A12 HISTOIRE
rôme de Bethléem à Sainte-Marie-Majeure, et beaucoup d'autres saints étrangers dans les différentes Églises delà même ville; mais, outre que l'histoire a conservé le souvenir de toutes ces translations, des autels, des Bsh siliques attendaient ces sacrées dépouilles. Sainte Cécile , au contraire , arrive sans qu'on le sache ; cette grande Martyre, à laquelle la Sicile, avec regret, se confesse étrangère, vient néanmoins de cette île, et rËglise Romaine, qui a convoité ses reliques , en fait si peu de cas qu'elle va les enfouir au fond des cimetières de la Voie Appienne. Elle inscrit au Canon de la Messe le nom de Cécile, et le corps de Cécile, qu'on lui apporte de si loin, elle va le cacher clandestinement dans un souterrain , où Tillemont est contraint d'avouer que Paschal le découvrit au ix® siècle, dans la compagnie des saints Tiburce, Valérien et Maxime, qui sans doute aussi ont été apportés de Sicile conmae la sainte elle-même! Est-ce assez de déraison, et n'est-il pas profondément humiliant de voir des catholiques abandonner, sur des arguments de cette nature, un monument grave et imposant, parce qu'il a plu à un homme de mettre en avant de si étranges inventions?
Tillemont ne s'arrête pas au milieu d'un si beau succès. Comme il a reçu V amour de la vérité plus que qui que ce soit dans les douze siècles durant lesquels on a pris sainte Cécile pour une Vierge Romaine, c'est à lui de nous expliquer la transformation qui s'est opérée. Saint Urbain n'est pas un Pape, mais un évêque de Sicile ; Turcius Almachius un gouverneur de ce pays, et tout va de soi-même. Le rédacteur des Actes est un imposteur; mais Port-Royal, bien qu'à douze siècles
de distance , juge infailliblement des lieux et des personnes.
Reste maintenant à assigner la date de cette fameuse Translation de laquelle dépend tout le système. Il &ut qu'elle ait eu lieu avant la fin du y® siècle, a puisque, dit Tillemont, on trouve à Rome une Église 9 de sainte Cécile du temps du Pape Symmaque ^ ; » autrement il serait inexplicable qu'on n'eût pas déposé la sainte dans son Église ; mais on a eu le temps d'apporter les reliques à Rome depuis la paix de l'Église jusqu'au Pontificat de Symmaque. Si personne n'en a entendu parler, cela n'empêche pas que la chose n'ait eu lieu. On est vraiment confondu de voir un homme d'une science aussi grave et aussi réelle, ne pas comprendre que la seule existence à Rome d'une Église de sainte Cécile prouve que la sainte a habité cette ville. Tillemont, cependant, ne pouvait ignorer que les règles canoniques , à l'époque dont il parle , prescrivaient de ne bâtir les Églises en l'honneur des saints que dans les lieux où reposaient leurs reliques, ou qui du moins avaient été sanctifiés par leur habitation ou leurs souffrances. Or, au temps du Pape Symmaque (et nous avons prouvé que l'Église de Sainte-Cécile est plus ancienne que ce Pontife) , le corps de la Vierge reposait encore aux Catacombes ; la Basilique transtibérine était donc un monument qui rappelait l'habitation de sainte Cécile à Rome, et, comme nous l'apprennent ses Actes et la tradition constante, le propre lieu de son Martyre. Ainsi il était inutile d'imaginer une
^ MémoiNB, iomein» paged90«
translation du corps de sainte Cécile et des compas gnons de son Maptyre, de l'île de Sicile, dans les catacombes de Rome^ tant que Ton n'avait pas expliqué l'origine de l'Église située dans la Région au delà du Tibre. Que des corps de martyrs étrangers aient été apportés à Rome , après la paix de TÉglise , et déposés dans les catacombes, nous pouvons raccorder, à la condition que Fon conviendra que ces saints n'avaient pas eu jusqu^alors d'Église dans Rome. Hais c'est assez sur ces fantaisies jansénistes dont le caractère bardi et cauteleux n'apprendra rien de nouveau à ceux qui siHit au fait de la marche de cette secte, mais pourra peut-être en écldrer d'autres sur les procédés dont usaient ces écrivains auxquels, pendant plus d'un siècle, on a laissé chez nous le monopole des travaux sur l'histoire du Christianisme.
DE S4Wn GttCllM. 415