‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 3)Chapitre 10 sur 63 · Vidit de Gliri?ti latere sauguinem largiter cxirc spis · texte numérisé non relu

Vidit de Gliri?ti latere sauguinem largiter cxirc spis

n'était pas plus liquide ni plus plus pur : la même voix lui répliqua que c'était là l'effet du brisement de tous les membres divins, et des affreuses douleurs que le Fils de Dieu avait endurées par la suspension de son corps sur la croix.

Toutes ces merveilleuses visions excitaient dans le tendre cœur d'Elisabeth une douleur excessive de ses péchés, dont l'expiation avait coûté tant de supplices à la victime souveraine. Comme elle versait un jour à ce sujet d'abondantes larmes, son divin Consolateur lui apparut, et lui dit : « Ne te tourmente plus, très chère fille, car tous tes péchés te sont remis ; moi, j'en ai été puni dans tous les membres et dans toutes les parties de l'être par où tu as pu offenser ton Créateur. Sache que tu es pure de tout péché ' . — Si je suis sanctifiée, répondit Elisabeth, pourquoi ne puis-je cesser de vous ofi'enser? — Je ne t'ai pas sanctifiée, lui fut- il répondu, au point de ne pouvoir plus pécher ; mais je t'ai donné la grâce de m'aimer tellement, que tu aimes mieux mourir que de pécher -. »

sum et turbiduiu supra modum ; de quo cum plurimum miraretur audivit, etc. Ibid.

1. Die quadam duin peccata sua amarissime fleret, apparuit ei coQSolator Jésus... Noli, carissima filia, amplius angustiari, quia oinnia peccata sunt tibi dimissa. Ego enim ia omnibus membris et locis et partibus fui afflictug in quibus offeadisti Creatorem tuum. Ibid.

2. Si, inquit, ita sanctificata sum, quare non possum cessare vos offendere ?. .. Non te sanctificavi quod peccare non

Cependant l'âme si délicate et si humble d'Elisabeth, loin de puiser dans ces insignes faveurs de son Dieu une confiance excessive, semble au contraire n'y avoir vu qu'un motif de plus pour se mépriser elle-même, pour se défier de ses forces, pour exagérer à ses propres yeux son indignité. Pendant qu'elle foulait aux pieds les épreuves extérieures et les persécutions si cruelles dont elle venait d'être l'objet, elle trouvait en ellemême, dans les scrupules et les terreurs de son humilité, une source abondante d'amertume. Mais le Dieu à qui elle avait fait le don exclusif de sa vie et de son cœur veillait toujours sur ce trésor ; et, comme s'il avait voulu lui faire goûter successivement toutes les consolations qui sont l'apanage de ses enfants de prédilection, comme s'il avait voulu l'amener et l'unir à lui par les liens les plus doux et les plus puissants à la fois, il chargea celle ([ue nous nommons chaque jour la santé des malades, le refuge des pécheurs, la consolatrice des affligés, de guérir cette jeune âme toute languissante, malade et désolée d'un excès d'amour, et que cet excès même entraînait dans des fautes contre l'espérance et la foi. La Reine du ciel devint désormais l'mtermédiaire de toutes les grâces et de toutes les lumières que son divin Fils voulut répandre sur l'épouse qu'il s'était réservée depuis

posses, sed ratioue gratiic qiiain titii dedi, qna me taiu dlligis ut mori magis eligas quam peccarc.

le berceau. Marie eut pour notre Elisabeth la même condescendance que pour sainte Brigitte et plusieurs autres saintes illustres dans la mémoire des chrétiens; elle lyi apparut maintes fois pour l'instruire, Téclairer, la fortifier dans les voies où Dieu rappelait àmarcher. Celle que l'Ég-lise nomme toujours mère, souveraine, guide et maîtresse de tous les hommes \ ne dédaig-nait pas de guider chaque pas de cette jeune et humble amie de son Fils. La tradition détaillée de ces entretiens sacrés, recueillie d'après les récits d'Elisabeth elle-même, a été conservée à la postérité catholique dans les annales de l'ordre de Saint-François, et surtout dans les inappréciables documents rassemblés par les savants jésuites de Belgique, à l'effet d'achever leur collection des Actes des Saints-. Grâce à ces précieux monuments, il nous

1. Patrocinio Virgiuis sauctissiuice implorato, quœ omnium mater est, domina, dux et magistra... Bref de Grégoire XVI à Mgr l'évoque de Rennes, du 3 octobre 1833.

2. Les travaux imprimés des Bollandistes s'arrêlent, comme on sait, au 13 octobre; mais ils avaient préparé et coordonné une foule d'extraits et de documeuts sur l'histoire des saints de tous les autres jours, jusqu'à la fin de l'année. Cette collection se trouve aujourd'hui à la bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles. Ceux relatifs à sainte Elisabeth, recueillis par les Pères qui voyageaient ad hoc dans divers couvents d'Allemagne à la fin du dix-septième siècle, occupent les deux tiers d'un volume in-folio de pièces diverses consacrées aux saints du 19 novembre. Les passages que nous allons citer s'y trouvent sous la rubrique suivante : Revelaliones beatee Marix factse Elisabeth, fili3s

est permis d'admirer de loin la douce familiarité et la sollicitude maternelle avec laquelle Marie s'associait à toutes les émotions, à toutes les crises qui agitaient le cœur trop tendre et trop scrupuleux d'Elisabeth, et comment elle lui servait d'auxiliaire dans ces luttes intérieures, si fréquentes chez toutes les âmes prédestinées. Aussi ne craindrons-nous pas de reproduire, tout en les abrégeant, ces récits touchants, avec la confiance et la pieuse admiration qu'ils doivent exciter dans tout cœur vraiment catholique.

Piien ne saurait surpasser la douce condescendance qui présida à l'origine de ces célestes communications. Un jour que la veuve affligée cherchait intérieurement son bien-aimé avec ferveur et anxiété, sans pouvoir le trouver, sa pensée vint s'arrêter sur la fuite de Jésus en p]gypte, et elle conçut un vif désir d'en être instruite par quelque saint moine. Tout à coup la très sainte Vierge lui apparut, et lui dit : « Si tu veux être mon élève,

7'e(/is llungariie. Une note, qu'il nous a été impossible de déchiffrer, indique le nom du couvent où ce mauuscrit a été trouvé : mais la comparaison des écritures nous porte à croire qu'il a été copié et envoyé parle P. William, qui a transmis plusieurs autres pièces du même volume, de Welzlar et des environs, où il se trouvait eu 169(5. — M. Sltediler, dans sa traduction allemande de notre Histoire a reproduit ces révélations dans toute leur étendue: Il croit qu'elles ont été rédij,'ées par Mariauus Fioreutinus, chrouitiueur frauciscaiu, mort eu 1523, et cité îi cotte occasiou par Wadainjj, Ann. Minoruin.

moi je serai ta maîtresse ; si tu veux être ma servante, moi je serai ta dame. » Elisabeth, n'osant se croire dig-ne de tant d'iionneur, dit : « Alais qui êtes-vous, qui me demandez pour élève et pour servante? » Marie répondit aussitôt: « Je suis la mère du Dieu vivant, et je te dis qu'il n'y a point de moine qui puisse mieux t'instruire là-dessus que moi. » A ces mots, Elisabeth joignit les mains et les étendit vers la Mère des miséricordes, qui les prit entre les siennes et lui dit : « Si tu veux être ma fille, moi je veux être ta mère ; et, quand tu seras bien instruite et obéissante comme une bonne élève, une servante fidèle et une fille dévouée, je te remettrai entre les mains de mon fils. Évite toutes les discussions, et ferme les oreilles à toutes les injures qu'on dit de toi. Souviens-toi que mon Fils s'est enfui en Egypte pour échapper aux embûches d'Hérodei. »

Cependant une si éclatante faveur ne suffit point pour tranquilliser complètement Elisabeth ; sa défiance d'elle-même ne fit qu'augmenter; mais la mère qui l'avait si généreusement adoptée ne devait plus l'abandonner. Le jour de sainte Agathe (5 février) -, comme elle pleurait amèrement sa

1. nia mauus juuxit et porrexit quas inter suas recepit Beata Virgo... «Si vis esse filia, ego volo esse tua mater ; et quando eris bene instructa... ego te inittam iu manus Filii mei. Fuge conteutiones... Recordare quod Filius meus, » etc. Ibid.

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