U2U HISTOIRE
dépassent de beaucoup les traits de vigueur que l'on admire dans les réponses de sainte Cécile à Âlmachius^ et dont Tillemont voudrait faire autant d'arguments contre la sincérité de nos Actes, avaient d'autant moins droit de le surprendre , que lui-même , à propos des Actes de saint Andronic, auquel nous venons d'emprunter un détail, entreprend l'apologie de ces saillies d'une sainte audace; il ne s'en montre scandalisé que quand il les rencontre, fort adoucies cependant, dans les Actes de sainte Cécile. Nous citerons ses paroles :
a On voit par presque toutes les histoires authenti- » ques qui nous restent des Martyrs, qu'ils ont eu soin » de garder le respect envers les puissances, et la dou- » ceur que saint Paul nous recommande si souvent » après l'Évangile. Mais saint Paul même n'a pas craint » d'appeler muraille blanchie , et de menacer de la co- » 1ère de Dieu celui qu'il reconnaissait pour son Juge. » Saint Etienne et Jésus-Christ même parlent aux Juifs » avec des paroles qui semblent pleines de dureté.
» Les cruautés eflroyables que l'on exerçait alors » contre les Chrétiens , pouvaient exciter une juste in- » dignation dans l'esprit des Martyrs. Ces saints haïs- » saient ce que Dieu haïssait, sans perdre le repos et la » tranquillité de leur âme , et ils pouvaient bien témoi- » gner par leurs paroles le jugement que la vérité leur » faisait porter au dedans. La charité a son feu aussi bien » que son huile, et plus on aime la justice, plus on a » de zèle et d'horreur pour l'injustice. Ce qui est cer- » tain, c'est que Dieu paraît trop visiblement agir et » souffrir dans ces Saints , pour ne nous pas assurer j> que son Esprit est aussi dans eux , comme il l'a pro-
» mis dans TËvangile. Ainsi nous ne pouvons que res- » pecter cette dureté apparente de leurs discours, quoi- » qu'il ne faille pas s'en faire une règle pour toutes sortes » d'occasions et de personnes , de peur, que Timpa- » tience, l'aigreur et la haine ne nous fassent faire ce D qu'un zèle de Dieu et de la justice a fait faire aux » Saints*.»
En exposant ainsi dans son entier le système de Tillemont, à l'endroit des Actes de sainte Cécile, nous pensons avoir mis le lecteur à même de prononcer sur la valeur et les intentions d'une telle attaque. Nous écrivons dans un pays où beaucoup de gens de trèsbonne foi persistent à ne voir dans le jansénisme qu'un système de morale exagérée quant à la pratique : notre tâche n'est pas de leur expliquer ici à quel point les dogmes de cette secte foudroyés par l'Église sont opposés au symbole catholique. C'est à eux d'étudier l'histoire de leur croyance et des périls auxquels elle a été exposée de la part d'ime hérésie qui renouvelait avec adresse les plus odieuses théories de Calvin.
Dans la question de simple critique que nous venons de traiter^ nous n'avions qu'à justifier un récit historique cher à l'Église, et fécond, dans tous les temps, pour la sanctification des âmes chrétiennes. Il n'entre pas dans notre plan de développer cette raison des affinités qui a pu porter l'école janséniste à supprimer, à étouffer tout ce que les traditions cathohques proposées parVÉglise à ses enfants, offraient de plus riche ,
1 Mémoires pour servir à FHistoire Ecclésiastique, tome y, page 286.
saint Paul aux Philippiens : «Au reste, nijBS frères, » tout pe qui est vraj, tout ce qui e§t pur, tqut ce qui » est mste, tout ce qui est saipi , tout ce quj est aima- » Me, faites-en l'entretien de vos pensées ^. »
èd PWKfo. nr. 8.
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