Wartou, E^sai/ on r/othic arcliitscl
2. Bloxatu, Moiiumenlnl architecl. scu![)t., p. lil. Les plus aucieus exemple* sont ceux d<' Guillaume Loiitjue-Epée à Salisbury, des Ois de saiut Louis îi Royaumout-
c'est ainsi que, dans la société chrétienne, l'art a triomphé, avant la richesse, de l'inégalité de la naissance.
Quant à la peinture, quoiqu'elle ne fît que naître, déjà elle annonçait son glorieux avenir. Les vitraux, qui devenaient d'un usage universel, lui offraient un champ nouveau, en versant sur toutes les cérémonies du culte une nouvelle et mystérieuse lumière. Les étonnantes miniatures du Missel de saint Louis et des Miracles de la sainte Vierge^ par Gauthier de Goinsy, qu'on voit à la Bibliothèque royale, montrent ce que pouvait déjà produire l'inspiration chrétienne. En Allemagne commençait déjà à poindre cette école si pure, si mystique du bas Rhin, qui devait, plus que toute autre, unir le charme et l'innocence de l'expression à l'éclat du coloris. Et déjà la popularité de cet art naissant était si grande, que l'on ne cherchait plus l'idéal de la beauté dans la nature déchue, mais bien dans ces types mystérieux et profonds dont d'humbles artistes avaient puisé le secret au sein de leurs contemplations religieuses ^
1. Wolfram d'Eschenbach, uu des plus célèbres poètes de l'Allemagne à cette époque (1220), pour donner une idée de la beauté d'un de ses héros, dit que les peintres de Co^ logne ou de Maëstricht n'auraientpu le faire plus beau. Ap. Passavant, Kunstreise, p. 403,
Nous n'avons pas encore nommé l'Italie; c'est qu'elle mérite une place à part dans cette trop rapide énumération. En effet, cette patrie éternelle de la beauté devançait et surpassait déjà le reste du monde dans le culte de l'art chrétien ; Pise et Sienne, encore aujourd'hui si belles dans leur mélancolie et leur abandon, servaient de berceau à cet art et préparaient les voies à Florence, qui devait en être la première capitale. Quoique déjà peuplées depuis un siècle d'admirables édifices, Pise ciselait le délicieux bijou de Santa Maria délia Spina (1230), et préparait le Campo-Santo ', monument unique de la foi, de la gloire et du génie d'une cité chrétienne; Sienne voulait bâtir une nouvelle cathédrale (1225), qui devait tout surpasser, si elle avait pu être achevée. Dans ces deux villes, Nicolas Pisan ^ et son illustre famille fondaient cette sculpture si vivante et si pure qui donnait du cœur à la pierre, et ne devait finir qu'avec la chaire de Santa-Gruce à Florence. Giunta de Pise et Guido de Sienne annoncent en même temps,
1. Le plan eu fut conçu en 1200 par l'archevêque Ubaldo, et ne fut exécuté qu'eu 12TS.
2. Fleurit de 1230 à 1270: ses chefs-d'œuvre sont la chaire du Itaplistère de Pise, celui du Dôme de Sienne, et le tombeau de saint Dominique à fciologne.
dans la peinture, l'école grave et inspirée qui devait sitôt grandir sous Gimabuë et Giotto, et toucher au ciel avec le bienheureux moine de Fiesole. Florence accueillait une œuvre de Gimabuë comme un triomphe, et croyait qu'un ange était venu du ciel pour peindre cette tête vraiment angélique de Marie dans l'Annonciafioîi, que l'on y vénère encore '. Orviéto voyait s'élever une cathédrale digne de figurer au milieu de celles du Nord (1206-1214); Naples avait sous Frédéric II son premier peintre et son premier sculpteur ^; enfin Assise élevait dans sa triple et pyramidale église, au-dessus du tombeau de saint François, le sanctuaire des arts en même temps que d'une irrésistible ardeur pour la foi. Plus d'un franciscain se distinguait déjà dans la peinture ; mais l'influence de saint François sur les artistes laïques fut désormais immense : ils semblaient avoir trouvé le secret de toute leur inspiration dans le développement prodigieux qu'il avait donné à l'élément de l'amour ; ils placèrent désormais sa vie et celle de sainte Glaire à côté de celle du Christ et de sa mère, dans le choix de leurs sujets ; et Ton vit tous les
1. A l'église des Servîtes; elle lut pelote selon la légende eu l:2o2.