Sanabiles fecit nationes terrae, Sap. I
tinée des choses humaines, mais nous regrettons amèrement l'câme, le souffle divin qui les animait, et qui s'est retiré des institutions qui les ont remplacées. Ce n'est donc pas la stérile contemplation du passé, ce n'est pas le dédain ni le lâche abandon du présent que nous prêchons ; encore une fois, loin de nous cette triste pensée ! Mais comme l'exilé, banni de ses foyers pour être resté fidèle aux lois éternelles, envoie souvent une pensée d'amour à ceux qui l'ont aimé et qui l'attendent dans la patrie; comme le soldat, combattant sur des plages lointaines, s'enflamme au récit des batailles que ses aïeux y ont gagnées ; ainsi qu'il nous soit permis à nous , que notre foi rend comme exilés au milieu de la société moderne, d'élever nos cœurs et nos regards vers les bienheureux habitants de la céleste patrie, et, humbles soldats de la cause qui les a glorifiés, de nous enflammer aussi au récit de leurs luttes et de leurs vic-loires !
Nous ne savons que trop tout ce qu'il y avait de souffrance, de crimes, de plaintes dans les siècles que nous avons étudiés; comme il y en a toujours eu, comme il y en aura toujours, tant que la terre sera peuplée d'hommes déchus et pécheurs. Mais nous croyons qu'il y a, entre les maux de ces siècles et ceux du nôtre, deux incalculables ditîérences.
D'abord l'énergie du mal rencontrait partout une énergie du bien qu'elle semblait augmenter en la provoquant au combat, et par qui elle était sans cesse vaincue avec éclat. Cette glorieuse résistance avait son principe dans la force des convictions qu'on reconnaissait, dans leur influence sur la vie entière : dire que cette force n'a pas diminué à mesure que la foi et la pratique religieuse se sont retirées des âmes, ce serait assurément contredire l'expérience de l'histoire et les souvenirs du monde. Nous sommes loin de contester d'éclatants progrès sous certains rapports, mais nous dirons avec un éloquent écrivain de nos jours dont les paroles montrent assez que sa partialité pour les temps anciens ne doit pas être suspecte : « Certainement la moralité est plus éclairée aujourd'hui ; est-elle plus forte?... Qui ne tressaille de joie en voyant la victoire de l'égalité?... Je crains seulement qu'en prenant un si juste sentiment de ses droits, l'homme n'ait perdu quelque chose du sentiment de ses devoirs. Le cœur se serre quand on voit que, dans ce progrès de toutes choses, la force morale n'a point augmenté '. »
Puis ces maux, dont le monde souffrait et se