‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 2)Chapitre 59 sur 74 · DE LA GRANDE DEVOTION ET HUMILITE DE LA CHÈRE SAINTE ELISABETH · texte numérisé non relu

DE LA GRANDE DEVOTION ET HUMILITE DE LA CHÈRE SAINTE ELISABETH

Mittet radiceni deorsura et fueiet fructum siirsuia.

rX Rfg., X!x, 30.

Assez se rtt dou siècle catrange, A Dieu servir tout son cuer mettre, Car si eora tesmoigne la lettre Vertus planta dedans son cuer...

Tous vie. s de sa vie osta, De Dieu s'o.•^te qui tei hoste a ; Ne peut amer Dieu par araors»

Escole fat de bonesmors, Essample fu de pénitence, Et droit miraouers d'innocence.

RuTEHEnr, Mss.

Il était impossible qu'Éiisabeth pût se livrer à l 'amour du prochain avec un si merveilleux dévouement, sans que l'amour de Dieu eût inondé et maîtrisé son cœur. Pour aimer ses frères autant et plus qu'elle-même, il fallait bien qu'elle aimât Dieu par-dessus toutes choses. Aussi la Yo yons-nous chaque jour faire de nouveaux progrès dans cette science sublime : chaque jour l'humilité, qui avait été la première compag-ne de son enfance, croissait dans son àme, et remplis-

sait cette sainte demeure ; car elle s'y trouvait à merveille, selon l'expression d'un de ses poétiques biographes. Chaque jour, aidée par cette divine amie, elle apprenait mieux à dompter tout ce qui lui restait de terrestre dans le cœur ; de sorte que, malgré son extrême jeunesse, malgré les devoirs de son état et les distractions de sa position, elle était parvenue à un degré de repos et de confiance en Dieu que les g-rands saints auraient p u envier.

Pour y arriver comme pour s'y maintenir, elle n'avait pas eu de secours plus efficace et plus constant que la pratique fidèle des commandements que cette mère inépuisable en bienfaits olire à tous ses enfants. Elle communiait très souvent, quoique toujours avec crainte et respect, Elisabeth comprenait avec toute l'intellig'ence de la foi le prix ineffable de ce trésor. Elle assistait aux offices divins avec un respect mêlé de crainte et d'amour, et avec un empressement sans ég"al. A peine entendait-elle sonner la cloche qui annonçait l'office, qu'elle volait en quelque sorte à l'ég-lise, et cherchait toujours à y arriver avant ses suivantes ; aussitôt son arrivée, elle faisait à la dérobée plusieurs génuflexions accompagnées de prières ferventes, comme des confidences secrètes à son Père céleste.

Pendant la messe, elle cherchait à témoigner par des actes d'humilité extérieure la tendre re-

connaissanre que lui inspirait le sacrifice toujours renouvelé de la victime innocente et suprême. Oblig-ée, par égard pour la présence de son époux et pour ne point scandaliser les fidèles, de se revêtir d'un costume conforme à son rang-, elle manifestait l'humilité de son cœur par la modestie et la réserve de sa tenue ; comme aussi en se dépouillant, en présence des autels, de tous les ornements qu'elle pouvait déposer et reprendre sans gêne, comme par exemple sa couronne ducale, ses bracelets, ses bag-ues et ses g-ants. C'est ce qu'elle faisait surtout pendant la lecture de VKvang-ile, et au moment de la consécration et de la communion, Ur il arriva un jour que, pendant le canon de la messe, comme elle priait avec ferveur les mains modestement jointes et cachées sous son manteau, et son voile relevé afin de pouvoir contempler la sainte hostie, une lumière céleste vint l'entourer. Le prêtre qui était à l'autel, homme d'une vie et d'une renommée très saintes, vit au moment de la consécration le visage de la duchesse réiléchir une splendeur si grande, qu'il en fut tout ébloui ; et, jusqu'à la communion, il se trouva entouré des rayons qui jaillissaient autour d'elle, comme s'il avait été en plein soleil. Pénétré de surprise, il rendit grâce à Dieu de ce qu'il avait manifesté par une lumière visible et merveilleuse la lumière intérieure de cette àme sainte, et raconta plus lard ce qu'il avait vu.

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