‹ Histoire de Sainte CécileChapitre 59 sur 65 · A. D. M. DCC. LXXXV · texte numérisé non relu

A. D. M. DCC. LXXXV

Mazzolari ne borna pas à ce seul monument le témoignage de sa vénération envers Cécile. Il lui sembla que le diplôme de Paschal^ dans lequel ce saint Pontife rend compte de la merveilleuse apparition dont il fut favorisé par l'illustre Vierge, méritait d'être exposé à tous les regards dans la Basilique. Il le fit donc graver sur une vaste table de marbre blanc , et placer en regard de l'ancienne fresque dont nous venons de parler^ sous le collatéral de gauche. Au-dessous on lit cette inscription :

HAS LITTERAS E CDD. VATIG. DESCRIPTAS

lOSEPHVS MARIANYS PARTHENIUS INGIDENDAS GVRAVrr

A. D. M. DCG. LXXXVI *.

Nous ne devons pas omettre de parler d'un troisième monument de la dévotion de Mazzolari envers Cécile, exposé aussi dans la Basilique transtibérine : c'est un cœur en vermeil de grande dimension, placé avec honneur à la Confession. On y lit gravés ces mots :

* Ce très-ancien monument de Tlnvention et de la Déposition de la sainte Épouse du Christ et illustre Martyre Cécile , afin qu'il ne se détruisît pas entièrement par l'injure de l'air, Joseph Mariano Partenio, par dévotion pour la sainte Vierge et Martyre, Ta fait transporter du portique dans cet endroit. Tan du Seigneur 1785.

i Cette lettre, tirée d'un manuscrit du Vatican, Joseph Hapmo Partenio Ta fait graver, l'an du Seigneur 1786.

lOSEPHVS MARIANVS PARTHENIVS

CAEGILIAE VIRGINI SANGTAE

MARTTRI INVICTAE

PATRONAK COELESTl

ANNO HDCCLXXV.

ORAT OBSECRAT SUPPLICAT

VT HABERB MEREATUR PARTEH CVBI EA ^

La piété déposait ainsi ses of&andes à la tombe de Cécile 3 et des jours désastreux allaient se lever sur la Ville sainte^ et les pieux trésors de ses Basiliques devenir la proie des impies. Le pontificat de Pie VI inclinait à sa fin, lorsque le Directoire de la République française^ qui avait conçu Todieux projet de mettre la main sur TOint du Seigneur, annonça par ses agents au Pontife que Rome chrétienne était condamnée à périr, et que les plus grands sacrifices pouvaient seuls ajourner sa perte. Pie VI, par Tarmistice de Milan, et bientôt après par le traité de Tolentino, dut faire l'abandon forcé des Légations, livrer les principaux chefs-d'œuvre de la peinture et de la statuaire, et payer sans délai une contribution d'abord de 15 et bientôt de 31 millions. Pour satisfaire à de si énormes contributions, le Pontife dut enlever du château Saint-Ange les derniers restes du trésor que Sixte-Quint y avait renfermé , et, ce qui dut coûter bien davantage au cœur de l'infortuné

^ Joseph Mariano Partenio dédie et consacre ce cœur à Cécile, vierge sainte et martyre invincible, sa céleste patronne , Tan 1775. Il prie, il supplie > il implore , afin de mériter d'avoir part avec elle.

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vieillard^ enlevçv ftUX plusi véQ^^^ iii^ctuaires delà ville les dons précieux que 1^ rf^Ugicm de tant de siècles leur avait confiés.

Nous avons retrouvé ^veç une vive émotion^ dans les Archives de la Basilique âç g^ipte-Cécile, Tintimation faite, au nom de ^ S^i^teté, par le Cardinal-Vicaire, sous la date du 6 Juillet ITdQ^ ^ tous les supérieurs des églises (le ftoipe^ et partout i i^ufi les peines les plus graves, l'ordre de remettre immédiatement la note exî^cte de toqtQ Vwfientepîe et, QrfévfW§ eopflé^ à leur g^d§^ Un doeuinçiit^ qui M\ »uite »u premiep^ neos uppp^nftit que le il du piéma v&pi», l-Abbesse livm 395 livrer d'ftyfeut au cpmmi^sçjr© pontifteal LiviMmi,

99 h î» AQÔt, et 169 le 9 Mm d€i ra^ée swvwate \ Cette cruelle spoliation, à taquelle la plus mUim néeefuité avait oMjfé le Pontife, enleva au tréw? de la Qi^^Uque le^ trois précieuses ebft^sea dans le^qucdles Sfondrate avait renfermé le^^ ehef^ des siainta VaïéH^?

Tiburce et Al^xinie, C'est ^Iprs que oesi aainte» reliques furent placées dans le$ cylindres de cuivre qin les renfennent encore aujourd'hui. I^a masse d'argenterie qui fut livrée par l'Abbesse se ooniposait^ en dehors des trois eb^sseSt de calices, ehfindelièrs^i et Wtrea ebjels d'autel ; le plupart des nophreui^ reliqueires donoés psMT Sfondrate à la Basilique étant aimplement en hvoxm doré.

Le. ^ftçriftee que Pie Yï avait dû faire k la viplenije des circonstances n'assura pas pour longtemps la liberté du Pontificat. Moins de deux ans après^ le pieux vieil-

i Arehives de Santa Oecilia. Dossier 94 , n* 8d.

DE s/nratiË cÈciiLE. US9

lard m\i «AléVé de ëà Ghàilré Âpoiàtôliquê et ti'atné ëfl etlh Aldtfe tîomttii^ça utte nouvelle Sêrtê de Spoliâtiôtië poUf lés églises de Rome > et feétte fois lèà atitorltéâ frttflçaifee* pïtKîédètéftI ditTectèrtient par lettfS agents. NôUi étt âvofls tmuvé k tf ace humiliante daûS les Atdtdiés de la Ëasilique de Bainte^écile.

un document en français , portant eu tète les mots L^^mê, ÉgûUtt) atec la date dû 16 J^^fdse efè Tân rt de là Rêp^MiqUè, atteste que a le dtoyen Valette^ agent

]» des finanoes à Rome^ chargé par radmlnistration deà

» ccmtrtbutiôns et finances dltalie de la Hcette des jo matières d'Or et d'argent provenant des églises , )> a interpellé le iumpn Sébastien Bârtôletti, prêtre romain,

remplissant âlorâ les fonctions de chapeiab de la Basi« llque et du Mtoastère, de déelàrer ÈHhii itffhÈM toute

l'argenterie qui restait encore *.

On peut àe bire une idée de l'état dé dénâment auquel se trouvait réduit dès lors lé ftanetuairê dé Oé** die 3 et en même temps de la rapadté des spoliateurs dé Romé> en lisant sur ee même dôeument le détail des objets sacrés qu'ils osèrent disputer encore à la Basilique dépouillée. Qes débris de l'antique ÔpUleUCe d'une des plus riches églises de Rome consistaient en un parement d'autel brodé d'or, un ostensoir, quatre reliquaires, un encensoir^ une navette et deu* eallces *.

En même temps que la fiasUique transtlbérlne se

voyait enlever jusqu'aux moindres oflhmdes qUé la

piété avait euttsaefées à Oéeile> ruiustre cardinal au-

» Mû., tt*» Se.

• fè(a.

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quel le Pontife romain l'avait confiée était contraint de s'éloigner de Rome^ ainsi que tous les autres noembres du Sacré Collège. C^était Hyacinthe-Sigismond Gerdil, digne successeur de tant de grands Cardinaux qui avaient fait Thonneur de ce titre vénéré. Religieux austère, théologien du premier ordre, Gerdil avait rempli le monde de la haute renommée de sa doctrine et de ses vertus. Ferme contre les nouveautés profanes, il avait livré des combats et remporté des victoires sur toutes les erreurs de son temps; naguère sa plume docte et assurée rédigeait l'immortelle Constitution Auctorem fidei qui dispersa les derniers restes du Jansénisme. Ce grand homme était déjà octogénaire, lorsque la violence des événements le réduisit à fuir loin de Rome et du pieux sanctuaire dont il avait reçu la tutelle. Nous avons lu avec attendrissement la lettre autographe qu'il adressa, en partant pour son exil , à ses chères filles, l'Abbesse et les Religieuses de Sainte- Cécile, qu'il laissait en proie à tous les dangers. Cette lettre respire d'un bout à l'autre la plus héroïque résignation et la plus paternelle charité. Après Télection miraculeuse de Pie VII à Venise, Gerdil rentra dans Rome; il revit son troupeau fidèle, et eut encore la consolation d'offrir ses vœux au tombeau de Cécile. Mais le ciel ne tarda pas à l'appeler à la récompense méritée par une vie si noble et si sainte. Gerdil mourut le 42 Août 1802.

La fin du xvui*^ siècle avait été féconde en tribulations pour notre chère Basilique , qui avait dû participer aux douleurs générales de TÉglise. Nous terminerons ce chapitre par un dernier trait qui se rapporte

DE SAIOTE CÉCILE. 461

à cette même époque non moins féconde en grandes vertus qu'en forfaits. Tous nos lecteurs, sans doute, honorent Pangélique mémoire de la douce et pieuse Elisabeth^ sœur de Louis XVI. Cette princesse, dont le meurtre est un des principaux crimes de la révolution française , honorait sainte Cécile d'un culte fervent. Peut-être un secret pressentiment de sa destinée Favertissait-il qu'elle aussi mêlerait un jour les roses de son sang aux lis de sa virginité. Au moment où son frère , le Comte de Provence, prêt à fuir le sol de France, faisait ses adieux à cette sœur pour laquelle il professa toujours une vénération profonde, Elisabeth lui remit une image de sainte Cécile, en le priant de la conserver toujours. Elle n'ignorait pas, ajoutait-elle en lui confiant ce touchant souvenir, que ce frère qui lui causait tant d'alarmes, avait suivi jusqu'alors les errements d'une philosophie stérile et dangereuse ; mais elle espérait que ce gage de la sainte Martyre lui porterait bonheur *. Éhsabeth ne chercha point à fuir une patrie qui devait se montrer si cruelle envers elle ; un héroïque dévouement la retenait captive, et lorsque la destinée des siens fut accomplie, on la vit passer à son tour sur la fatale charrette, confondue avec d'autres victimes, dont elle fut, jusqu'au dernier soupir. Fange consolateur, et le plus pur sang de saint Louis sanctifia rhécatombe que nos tyrans officaient ce jour-là à leur farouche divûté.

} Relation d'un TOyage à Braxelles et à Coblentz en 1791. Paris , 1823. On tait qne cet opuscule a pour auteur le Comte de Provence lui-même, depuis Louis XVIII.

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