CANONISATION DE SAINTE CIIANTAL
Le corps de sainte Chantai arriva à Annecy le 30 décembre 1641. De Moulins à Lyon, les officiers de M™^ de Montmorency, chargés de conduire le cortège funèbre , avaient fidèlement exécuté ses ordres ; ils avaient voyagé rapidement et secrètement. Lyon surtout avait été traversé la nuit et à la hâte, et les deux Visitations de cette ville n'avaient pas même su que le corps de leur sainte fondatrice passait à leur porte. Mais au sortir de Lyon, quand on eut fait quelque chemin du côté de la Savoie, les officiers de M™® de Montmorency, persuadés qu'il n'y avait plus de danger, ralentirent leur marche et laissèrent échapper leur secret. Aussitôt le voyage devint un triomphe. A Montluel, le peuple accourut en foule dans la chapelle de la Visitation, et les sœurs passèrent la nuit en prière autour de la châsse précieuse. A Belley, M^*" Camus sortit de la ville, vêtu pontilicalement, accompagné de son clergé, précédé de la musique, suivi d'une foule immense portant des flambeaux, et alla attendre s.ur la route les saintes reliques
tle la vénérable mère. A Saint -Rambert, à Seissel, â Rumilly, la foule augmenta encore. Partout les cloches sonnaient, les églises se tendaient de noir; on voyait sortir des villes et des villages des populations entières, jalouses de saluer une dernière fois la sainte fondatrice.
Mais nulle part la foule n'était si compacte et si émue qu'à Annecy. Le corps fut porté solennellement dans l'église du premier monastère de la Visitation , et la bière , ouverte pour satisfaire l'impatience et la pieuse curiosité du peuple. Un miracle éclatant manifesta, ce jour-là même, la sainteté de la mère de Chantai. Dans la foule de ceux qui s'approchaient pour baiser ses pieds, se présenta un jeune libertin livré publiquement à de honteuses passions. Or, au moment où il approchait ses lèvres, la sainte retira ses pieds. Tout le monde le vit, et poussa un cri de joie *.
Après qu'on eut donné quelques jours à la foule pour satisfaire sa dévotion, le saint corps, qui ne pouvait être inhumé dans l'église à cause des réparations qu'on y faisait alors, fut déposé dans le chœur intérieur du monaslère, et peu après, toujours pour la même cause, transporté dans la sacristie, où il demeura à peu près un an *. « Or, écrit la mère de Ghaugy, ce fut chose vraiment remarquable, qu'au même instant que le corps entra dans le monastère nos pauvres cœurs, qui, depuis la nouvelle de notre
1 Procès de béatification , t. Il, p. 309.
'>' Extrait des registres du greiïe de l'évêché de Genève. Inhumation et sépulture de la révérende mère sœur Jeanne- Françoise Frémyot dite de Chantai, première religieuse et Ibnùatrice do l'ordre de la Visitation Sainte- Marie.