‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 3)Chapitre 19 sur 63 · Ipsos etiam uteri mei dilectissiraos parvulos, quo? te · texte numérisé non relu

Ipsos etiam uteri mei dilectissiraos parvulos, quo? te

ucrriuio ainplexu affectab.im, jam vclut alienos iatueor,

Deo teste : ipsi eos obtuli et commisi, ipse de eis ordinet,

et impleat sure beneplacitum voluntatis.. . NuUain creatu-

ram, sed solum omnium diligo Creatorem. Ibid.

2, Probablement de l'année 1230 ; selon d'autres, 1229.

religieux franciscains, poser ses saintes mains sur la pierre nue de l'autel, et jurer de renoncer à sa propre volonté, à ses parents, à ses enfants, à ses alliés, à toutes les pompes et à toutes les joies de ce monde. Pendant que maître Conrad célébrait la messe, le frère Burkhard, gardien des Frères Mineurs de la province de Hesse, qui la regardait comme sa fille et son amie spirituelle, lui coupa les cheveux, la revêtit de la tunique gTise et la ceignit du cordon, qui était la marque distinctive de rOrdre de saint François. Elle conserva ce costume, allant en outre toujours nu-pieds jusqu'à sa mort ^ A dater de ce moment, comme pour effacer toutes les marques de sa grandeur passée, elle fit substituer, sur les ceau dont elle se servait, la figure d'un Franciscain déchaussé aux armoiries de sa famille et de son époux.

Guta, sa demoiselle d'honneur, qui avait été sa fidèle et inséparable compagne depuis l'enfance, ne voulut point commencer maintenant à mener une vie différente de sa chère maîtresse: elle prit

1. Cod. Heidelb , p. 23. Ce narrateur contemporaiu ajoute que le roi de Hongrie, Etienne, neveu de sainte Elisabetli, étant venu Yisiter un couvent a Strigonie, et ayant vu dans l'église un tableau où la sainte était représentée sans corde autour des reins, et avec des souliers, ordonna sur-le-champ de la faire repeindre avec une corde et sans souliers. Nous verrons plus tard la grande influence que l'exemple d'Elisabeth exerça sur plusieurs princes de sa maison.

en même temps l'habit du Tiers-Ordre, et renouvela solennellement le vœu de chasteté qu'elle avait fait quelques années auparavant, du vivant du duc Louis. Cette douce communauté de vie et d'intention assurait au moins à Elisabeth une consolation qu'elle se serait peut-être refusée, si elle en avait eu la conscience, et qui devait d'ailleurs ne lui être que trop tôt enlevée. Mais il lui fallut dès lors éloigner d'elle ses enfants, qu'elle se reprochait daimer avec tant de passion. Son fils Hermann, le premier-né, héritier des États de son père, et déjà âgé de six à sept ans, fut conduit au château de Greuzburg pour y rester sous bonne et sûre garde, jusqu'au moment où il pourrait prendre les rênes du gouvernement que son oncle tenait en attendant. Il est probable que le même lieu servit de résidence à sa fille aînée Sophie, déjà fiancée au jeune duc de Brabant. Sa seconde fille retourna à fabbaye de Kitzingen, où elle devait prendre le voile, et où elle passa le reste de ses jours. La plus jeune de toutes, Gertrude, à peine âgée de deux ans, née depuis la mort de son père, fut envoyée au couvent des religieuses Prémontrées dAltenberg, près Wetzlar. Tout le monde s'étonna de ce que cette jeune princesse était placée dans une maison si pauvre et qui venait à peine d'être fondée, et l'on en (it de vifs reproches à Elisabeth ; mais elle répondit que cela avait été convenu entre son mari et elle au rao-

ment de leurs adieux, et avant même la naissance de l'enfant : « C'est le ciel, » disait-elle, « qui nous a inspiré de choisir ce monastère ; car il veut que ma fille contribue à l'avancement spirituel et temporel de cette sainte maison , »

Voilà donc son sacrifice accompli, son divorce avec la vie consommé, par un de ces efforts qui vont même au delà des prescriptions du devoir chrétien. Il ne lui reste plus rien à abdiquer, tout est mort pour elle dans le monde, et à ving't-deux ans elle peut dire, comme l'Apôtre : Je vis, mais ce n'est plus moi qui vis ; c'est Jésus-Christ qui vit en moi -.

C'est aussi là que le monde, et les princes de ce monde, qui l'avaient toujours poursuivie de leur

1. Chronique manuscrite d'Altenberg, ciiez le prince de Solms à Braunfels, citée parJusti. Vorzeit de 1823, p. 271. La proliétie de la sainte fut vérifiée; car Gertrude, après avoir donné l'exemple de toutes les vertus monastiques dans sa jeunesse, fut élue abbesse à vingt et un ans, et gouverna pendant cinquante ans avec une sagesse qui porta cette maison k un haut degré de prospérité. Elle y mourut en 1297. — L'abbaye d'Altenberg, située sur une hauteur qui domine la rive septentrionale de la Lahn, à une lieue de l'ancienne ville impériale de Wetzlar, sécularisée lors de la grande confiscation de 1803, sert aujourd'hui de résidence au prince de Solms-Braunfels. Ses bâtiments très vastes, avec une grande église, sont conservés en entier : ils doivent dater de la fia du dix-septième siècle. La tombe de l'abbesse Gertrude existe encore dans l'église et en fort bon état.

2. Vivo autem, jam non ego : vivit vero in me Christus. Gai., H, 20.

haine, l'atteadaient pour redoubler leurs attaques et leurs outrages. Ce ne fut plus qu'une seule voix chez les grands et les sages de ce temps-là pour insulter à cette épouse du Christ, et pour proclamer hautement sa folie ' ; et ils ne se trompaient pas, car elle avait compris et embrassé dans toute sonctendue lafolie de la Croix.

Ce qui se disait alors à la cour de Thuringe aura sans doute été bien souvent répété par beaucoup de ceux qui ont connu son histoire, et qui, tout en goûtant quelques frais et poétiques détails de ses premières années, auront été rebutés à cette crise décisive de sa vie. Quoi ! se sera-t-on dit, si jeune encore, ayant tant de devoirs à remplir, tant de bonheur légitime à goûter, aller choisir une existence si extraordinaire! s'imposer des douleurs si supertlues ! se dérober aux soins de ses enfants, à toutes les obligations de la vie ! Et tant d'autres raisonnements futiles, dont estsi riche cette sagesse profane, qui ne sait que calomnier tout ce qui est au-dessus de son égoïsme ou de sa faiblesse.

Chrétiens! telles ne seront pas nos pensées à la vue du triomphe de notre héroïne chrétienne. Parce que nous sommes trop faibles pour l'imiter et la suivre, nous ne serons pas assez aveugles

1. A luagiiatibus terrœ contumelia?, blasphcaiias et iiiigaum coutemptuin sustiuebat... Fréquenter multonim iletractiouibus, oJii?, pressuris, iuviJiis et caluiniiiis subjacebat. Dict. IV, Ancill., p. 202S.

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pour ne pas l'admirer. Nous nous inclinerons avec un tendre respect devant ces secrets de l'amourdivin, devant cette obéissance absolue aux solennelles paroles du Sauveur : Celui qui vient à moi, et qui ne hait pas son père, sa 7nére, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même encore son âme, celui-là ne saurait être mon disciple.

Que lefoonde l'insulte et la méprise, il ne faut pas s'en étonner ; car, comme le Christ, elle a vaincu le monde. Dans cette guerre qu'il déclare dès le berceau à l'âme rachetée par le sang- de Dieu, elle a noblement combattu. De sa jeune main elle a ramassé sans crainte le g-ant qu'il lui avait jeté. Elle a eng-ag-é la lutte, non pas retirée loin de lui et à l'abri de ses coups, mais vivant au milieu de ses attaques et de ses innombrables pièges. A un âge où les yeux de l'àme, à peine entr'ouverts, rendent excusables tant de fautes, elle a déjà confondu toutes ses fausses hontes, tous ses préjugés, tous ses mensong-es. Elle a dénié ses droits sur elle, désobéi à ses lois, bravé ses calomnies, méprisé ses mépris. Elle l'a -vaincu partout et toujours ; vaincu dans l'éclat des richesses et la pompe des cours, comme dans l'amertume de la faim et de la misère ; vaincu dans les plus douces et les plus légitimes affections du cœur, comme dans ses plus dures épreuves, dans l'abandon, la solitude, la mort. Ni le lien conju-

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gai, ni le sein maternel, ni la réputation, ce dernier bien terrestre, elle n'a rien épargné en elle. Et si maintenant elle se retire loin de son ennemi, c'est ([ue, victorieuse, elle a (ini son combat. Descendue tout enfant sur le champ de bataille, elle ne le quitte qu'après avoirterrasséson adversaire. Maintennnt qu'elle a foulé aux pieds le serpent confondu, qu'il lui soit donc permis dedéposerles armes et d'aller attendre, au sein des mystérieuses joies de la pauvreté et de l'obéissance, le jour du triomphe éternel.

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