia.

* Nous trouvons , dans la correspondance du Cardinal d'Ossat,

D£ SAINTE CÊGILIÙ 373

On verra sans doute avec intérêt quelques traits du testament de ce Prince deTÉgiise^ dont le nom demeure à jamais uni à celui de Cécile dans les annales du Christianisme :

«Premièrement, dit Paul-Émile Sfondrate, je re- I» commande mon âme en toute soumission , humilité i> et affection entre les mains de Jésus-Christ , mon » très-bénin Rédempteur, et en celles de sa très-sainte » et jamais assez louée Mère et Vierge Marie très-pure , 1» et vraie avocate des pauvres pécheurs; en celles des » glorieux Princes des Apôtres Pierre et Paul , de ma » glorieuse et très-fidèle protectrice Cécile très-ché- » rie, de sainte Agnès^ ma particulière avocate , de » sainte Marie-Magdeleine , sainte Thècle, saint Joseph, » des saints Lucius , Urbain , Yalérien , Tiburce et t> Maxime y et de tous mes autres saints de dévotion et

la mention des deux lettres que Sfondrate avait adressées, par cet

ambassadeur , à Henri IV et à Marie de Médicis , pour obtenir de

France certaines reliques destinées au trésor de la Basilique. D'Os-

sat, en transmettant ces deux lettres, avertit le Roi qu'il devra

adresser la réponse au Cardinal de Sainte^Cécile ; « car, ajoute-

t-il , il ne veut nullement être appelé de son surnom , mais de

son Titre seulement. » {Lettres du Cardinal d'Ossat, 26 août 1603.

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