‹ Histoire de Sainte Chantal et des origines de la VisitationChapitre 3 sur 65 · II · texte numérisé non relu

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d'autres raisons. Celse- Bénigne revint donc à Paris, où était sa mère, et, à peine arrivé, nous le retrouvons compromis non pas dans un duel, mais dans une de ces attaques inopinées comme il y en avait tant au dix- septième siècle, et où il ne fit, du reste, que défendre un de ses amis maltraité. « Je le crois bien , ma très chère sœur, écrit la sainte, le 12 mars 1620, à la mère de Bréchard, que vous avez été grandement touchée de l'accident qui est arrivé à mon fils; car vous avez un cœur si abondant en dilection pour moi, qu'il ressent tout ce qui me touche. Je ne vous en parlai pas en vous écrivant, parce que je n'y pensai plus, et que Dieu me fît la grâce d'être fort peu émue de cet accident, qui me fut dit assez crûment. Mais, en effet, ce fut une rencontre inopinée, et en laquelle un plus sage que lui n'eût dû refuser l'assistance et le secours à un ami maltraité ; mais tout cela selon le monde. Il n'a pas laissé d'en être en peine, sans incommodité toutefois, et tout cela est accordé. Le bon gentilhomme que les sergents voulaient emmener fut fort blessé, et n'est pas encore guéri. Mais, grâce à Dieu, tout le reste est sur pied. Vos prières ne seront pas inutiles à mon fils. Il en a besoin ^ »

Et quelque temps après, au bas d'une lettre adressée à la mère de Ghatel, elle ajoutait : « Je vous prie, ma très chère fille, obtenez -moi cette charité de nos sœurs, qu'elles prient fervemmentet persévéramment pour mon fils; que les plus unies à Dieu entreprennent cela. Je les en conjure, et vous particulièrement*. »

1 Lettres de sainte Chantai. Édit. Migne, p. 1022. « Ibid., p. 1113.

Avec une pareille vie, quoique du reste Celse- Bénigne eût les plus belles qualités de l'esprit et du cœur, on conçoit qu'il se rencontrât quelque difficulté à le marier. Aussi fallut-il attendre trois ans encore, au bout desquels la sainte, après d'activés et continuelles démarches, rencontra enfin une alliance comme celle qu'elle avait procurée à Françoise, « dans la-^ quelle elle ne trouvoit rien à reprendre, rien même à| désirer. » En 1624, elle demanda pour Celse-Bénigne la main de Marie de Coulanges, fille de Philippe, seigneur de la Tour-Coulanges, conseiller d'État et secrétaire des finances. C'était une jeune fille très riche, fort aimable, de la plus solide piété et en particulier d'une douceur charmante. La demande fut agréée, et notre sainte en bénit Dieu, « qui accordoit, disait-elle, une bonne fortune à son fils. » — « Il faut dire la vérité, ajoute Bussy-Rabutin en un mot où son orgueil étincelle, c'en étoit une considérable aussi pour la demoiselle : le baron de Chantai, jeune et bien fait, l'aîné de la maison de Rabutin, étoit un des plus parfaits cavaliers de son temps, soit par la vivacité de son esprit, soit par la brillante valeur dont il se distinguoit dans ces temps malheureux où l'on acquéroit de la gloire par les combats singuliers'. »

Le moment des noces venu, les deux familles firent de grands eff'orts pour obtenir que la vénérable mère de Chantai vînt y assister. Celse-Bénigne surtout n'oublia rien pour la décider. Mais, contente d'avoir assuré le bonheur de son fils, ne voulant pas, religieuse et fondatrice d'ordre, donner au monde et au

* Vie abrégée, p. 21.

cloître un tel exemple, elle refusa absolument d'assister à la cérémonie, où elle envoya du moins son cœur et ses vœux : « 0 Dieu, écrivait-elle à M"'° de Coulanges, avec quel soin vais-je répandre mon cœur et mes petites prières devant la douce miséricorde de Notre-Seigneur, afin qu'il lui plaise de bénir nos chers mariés de ses plus saintes grâces, en sorte qu'ils n'aient qu'un cœur et qu'une âme, et qu'ils vivent longuement et heureusement en la crainte de Dieu ! » Ainsi, de 1617 à 1624, dans ces années fécondes qui vont se dérouler devant nous, pendant lesquelles nous allons voir la mère de Chantai parcourir une partie de la France, fonder les maisons de Grenoble, de Bourges, de Paris, de Dijon, nouer et entretenir des relations avec saint Vincent de Paul, le cardinal de Bérulle, le père de Gondren, la mère Angélique Arnauld ; visiter Port- Royal, Maubuisson, les carmélites, les pénitentes, multiplier enfin les bonnes œuvres; tandis qu'elle faisait tout cela, elle faisait encore une autre chose que les historiens n'ont pas remarquée : elle s'occupait de marier son fils et sa fille, et elle achevait cette œuvre avec la perfection qu'elle mettait à tout, a J'admire la conduite de Dieu sur nous, écrivait le jeune baron à sa mère quelque temps après son mariage : quand vous seriez demeurée au monde selon nos souhaits, et que vous auriez pris les soins de nous avancer que votre amour maternel et votre nonpareille prudence auroient su vous faire inventer, vous n'auriez pas pensé à me loger mieux que je ne suis ; Dieu m'ayant donné en mon mariage tous les avantages souhaitables à ceux de ma condition, de mon âge et de mon humeur. »

Cette œuvre accomplie, il semble que la sainte aurait pu regarder sa mission comme terminée près de ses enfants. Mais la tâche d'une mère est -elle jamais finie? Vainement les affaires tombent sur elle comme des torrents; vainement l'amour de Dieu la saisit et l'emporte loin de la terre; au milieu de ses plus vives préoccupations de fondatrice comme sur les sommets les plus élevés du détachement et de la mort à elle-même, elle n'oublie pas un instant ses enfants. Elle partage toutes leurs joies; elle souffre de toutes leurs douleurs; elle prend intérêt aux moindres événements de leur vie; elle déploie enfin, nous le verrons, dans tous ses rapports avec eux, tant de tendresse, un si grand amour, un dévouement si rare, une sollicitude si active, si constante et si infatigable, que, si sa gloire de fondatrice n'eût éclipsé toutes ses autres gloires, et si les vierges consacrées à Dieu et nées de son souffle n'eussent sollicité l'honneur de l'avoir pour leur spéciale protectrice, on en aurait fait la patronne des mères et celle des orphelins.

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