‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 2)Chapitre 3 sur 74 · Tue cil 122opar le comte d'Altetiii · texte numérisé non relu

Tue cil 122opar le comte d'Altetiii

vieilles libertés, et qui respiraient un si noble mélange de la pensée chrétienne avec les éléments de l'antique droit germanique, non encore altéré par l'importation gibeline du droit romain . Enfin, elle comptait déjà parmi ses preux un véritable monarque chrétien : car il croissait en silence, à l'ombre du trône des Hohenstaufen , ce Rodolphe de Habsbourg*, digne d'être le fondateur d'une race impériale, puisqu'il sauva sont pays de l'anarchie, et qu'il montra au monde un véritable représentant de Gharlemagne. On put deviner son règne, lorsqu'à son sacre, ne trouvant pas de sceptre, il saisit le crucifix sur l'autel et s'écria : «Voilà mon sceptre! je n'en veux pas d'autre. »

Si l'Empire semblait sorti de ses voies naturelles, en revanche la France le remplaçait en quelque sorte, et lui dérobait ce caractère de sainteté et de grandeur qui devait donner tant de lustre à la royauté très chrétienne. Mais ellemême renfermait dans son sein une plaie profonde qu'il fallait cicatriser à tout prix, pour que son unité et ses grandes destinées ne fussent pas àjamais compromises : c'était ce foyer d'hérésies à la fois antisociales et antireligieuses qui souil-

1. 11 fut présenté au baptême par Frédéric II en mai 1218. Raumer, III, 275.

laient le Midi, et qui étaient enracinées dans les masses corrompues qu'on a désignées sous le nom d'Albigeois. On sait aujourd'hui à quoi s'en tenir sur les mœurs et les doctrines de ces hommes qui avaient pour dignes représentants des princes dont les désordres font frémir, et que des historiens prévaricateurs ont si longtemps fait valoir aux dépens de la vérité et de la religion. On sait qu'ils furent au moins autant persécuteurs que persécutés * ; on sait qu'après tout ils étaient les agresseurs contre la loi commune de la société à cette époque. Non seulement la France, mais encore l'Espagne et l'Italie, eussent été dès lors perdues pour la foi et la vraie civilisation, si la croisade n'avait pas été victorieusement prôchée contre cet impur foyer de doctrines païennes et orientales. Sans doute, pour dompter cette rébellion contre le christianisme, on employa trop souvent des moyens déplorables dont la charité chrétienne a horreur, que la postérité doit réprouver, et que le Saint-Siège réprouva toujours, même au plus fort de la lutte. Mais il est reconnu aujourd'hui que ces cruautés étaient au moins réciproques; et l'on n'a pas encore, que nous sachions, trouvé le moyen de faire

I. Voyez Michelet Histoire de France, 11,470, et surtout la Vie de sanil Dominique, par le P. Lacoroaire.

la guerre, et surtout une guerre de religion, avec indulgence et aménité. Celui qui fut dans cette lutte terrible le champion du catholicisme, Simon de Monlfort, a sans doute terni une partie de sa gloire par une trop grande ambition et par une rigueur que la bonne foi ne saurait excuser ; mais il lui en reste assez pour que les catholiques ne rougissent plus de la proclamer hautement. L'histoire offre assurément bien peu de caractères aussi grands que le sien par la volonté, la persévérance, le courage, le mépris de la mort ; et, quand on songe à la ferveur et à l'humilité de sa piété, à la pureté inviolable de ses mœurs, à cet inflexible dévouement à l'autorité ecclésiastique qui l'avait fait se retirer tout seul du camp des croisés devant Zara, parce que le pape lui avait détendu de guerroyer contre les chrétiens, on conçoit tous les excès de son indignation contre ceux qui troublaient la paix des consciences et renversaient toutes les barrières de la morale. Son caractère et son époque se peignent à la fois dans ce mot qu'il prononça au moment d'entreprendre une lutte inégale : « Toute l'Église prie pour moi, je ne saurais succomber.» Et encore, lorsque, poursuivi par l'ennemi, et ayant passé avec sa cavalerie une rivière que les gens à pied ne pouvaient franchir, il la repassa

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avec cinq hommes seulement, en s'écriant : « Les pauvres du Christ sont exposés à la mort, et moi je resterais en sûreté 1 Advienne de moi la volonté du Seigneur, j'irai certainement avec eux ! »

La bataille décisive de Muret(12i2), qui assura la victoire de la foi, peint aussi, par le contraste de ses deux principaux personnages, la nature de cette lutte : l'un, MoutCort, à la tête d'une poignée de combattants, cherchant dans la prière et les sacrements les droits de demander une victoire qui ne pouvait être qu'un miracle; l'autre, Pierre d'Aragon, venant, affaibli par la débauche, se l'aire battre et tuer au sein de sa nombreuse armée.

Pendant que cette lutte s'achevait et préparait la réunion directe de ces provinces reconquises avec la couronne de France, un roi digne de son surnom, Philippe-Auguste, entourait cette couronne des premiers rayons de la gloire et de l'influence morale fondée sur la religion, qu'elle devait si longtemps conserver. Jeune encore, lorsqu'on lui demandait à quoi il songeait pendant ses longues et fréquentes rêveries : « Je songe, répondit-il, au moyen de rendre à la France l'éclat et la force qu'elle avait sous Gharlemagne. » Et, pendant son long et glorieux règne, il ne cesse de se montrer fidèle à cette grande pensée. La réu-

nioii de la Normandie et des provinces enlevées à l'assassin Jean sans Terre jette les véritables fondements de la puissance des monarques français. Après avoir fait ses preuves pour la cause du Christ à la croisade, il se montre pendant toute sa vie l'ami et le plus ferme ami de l'Église ^ ; et il le prouve par le plus pénible sacrifice, en triomphant de sa répugnance enracinée pour l'épouse que Rome lui imposait. Réconcilié avec son peuple par sa réconciliation avec elle, il reçoit bientôt du Ciel sa récompense dans la grande victoire de Bouvines (1215) ; victoire aussi religieuse que nationale, remportée sur les ennemis de l'Église aussi bien que sur ceux de la France. Gela est suffisamment établi par tout ce que les historiens nous ont transmis sur les projets impies des confédérés qui étaient tous excommuniés, par les ardentes prières des prêtres pendant le combat, par les belles paroles de Philippe à ses guerriers : « L'Église prie pour nous ; je vais combattre pour elle, pour la France et pour vous ^ » Autour de lui combattent tous les héros de la chevalerie française, Matthieu de Montmorency, Enguerrand de Coucy, Guillaume des Barres etGuérinde Senlis, pontife, ministre

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