‹ Histoire de Sainte ChantalChapitre 2 sur 44 · DE M*"" L'ÉVÈQUE D ORLÉANS · texte numérisé non relu

DE M*"" L'ÉVÈQUE D ORLÉANS

du monde, enfermée dans la solitude avec ses quatre petits enfants qu'elle élève, avec les pauvres qu'elle aime, on la voit avancer encore et faire de nouveaux progrès dans la perfection la plus haute, et s'élever, sous la direction du plus grand saint de cet âge, à un courage et à des sacrifices qui n'ont jamais été surpassés.

Religieuse enfin et fondatrice d'ordre, elle unit à l'existence la plus recueillie, à une vie toute contemplative, l'activité la plus ferme et la plus féconde. Elle fonde quatre-vingts maisons, réforme une foule d'abbayes et de monastères, remplit le monde de ses lettres, de ses vertus et de ses œuvres ; et cela sans cesser de s'occuper un instant de ses enfants, qu'elle surveille, qu'elle dirige, qu'elle anime à tous les devoirs, avant et après leur mariage, avec un cœur incomparable.

Et ce qui achève de donner aux diverses phases et à toutes les scènes de cette grande et sainte existence leur éclatante beauté, c'est que dans la grandeur de sainte Chantai on voit toute la grandeur du xvu"^ siècle. Autour d'elle se groupent une foule d'àmes élevées et fortes, tirées du monde par des voies diverses, mais admirables. En suivant ses courses apostoliques pour les diverses fondations de son ordre, on pénètre avec elle dans ces vieilles familles françaises; on entre sur ses pas dans presque toutes les plus nobles villes de nos anciennes provinces ; on apprend à connaître dans le détail ces grandes mœurs, ces antiques traditions, celte vie austère d'autrefois; on voit de près ces pères de famille si fermes et si courageux, ces mères entourées de leurs nombreux enfants si unis, ces municipalités si chrétiennes, ces magistrats, ces corps de ville, dont les inspirations pour le bien public, et même les oppositions pour la défense de leurs droits, sont d'un ordre si élevé ; et, au milieu de tout cela, apparaît cet immense mouvement de foi et d'œuvres qui fait de la première moitié du xvu"^ siècle un de ces rares moments où l'Église se reposait heureuse,

semblable à une mère qui, après de longues douleurs, regarde avec amour et avec orgueil croître autour d'elle ses enfants, et goûte quelques instants de bonheur et de paix, en attendant les orages et les luttes inévitables.

Mais si belle que soit cette vie extérieure et publique de sainte Chantai, vous ne vous en êtes pas tenu là, mon cher ami. Vous avez voulu pénétrer dans sa vie intime, et je vous en félicite ; car c'est là que se trouve le charme le plus exquis de la vie des saints. Grâce à vous et aux recherches approfondies que vous avez faites, on suit, année par année, jour par jour, les progrès de la sainte dans la piété, dans la mortification, dans la douceur, dans l'amour des pauvres, dans l'union avec Dieu. Il y a plus, on voit les obslacles qu'elle eut à vaincre, les tentations, les découragements, les tristesses qui auraient pu l'arrêter ou l'abattre; et enfin, ce qui est plus précieux encore, on connaît les remèdes que lui offre son grand directeur, les pratiques de piété qu'il lui conseille, toutes ces industries admirables avec lesquelles il la relève, la console, la fortifie, la fait monter de vertu en vertu , de lumière en lumière, jusqu'au plus sublime amour de Dieu.

C'est là ce qui fait de votre histoire de sainte Chantai non seulement un livre d'un si vif intérêt, mais un livre profondément utile, un guide que l'on peut mettre entre les mains de toutes les femmes chrétiennes, et qui leur apprendra, dans un exemple irrécusable, comment on doit avancer toujours vers Dieu, sans se décourager jamais. Là elles verront les défaillances, les découragements possibles de notre faible nature, toutes nos tristesses intérieures; mais elles les verront expliquées et consolées par un saint, surmontées et vaincues par une sainte : deux enseignements aussi beaux l'un que l'autre, et tous deux nécessaires aux âmes de ce temps.

Voilà le premier intérêt de votre ouvrage, et le premier attrait que j'y ai trouvé.

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Il y en a un second. C'est le nombre, la beauté, Ifi variété', l'inconlestable authenticité des documents que vous avez réunis. Au bonheur de rencontrer un sujet incomparable, vous avez joint celui de le rajeunir, de le renouveler au moyen des découvertes les plus inattendues et les plus importantes. On est étonné de la quantité des pièces inédites, inconnues aux précédents historiens de sainte Chantai, qui remplissent votre livre, et vous permettent do suivre la sainte dans les moindres détails de sa longue carrière. C'est là une des raisons du grand intérêt de votre histoire, et de l'émotion continue qui en anime toutes les pages. Vous avez eu la passion de la vérité, vous avez cherché à reproduire avec toute l'exactitude possible le modèle qui était sous vos yeux, bien persuadé, et avec raison, que, si vous parveniez à être vrai, vous seriez assez éloquent.

Les saints, en effet, sont les chefs-d'œuvre de la grâce. Dieu met en eux une céleste beauté, une élévation et une grandeur auprès desquelles pâlissent toutes les fictions de rimagination ; et le meilleur moyen pour être ému et pour émouvoir, c'est de les considérer longtemps de très près, et de les peindre tels qu'ils sont. En cherchant à embellir leur physionomie, on est toujours sûr de l'altérer.

Un grand esprit disait au commencement de ce siècle : Les papes n'ont besoin que de la vérité. Je dis de même : Pour plaire, pour toucher, pour émouvoir, pour élever les âmes à Dieu, les saints non plus et leurs historiens n'ont besoin que de la vérité. Mais il faut que les historiens sachent la saisir et la reproduire. Bien peu le savent, et voilà pourquoi j'ai dit qu'il y a si peu de Vies de saints qui soient ce qu'elles doivent être. Ce qui rend tant d'historiens faux et froids, c'est qu'ils regardent le saint de trop loin. Ils ne l'étudient pas à fond, en détail, avec zèle, avec amour, avec ardeur. Ils le voient en général et à peu près. Ils le cherchent dans leur esprit et dans leur imagination. Ils ne

remontent pas aux monuments primitifs, aux sources : ils se contentent de renseignements de seconde ou de troisième main ; ils n'ont pas assez la passion du vrai et une sévère conscience d'historien. Et puis, souvent le malheur est qu'ils se hâtent, ils sont pressés; sous prétexte qu'on attend impatiemment leur ouvrage, ils ne se donnent ni le temps ni la peine nécessaires, et mettent six mois à faire ce qui demanderait des années. C'est ainsi qu'un historien de pieux et regrettable souvenir a fait trop à la hâte, sous la pression du public, la vie de M?'' de Frayssinous et celle de Ms'' de Quélen ; et voilà pourquoi la mémoire de ces deux grands évoques, l'honneur de l'épiscopat français, attend encore un historien digne d'eux.

Il faudrait savoir s'imposer de graves labeurs, et à force de recherches, d'efforts lents et patients, en descendant dans les bibliothèques, en fouillant les archives, en suivant toutes les traces du saint, le retrouver, le voir, l'entendre tel qu'il fut aux jours de sa vie mortelle. Si les auteurs des "Vies de saints faisaient cela, ils éprouveraient ce qu'ont éprouvé les contemporains; ils seraient émus, ravis; ils toucheraient, et l'on sentirait à leur accent qu'une seule crainte les domine, celle de ne pas révéler leur saint tel qu'ils le connaissent ; un seul regret, celui de ne pas pouvoir le peindre tel qu'il leur apparaît.

Voilà la vraie méthode. Elle demande du temps, des veilles, des fatigues, des voyages même, une longue et attentive contemplation. Mais heureux ceux qui ne reculent pas devant ces difficultés ! Ils découvrent l'âme des saints , et comme là se trouve la beauté suprême, ils les aiment et les font aimer.

C'est ce que vous avez fait, mon cher ami; vous avez tout exploré, tout fouillé, tout vu, tout lu de ce qui avait rapport à sainte Chantai : Dijon ne vous a pas suffi, vous avez visité Bourbilly, Annecy, Thorens, Monthelon, tous les lieux où la sainte a passé, a vécu; vous avez voulu à

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loul prix la connaître, la comprendre, respirer son âme, pour ainsi dire ; vous y avez réussi.

Et non seulement vous avez voulu retrouver et reproduire la vérité, mais, pour le faire plus sûrement, autant qu'il vous a été possible, vous avez emprunté le récit des contemporains, et c'est encore une des choses qui contribuent le plus à rémotion qu'on éprouve en vous lisant. Car enfin, qui peut parler des saints comme ceux qui les ont connus, qui ont vécu avec eux, qui ont subi pendant de longues années l'ascendant de leurs vertus? Ceux surtout qui ont été leurs disciples, leurs amis, qui ont eu le bonheur de converser avec eux et d'être admis dans leur intimité, ceux-là ont un accent que d'autres n'auront jamais.

Voilà pourquoi des Vies de saints écrites par leurs disciples ont ordinairement tant de charmes. Voilà pourquoi la Vie de saint Vincent de Paul par Abelly, et la Vie de saint Liguori par le père Tannoia, malgré ses longueurs, ont un mérite qu'il est bien difficile de surpasser ou même d'égaler. Le saint a passé dans ces pages simples, naïves, suaves; on ne voit, on n'entend que lui en lisant ces Vies.

Ce parfum de vérité, de simplicité, de piété, fait supporter les défauts mêmes d'un style inélégant : on n'y pense pas, tant le saint occupe.

Non, rien n'est comparable aux témoins et aux témoignages contemporains ; et si ces témoins, comme les vôtres, parlent ou écrivent sans préoccupation du public, uniquement pour satisfaire leur piété et leur cœur, s'ils déposent devant l'Église, en présence des commissaires préposés par elle, et sous le sceau du serment, où trouver un accent plus vrai, plus sincère, plus convaincu et plus ému? et si ces témoins ont vécu au xvii<^ siècle, s'ils appartiennent à cette grande société, où il y avait tant d'élévation dans l'esprit, tant de justesse, de bon sens et de grandeur dans les âmes, où tout le monde parlait et écrivait une si belle langue, ce sont tous les charmes à la fois. Ces charmes remplissent

votre ouvrage. En le lisant, on oublie que deux siècles nous séparent de ces grands saints, de ces grandes âmes. Il semble qu'ils vont nous apparaître, et qu'on va s'entretenir avec eux.

Il faut le dire ici, on a trop souvent le tort d'isoler tellement le saint de tout ce qui l'entoure, qu'on ne sait plus, en lisant les Vies écrites de cette sorte, à quelle époque et à quelle société le saint appartient, s'il est ancien ou moderne, contemporain d'Henri IV ou de saint Louis. La critique moderne nous a initiés à une méthode meilleure et plus large. On aime aujourd'hui à placer un personnage dans le milieu où il a vécu , et à grouper autour de lui les prii>cipaux faits de son siècle. Une monographie écrite de cette manière a un grand intérêt; mais cette manière a elle-même un écueil. Outre que tout personnage ne peut pas être pris pour centre d'une époque, ni cette méthode s'appliquer à toute vie, on risque par là, quand il s'agit d'un saint, de perdre de vue ce qui est ici le principal , son âme , sa vie intime, le mobile de ses actions, l'inspiration de ses vertus.

11 y a des auteurs qui savent étudier profondément un sujet, et ont réellement beaucoup de talent, de l'instruction, de l'âme , du feu ; qui aiment leur saint et voudraient le faire aimer, mais qui l'étoufîent sous un amas de détails et d'événements historiques au milieu desquels il est noyé. On voyage ainsi pendant de longues pages : où est le saint? qu'est-il devenu? on le cherche, on ne le retrouve plus.

Sans dou(e il faut de temps en temps, dans une Vie de saint, quelques vues générales, des aperçus sur l'histoire contemporaine, mais avec une grande sobriété. C'est s'éloigner entièrement du but, que de faire disparaître le saint sous l'amas des événements collatéraux de l'histoire profane, et, à propos d'un Père de l'Église, par exemple, de raconter tout ce qui s'est passé dans l'empire romain à cette époque. C'est le grand défaut des hagiographes allemands. En général , ils sont trop savants ; ils écrivent au point de

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vue de l'érudition, non au point de vue de râmc. Tout entre alors dans leurs livres : c'est l'abus de la science, et l'ignorance du véritable art hagiographique. Il faut de l'histoire contemporaine dans une Vie de saint, mais en juste mesure : c'est le saint qui doit toujours tout dominer. Des résumés bien faits peuvent jeter sur les faits d'une Vie beaucoup de lumière; mais ils doivent éclairer cette vie, et non pas l'absorber. Une demi -page, un mot quelquefois suffit à un écrivain qui a du goût pour ouvrir l'horizon et dessiner le cadre. Une des choses dont je vous félicite, mon cher ami , c'est d'avoir eu cet art des résumés et des vues générales ; vous avez su éviter les excursions superflues sur un terrain étranger, rester dans ce qui était l'intérêt vrai de votre sujet, et cependant, avec une sobriété du meilleur goût, nous transporter et nous retenir dans l'époque et la société où sainte Chantai vivait, en laissant toujours dans votre récit, comme il convenait, voti'e sainte au premier plan.

Ce que les hagiographes devraient bien comprendre encore, c'est que dans la Vie des saints, où l'on cherche avant tout le profit spirituel et le bien de son âme, les généralités sont peu de chose, les détails seuls sont presque tout, parce que ce sont les détails qui nous édifient et nous font connaître de près les saints. Pour ce qui est l'accessoire donc et seulement le cadre, une grande sobriété; mais pour ce qui est le vrai sujet, la Vie même du saint, des détails, des détails multipliés ; c'est dans ces détails qu'on voit les saints vivre et agir selon leur nature et selon leur grâce, et voilà pourquoi là se trouve le profond et saisissant intérêt de leur vie.

Fénelon, ce grand maître, dit avec beaucoup de sens, dans sa Lettre à V Académie :

« Une circonstance bien choisie, un mot bien rapporté, « un geste qui a rapport au génie ou à l'humeur d'un « homme est un trait original et précieux dans l'histoire ;

« il VOUS met devant les yeux cet homme tout entier. C'est « ce que Plutarque et Suétone ont fait parfaitement. C'est (i ce qu'on trouve avec plaisir dans le cardinal d'Ossat. Vous « croyez voir Clément VIII qui lui parle tantôt à cœur tt ouvert, et tantôt avec réserve, etc. « Combien plus, dans une Vie de saint, oîi le but essentiel, c'est de peindre l'âme du saint, faut- il recueillir avec soin les moindres traits qui la révèlent!

Donc des détails, des faits précis et nombreux, et racontés, je le répète, autant que possible, par des contemporains eux-mêmes, et surtout par les amis du saint ou par ses disciples, parce que ceux-là, qui ont vu le saint, qui l'ont aimé, en parlent avec une émotion pénétrante qui ne se peut imiter. Voilà pourquoi il faut les citer, les citer sans cesse : leurs textes seront toujours préférables à tout le plus beau style du plus éloquent écrivain.

Des détails donc, des particularités, et surtout des paroles ; parce que ce sont les paroles qui expriment les âmes : laissez souvent parler le saint lui-même ; sans quoi tout ce qui est personnel et vivant disparaît, et alors tous les saints se ressemblent; ils n'ont plus de physionomie distincte; on n'en connaît, on n'en aime aucun ; on n'a plus que des Vies que je ne sais définir, fades, ternes, unicolores, uniformes; un squelette décharné au lieu d'un saint vivant, ou encore de véritables robinets non pas même d'eau tiède, mais d'eau froide et glacée; récits sans substance, sans intérêt, sans chaleur, sans âme et sans vie.

Mais il y a des auteurs qui ne savent pas s'effacer, et ne consentiraient jamais dans leur récit à céder la parole à un autre, pas même à leur saint. Or quand un écrivain substitue perpétuellement sa narration aux citations, ce n'est plus alors le saint qu'on voit, qu'on entend, c'est l'écrivain. J'ose dire que particulièrement les paroles des saints sont des diamants, des perles précieuses dans le tissu d'un récit : rien de ce que vous tirerez de vous-même ne les vaudra.

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Seulement ces pierreries, il ne faut pas les répandre sans choix et sans ordre, ni les entasser au hasard; il faut savoir les encadrer, les enchâsser, c'est ce qui leur donne toute leur valeur.

Que si je demande des détails, je les demande vrais, non pas arbitraires et inventés, comme dans les romans, où les détails abondent, mais sortent tous de Timagination du romancier. Car un genre nouveau et bien étrange a paru de nos jours : sur le motif spécieux de faire agréer aux gens du monde la Vie des saints , quelques personnes ont pensé qu'il fallait l'écrire à la façon des romans, sous une forme dramatique, avec de longs dialogues ; et plusieurs Vies de saints, une vie de sainte Chantai même, ont été écrites dans ce goût.

Cette méthode, qui expose perpétuellement l'écrivain à prêter au saint des sentiments qu'il n'a jamais eus, des paroles qu'il n'a jamais dites, et à se substituer sans cesse à lui, est tout simplement détestable, et serait, si elle prévalait, un fléau.

Certes, ce ne sont pas les Vies des saints qu'il faut accommoder, en les altérant, au goût des gens du monde ; ce sont les gens du monde qu'il faut amener à goûter les Vies des saints, en les leur présentant avec le charme qui leur convient. Qu'on le fasse, et l'on verra si dans la vérité simple ne se trouve pas l'attrait le plus puissant vers ces belles âmes.

Il faut des faits, et aussi des dates. Une intelligente chronologie. Il n'est pas indifférent dans la Vie d'un saint de savoir quel âge il avait quand il a pratiqué telle vertu , accompli tel sacrifice. Une Vie de saint, comme toute histoire, sans chronologie, manque de lumière, et laisse toujours un vague pénible dans l'esprit. C'est le défaut d'une Vie d'ailleurs très intéressante, la vie de saint François d'Assise par M. Chavin de Malan.

Fénelon, sur tout cela, est encore admirable à entendre.

« 11 faudroit, dit-il, peindre le saint au naturel, le montrer « tel qu'il a été dans tous les âges, dans toutes les con- « allions, et dans les principales conjonctures où il a passé. » Et poursuivant ensuite de sa vive critique ces panégyristes maladroits qui croient pouvoir faire Féloge d'un saint par leurs discours plutôt que par sa vie, il ajoute : « On le feroit « bien mieux connoître par ses actions et par ses paroles, <c que par des pensées et des dessins d'imagination. »

Fénelon disait encore avec son sens exquis : « En décrivant « le cours de sa vie, il faut appuyer principalement sur les « endroits où son naturel et sa grâce paroissent davantage; « mais il faut un peu laisser remarquer ces choses à l'au- « diteur. Le meilleur moyen de louer le saint, c'est de race conter ses actions louables. Voilà ce qui donne du corps « et de la force à un éloge; voilà ce qui instruit; voilà ce « qui touche. »

Il y a un sens délicat dans ces paroles de Fénelon : Il faut un peu laisser remarquer ces choses à l'auditeur, et encore plus, dirons-nous, au lecteur. Les défauts presque inévitables de ces violents panégyristes qui ne savent que louer à outrance, c'est qu'ils manquent de dignité, souvent de vérité, et qu'ils altèrent déplorablement, en voulant l'ordonner, la vraie figure du saint. C'est ce qui est arrivé à sainte Thérèse. Tandis que sainte Thérèse a une incomparable simplicité, tel de ses historiens lui a donné je ne sais quoi de recherché, de paré, de guindé, d'agité : rien de contenu dans le style, rien de paisible; une parole sans gravité, je dirai presque sans respect, sans modestie, s'emportant en exclamations et poursuivant je ne sais quels effets, quels faux ornements, sous lesquels on ne reconnaît plus celte admirable sainte, pas plus qu'on ne la reconnaît dans ce déplorable tableau de Gérard, qui n'a su donner à cette grave et sainte figure qu'une bizarre expression mondaine.

C'est ainsi encore que tant d'autres peintres , aussi dé-

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pourvus de goût que de sens chrétien, ne comprennent pas Finconvenance suprême qu'il y a à représenter la sainte Vierge avec des élégances vulgaires et prétentieuses.

Sur tout ceci écoutons encore Fénelon :

« L'histoire, dit- il, perd beaucoup à être parée. Rien « n'est plus digne de Cicéron que cette remarque sur les « Commentaires de César : Commeniarios quosdam scri- « psil rerum suarum valde quidem probandos. Nudi enim « sunl, recti et venusH , omni ornalu orationis tanquam « vesle detracta. Sed dum voluit altos habere parata, (c unde siimereni qui vellent scribere hisloriam , ineptis « gralum fartasse fecit, qui volunt illa calamistris inu- « rere, sanos quidem homines a scribendo deterruit. Un « bel esprit méprise une histoire nue, il veut l'habiller, « l'orner de broderie et la friser. C'est une erreur, ineplis. « L'homme judicieux et d'un goût exquis désespère d'ajouter « rien de beau à cette nudité si noble et si majestueuse. »

Qui ne sent combien ces paroles s'appliquent encore plus à la Vie des saints qu'à l'histoire profane? Combien, là surtout, la recherche des vains ornements est-elle déplacée ! Quelle simplicité, quelle vérité, quelle gravité, iioble et majestueuse, est requise! Et combien il est déplorable, quand on ne voudrait voir devant soi qu'un saint, de se trouver en face d'un écrivain qui s'évertue à faire des phrases, à farder, et, pour ainsi dire, à friser ces grandes figures !

Pour moi, je l'avoue, il n'y a guère de déception plus pénible que celle-là. Ce que je cherche et ce qu'il faut chercher avec amour dans la vie d'un saint, c'est le saint lui-même tel que Dieu le fit, son âme, son cœur, l'onction de ses vertus, la bonne odeur de Jésus-Christ qui était en lui, la beauté de ses œuvres; et quand je ne trouve là qu'un écrivain qui se préoccupe de toute autre chose que du saint et de la sainteté, qui n'en a pas l'intelligence ni le vrai amour, qui me ramène sans cesse à lui-même, à ses admirations

factices, à son prétendu talent d'écrire, à ses liabiletés de style, et qui pose perpétuellement dans la froideur, l'étroitesse ou la déclamation d'un écrit compassé, ou dans la vanité de phrases plus ou moins bien ou mal faites, je suis révolté. Je méprise un tel art: quel qu'il soit, il est toujours infiniment au-dessous du vrai, du grand arl ; infiniment au-dessous de la simplicité, de l'onction, du charme et de l'éloquence du véritable hagiographe.

Je ferai encore ici une simple remarque de style, mais d'une véritable importance. On ne se représente pas assez combien il est facile d'arriver, même sans y songer, à un ton déclamatoire. Un tour de phrase au lieu d'un autre, quelquefois simplement un temps au lieu d'un autre, dans une narration, par exemple, le présent au lieu du parfait ou de Vimparfait, et l'auteur tout à coup paraît déclamer. Je ne dis pas que \q pjrésent, même dans une narration du passé, ne doive jamais être employé, qu'il ne faille pas y avoir quelquefois recours pour rendre un récit plus rapide ; mais je dis que l'emploi continuel du présent, comme je le voyais dernièrement dans une Vie qui a d'ailleurs de vrais mérites, suffit pour faire de tout un livre une déclamation fatigante.

« L'art, a dit quelque part Fénelon, se discrédite lui- « même ; il se trahit en se montrant. » Cela est vrai dans une Vie de saint plus que partout ailleurs. Il ne faudrait pas croire cependant qu'il ne doit pas être question d'art dans l'hagiographie. Il y a aussi pour l'hagiographe, indépendamment des conditions particulières qui lui sont imposées, le grand art de l'historien, qui consiste dans le choix et la disposition des matériaux, dans l'ordonnance habile du récit, dans l'harmonieuse distribution des parties et de l'ensemble, dans le talent de préparer et d'exposer les faits, de rehausser les détails et d'enchâsser tous ces diamants, toutes ces perles dont nous avons parlé, dans la trame d'un récit bien fait. Si on s'est borné à mettre des faits à la suite les uns des autres, si on n'a su qu'amasser des maté-

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riaux, on n'a pas écrit une histoire : on n'a qu'un entassement et une ébauche , rudis indigeslaque moles.

Il vous semble peut-être en ce moment, mon cher ami, que je suis bien loin de sainte Chantai ; et cependant je ne l'ai pas un instant perdue de vue. Les qualités que je demandais, comme les défauts que je signalais, me ramènent à votre œuvre. Je suis heureux de vous dire que ces qualités, vous avez su les atteindre; ces défauts, vous avez su les éviter. Après avoir fait une étude approfondie de cette grande âme, vous l'avez retracée, non dans une pâle esquisse, mais dans une large et grande histoire, dans un complet tableau, où cette riche et féconde vie se déploie tout entière. Rien n'y est abrégé, écoarté, ni cependant surchargé ; tout y a son développement convenable, harmonieux, et vivant par les détails ; chaque fait s'y présente avec tout le cortège des circonstances qui le préparent, qui l'expliquent, qui l'éclairent ; la chronologie est toujours indiquée, les choses placées dans un ordre naturel et lumineux, les détails abondants sans superfluité, la marche du récit facile et rapide ; en sorte que je ne sais de quoi il faut vous féliciter le plus, ou de la sobriété sévère de votre goût, ou, comme disent les archéologues, du fouillé et du fini de votre œuvre.

Je ne vous dirai rien de votre style. Quand on se place au point de vue où vous êtes placé, et qu'on se laisse pénétrer d'une grande idée, à moins d'avoir le goût perverti, on écrit bien. Vous n'avez point cherché de phrases. Qu'auraient-elles eu à faire ici? Vous avez écrit avec votre âme, sans vaines recherches, sans fade rhétorique, simplement, sobrement, ardemment. Et c'est ainsi que vous avez su former le tissu qu'il fallait mettre à ces pierreries exhumées par vous des œuvres de saint François de Sales et de sainte Chantai, et qui brillent dans votre livre d'un si doux et si vif éclat.

Et s'il faut, en finissant, vous dire mon dernier mot sur

votre œuvre , et en même temps sur ce qui est à mes yeux la condilion fondamentale de Thagiographie, et la qualité première de Thagiographe , le voici : Si vous êtes parvenu à faire une histoire de sainte Chantai aussi complète, c'est que dans votre étude de la sainte non seulement vous avez voulu aller jusqu'au fond, mais encore, on le sent, vous avez porté dans ce travail la qualité inspiratrice, sans laquelle on ne fera jamais qu'un vain et froid ouvrage. Vous avez étudié et écrit, ainsi que disent les Italiens, co7i amore.

C'est ce qui manque le plus souvent aux Vies des saints, et pourquoi il y en a tant de si médiocres. Elles ne sont pas écrites avec amour.

Or le peintre, l'historien par excellence, c'est l'amour.

Pour peindre, pour raconter, il faut avoir vu, non des yeux toujours, mais du cœur.

De ceux à qui manque ce sens mystérieux, on peut dire : lis ont des yeux , et ne voient pas; des oreilles, et n^entendent pas.

La figure du saint passe devant eux dans les vieilles chroniques, dans les poudreux in-folio; mais ils ne la saisissent pas au passage; ils ne la ressuscitent pas vivante et vraie au regard de l'âme, parce qu'ils sont dépourvus de cette seconde vue du cœur, que rien ne supplée, et dont l'amour seul, Tenlhousiaste amour a le secret.

Et de même qu'ils n'ont pas vu réellement par cette mystérieuse divination de l'amour le saint qu'ils veulent raconter, de même l'inspiration leur fait défaut pour le peindre. De là une froideur inévitable : n'ayant pas en eux la flamme, comment la jetteraient-ils dans leurs récits et dans l'âme de leurs lecteurs? Ils n'aiment pas, et ils ne font pas aimer. Aussi on les lit sans jamais être ému; on ne sent pas qu'on aime. Faut-il redire ici toute la rude vérité? c'est que trop souvent, au fond, c'est moins du saint et de ses vertus que la plupart des écrivains sont amoureux, que d'eux-mêmes et de leur style. Ils ne consentent point à s'oublier : à chaque

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page, ils se laissent, ils se font sentir. En un mot, ils composent, ils font un livre, ils font des phrases, ils se mirent en écrivant : et le saint peu à peu disparaît, s'évanouit dans un vain littérateur.

Ce n'est plus son altitude, sa pose, son accent, ce n'est plus lui-même; non seulement la flamme, mais la lumière, la couleur, le parfum naïf n'y est pas; les traits caractéristiques manquent absolument.

Il y en a qui disent : Il faut que j'écrive une belle Vie de saint. Tout est perdu si l'on se met ainsi à ce travail comme à une œuvre purement littéraire. Non, il faut une autre inspiration ; il faut qu'il y ait eu ,un jour où un saint ait puissamment saisi votre âme , où vous ayez senti l'irrésistible attrait de ses vertus, et le besoin de faire partager aux autres votre admiration et votre amour.

C'est parce que M. de Monlalembert a écrit ainsi avec amour sa vie de sainte Elisabeth, qu'il a su si bien restituer et reproduire la douce et pieuse figure de la chère sainte, et que des milliers de lecteurs ont béni Dieu de son œuvre.

Mais en disant qu'il faut écrire la Vie des saints avec amour, je me hâte d'ajouter, puisque l'occasion s'en présente ici, que cet amour ne doit pas être un amour archéologique, ou plutôt, pour ne pas abaisser un grand mot, une manière archéologique. Ce que j'entends par là, le voici. Écrire avec la passion archéologique, ce n'est pas simplement donner, comme il le faut toujours, à une Vie de saint la couleur du temps; c'est prendre une Vie de saint comme matière à des études d'antiquaire et d'érudit, et, par je ne sais quelle préoccupation d'amateur vain , s'attacher au côté extérieur et superficiel du sujet, sans pénétrer jusqu'à ce qui en est le fond : point de vue faux , qui place la sainteté où elle n'est pas, et lui substitue une prétendue esthétique, laquelle ne comprend point que la beauté réelle de toute chose n'en est que la complète vérité. C'est, par goût pour la poésie du sujet, faire perdre de vue le saint.

c'est-à-dire son âme, sa vie intime, sa sainteté. L'agiographie allemande a encore beaucoup donné dans ce défaut, ainsi qu'en France plusieurs écrivains puérilement enthousiastes du moyen âge, et qui le voient tout entier dans les cathédrales gothiques ou les légendes dorées, au lieu de le voir dans son fonds, dans son esprit et ses mœurs vraies. On croit avoir fait merveille quand on a décrit non pas Thomme, non pas l'âme, mais la forme du vêlement, et enchâssé dans un style très peu antique quelques vieilles et disparates locutions. Étude peu profonde, vaine couleur locale ; d'ailleurs absence totale de vérité et de sentiment ; nulle intelligence de la vertu chrétienne et de la sainteté; nul amour du saint: au fond, voilà tous ces livres i.

Ecrire avec amour, c'est écrire avec piété, c'est-à-dire avec l'amour de Dieu et des âmes, avec la connaissance des choses de Dieu, et le respect d'un cœur chrétien pour les mystères de la vie surnaturelle. Une Vie de saint, en effet, n'est pas une biographie ordinaire ; c'est une série d'événements d'un ordre à part; ce qui en fait la partie la plus intime et la plus féconde, et je dirai aussi le grand charme et le suprême intérêt, ce sont ces rapports avec Dieu, cette conversation avec le Ciel, ces opérations si délicates de la grâce, ce parfum exquis des vertus évangéliqués, cette

^ Fénelon a exposé encore ici les vrais principes, avec son sens et sa précision ordinaires :

« Le bon historien, dit- il, n'omet aucun fait qui puisse servir à peindre les hommes principaux et à découvrir les causes des événements ; mais il retranche toute dissertation où l'érudition d'un savant veut être étalée. L'homme qui est plus savant qu'il n'est historien, et qui a plus de critique que de vrai génie, n'épargne à son lecteur aucune date, aucune circonstance superflue, aucun fait sec et détaché; il suit son goût, sans consulter celui du public ; il veut que tout le monde soit aussi curieux que lui des minuties vers lesquelles il tourne son insatiable curiosité. Au contraire, un historien sobre et discret laisse tomber les laits qui ne mènent le lecteur à aucun but important. »

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bonne odeur de Jésus-Christ qu'elles exhalent. Il est évident qu'un historien qui n'a pas le sens de ces choses ne se placera pas au vrai point de vue, n'aura pas la révélation de la vie qu'il veut écrire. Le parfait historien d'un saint devrait être saint lui-même : au moins faut- il qu'il ait l'intelligence de la sainteté, et qu'il écrive avec une piété véritable.

En un mot, on n'est pas fait pour écrire une Vie de saint, si l'on ne sait pas ce que c'est que la vie sainte, et on ne le sait guère qu'à proportion de son amour et de son admiration pour les vertus des saints.

Un des grands charmes de votre Vie de sainte Chantai, c'est qu'on se sent toujours là, en vous lisant, dans l'atmosphère de la vie sainte, et, si je puis le dire ainsi, dans les pleines eaux du plus pur christianisme. Non pas que vous nous transportiez hors de ce monde, hors des luttes et des tentations de la vie humaine. C'est encore un défaut capital et trop commun aux hagiographes de nous représenter les saints si dépouillés de tout ce qui est humain, qu'on se demande vraiment si c'est bien là un homme, un fils d'Adam, un être de chair et d'os comme nous. Le grand intérêt et la grande vérité de votre livre, au contraire, c'est que le côté surnaturel, dans cette vie, n'absorbe pas le côté naturel; c'est que la femme, la fille, l'épouse, la mère, la veuve, apparaissent tour à tour dans la sainte ; c'est que la lutte de la nature et de la grâce et les progrès de la vertu y sont constamment visibles.

Je n'ai pas épuisé, il s'en faut, cet important sujet ; mais, pour résumer en finissant toutes les conditions générales et spéciales qu'exige une telle œuvre, je dirai que c'est à Thagiographie aussi bien qu'à l'histoire qu'on peut appliquer ces paroles de M. Villemain : « Si l'on examine en détail les qualités de tout genre, d'âme et de style qu'elle réclame, il y a lieu d'être effrayé. » Mais si c'est une tâche difficile, c'est une grande œuvre aussi de savoir, par un long et cou-

rageux travail, pcnélrer à fond l'àmc et la vie d'un saint, et retracer cette àtne et cette vie dans un grand récit, avec toute sa vcrilé, tout son attrait, toute sa beauté; d'en employer tous les détails dans un ordre clair et lumineux, dans une narration rapide, émue, attachante; avec science sans doute, mais avec plus d'onction encore et de piété que de science, et sans substituer jamais l'érudition à l'amour; avec art sans doute aussi, et les agréments du style, mais en restant toujours — c'est ici le grand art et le grand style — dans la simplicité, dans la gravité, dans la vérité. Je vous félicite, mon cher ami, d'avoir essayé celte œuvre, et d'y avoir réussi comme vous l'avez fait.

Oh ! qui nous donnera de véritables historiens de nos saints? Que de fois n'ai -je pas souhaité de voir s'élever parmi nous une grande école d'hagiographie , une association d'écrivains catholiques, soit religieux, soit laïques, écrivant enfin les Vies des saints comme elles doivent l'être, faisant vraiment connaître et aimer ces grandes âmes et resplendir la sainteté! Je le crois, cette école commence à se former. Aujourd'hui les voies sont ouvertes, la méthode est connue : les défauts aussi bien que les qualités de nos devanciers nous montrent la route. Et déjà d'excellentes Vies de saints ont paru. Malgré une pénurie trop réelle sur ce point, nous sommes loin cependant d'être dépourvus. Le xvii'' siècle avait fait déjà d'importants travaux hagiographiques, bien que les vies qu'il nous a laissées soient loin d'être sans défaut. Tillemont est le modèle de la science vaste, détaillée, scrupuleuse, minutieuse, mais sèche et aride. M. Hermant a eu l'excellente pensée d'écrire les grandes Vies de saint Chrysostome, de saint Ambroise, et de la plupart des grands docteurs de l'Église; mais c'est froid, diffus, flasque, noyé dans un flux de phrases inutiles. Fleury, au contraire, dans les premiers volumes de son Histoire ecclésiastique, a tracé en homme supérieur les Vies des grands anachorètes, des grands docteurs, des

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grands évêques. De môme, au xvu* siècle, l'auteur anonyme de la Vie de dom Barthélémy des Martyrs a fait là une œuvre qu'on peut appeler magistrale. Qui ne connaît l'excellente Vie de saint Vincent de Paul par Abelly, qui fut un de ses disciples et évêque de Rodez? Le style en est peutêtre un peu vieilli ; mais comme il est ferme, profond, substantiel, recueilli et plein d'onction! Vous, mon ami, vous aviez dans la Vie de sainte Chantai par la mère de Chaugy un modèle exquis, mais en même temps redoutable par sa perfection. Heureusement vous avez eu le bon goût d'en prendre l'accent et comme la fleur, en vous enrichissant d'ailleurs de cette multitude de documents contemporains où la vénérable fille de sainte Chantai n'avait pas puisé.

Quant au xvm® siècle, il offre peu de choses en ces matières, après les biographies de l'abbé Poyart, excellentes dans le genre médiocre.

Mais, au xix" siècle, l'hagiographie se relève, et quelques belles monographies de saints paraissent. Ainsi, les Vies de sainte Thérèse et de M">s Acarie, par M. l'abbé Boucher, curé de Saint- Méry, sont des ouvrages de premier mérite. Le cardinal de Bausset a écrit une Vie de Fénelon que nul ne sera tenté de refaire après lui. Plus près de nous, M. de Montalembert, je l'ai dit, a su répandre un charme exquis de simplicité, de vérité et de foi naïve, sur la Vie de sainte Elisabeth de Hongrie, et faire entrer l'hagiographie dans une voie nouvelle. Et les deux beaux volumes qu'il a publiés déjà sur les moines n'ont qu'un tort, c'est d'attendre encore les autres volumes que le public religieux lui demande instamment avec moi. Le Père Lacordaire l'a suivi, avec un mérite inégal, dans sa belle Vie de saint Dominique. Moins heureux dans sa Vie de sainte Catherine de Sienne, M. Chavin de Malan a un vrai mérite dans sa Vie de saint François d'Assise. La Vie de M. Olier, par M. Paillon , est une grande œuvre. Je citerai encore parmi nos excellentes monographies la Vie de saint François de Sales, par M. le

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