MARIAGE DE SAINTE CHANTAL AU CHATEAU DE BOURBILLY ÎS
L'époux que le président Frémyot destinait à sa fille était un jeune seigneur de vingt-sept ans, l'aîné de l'illustre famille des Rabutins, et le dernier descendant, par la lignée maternelle, de la famille de saint Bernard ^ Il se nommait Christophe II, baron de Chantai, et il habitait le château de Bourbilly, à deux lieues de Semur. Son père vieux soldat des guerres de la Ligue, partageait les principes du président Frémyot, et depuis 1589, ils combattaient ensemble dans les guerres héroïques de Semur et de Fiavigny. Le fils avait hérité de la bravoure du père. « Il étoit fort doux, dit Bussy-Rabulin, et cela lui attiroit des querelles avec les brutaux qui ne croient pas qu'on puisse être brave sans être fanfaron; mais
^ Vie de la vénérable mère de Chantai, par M. de Maupas, p. 13. Voir aussi les Déposilions de la mère Marie- Philiberte de Monlhouz et de la sœur Marie -Antoinette de Sacconay, super art. IX.
il les désabusait à grands coups d'épée ^ » A vingt ans, il avait déjà eu dix-huit duels, d'où il était toujours sorti victorieux, et heureusement sans tuer personne, lorsque les guerres de la Ligue vinrent offrir à sa valeur un champ plus digne d'elle. Il y parut avec éclat, et y fit adinirer à la fleur de l'âge de hautes qualités d'intrépidité et de sang-froid unies à un vif sentiment de l'honneur, et, nous Talions voir, en dépit même de ces duels qui eussent pu faire penser le contraire, à une foi profonde et à une rare délicatesse de conscience. Avec cela, il était gai, affable, communicatif. Il cultivait les lettres, il faisait des vers, il causait à merveille. Il avait, en un mot, la foi et la bravoure d'un chevalier du moyen âge avec la distinction d'esprit et de manières d'un gentilhomme du xvii" siècle. Le président Frémyot avait été frappé de cet ensemble de qualités si rares dans un tout jeune homme; il l'avait fait nommer capitaine des trou pes qui formaient la garnison de Semur, ne croyant pas pouvoir confier à une épée plus fidèle la garde d'une ville où le parlement venait de transporter ses séances, et il lui avait même permis d'aspirer à la main de Jeanne- Françoise.
Celle-ci achevait sa vingtième année. « Elle étoit, disent les anciens Mémoires, de riche taille, d'un port généreux et majestueux; la figure ornée de grâces et d'une beauté naturelle fort attrayante, sans artifices
* Histoire généalogique de la maison de Rabulin, dressée par messij'e Roger de Rabulin. Cet ouvrage manuscrit, qui contient d'inléressants détails sur la plupart des personnages qui doivent figurer dans celte histoire, est à la bibliothèque publique de Dijon.
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et sans mollesse : son humeur étoit vive et gaie, son esprit clair, prompt et net, son jugement solide; il n'y avoit rien en elle de changeant ni de léger. Bref, elle étoit telle, qu'on la surnomma la dame parfaite, et ce fut avec regret qu'on la vit sortir de Dijon pour aller demeurer à Bourbilly '. »
La mère de Ghaugy suppose, et tous les historiens ont répété, que ce fut à Dijon qu'eurent lieu les premières entrevues, et que se conclut et se célébra le mariage; mais c'est une erreur. On était au plus fort de la guerre civile, et M. Frémyot n'aurait pu sans danger paraître à Dijon-. Le contrat de mariage, que nous avons eu le bonheur de retrouver à Annecy, donne à ce sujet des indications précieuses et qui manquaient jusqu'ici*. On voit qu'il fut signé, non pas à Dijon,
1 Mémoires de la mère de Chaugy, p. 12.
2 Archives municipales de Dijon, Arrêts du corps de ville, années 1589, 1590, '1591 et 1592.
3 Voir la note w 4. Nous y donnons le texte du contrat de mariage, d'après une copie authentique. Cette copie l'ut laite, eia 1714, par les soins de la mère de Thésut, supérieure de la Visitation de Dijon. Voici ce qu'on lit dans les Annales de la Visitalion de cette ville, éditées par M. l'abbé Golet, vfcairc général de Dijon, aujourd'hui archevêque de Tours. <( Depuis longtemps nos très honorées sœurs d'Annecy faisoicnt chercher la copie du contrat de mariage de notre bienheureuse mère de Chantai, cette pièce étant nécessaire pour l'instruction du procès de sa béatification. Notre mère, Madeleine-Séraphine, employa à cette recherche des personnes habiles et affectionnée?. Enfin ce contrat fat trouvé à Epoisses, petit village près de Dijon, où avoit été transportée l'étude du notaire de cette ville, qui l'avoit rédigé. Notre mère en fit tirer une copie collationnée, qui coûta deux cents francs. » [A^males de la Visitalion de Dijon, p. 195.) C'est cette copie qui est encore conservée à Annecy, et dont nous publions le texte. 11 n'est pas vrai, néanmoins, comme le disent les Annules, que le contrat de mariage ait été rédigé par
OÙ la lêle de M. Frémyot était en quelque sorte mise à prix, non pas môme à Thotes, où il n'avait « qu'une méchante maison champêtre, incapable de résister à un coup de main, mais « au château et maison forte de Bourbilly, » c'est-à-dire, contrairement à l'usage et à cause de la nécessité, dans la maison même du jeune baron. Étaient présents et ont signé au contrat, avec les deux futurs époux : M. de Chantai, père du jeune homme; le président Frémyot, père de la sainte; M. Jean Frémyot, prieur du Grand -Val des Choux, son oncle paternel, qui probablement bénit le mariage; M. Charles d'Esbarres, écuyer, demeurant à Semur, son oncle maternel, et M. Jean-Jacques de Neufchèzes, baron des Francs, son beau-frère. On remarque l'absence de M. Claude Frémyot, le conseil de ville de Dijon n'ayant sans doute pas voulu lui donner de sauf-conduit pour se rendre à Bourbilly, et celle d'André, qui achevait ses études à Paris.
Le contrat ayant été signé le 28 décembre 1592, mais seulem.ent « après midi », et « en vue et contemplation du futur mariage », il est évident que la solennité religieuse ne put avoir lieu que le lendemain 29, et non pas le 28, comme le prétend Bussy-Rabutin'. Jeanne- Françoise avait vingt ans onze mois et six jours.
On aimera à connaître les conditions du contrat. Le jeune baron de Chantai possédait déjà la terre de
un notaire de Dijon. Il a été passé « devant François BoëJot, notaire royal au bailliage cl'Auxois , demeurant à Époisses. » Quant au texte original du contrat, tous nos efforts pour le retrouver ont été inutiles.
1 Généalogie manuscrite. « Christophe, fils de Guy de Rabulin, demeura deux ans auprès de son père, pendant lesquels il se maria à Jeanne Frémyot, le 28 décembre lo'J2. »
Bourbilly, qui appartenait de droit à l'aîné de la famille, et dont il jouissait depuis sa majorité. Son père lui donnait en dot, pour lui et ses héritiers à perpétuité, la terre et seig-neurie de Sauvigny, distante d'une lieue de Bourbilly, avec toutes ses dépendances et tous ses droits. Il s'en réservait néanmoins l'usufruit sa vie durant. Sa future belle- fille, outre une somme de deux cents écus de rente annuelle à prendre sur les plus clairs biens de son futur époux, devait jouir, pendant sa vie, et par forme de douaire, du château de Bourbilly. « Et de plus, sera la dite future épouse enjoaillée de bagues et joyaux par ledit seigneur époux jusqu'à la somme de six cents écus, et fournie d'un carrosse harnaché de quatre bons chevaux. » De son côté, le président Frémyot donnait à sa fille et lui constituait en dot de mariage la somme de seize mille six cent soixante-six écus deux tiers, c'est-à-dire cinquante mille livres, somme considérable pour ce temps -là, dont une partie devait être payée tout de suite, et l'autre après le décès du président.
Que valait, à cette date de 1592, la terre de Bourbilly? Il est difficile de le dire. Bien des années après, la petite-fille de notre sainte, M"^ de Sévigné, écrivait à M'"^ de Grignan : « Enfin, ma chère fille, j'arrive présentement dans le vieux château de mes pères ; j'ai trouvé mes belles prairies, ma petite rivière et mon beau moulin à la même place où je les avais laissés. On a élagué les arbres devant la porte, ce qui fait une allée fort agréable. Tout crève ici de blé, et de caro7i pas un mot (c'est-à-dire pas un sou). Si vous n'aviez du blé, je vous offrirois du mien; j'en ai vingt
mille boisseaux à vendre. Je crie famine sur un las de blé; j'ai pourtant assuré quatorze mille livres et fait un nouveau bail sans rabaisser; voilà tout ce que j'avois à faire. L'abbé de Coulanges eslimeroit cette terre cent mille écus*. »
Mais au moment où M™« de Chantai entrait à Bourbilly, il s'en fallait bien que ce domaine eût une telle valeur. Tout y était dans un grand désordre. Dix ans au moins s'étaient écoulés depuis que la mère du jeune baron était morte, et depuis lors le château, qu'il avait fallu reconstruire en partie, les originalités coûteuses du vieux baron, la jeunesse de son fils, la guerre si ruineuse, surtout à cette époque, et cet état de malaise dans lequel tombe inévitablement tout ménage que ne dirige pas la main d'une femme, en avaient singulièrement amoindri les revenus. J^es domestiques pillaient la maison ; les fermiers ne payaient pas leurs baux; les terres ne rendaient rien. Pour comble de malheur, le jeune baron ayant été blessé à la guerre et fait prisonnier, avait été obligé d'emprunter pour se racheter, ce qui avait achevé de meltrc de l'embarras dans sa fortune. « Ma fille, écrivait M'"'' de Chantai trente ans plus tard à une de ses filles qu'elle venait de marier, appliquez-vous soigneusement au gouvernement de votre maison... Si je n'eusse eu ce courage au commencement de mon mariage, nous n'eussions pas eu moyen de vivre, car nous avions moins de revenus que vous et quinze mille écus de dettes ". »
1 Monmerqué, Leltrcs de madame de Sévigné, t.l", p. 110.
2 Archives de la Visitation d'Annecy. Le^re de sainte Chantai à sa fdle madame de Toulongeon, en 162j. Ces quinze mille écus
A ces premiers détails sur le mariage de noire sainle on voudrait pouvoir en joindre d'autres qui auraient plus d'intérêt encore. Comment se préparait-elle à cet acte si grave, à ce sacrement si redoutable et si saint? Quels furent sa foi, sa modestie, son recueillement, son ardente prière, dans un moment où si souvent on n'apporte au pied des saints autels qu'un cœur enivré des vaines joies du monde? L'histoire n'en dit rien. On sait seulement que Jeanne accepta M. de Chantai des mains du président son père, comme si Dieu luimême le lui eût présenté, et qu'aussitôt elle lui donna son cœur et lui voua l'affection la plus profonde, la plus respectueuse, la plus dévouée, et, nous le verrons bientôt, la plus inaltérable. De son côté, le baron de Chantai, ravi de ce qu'il découvrait en elle de dons et de grâces, de qualités et de vertus, et il était trop bon chrétien pourne pas être encore plus sensible à celles-ci qu'à celles-là , la paya de retour et l'aima d'un amour que rien ne put jamais affaiblir.
Tous les historiens sont unanimes sur ce point, u Les deux époux, dit un des témoins entendus au procès de canonisation, offraient à Bourbilly le modèle du plus saint mariage qu'on puisse concevoir : n'ayant qu'un cœur et qu'une àme; la sainle entourant son jeune époux de vénération et d'obéissance, l'aimant tendrement, ardemment et honnêtement; en étant à son tour chérie et honorée do la plus intime confiance. Ce qui est public et notoire '. » — « Dieu , dit la mèra
étaient des écus d'or qui valaient trois livres, ce qui faisait quarante-cinq mille livres de dettes.
1 Procès de canonisation. Déposition de Claude Latour, super art. XIII.
de Chaugy, avoit rendu leur chaste amitié si sincère, si véritable et si réciproque, qu'il n'y eut jamais entre eux deux non seulement aucun débat, mais pas même de volontés contraires'. » Bussy-Rabutin, malgré sa pente à la médisance, parle comme tous les autres. Il n'y a de trop, dans le beau témoignage que nous allons rapporter, que le premier mot. « Jusqu'à ce mariage, dit-il, M. de Chantai avoit été fort galant; mais, trouvant en sa femme de grands agréments de corps et d'esprit, il s'y attacha fort et l'aima avec des tendresses extraordinaires. Ce qui entretint encore cet amour jusqu'à la mort fut les fréquentes absences et plus longues que les séjours qu'il faisoit auprès d'elle. Quand il étoit à l'armée ou à la cour, elle se donnoit tout à Dieu; quand il retournoit auprès d'elle, elle se donnoit tout à lui -. »
Ces fréquentes absences, dont parle Bussy-Rabutin, étaient nécessitées par les guerres de religion, qui, commencées déjà depuis longtemps, n'étaient pas encore près de finir. En 1593, Henri IV, qui se préparait à abjurer, et qui, voulant frapper quelque coup décisif, avait besoin de toutes ses forces, s'cnquit du baron de Chantai, « qu'il aimoit et dont il faisoit cas , » et manda à son père de le lui renvoyer promptement. Il n'y avait point à hésiter. Aussi, bien qu'il ne fût marié que depuis trois mois, le jeune baron se prépara à partir, muni d'une lettre dans laquelle son père s'excusait auprès de Henri IV de l'avoir retenu si longtemps en Bourgogne et aussi de
1 Mémoires de la mère de Chaugy.
* Vie abréarée.
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le renvoyer si mal équipé, et sollicitait pour lui avec fierté la générosité du roi K
Ce fut le soir du départ, en se promenant sous les grands arbres de Bourbilly, que les deux jeunes époux eurent celte longue conversation, trop abrégée par les historiens, dans laquelle le baron de Chantai pria sa sainte épouse de se charger de l'administration de tous ses biens; celle-ci résistant, alléguant son inexpérience, l'attrait qu'elle avait pour le seul service de Dieu, l'impossibilité, disait-elle, d'allier une vie de recueillement et de prière avec le tracas d'une si grande maison; celui-ci réfutant ses objections, montrant qu'il n'y a aucune incompatibilité entre ces choses;
1 Généalogie manuscrite. On nous permettra de citer les dernières lignes de celte lettre. Nous aurons plus tard trop de mal à dire de ce vieux baron pour que ce ne soit pas justice de le montrer d'abord sous son beau jour et avec ce grand air de générosité, de fidélité et de fierté qui était le cachet de l'ancienne noblesse française. « Pour l'égard de mon fils, disait le baron de Chantai en terminant, j'ai grand regret, Sire, vu l'heur qu'il a et l'honneur que vous lui laites d'en faire état, que mes moyens épuisés par les services précédents n'accompagnent ma sincère et fidèle affection, ne tirant rien de ce peu qui me reste qu'à la pointe de l'épée. A quoi, Sire, vous pouvez suppléer ou remédier par votre propre libéralité, donnant à ce jeune homme de bonne volonté, et qui est grandement aflectionné, le moyen de vous pouvoir suivre aux magnanimes et héroïques exploita et vertueuses entreprises par lesquelles vous consacrez votre nom à l'immortalité. Étant très marri du long séjour qu'il a fait, qui a été bien plus long que je n'eusse désiré, ses vieilles blessures e'élant rouvertes par une grande longueur de temps, et aussi les affaires de ma maison m'ayant induit à le marier, lui servira d'excuse et à moi aussi, si, comme vieil gentilhomme françois, je parle ouvertement à la vieille françoise. Priant Dieu qu'il vous donne toute prospérité et santé, Sire, très heureuse et longue vie. »
citant l'Écriture sainte, où il est dit que la femme sage édifie sa maison, que la femme forte met la main à toutes choses utiles, et couronnant cette belle argumentation par l'exemple de sa propre mère, femme de grande naissance et de plus grande vertu , élevée à la cour, dont elle n'avait retenu que l'honneur et la civilité; qui, à peine arrivée à Bourbilly, s'était emparée de la conduite des affaires, y avait remis l'ordre, avait préservé sa maison d'une ruine complète dans des temps très difficiles, et avait su allier à cette intelligente et vigoureuse pratique des choses humaines la plus tendre et la plus héroïque piété. On l'avait bien vu à l'heure de sa mort, ajoutait le jeune baron; car, attaquée d'un cancer au sein, qu'elle avait supporté en silence pendant des années entières, sans que personne s'en doutât jamais, tant elle avait d'empire sur elle-même, exposée bientôt aux plus horribles opérations, comme on la voulait lier, elle avait dit celte belle parole : « La raison et la conscience sont les liens les plus forts qui puissent enchaîner une chrétienne; n'ayez peur, je suis tout accoutumée à la souffrance par le regard du crucifix. De fait, elle ne dit pas un mot, ne poussa pa^ un soupir, levant seulement les yeux au ciel, pendant qu'on lui brûlait les chairs vives. Mal opérée, elle mourut quelque temps après, laissant les peuples incertains de ce qu'ils devaient davantage admirer en elle, de sa patience, de sa modestie ou de sa charité. Ce beau récit, mêlé aux larmes des adieux, fît une vive impression sur M'^^ de Chantai ; elle promit à son époux de répondre à la confiance qu'il lui témoignait, en se chargeant de la direction de tous ses
biens, et dès ce jour on vit éclater en elle ce génie pratique qui n'avait pas.encore eu l'occasion d'apparaître, et qui, après sa vertu, restera la grande gloire, l'éclat immortel de sainte Chantai.
L'absence de son mari devant durer quatre à cinq mois à peu près, elle résolut d'en profiter pour mettre au château l'ordre qui y manquait. La première réforme qu'elle entreprit fut celle des domestiques. Persuadée que l'exemple vaut mieux que la parole, et afin de les surveiller de plus près, elle prit le parti de se lever de grand matin, à cinq heures, aussitôt qu'eux. Elle leur faisait elle-même la prière, et elle voulait qu'ils pussent tous les jours entendre la sainte messe. Dans ce but, elle ordonna que la messe de fondation qui devait se dire dans la chapelle du château, mais qui ne se disait plus depuis la mort de sa vertueuse belle-mère, serait célébrée chaque jour et de grand matin. De cette sorte, tout le monde la pouvait entendre, même ceux qui devaient aller travailler dans la campagne. Le soir, avant le coucher, on rendait compte du travail accompli. Souvent, dans le milieu du jour, elle prenait son ouvrage et venait coudre ou filer auprès des domestiques, profitant de ce moment pour élever doucement, par de pieuses et aimables causeries, leurs esprits grossiers à la connaissance et à l'amour de Dieu. Le dimanche, elle les conduisait tous à la messe de paroisse, et afin qu'ils pussent aider à chanter plus solennellement le Credo, elle y exerçait elle-même ceux dont la voix était belle. Il arrivait quelquefois que pendant ce chant, qui avait lieu dans les cuisines ou dans les granges, elle ne pouvait pas contenir son enthousiasme. « Oh! disait-elle
alors, que nous serions heureux de verser notre sang pour la foi! Mais nous n'en sommes pas dignes, il faut bien s'en humilier. » — « Elle avoit reçu, ajoutait-elle, ces sentiments vers la fm de son enfance, et elle n'avoit jamais cessé de les sentir croître en elle'. »
Elle traitait ses fermiers à peu près comme ses domestiques. Tous les mois, ils devaient se présenter à elle pour apporter leurs termes et recevoir ses ordres. On a remarqué comme un trait frappant de son esprit pratique, que toujours elle leur donnait ses ordres par écrit, au moins lorsqu'ils avaient quelque importance. De cette manière, on ne pouvait ni les changer ni prétendre qu'on les avait mal entendus, ou qu'on ne les avait pas compris. Non contente de ces précautions, à chaque instant elle montait à cheval, et elle allait les surprendre jusque dans les fermes les plus éloignées. Surprises aimables du reste; car, avec le talent de se faire obéir, notre jeune sainte possédait à un plus haut degré encore celui de se faire aimer.
En agissant ainsi, on n'a pas à punir de fautes, on les prévient. Aussi est-ce « une grande marque de sa prudente et douce conduite, disent les biographes, qu'en huit ans qu'elle a demeuré mariée, et neuf ans au monde après son veuvage, elle n'a presque point changé de serviteurs ni de servantes, excepté deux qu'elle congédia pour ne les pouvoir faire amender de quelques vices auxquels ils étoient adonnés. Elle n'étoit point crieuse ni maussade parmi ses domes-
1 Dépositions de la sœur Marie-Valentine de Bellair et de la mère Rosalie Greyffié.
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tiques. Sa vertu la faisoit également craindre et aimer. Bref, sa maison étoit le logis de la paix, de l'honneur, de la civilité, de la piété chrétienne et d'une joie vraiment noble et innocente '. »
On s'étonnera peut-être que nous insistions sur ces détails, peu dignes d'une histoire qui nous réserve des scènes si dramatiques. Mais, a dit excellemment Bossuet, « ce sont ces choses simples, gouverner sa famille, édifier ses domestiques, faire justice et miséricorde, accomplir le bien que Dieu veut, et souffrir les maux qu'il envoie; ce sont ces pratiques communes de la vie chrétienne que Jésus-Christ louera au dernier jour devant les saints anges et devant son Père céleste. Les histoires seront abolies avec les empires, ajoute-t-il éloquemment, et il ne se parlera plus de tous ces faits éclatants dont elles sont pleines*. »
Ces mœurs, d'ailleurs, deviennent de plus en plus rares à la fin du seizième siècle. Le goût du ménage et des soins domestiques, que l'on trouvait partout autrefois dans la société chrétienne, et dont se faisaient honneur les femmes même de la haute bourgeoisie et de la noblesse, s'en va au dix-septième siècle pour disparaître au dix-huitième. Une vie oisive et nonchalante devient de bon ton. La maîtresse de maison ne s'occupe plus de la conduite du ménage; elle croirait déroger. Il est de mode de se lever très tard, de changer trois ou quatre fois de toilette, d'employer sa journée à courir les visites, de passer les nuits au jeu. Cela s'appelle vivre noblement.
* Mémoires de la mère de Chaugy, p. 20.
2 Oraison funèbre du prince de Condé, 1I« partie.
M""^ de Chantai avait non seulement l'àme trop vertueuse, mais l'esprit trop grand pour tomber dans de pareils travers. Sa mise, si modeste avant son mariage, le devint davantage encore depuis. Se voyant à la campagne , et à la tête d'une grande maison, elle quitta les vêtements plus précieux de sa jeunesse, les robes de soie qu'elle avait le droit de porter en qualité de dame noble ', et se vêtit des étoffes les plus communes.
Mais ici comme partout se révèle en notre sainte ce soin diUicat de ne rien faire qui pût déplaire au baron de Ghanlal. « Elle ne portoit, dit un témoin entendu au procès de canonisation, que des habits de laine, excefilé dans les temps où elle croyoit ne devoir refuser à son mari de porter ceux de soie et oinés d'or qu'on lui avoit faits à son mariage*. » Du reste, ces habits de laine, « elle les portoit, dit la mère de Chaugy, avec tant de propreté, de grâce et de bienséance, qu'elle paroissoit cent fois plus que d'autres qui ruinent leur maison pour porter des attifets. Aussi, ajoute finement la mère de Chaugy, n'avoit-elle point nécessi é de mendier son lustre à des curiosités de vêtement '. » La beauté de son âme, se reflétant sur scn visage, lui composait celte parure d'innocence et de modestie à laquelle rien ne se comparera jamais.
En même temps qu'elle renonçait à la vanité, M">« de Chantai se voua au travail. Ses doigts, dit un bio-
1 Isambert, Recueil des lois de Henri III el Henri IV sur les habits.
2 Déposilion de la mère Marie-Aimée de Sonnaz. Id. de la sœur Marie- l'hiliberle de MonUiouz, et de la sœur Marie- Françoise de Gruel, super art. xvi
3 Mémoires de la mère de Chaugy, p. 17.
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graphe, ne se reposaient pas. Quand le malin, après avoir entendu la messe, elle avait visilé les cuisines, les cours, quelquefois même les fermes les plus éloignées, et donné à toutes choses ce coup d'œil du maître qui fait tout prospérer, on la voyait rentrer gaie et gracieuse, et reprendre son ouvrage. Elle ne l'interrompait que par nécessité, quand il lui venait des visites, et encore fallait-il que le rang des personnes l'y obligeât; autrement elle se faisait apporter sa petite table à ouvrage, et, après s'être gracieusemeni excusée, elle continuait à travailler.
Dans une vie aussi sérieusement occupée, il n'y avait pas de place pour la lecture de ces romans dangereux qui commençaient à se répandre. On sait en quel état était la littérature au seizième siècle. Elle renaissait dans l'immoralité et le scepticisme; Montaigne avait ri de tout, Rabelais avait tout souillé. Une foule de disciples s'essayaient à imiter le rire de l'un et les airs libertins de l'autre. Les esprits sérieux gémissaient. Saint François de Sales lui-même, malgré sa douceur, ne peut se contenir. Il éclate en parlant de « ces écrits que les cervelles foibles admirent à cause de certaines vaines subtilités qu'ils y hument : comme cet infâme Rabelais et certains autres de notre âge, qui font profession de révoquer tout en doute, de mépriser tout, et de se moquer de toutes les maximes de l'antiquité '. » Bien que le vieux baron de Chantai eût passé sa vie dans les camps, il y avait néanmoins au château un certain
1 LcHre à un gentilhomme qui allait suivre la cour, 8 décembre 1630.
nombre de ces livres, les uns frivoles, les autres licencieux, amassés pour désennuyer les longues soirées d'hiver. M"'<' de Chantai les fit tous brûler. Ces livres lui faisaient horreur. Elle ne les eût pas même touchés du pied. « Ses lectures ordinaires étoient la Vie des Saints et les Annales de l'histoire de France*. » Elle se plaisait, à ces lectures, sources d'émotions vraies, simples et profondes, où elle apprenait à connaître et à aimer chaque jour davantage l'Église et la France, ces deux patries du ciel et de la terre, dont l'amour devrait faire battre tous les cœurs.
Le service des pauvres contribuait aussi à remplir et à sanctifier une vie déjà si pleine. Tous les Jours, après son dîner, elle allait recevoir à la porte du château les pauvres qui venaient y chercher leur nourriture. Elle prenait elle-même leurs écuelles, qu'elle remplissait de potage; elle coupait leur pain et les servait avec autant d'amour que s'ils eussent été ses enfants. On a remarqué quelquefois que,, pendant le dîner des pauvres, elle devenait tout à coup pensive, silencieuse. Des larmes apparaissaient même sur son visage. On l'entendit une fois murmurer : « J'ai eu faim , et vous m'avez donné à manger. » Si quelques-uns de ces pauvres habitués manquaient au rendez-vous, ou si dame Jeanne (c'était une des plus vieilles servantes du château qu'on appelait ainsi, par respect pour sa vertu encore plus que pour ses années) avait découvert quelques nouvelles indigences, elle partait à la hâte, quelque temps qu'il fît, et, pénétrant avec respect dans les cabanes
1 Mémoires de la mère de Chaugy, p. 18.
les plus enfumées, elle apportait du pain, des vêtements, des remèdes, de bonnes paroles, et les distribuait avec un si gracieux visage, que, selon la louchante expression des pauvres de Bourbilly, « il y avoit plaisir à être malade, pour avoir les visites de la sainte baronne. »
Un des témoins entendus au procès de canonisation, Jeanne Pouthiot, ancienne bergère au château de Bourbilly, a donné sur ces charités de M"^" de Chantai des détails charmants, jusqu'ici inconnus, et du plus vif. intérêt. Après avoir prêté serment entre les mains des notaires apostoliques, et déclaré qu'elle était née et native dudit Bourbilly, et âgée de quatrevingt dix ans , examinée par eux, et reconnue, malgré son grand âge, de bon jugement et de parfaite mémoire, elle déclara « qu'elle a vu, il y a environ soixante-cinq ans, la dame Jeanne-Françoise Frémyot, en son château et maison forte de Bourbilly; que toute l'occupation de ladite dame étoit de servir les pauvres malades du village de Bourbilly, les aider de ses facultés, en faisant chaque jour une aumône extraordinaire en sondit château. Outre cela, ladite dame entretenait toujours un pot séparé, rempli de viandes et de bouillons, qui n'étoient destinés que pour la charité aux pauvres malades; que ladite dame se soumetloit elle-même à porter les bouillons et les viandes auxdits malades dudit village, auxquels malades elle donnoit tous les secours possibles, en les levant , les torchant dans leurs ordures et faisant leurs lits. Ce que ladite Pouthiot a vu faire et pratiquer par cette dame à l'égard des ci-après nommés, dans le temps de leur maladie, qui étoit contagieuse
et populaire; savoir à l'égard de Celse-Bdnigne Piverneau, Pierre Chaillot, Aubert Piverneau, Madeleine Fardeau, femme de François Millelon, laboureur à Bourbilly, et autres dans leurs maisons, en les soignant et les revêtant de ses propres chemises comme ses enfants '. »
Un autre témoin, Brigitte Baubis, belle- fille de Marguerite Potot, domestique de la sainte, après avoir raconté les mêmes faits, en ajouta d'autres qui sont plus admirables encore. Interrogée, sous la foi du serment, par les commissaires apostoliques, et reconnue, elle aussi, malgré ses soixante-dix ans, de parfaite raison et de très bon souvenir, elle déclara « que ladite dame de Chantai montroit surtout sa charité envers les femmes de Bourbilly dans le temps de leurs accouchements. Elle se souvient alors avoir ouï dire plusieurs fois à Marguerite Polot, sa bellemère, qu'elle accompagnoit toujours cette dame chez les femmes qui étoient en couche et en travail d'enfant, l'invitant ladite Potot sa servante à avoir toujours la même charité, et lui ayant donné beaucoup de biens à celte condition. Que pendant trois mois que la nommée Madeleine Fardeau, femme de François Milleton, laboureur audit Bourbilly, fut malade d'une couche, ladite dame ne manquoit pas de l'aller soulager journellement, en se faisant accompagner de ladite Polot sa servante, lui porloit des bouillons et autre nourriture, et, non contente de ce, ladite dame elle-même levoit et soulogeoit ladite Fardeau
1 Procès de canonisation. Dcpositlon des habitants de Bourbilly.
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dans la foiblesse de sa maladie, jusque-là même qu'elle la neltoyoit dans ses ordures, et la torchoit comme si c'eût été son enfant, et la revêtoit de ses chemises '. »
Le trait suivant, raconté par les mêmes témoins, est encore plus beau. Un soir, on vient avertir l\l"'ode Chantai que la femme d'Antoine Rigol, un des laboureurs de Bourbilly, était au plus mal, par suite d'un accouchement très laborieux qui mettait en péril la vie de la mère et celle de l'enfant. La sainte s'y rend en toute hâte et y passe une partie de la nuit, occupée à soigner la malade, dont on n'attendait plus rien. Enlin, pressée par tous ceux qui étaient là, elle consent à se retirer et à aller prendre un peu de repos. Elle était partie depuis quelques instants, lorsqu'un mieux sensible se déclare dans l'état de la malade, et l'accouchement, cet accouchement terrible qui devait amener la mort de la mère, a lieu comme par miracle. Qu'on juge de la joie d'Anloiae Rigol, mais qu'on dise surtout son étonnement, ses cris de reconnaissance, lorsque, ouvrant la porte de sa chaumière, il aperçut à genoux, par terre, à sa porte, en pleine nuit, la sainte baronne de Chantai , qu'il croyait partie, et à laquelle il se sentit aussitôt redevable de la vie de sa femme et de celle de son enfant. Ce sont là de ces scènes comme on n'en rencontre que dans la vie des saints; et quand on pense que celle qui se livrait à ces actes d'héroïque charité avait vingt et quelques années, un grand nom, une brillante fortune, tout ce
1 Procès de canonisatioa. Déposition des habitants de Bourbilly.
qui sollicite l'àme à jouir de la vie, les yeux se mouillent involontairement de larmes et l'on bénit Dieu, qui est admirable dans ses saints.
Souvent, au retour de ses courses, d'autres infortunes attendaient M™° de Chantai. Seigneur de Bourbilly, le baron y exerçait la justice, et tantôt pour un délit, tantôt pour un autre, des paysans étaient enfermc's dans les prisons du château. Notre sainte était l'ange de ces malheureux. Si la faute était légère, elle monlait trouver INI. de Chantai, et par ses prières et ses caresses elle obtenait la délivrance du prisonnier. Quelquefois même elle profitait de cette occasion pour faire à son mari de doux reproches sur sa vivacité. « Il est vrai, disait celui-ci, je suis un peu prompt, mais vous êtes trop bonne. » La faute, au contraire, était-elle plus grave, M. de Chantai avait-il été inflexible, elle allait en cachette visiter et consoler le prisonnier; et, comme le cachot était humide et malsain, le soir, lorsque tous les gens de la maison étaient retirés, elle l'en faisait sortir en grand secret, et le conduisait dans une chambre où elle lui avait préparé un bon lit. Le lendemain de grand matin, elle le reconduisait en prison, et, le cœur plein de cette joie qui accompagne tout acte de dévouement, elle venait, en souriant, souhaiter le bonjour à M. de Chantai '.
Pendant que notre jeune sainte laissait ainsi déborder de son cœur la tendresse et la force dont il était rempli, elle apprit tout à coup une nouvelle qui l'émut profondément. Marguerite, sa sœur aînée,
* Dcposilion de la sœur Z^Iarie-Aimée de Sonnaz, super art. xiv.
DE SAINTE CUANTAL 111
qui, on se le rappelle, était venue de Poitou en Bourgogne pour assister à ses noces, et qui depuis ne s'en était pas retournée, et avait continué à résider soit à Bouilly, soit à Semur chez le président son père, avait été saisie, à Semur, d'un mal soudain et si terrible, que M. Frémyot écrivait à sa fille de venir en toute hâte, si elle voulait encore embrasser sa sœur. M™° de Chantai y courut, et n'arriva que pour la voir mourir. Marguerite, qui avait vingt-trois ans à peine, était déjà mère de trois petits enfants, et enceinte depuis six mois d'un quatrième. Pour comble de malheur, M. le baron des Francs, souffrant déjà de cette maladie qui allait l'emportc-r si peu après, était aux eaux'. Qu'on juge de la douleur de la sainte à ce coup foudroyant ! Elle aimait tendrement Marguerite, qu'elle n'avait presque jamais quittée, et avec laquelle elle avait toujours vécu dans l'intimité la plus douce et la plus parfaite union -. Aussi la pleura-t-elle amèrement, et, en attendant le retour de M. des Francs, elle emmena ses petits orphelins au château de Bourbilly^ A cette douleur en succédèrent peu à peu deux autres
1 Journal du conseiller Breunot, 19 juin 1593.
2 Mémoires de la mère de Chaugy, p. 12.
<-' Voir à Époisses, dans l'élude de M" Jacob, notaire, l'original d'un contrat de mariage du 29 août 1601 , au bas duquel est apposée la signature de M'"<= de Chantai. C'est le contrat de mariage de l'ancienne femme de charge de M™» des Francs, que notre sainte avait amenée à Bourbilly avec les enfants de sa sœur, et qui ne quitta plus sa nouvelle maîtresse qu'en 1601 , pour se marier. Sainte Chantai signe au contrat, et l'ait un cadeau à la nouvelle épouse. On voit par ce contrat qu'en 1601 M. des Francs était décédé, el que M. le président Frémyot était tuteur des enfants orphelins.
qui furent plus sensibles encore au cœur de la sainle, mais sur lesquelles les recherches les plus minutieuses n'ont donné jusqu'ici aucun détail. Deux fois, en 1593 et 1594, elle eut le bonheur d'être mère, et deux fois elle vit ses enfants mourir sous ses yeux presque au sortir de son sein; éprouvant ainsi coup sur coup, avec ce qu'il y a de plus ineffable et de plus élevé dans le joie, ce qu'il y a de plus déchirant dans la douleur. Dieu commençait à approcher des lèvres de sa servante ce calice d'amerlume, dans lequel plus lard il la voulait faire boire à si longs trails; mais il ne faisait que l'approcher; et, avant l'heure des grandes épreuves, il lui réservait encore six années d'un pur et parfait bonheur. Elle y fut quatre fois mère, et vit cette tendre union avec M. de Chantai bénie d'un fîls et de trois filles. On aimerait à savoir quels sentiments remplissaient l'âme de la jeune sainte chaque fois que Dieu lui envoyait cette grande bénédiction d'être mère. Quelle reconnaissance pour un tel honneur! Quel amour pour cette jeune âme qui lui était confiée! Quelle piété plus grande, quelle pureté de cœur, quelle délicatesse, quelle union plus intime avec Dieu, afin de ne communiquer à ce petit être que des inclinations saintes! Malheureusement l'histoire est sur tout ceci d'une brièveté désespérante. On sait seulement que le premier acte de M™° de Chantai, au moment même où ses enfants naissaient, était de les prendre dans ses bras, de les élever vers le ciel pour les consacrer à Dieu, et les mettre sous la protection de la sainte Vierge. On sait aussi que, bien qu'elle fijt toute jeune, d'une santé délicate, chargée d'un grand train de maison, elle les voulut nourrir de son lait.
Là se bornent nos renseignements. Il faut donc attendre quelques années pour étudier M'"« de Chantai mère. Nous la verrons alors présider elle-même à l'éducation de ses enfants, former leur adolescence et leur jeunesse, et déposer dans leurs cœurs ces principes de solide vertu que son fils n'oubliera jamais, au milieu môme de la vie dissipée de la cour et de l'armée, et qui feront de ses filles de si fortes et de si aimables chrétiennes dans le monde.