‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 3)Chapitre 21 sur 63 · On se rappelle sa coûver?aliou avec Joinville, quand il · texte numérisé non relu

On se rappelle sa coûver?aliou avec Joinville, quand il

glelerre, faisait de même. La comtesse Sibylle de Flandre, ayant accompagné son mari Théodoric à Jérusalem en 1156, alla passer le temps que le comte employait à combattre les infidèles dans l'hospice de Saint-Jean l'Aumônier, pour y soigner les lépreux. Un jour qu'elle lavait les plaies de ces infortunés, elle sentit, comme notre Elisabeth, son cœur se soulever contre une si dégoûtante occupation; mais aussitôt, pour se châtier, elle prit dans sa bouche de l'eau dont elle venait de se servir et l'avala, en disant à son cœur : « Il faut que tu apprennes à servir Dieu dans ses pauvres; c'est là ton métier, dusses-tu en crever.» Quand son mari quitta la Palestine elle lui demanda la permission d'y demeurer, pour consacrer le reste de ses jours au service des lépreux. Son frère, Baudouin III, roi de Jérusalem, joignit ses prières à celles de cette héroïne de la charité;

demauda à celui-ci ce qu'il aimerait mieux, d"êlre lépreux ou d'avoir commi? un péché mortel. Joinville répondit qu'il aimerait mieux ea avoir fait trente que d'être lépreux. Quand ils furent tous deux seuls, le saint roi reproclia à son ami cette réponse en ces termes : « Vous déistes comme hastis musarz (comme un étourdi); car nul si laide mezelerie (lèpre) n'est comme d'estre en pechié mortel, parce que l'àme qui est en pechié mortel est semblable au dyable ; pour quoy nulle si laide mezelerie ne peut estre,.. Ci vous prie tant comme je puis, que vous métez votre cuer à ce que pour l'amour de Dieu et de moi, que vous amissiez mieux que tout meschief avenist au corps, de mezelerie et de toute maladie, que ce que le pechié mortel venist à l'àme de vous. » (Joinville, éd. 1661, p. 6.)

le comte résista longtemps, et ne consentit à se séparer de Sibylle qu'après avoir reçu du roi son beau-frère, pour récompense de son sacrifice, une goutte du sang de Notre-Seigneur, recueillie par Joseph dArimathie, lors de la déposition de la croix. Il retourna donc seul dans sa patrie, emportant avec lui ce trésor sacré, qu'il alla déposer dans sa ville de Bruges; et les pieux peuples de Flandre apprirent avec une grande vénération comment leur comte avait vendu sa femme au Christ et aux pauvres, et comment il leur rapportait, pour prix de ce marché, le sang de leur Dieu 1.

Mais ce sont surtout les saints du moyen âge qui ont témoigné aux lépreux un dévouement sublime. Sainte Catherine de Sienne eut les mains atteintes de la lèpre en soignant une vieille lépreuse qu'elle voulut elle-même ensevelir et enterrer ; mais après avoir ainsi persévéré jusqu'au bout dans son sacrifice, elle vit ses mains devenir blanches et pures comme celles d'un nouveau-né, et une douce lumière sortir des endroits qui avaient été le plus attaqués. Saint François d'Assise et sainte Claire, sa noble compagne ; sainte Odile d'Alsace, sainte Judith de Pologne, saint Eimond de Cantorbéry, et plus

1. On voit cucore à Bruges, près de l'hôtel de ville, la belle chapelle dite du Saint-Sang, coustruite pour servir de sanctuaire à cette relique.

tard saint François Xavier et sainte Jeanne de Gtiantal se plaisaient à rendre aux lépreux les plus humbles services. Souvent leurs prières obtenaient une guérison instantanée '.

C'est au sein de cette glorieuse compagnie qu'Elisabeth avait déjà pris place par les élans invincibles de son cœur vers le Dieu qu'elle voyait toujours dans la personne des pauvres; mais en attendant qu'elle pût goûter avec eux les joies éternelles du ciel, rien ne suffisait sur la terre pour calmer l'ardeur de la compassion qui dévorait son cœur, ni pour guérir les langueurs de cette âme malade et déchirée par les souffrances de ses frères.

l. Une tradition très ancienne et profondément symbolique, fondée d'ailleurs sur les saintes Écritures, faisait regarder la lèpre comme le svmboie le plus complet du péché, et comme ne pouvant être, par conséquent, guérie que par le sang innocent, de même que le péché originel de l'homme n'avait pu être racheté que par le sang innocent de l'Homme-Dien. Cette tradition se trouve dans une foule de légendes et de poésies du moyen âge; c'est elle qui fait la base d'un des poèmes les plus célèbres de l'époque de sainte Elisabeth, le Pauvre Henri, par Hartmann von der Aue.

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