‹ Histoire de Sainte Chantal et des origines de la VisitationChapitre 33 sur 65 · A SEPT HEURES DU SOIR, JOUR DE SAINTE -LUCIE · texte numérisé non relu

A SEPT HEURES DU SOIR, JOUR DE SAINTE -LUCIE

Quelque lourd que fût ce précieux trésor, les sœurs

^ Les détails suivants sont lires d'une circulaire adressée à tout rinslilut, le 2 janvier 1729, par la mère Françoise -Madeleine Favre de Gharmetle, supérieure de la Visitation d'Annecy>

ne voulurent céder à personne l'honneur de le porter, et, aidées seulement de leur confesseur, elles le mirent sur leurs épaules et le transportèrent dans la salle du chapitre.

Là, M^ de Genève fit ouvrir le cercueil de plomb; et alors, écrit la mère Favre de Gharmelte, « nous vîmes notre vénérable fondatrice, revêtue de notre saint habit, le chapelet au côté, un crucifix sur sa poitrine ; son petit habit paroissoit comme en entier avec quelques taches blanches causées par l'humidité du caveau , qui est situé sur un des canaux du lac. Nous aperçûmes sur le chef de la vénérable servante de Dieu un reste de couronne qui n'avoit pas perdu toute sa verdeur. Il ne paroissoit rien de dérangé dans sa personne. On la reconnoissoit au tableau original que nous avons. Un air de majesté et de sainteté qui se monlroit sur son visage attira toute notre vénération et notre respect, et nous rendions intérieurement grâces à Dieu de ce qu'il nous avoit faits les dépositaires d'un si précieux trésor... Au bas des mains de la vénérable servante de Dieu , nous trouvâmes une petite boîte scellée en deux endroits du sceau de la Visitation, en cire rouge d'Espagne. On l'ouvrit, et on y trouva des papiers qui apparemment étoient ceux dont il est parlé dans la Vie de cette grande servante de Dieu , et dont il est dit qu'elle avoit demandé qu'ils fussent ensevelis avec elle. Ces papiers étoient si usés, qu'on n'a pas pu les déchiffrer. »

Quand les sœurs eurent pendant longtemps vénéré leur sainte fondatrice, l'évêque les fit retirer, et, accompagné des commissaires ecclésiastiques et d'experts nommés par lui, il procéda à la reconnaissance

canonique des reliques, et fît tout disposer pour les ensevelir de nouveau, jusqu'au jour où l'Église permettrait de les placer sur les autels. Une nouvelle châsse en plomb, doublée de taffetas blanc et enfermée dans une châsse en noyer, fut préparée, et on laissa aux religieuses l'honneur et la consolation de revêtir de nouveaux habits religieux leur vénérable mère. L'étoffe en avait été filée et teinte par toutes les sœurs, et tous les habits faits par elles , à l'exception du voile, qui fut cousu par Son Altesse sérénissime M"'® la princesse.

La sainte ayant été entièrement revêtue, sa croix d'argent pendue à son cou avec le ruban de laine, le crucifix entre ses mains, une couronne sur sa tête, l'évêque permit qu'elle restât ainsi quelque temps exposée à la vénération des sœurs. Nulle plume ne saurait peindre le recueillement, la modestie, la joie sainte des religieuses agenouillées auprès de leur vénérable mère, et lui demandant « de les soutenir dans la fidélité aux saintes instructions qu'elle leui avait laissées, dans la fermeté et la pureté de la foi, et dans la parfaite soumission au Saint-Siège ». Un seul regret se mêlait à ces joies , c'est que toutes les sœurs de l'Institut ne fussent pas là, et que toutes ensemble, au lieu d'enfouir de nouveau sous terre ces reliques sacrées, elles ne pussent les porter triomphalement sur l'autel. Elles en avaient du moins l'espérance, mais qui ne devait se réaliser que bien tard; et, de toutes les sœurs qui assistèrent aux cérémonies que nous venons de décrire, bien peu devaient voir se lever ce jour après lequel elles soupiraient si ardemment.

Le procès de béatification n'avançait pas. Les années s'écoulaient, aggravant les anciennes difficultés, en apportant de nouvelles, et diminuant les espérances. Ce que l'on craignait arriva enfin. Le centième anniversaire de la mort de sainte Chantai sonna (1741) sans que les religieuses eussent le bonheur de voir leur vénérable mère sur les autels, sans que les fidèles pussent manifester en public les sentiments de vénération, de confiance et d'amour qui étaient dans tous les cœurs. Et déjà de toutes parts on commençait à direque de si actives démarches ayantété infructueuses pendant vingt-six ans, il était bien à craindre qu'elles ne le fussent toujours.

Dieu, cependant, avait résolu de ne pas retarder davantage la glorification de sa servante. En 1740, l'année même qui précéda le centième anniversaire de la mort de sainte Chantai , était monté sur le trône de saint Pierre un homme d'une science immense, et qui, ayant approfondi toutes les parties de la science sacrée, s'était spécialement occupé de la béatification et de la canonisation des saints, et composait alors sur ce difficile sujet un vaste et magnifique ouvrage en cinq volumes in-folio, trésor précieux d'érudition et de critique. Tour à tour consulteur du saint office, promoteur de la foi, avocat consistorial , secrétaire de la congrégation du Concile, canoniste de la sacrée pénitencerie, par ses charges comme par ses écrits, l'immortel cardinal Lambertini, qui prit le nom de Benoît XIV, était admirablement préparé à éclaircir toutes les difficultés qui entravaient alors la marche des procès de canonisation. Aussi, à peine assis sur la chaire de saint Pierre, il évoque toutes les causes

commencées, et en particulier celle de sainte Chantai, en presse l'examen , et, après de longues et sérieuse? discussions qu'il préside lui-même, il publie enfin, en 1751, le décret si impatiemment désiré de la béatification de sainte Chantai. Ce décret est un chefd'œuvre. Nous le donnons en entier, malgré sa longueur. On verra, en le lisant, ce que sont ces grands procès de canonisation que le monde connaît si peu, et avec quelle prudence, quelle sagesse, quelle inflexible sévérité sont conduites ces procédures à la suite desquelles d'humbles chrétiens montent sur les autels, aux applaudissements mérités du ciel et de la terre '.

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