CHAPITRE XXXIV
l^.YÉNEMEMTS RELATIFS A SAINTE CÉCILE ET A SA BASIUQUE y DAIfS LB COURS DU XVII* SIÈCLE. — l'ÉCOLE JANSÉNISTE SE DÉCLARE CONTRE LES ACTES DE LA SAINTE MARTYRE. •
Nous sommes entrés dans la dernière période de cette histoire ; mais le lecteur^ s'il veut nous suivre jusqu'à la fin , ne doit plus compter sur les scènes héroïques^ sur les poétiques récits dont jusqu'à présent notre route a paru semée ; il faut qu'il se prépare à un autre genre d'émotions.
Un siècle entier ne s'est pas écoulé depuis le jour où Dieu daigna révéler de nouveau Cécile à son Église, et voici qu'une tempête soulevée par les précurseurs de l'incroyance moderne se déchaîne contre les monuments les plus vénérés de l'antiquité catholique. En attendant l'heure qui ne doit pas tarder, où une critique aussi vaine qu'impie, fière de ses premiers succès^ osera s'élever contre les titres mêmes de la révélation chrétienne, elle s'essaye sur les Actes de nos saints bienaimés. La secte janséniste, dans son empressement à flétrir et à briser toutes les fleurs dont la main du Chrfst s'est plue à parer son Épouse, déclare une guerre impitoyable à tous les souvenirs gracieux re-
cueillis par l'Église dans sa longue traversée des siècles , et de même qu'elle a juré de reconstruire le dogme et la morale évangéliques à son image , elle veut aussi modifier l'histoire à sa triste ressemblance. Ses efforts seront vains ; la philosophie voltairienne sera le tombeau du jansénisme ^ et sur les ruines de la philosophie voltairienne, s^élève déjà une nouvelle race catholique dont les traditions et les sympathies remontent au delà du xvn° siècle^ bien au-dessus des préjugés que le malheur des circonstances semblait avoir rendus nationaux. Certes, c'est ici un grand spectacle que cet instinct de la foi laissé à lui-même dans les choses de Dieu et de ses Saints. Tout est contre nous : les Histoires Ecclésiastiques, les Vies des Saints; mais bien plus durement encore Foubli profond et systématique dans lequel des mains perfides croyaient avoir enfoui pour toujours tant de faits vivifiants qui nourrissaient la foi de nos pères, et enfantèrent les merveilles des anciens âges. 11 y a de quoi s'efl&»yer à mesurer seulement deFœil le vaste champ quelacritique catholique aura un jour à défricher. Réhabiliter au nom de la vraie science tant de documents graves et précieux, tant de détails historiques, tant d'Actes des Saints, cruellement compromis dans cette vaste conspiration contre la vérité, c'est là un des premiers besoins pour FÉglise en France. Une pareille tâche, embrassée dans toute son étendue , serait trop au-dessus de nos forces; nous avons osé Fentreprendre sur un seul point. Que l'auguste Vierge Cécile nous pardonne d'à voir si faiblement servi sa cause; l'Époux immortel qui a su la dédommager de Foubli des hommes saura bien ,
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quand le temps sera venu , susciter un vengeur à son Épouse.
La renommée des merveilles dont la Basilique Transtibérine avait été le théfttre dans les derniers jours du xvi' siècle pénétra en France comme dans toute la dirétienté ^ et produisit plusieurs ouvrages dans la lit* térature religieuse. Nous citerons entre autres une œuvre dramatique et musicale intitulée : la Céeiliade, ou le tnariyre sanglant de sainte Cécile, et publiée à Paris en 1606 par Nicolas Soret. Les chœurs forent mis en musique par Abraham Blondet ^ En 4617^ un sieur de Welles fit paraître à Arras la traduction française du volume qu'avait publié Bosio à Rome, et qui contenait, ainsi que nous Tavons dit, les Actes de sainte Cécile et la relation des deux Inventions du c^rps de la Martyre. De Welles intitula sa traduction : La ehasteti victor%«u$e, en l'admirable conversion de saint F'àlérian, époux de sainte Cécile ^ de Tiburce, Maxime et a«- Irei'.Plus tard, un membre de l'Oratoire de France, Nicolas de Bralion , qui résida à Rome de 1625 à 1610, et qui a laissé un ouvrage intéressant sur les Églises de cette capitale du monde chrétien*, consacra un livre spécial à célébrer la gloire de notre sainte Martyre dans son tombeau. Une le publia cependant qu'en 1668, pen avant sa mort, sous ce titre : La sépulture admirable de sainte Cécile dans son Église de Rome.
A cette époque déjà la haute science hagiographique
> Deux tomes en un volume in-S«.
* Un volume ln-i2.
» U CmiôHté ê$ fiiM «l de rmSrs Mme, teU>i«60. 9 v. \m4\
s'occupait d'élever le plus magnifique monument que le génie catholique ait jamais consacré à l'honneur des saints. L'immense et docte collection des ^écta Sanctorum, ouverte en 1643 à Anvers, par le Jésuite Bollandus , poursuivait son cours et marquait pour ainsi dire chaque année par la publication d'un nouveau volume^ digne de ceux qui l'avaient précédé pour l'importance des pièces et l'érudition des commentaires et des notes. Dressé sur le plan du Cycle ecclésiastique et des Martyrologes, l'ouvrage, soumis dans la suite à de lamentables interruptions, attendra longtemps encore son dernier complément Dans ces dernières années les cœurs catholiques ont tressailli en le voyant reprendre sa marche ; mais les Actes des saints du dixhuitième jour d'Octobre, sur cet immense Calendrier, ne paraîtront pas d'ici plusieurs années , et tout porte à penser, ne survînt-il pas d'obstacles, que le siècle présent sera bien près de sa fin lorsque les travaux seront assez avancés pour amener l'exposition des Actes de sainte Cécile, au 22 Novembre.
En 1648 un triomphe nouveau fut décerné dans Rome à sainte Cécile, et cette fois le Capitole en fut le théâtre. On fit décorer la chapelle du magnifique palais des Conservateurs du peuple romain , et la fille des Caecilius, comme citoyenne et matrone romaine, obtint les honneurs d'un tableau et d'une inscription dans ce sanctuaire*. La grande Vierge est représentée assise, les mains sur un clavecin, comme patronne de
* Trois autres saints personnages , tous citoyens romains, ont obtenu un tableau dans cette chapeUe du Capitole, saint Eustache, saint Alexis et la Bienheureuse Louise Âlbertoni*
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la musique. Cette peinture est de Romanelli ; au-dessous on lit rinscription suivante :
s. CAECUIAE VIRGINl ET MARTTRI s. P. Q. R.
MDCXLVni *.
L^idée de rétablir ainsi le nom et la mémoire de Cédie aux lieux mêmes où son aïeule Gaïa Gsecilia fut, durant de longs siècles, honorée d'une statue^ est profondément touchante et unit admirablement les deux Romes dans la personne de notre héroïne. Cette rentrée d^une Cécile au Capitole^ et de la Cécile chrétienne^ montre à la fois et la victoire sans retour du Christianisme et réternité de Rome.
Mais le xvn* siècle n^était pas achevé encore que les princes de l'hagiographie avaient déjà publié leur jugement sur ces Actes contre lesquels une si violente tempête allait bientôt se déchaîner. Au 14; Avril, à propos des saint Tiburce, Valérien et Maxime , Henschenius avait exprimé la plus haute estime pour ce vénérable document '. Le sentiment d'un homme exercé depuis si longtemps dans la comparaison et le discernement de tant de pièces de valeur dissemblable , était assurément d'un grand poids à alléguer aux futurs ennemis de
* A sainte Cécile, Vierge et Martyre, le Sénat et le Peuple Romain. 1648.
' Haec pervetusta horum sanctorum solemnis veneratio plurimum crevit ex certissima virtutum ac martyrii notitia, quam dabant antiqua S. Gaeciliaî Acta qusD tune temporis omnium roanibus terebantur, et hactenusin prsecipuis et perantiquis membranis conservantur. Acta SS. Aprilis, Tome ii , page 203.
sainte Cécile; mais on peut dire que le dernier critérium fut appliqué àThistoire de la célèbre Martyre, lorsque, en i680, Papebrok, compagnon des labeurs d'Henschenius et son successeur durant tant d'années, émit en présence du public le jugement qu'il portait sur nos Actes.
En tète du premier tome des Actes des Saints du mois de Mai , ce critique redoutable dont la sévérité outrée, nous ne devons pas craindre de le dire, contribua, plus qu'il ne pouvait le croire, à développer certaines tendances trop hardies, proclama les Actes de sainte Cécile très-anciens et très-sincères *. La divine Providence semblait avoir préparé ce suffrage dont rindépendance ne pouvait être mise en question, comme un contre-poids à d'autres avis dont Pinfluence devait entraîner l'abandon et Foubli d'un des plus précieux récits de l'Église primitive.
Sans doute, et nous l'avons, ce nous semble , prouvé suffisamment déjà aux yeux du lecteur exempt de préjugés , les Actes de Sainte Cécile se défendent par euxmêmes ; mais nous n'en sommes pas moins heureux d'avoir à enregistrer en leur faveur cet arrêt d'un juge compétent entre tous, d'un homme qui fut l'objet de vives récriminations dans l'Europe catholique pour l'excessive sévérité de plusieurs de ses décisions. C'est quelque chose d'avoir à montrer que le siècle même qui devait être témoin de l'attaque, vit aussi la science véritable et la moins suspecte prendre les devants sur les en-
* Antiquissima et sincerissima habentur hujus sancts Virginis Acta, quorum notitia videtnr admodum sero perlata ad Grâecos, etc. Ephemerides^ Gracorum et Moscorumt page 51.
treprises d'une coterie audacieuse, qui se sentait appelée à régner longtemps. Plus est considérable le nombre des Actes des Saints repoussés par Papebrok comme douteux ou apocryphes, plus aussi est imposante son autorité en faveur de ceux qu'il a cru devoir admettre.
Le mouvement imprimé à la science hagiographique par les Bollandistes , après avoir produit les Jda Sanctorum Ordinis sancti Benedicti publiés par Dom Mabillon, inspira à Dom Ruinart la pensée de donner ses Acta primorum Martyrum sincera et selecta. Ce précieux recueil , trésor d'érudition et de critique , parut en 1689. Le plan de l'auteur était d'y réunir les Actes qui lui semblaient les plus autorisés , afin de produire dans toute sa lumière le grand argument que l'Église chrétienne emprunte du courage de ses Martyrs. D n'admit pas cependant les Actes de sainte Cécile dans cette collection. Déjà l'école de Launoy, concentrée dans Port-Royal, préparait ses arrêts de proscription contre un nombre immense de monuments chrétiensj Dom Ruinart ne voulut insérer dans son recueil que des pièces irréprochables aux yeux de ces critiques dont le règne absolu commençait à être reconnu de toutes parts. Néanmoins, il crut devoir déclarer, dans sa préface générale , qu'il était loin de prétendre avoir rassemblé dans cette collection tout ce qui existe d'Actes sincères, et protesta que son intention n'était nullement de rejeter parmi les pièces apocryphes tous les documents qu'il n'avait pas jugé à propos do reproduire ^ Dans le corps de l'ouvrage on le voit,
1 Pom> eisl nihil omiserim, ut, quantum in me fuit, hxc Ac-
par exemple ; qualifier d'excellents {egregia) les Actes de saint Sébastien^ qu'il n'osa pas faire entrer dans son recueil, à cause de quelques légères difficultés qu'ils pouvaient présenter.
Ce système avait de graves inconvénients, et s'il était appliqué d'une manière générale à toutes les sources historiques, il enfanterait bientôt le plus dangereux et le plus insensé pyrrhonisme. Parmi les meilleurs historiens de l'antiquité , et même des temps modernes, en est-il beaucoup dont les récits ne puissent être l'objet de quelque contradiction , et la vraie et utile critique ne consiste-t-elle pas précisément h éclaircir ces difficultés, à- concilier ces divergences, en un mot, à dégager la vérité des nuages dont les imperfections d'un narrateur semblent la voiler quelquefois? Que deviendrait la science du passé, s'il était permis de ne tenir aucun compte du témoignage d'un écrivain dont la probité est d'ailleurs incontestable, par cela seul que l'on rencontrerait dans ses récits quelques traces d'inexactitude ou de préoccupation?
La Êiveur qu'obtint le travail de Dom Ruinart dans le siècle où il parut , et qu'il a conservée depuis , a du moins produit ce résultat avantageux , que I'qb peut
toram eollectio accurata atque numeris omnibus absoluta redderetur : non ita tamcn rem me confecisse existimo, ut nulla penitus, praeter ea quse hic exhibemus sincera Martynim Acta reperiri posse existimem. Nec etiam anlmus est, ea omnia inter spuria rejicere quœ bic non habentur ; quin et si aliquis nonnulla ex ils qus a me forte rejecta sunt sincera judicaverit, non refragabor , modo id argumentis certis probare queat : alias unusquisque in suo sensu abundet. Àcta sincera Martyrum. Prœfatio, page 12.
déduire des pièces mêmes qu'il admet , un corps df règles critiques auxquelles les censeurs les plus exigents n'ont pas le droit de se refuser. Les faits que Ton rencontre dans les Actes qu'il a donnés comme absolument irréprochables , deviennent autant de termes de comparaison dont la valeur ne saurait être contestée , et l'on verra bientôt que les Actes de sainte Cécile en particulier, mis en regard de ceux que Dom Ruinart a garantis^ supportent facilement Tépreuve.
Nous observerons encore que les deux tiers des Actes publiés par Dom Ruinart sont du nombre de ceux qui n'ont été rédigés qu'après la paix de l'Église, sur des mémoires antérieurs qui n'existent plus depuis bien des siècles. Il admet même comme sincères ceux de saint Gyr et de sainte Julitte , tout en convenant que leur rédaction ne remonte pas en deçà de l'époque de Justinien^ On sent combien cet exemple donné par le sévère Bénédictin est de nature à confirmer la créance que toutes les Églises ont accordée aux Actes de sainte Cécile, bien que nous ne soyons plus en possession des Actes primitifs rédigés par les Notaires de Rome, ni des autres documents sur lesquels le compilateur dor V* siècle a formé son récit. Mais nous ferons un instant diversion à la polémique qui se prépare pour féliciter la Basilique romaine de Sainte-Cécile d'un événement qui, sur la fin du xvii* siècle, vint réveiller ses plus chers et ses plus brillants souvenirs.
Le 12 Décembre 1695, Innocent XII élevait aux honneurs de la pourpre Célestin Sfondrate, Abbé de Saint-
' Acta Martyrum sincera et selecta , page 52G.
Gall. Neveu de Paul-Émile , et né en 1644 , Célestiii avait aspiré de bonne heure à la vie du cloître, et prononcé ses vœux sous la Règle de Saint-Benoît , dans cette illustre Abbaye. Après les devoirs d'une piété fervente, la science sacrée eut to«is ses loisirs, et il la cultiva avec un succès remarquable. Un amour ardent de la liberté de l'Église remplissait le cœur du jeune moine , et le plaça de bonne heure au premier rang des défenseurs de l'indépendance de cette fille du ciel, dans ces années mêmes où l'Europe catholique voyait en silence l'ambition toujours croissante de Louis XIV absorber jusqu'aux derniers principes qui maintenaient encore la distinction des deux puissances, jusqu'à Tessence même du pouvoir spirituel, dernier asile de la dignité humaine.
Célestin avait été envoyé à l'Abbaye de Saint-Pierre de Saltzbourg , pour occuper la chah*e de droit cano* nique dans l'Université de cette ville, lorsque l'Assemblée du Clergé de France, enfli'année 1682, publia la fameuse Déclaration sur les droits du Souverain Pontife dans la constitution de l'Église. On sait qu'un Concile des Évêques de Hongrie et plusieurs Universités d'Espagne s'élevèrent contre l'outrage que Ta puissance apostolique venait de recevoir en France. L'Université de Saltzbourg publia à son tour la censure des quatre propositions de l'Assemblée parisienne. Cet, acte courageux fut dû en grande partie à l'influence de Sfondrate.
Mais il ne borna pas son zèle contre des nouveautés dont il pressentait la désastreuse influence sur la société religieuse et politique^ à provoquer ce désaveu
solennel. U descendit dans l'arène, et en attendant la Défmifi de la Déclaration , que Louis XFV avait coiih mandée à TÉvéque de Meaux, il vengea la liberté de l'Ëglise par un excellent Traité 9ur la Régale, à rooeasion de laquelle cette funeste tempête s'était élevée^; il releva la monarchie apostolique dégradée par les systèmes intéressés de quelques prélats de cour, en donnant son livre du Sacerdoce royal* ; il démontra la nouveauté des principes du Clergé de France dans une savante polémique contre Maimbourg, auquel il allé^ gua les témoignages et l'autorité des anciens auteurs français'; enfin lorsque les scandales du Marquis de Lavardin, dans Paffiiire des franchises de Tambaisade de France à Rome , attestèrent aux yeux du monde étonné le dernier effort de la dureté et de l'orgueil de Louis XIV à l'égard du pieux et inflexible Innocent XI, Sfbndrate se trouva là encore pour raconter à la fo^ térité l'indigne conduite du fils atné de l'Église*.
Ce zèle invincible 4e Sfondrate excita contre lui une réaction violente dans les chefs du Clergé de France, complices de l'œuvre de 1683. Ils tentèrent, mais en vain , de faire condamner le livr^ qu'il avait publié sur les matières de la grâce, dans un sens opposé aux théories du thomisme ^ Rome pensa que Sfondrate
^ Tractatus Regaliœ contra Clerum Gallicanum. 16S2, in-4^
a Regale SacerdoUum Romano Pontiflci assertum , et quatuor propositionibus explicatum , sous le pseudonyme d'Ëugenlus Lom« bardus, 1684, in-l».
3 Gallia vindicata, 1088 , iii-4o.
^ Legatio Marchionis Lavardini Romam , ejusque cum Innocentio XI dissidium. 1688, in-i2.
^ NoHus prmdestinationis dissolutaBy 1697, in<4^
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n'avait point dépassé les limites que les décisions de l'Ëglise ont fixées sur ces questions diflSciles. L'auteur ne pouvait cependant à aucun titre être compté parmi ceux- qu'on appelait en France les flatteurs de la Cour Romaine; car autant il était énergique à soutenir les prérogatives sacrées du Pontife suprême , autant il se montra intègre à blâmer les abus que la foiblesse hu* maine s*est quelquefois permis dans une condition si élevée. H existe un traité sévère contre le Népotisme , et c'est à la plume courageuse de Célestin Sfondrate que rÉglise en est redevable ^ .
Un tel homme devait intéresser le grand cœur d'Innocent XL En 1688 , ce pontife désigna Sfondrate pour l'Évêché de Novare; mais au moment où le savant moine se disposait à accepter cette charge qu'il avait d'abord déclinée, l'Abbaye de Saint-Gall vint à vaquer, et le suffrage unanime du Chapitre appela Sfondrate à la charge d'Abbé et aux honneurs de Prince du Saint- Empire. Dans cette nouvelle dignité, il se montra constamment fidèle à l'Église et au Saint-Siège, humble au milieu des grandeurs, ardent au salut des âmes, assidu à l'étude , vigilant dans le gouvernement de sa principauté, austère dans ses habitudes et admirable , oomme son onde Paul-Émile, par son inépuisable charité envers les faibles et les indigents.
Tel était Célestin Sfondrate , le plus puissant des Abbés de son temps , et aussi le plus célèbre par ses vertus et sa science, lorsqu*il reçut la nouvelle de son élévation au Cardinalat. Les ordres d'Innocent XII l'appelaient à Rome, et il dut se démettre de son Abbaye.
> NepoUsmus theologioe expenras. 1692» iii-12.
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Le Pape^ en mémoire de son oncle ^ lui conféra le Titre de Sainte-Cécile. Célestin avait assez aimé la liberté de l'Église pour être digne de recevoir ce glorieux dépôt; mais à peine était-il arrivé à Rome qu'une longueet douloureuse maladie vint le saisir^ et une année entière ne s'était pas écoulée depuis sa promotion qu'il rendit son âme à Dieu, le 4 septembre 1696, étant âgé de cinquante-deux ans. II voulut reposer comme Paul-Émile dans la Basilique de la sainte Martyre, et il adopta pour son tombeau l'humble épitaphe que celui-ci avait composée pour le sien. On la voit encore aujourd'hui , et elle est ainsi conçue :
CJELESTINVS TITVLI S. CJÊCUAM
S. R. E. PRESBYTER GARDINALIS SFONDRATVS
MISERRIKYS PEGCATOR
ATQVE EIYSDEII YIRGINIS HVmUS SBRWS
AD CVIYS PEDES HIC HVMILITER REQYIESCIT.