Guillaume le Breton, etc
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et guerrier à la fois. L'ennemi défait ils s'associent à leur roi pour foncier, en l'honneur de la sainte Vierge, l'abbaye de Notre-Dame de la Victoire, destinée à consacrer, par le nom de Marie, la mémoire d'un triomphe qui avait sauvé l'indépendance de la France.
La grandeur de la royauté française, et sa domination sur les provinces méridionales qu'elle devait finir par absorber, ne firent que croître sous le règne court mais prospère de Louis YllI, mort victime de sa chasteté, ainsi que sous la brillante régence de Blanche de Gastille, aussi tendre mère que souveraine courageuse et sage, qui disait mieux aimer voir ses enfants mourir que commettre un péché mortel et qui n'en sut pas moins bien veiller à leur grandeur temporelle : Blanche, objet bien naturel du romanesque amour de Thibaut de Champagne, le poèLe-roi, et qui portait à notre sainte Elisabeth une si tendre dévotion *. Cette régence annonce dignement le règne de saint Louis, ce modèle des rois, sur qui la pensée de l'historien se reporte comme sur le personnage peut-être le plus accompli des temps modernes, tandis que la prière du chrétien honore en lui la réunion de toutes les vertus qui peuvent mériter le ciel. En
l. Voyez chap, xxvi de l'histoire.
lisant l'histoire de cette vie si sul)lirae et si louchante à la fois, on se demande si jamais le roi du Ciel a eu sur la terre un personnage plus fidèle que cet ange, couronné pour un temps d'une couronne mortelle, afin de montrer au monde comment l'homme peut se transfigurer par la foi et l'amour. Quel cœur chrétien pourrait ne pas tressaillir d'admiration en songeant à tout ce qu'il y a eu dans cette âme de saint Louis ; à ce sentiment si violent et si pur du devoir; à ce cuite exalté et scrupuleux de la justice ; à cette exquise délicatesse de conscience, qui l'engageait à répudier les acquisitions illégitimes de ses prédécesseurs, aux dépens même de la sûreté publique et de l'alTection même de ses sujets ; à celte sollicitude si tendre pour les âmes d'autrui, à cet amour immense du prochain qui débordait de son cœur, qui, après avoir inondé son épouse chérie, sa mère, ses frères, dont il pleurait si amèrement la mort, allait chercher le dernier de ses sujets, et le dirigeait vers la chaumière des pauvres, qu'il soulageait lui-même! Et cependant à toutes ces vertus de saint, il savait unir la plus téméraire bravoure ; c'était à la fois le meilleur chevalier et le meilleur chrétien de France : on le vit à Taillebourg et à la Massoure. C'est qu'il pouvait
combattre et mourir sans crainte, celui qui avait fait avec la justice de Dieu et des hommes un pacte inviolable ; qui savait, pour lui rester fidèle, être sévère contre son propre frère; qui n'avait pas rougi, avant de s'embarquer pour la croisade, d'envoyer par tout son royaume des moines mendiants, chargés de s'informer auprès des plus pauvres gens s'il leur avait été fait quelques torts au nom du roi, et de les réparer aussitôt à ses dépens. Aussi, comme s'il eût été une sorte d'incarnation de l'équité suprême, il est choisi pour arbitre dans tous les grands procès de son temps, entre le pape et l'empereur, entre les barons de l'Angleterre et leur roi : captif et enchaîné par les infidèles, c'est encore lui qu'ils prennent pour juge. Poussé deux fois par l'amour du Christ sur la plage barbare, après la captivité il y trouve la mort ; c'était une sorte de martyre, le seul qui fût à sa portée et le seul digne de lui. Sur son lit de mort il dicte à son fils ses mémorables Instructions, les plus belles paroles qui soient jamais sorties de la bouche d'un roi. Avant de rendre le dernier soupir, on l'entend murmurera voix basse : « 0 Jérusalem, Jérusalem ! » Était-ce à celle du ciel ou à celle de la terre qu'il adressait ce regret ou cet espoir sublime? Il n'avait pas voulu
entrer dans celle-ci par traité et sans son armée, de peur que son exemple n'autorisât les autres rois chrétiens à faire de même. Ils firent mieux : pas un n'y alla après lui. Il fut le dernier des croisés, des rois vraiment chrétiens, des rois pontifes : il en avait été le plus grand. Il nous a laissé deux monuments immortels, son oratoire et son tombeau, la Sainte-Chapelle et Saint- Denis, tous deux purs, simples, élancés vers le ciel comme lui-même. Il en a laissé un plus beau et plus immortel encore dans la mémoire des peuples : le chêne de Yincennes.
En Angleterre, la race perverse des rois normands, tous oppresseurs de leur peuple et tous oppresseurs acharnés de l'Église, n'avait pu opposer à Philippe- Auguste que l'infâme Jean sans Terre, et à saint Louis que le pâle et faible Henri III. Mais si la royauté y est scandaleuse, l'Église y brille de tout son éclat, et la nation y conquiert de vitales et durables garanties. L'Église surtout avait été heureusement dotée en Angleterre d'une suite de grands hommes sur le siège principal de Gantorbéry, qui est peut-être sans pareil dans ses annales. Etienne Langton fut, sous le règne de Jean, le digne successeur de saint Dunstan, de L'anfranc, de saint Anselme, de saint Thomas Becket et le
digne représentant d'Innocent III. Après avoir défendu avec une invincible intrépidité les franchises ecclésiastiques, il se place à la tête des barons insurgés et réunis en armée de Dieu et de la sainte Église. Cette sainte ligue arrache au roi Jean la célèbre Grande Charte, base de cette constitution anglaise que les modernes ont tant admirée, oubliant sans doute qu'elle n'était que le produit de l'organisation féodale, et que cette charte même, loin d'être une innovation, n'était qu'une réhabilitation des lois de saint Edouard, une confirmation du droit public de toute l'Europe de cette époque, fondé sur le maintien de tous les droits anciens et individuels. Sous Henri III que le Saint-Siège maintint seul sur son trône chancelant en empêchant la réunion avec la France par la conquête du fils de Philippe- Auguste, rÉglise eut aussi ses défenseurs courageux et ses nobles victimes dans saint Edmond de Gantorbéry, mort dans l'exil en 1242, et dans saint Richard de Winchester; et la nalioa acheva de conquérir ses libertés, sous la conduite du noble fils de Simon de Monfort, brave et pieux comme son père, vaincu et. tué à. la fin de sa carrière, mais non avant d'avoir tait de cette guerre populaire une croisade et introduit les députés du peuple dans ia première assemblée
politique qui aif porté le nom, depuis si glorieux, de Parlement britannique (1258.)
Vers le même temps, en Ecosse, on voit le pieux roi Guillaume, allié d'Innocent III, afin de donner une preuve de son amour pour l'Église et la sainte Vierge, ordonner que le pauvre peuple se reposerait de ses travaux tous les samedis depuis midi (1202). Dans les royaumes Scandinaves, le treizième siècle commence sous le grand archevêque Absalon de Lund (1201), à la fois guerrier intrépide et saint pontife, bienfaiteur et civilisateur de ces peuples. La Suède grandissait sous le petit-fils de saint Éric; et la Norwège, oii s'était conservé le plus de traces de l'ancienne constitution germanique, goûtait sous Haquin V (1217-1263), son législateur principal, un repos inaccoutumé. Waldemar le Victorieux (1202-1252), le plus illustre des rois de Danemark, étendait son empire sur toutes les terres méridionales de la Baltique ; et, préludant à l'union de Calmar, concevait et était à la veille d'exécuter un projet grandiose de réunir sous un seul chef tous les pays riverains de la Baltique, lorsque la bataille de Bernhoveden (1227), vint donner le dessus aux races germaniques sur les races Scandinaves. Mais, dans tout le cours de ses conquêtes, il ne perdait jamais de vue la conversion
des peuples païens, à laquelle le Saint-Siège l'exhortait sans cesse ; ses elforts pour la propagation de la foi en Livonie se rencontraient avec ceux de l'Ordre des Porle-Glaives, fondé dans ce seul but (1203), et plus tard avec l'Ordre Teutonique. La translation des principales forces de ce dernier Ordre en Prusse, pour y implanter le christianisme (1234), est un fait immense dans l'histoire de la religion et de la civilisation du nord de l'Europe ; et si les passions humaines vinrent trop tôt se mêler à cette croisade, qui dura deux siècles, il n'en faut pas moins reconnaître que le christianisme ne pénétra que grâce à elle dans ces populations obstinées, et admirer tout ce que firent les papes pour adoucir le régime de la conquête ^ Sur la même ligne, la Pologne otfrait déjà les bases du royaume orthodoxe-; l'archevêque Henri de Gnesen, légat d'Innocent III, y rétablissait la discipline et la liberté ecclésiastique contre les attaques du duc Ladislas ; sainte Edwige, tante de notre Elisabeth, y donnait sur le trône l'exemple des plus austères vertus et olïrait à Dieu, comme un holocauste,
1. Eu 1249, un légat du pape alla eu Prusse pour garantir aux populations conquises la liberté de mariage et de succession, etc.