‹ Histoire de Sainte Elisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe (volume 3)Chapitre 27 sur 63 · Joinville, p. ISl, édit. Petitut · texte numérisé non relu

Joinville, p. ISl, édit. Petitut

dément gravée dans le cœur d'Elisabeth, trop perpétuellement présente à son amour, pour qu'elle eût besoin de ce secours que TÉgiise offre avec une généreuse pitié aux âmes ordinaires. Ravie sans cesse par la contemplation jusque dans la présence de la Divinité et de ses plus augustes mystères, elle perdait de vue les imparfaites figures que l'imagination humaine pouvait lui offrir des objets de sa foi. Plus elle avançait vers la fin de sa courte carrière, plus ses prières se transformaient en extases et en ravissements, et plus ces merveilleuses interruptions de la vie d'ici-bas se prolongeaient chez elle, comme pour lui préparer par une douce transition l'accès de la vie éternelle. A la fin, ce fut chaque jour et pendant plusieurs heures qu'elle quittait ainsi ce monde de douleurs et d'ennuis pour goûter d'avance les jouissances du ciel '. Le nombre des révélations, des visions, des entretiens surnaturels qu'elle eut à ces occasions fut immense; et, quoiqu'elle s'attachât à tenir cachées ces faveurs immortelles, elle ne pouvait les dissimuler entièrement à celles qui vivaient avec elle : sa joie et sa reconnaissance la trahirent maintes fois; et l'existence de ses communications miraculeuses fut toujours regardée par ses con-

1. Rapiebatur enim in excesjum et extasim meuti~, sed uou erat in ejus raptu rara hora et brevis mora, veriim multa frequentia et persisteutia diulurna; siquidein per aliquot horas perduravit. Theod., VII, 10.

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temporains comme un fait incontestable. Les anges du Seigneur étaient les intermédiaires habituels entre le ciel et cette âme élue ' : non seulement ils lui donnaient des avertissements etdes instructions célestes, mais encore ils venaient la consoler de toutes ses épreuves et de tous les accidents même passagers de sa vie temporelle. Une fois entre autres qu'Elisabeth avait recuoilli chez elle une pauvre femme malade, et l'avait soignée avec tendresse, cette malheureuse, étant rétablie, prit la fuite un jour de grand matin, en emportant avec elle tous les vêtements de sa bienfaitrice, qui n'ayant plus rien pour se couvrir, fut obligée de rester nue au lit. Mais, loin de s'impatienter ou de se plaindre elle se borna à dire : « Mon cher Seigneur, je vous remercie de m'avoir rendue ainsi semblable à vous car vous êtes venu au monde nu et dépouillé de tout, et c'est ainsi que vous avez été cloué à la croix. »

Aussitôt, commeautrefois lorsqu'elle avait donné d'elle-même tous ses habits aux pauvres, elle vit apparaître un ange avec un beau vêtement, qu'il lui remit en disant : (^ Je ne t'apporte plus de couronne comme autrefois; car c'est Dieu lui-

1. Augelicas visitationes, visiones et allocutioaes, luiiltas revelatiolies tam diebu> quam iioclibus habere meruit. Ibid. — Le Msîi. des Bollaudistes à Bruxelles coutieiit le discours d'uQ aDge à. la Sainte, en foraie d'hoiuélie, du reste assez peu remarquable.

même qui veut te couronner bientôt dans sa g-loire \ »

Mais souvent aussi le divin époux de son âme, le maître unique de sa vie, Jésus lui-même, se montrait à elle face à face, accompagné d'une multitude de Saints. Il la consolait par ses très douces paroles et la fortifiait par sa vue ^.

Au sortir de ces entretiens célestes, son visag-e, au dire du grave Conrad, resplendissait d'une clarté merveilleuse, reflet de la splendeur divine qui avait rejailli sur elle, et ses beaux yeux lançaient des regards brillants comme les rayons du soleil ^. Ceux-là seuls qui n'étaient point en péché mortel pouvaient la contempler sans être éblouis. Si ces ravissements se prolongeaient pendant quelques heures elle y puisait une si grande force, qu'elle n'avait ensuite plus besoin de nourriture, pas même la plus restreinte, pendant un très long espace de temps. La nourriture de l'âme qu'elle y avait reçue suffisait à sa subsistance *. Elle ne vi-

1. La légende ajoute qu'elle envoya aussitôt ce vêtement au couvent d'Aldenberg, pour l'échanger contre des haillons, dont elle se revêtit avec une grande joie.

2. Ipsum quoque Dominum Jcsum facie ad faciem... vidit, se benignissime alloquendo consolantem et apparendo confortantem. Theod., VII, 10.

3. Frequeutius viderunt faciem ejus mirabiliter fulgentem et quasi solis radios ex oculis ejus procedentes. Ep. Conr. Marb. ad Papam, p. 113. Splendida quippe fiebat faciès ejus dum respiceret in eam Dominus. Theod.

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